Mardi 10 février 2009

Partie 3

Elle perdit instantanément le goût de la plaisanterie. Ca faisait un an qu’elle avait son permis. Un an qu’elle partait à droite et à gauche sans l’emmener avec elle. Hadrien s’était souvent demandé si elle ne voyait pas un ou plusieurs garçons. De temps en temps. Pour connaître une vraie jeunesse comme toutes les jeunes femmes de son âge. Aude revenait à chaque fois plus resplendissante de ses virées. Le teint frais. Les joues empourprées. Et Hadrien en était parfois jaloux. Jaloux parce que lui-même était coincé derrière son bar sans jamais voir quelqu’un d’intéressant.

-         Tu en parles comme si tu avais mon âge. Tu vois, c’est justement pour cette raison que je ne veux pas te laisser partir à l’aventure.

-         J’aimerais parfois encore avoir vingt ans.

-         Arrête de délirer. Tu es déjà passé par là. Tu as déjà eu vingt ans une fois. Laisse la place à la nouvelle génération. C’est à notre tour.

-         Vante-toi en autant que tu le peux. Ca ne durera pas. Toi aussi tu auras un jour mon âge, et tu auras peut-être l’allure d’une paysanne. Toi aussi. Et bien entendu, d’autres envies de voyager.

-         Je n’aurai jamais l’allure d’une paysanne. Même à la veille de ma mort dans une soixantaine d’années. Tu le sais.

Hadrien soupira, déçu de ne pas être parvenu à prendre le dessus. Aude en profita pour relancer la conversation sur ce qu’elle n’acceptait pas de lui.  

-         Et puis, dit-elle, tu as beau vouloir partir, mais dis-moi, as-tu au moins songé à ce que je ferais si on vient m’agresser dans l’auberge en ton absence ? Il vient d’y avoir un meurtre, pourquoi pas du harcèlement ou autre chose ?

-         Personne n’oserait faire une chose pareille.

Aude était une vraie teigne. Une rebelle que l’on n’osait pas menacer. Elle en avait dans les tripes quand il s’agissait de se défendre. Aude possédait autant de talent pour le culpabiliser. C’était ce qu’il lui reprochait. Désormais, il cherchait à se détacher des liens qu’elle avait tissés autour de lui. Avec tact. Avec la plus grande douceur du monde. Il voulait qu’elle comprenne que sa présence ne lui était plus d’une grande utilité. Qu’il avait d’autres objectifs. D’autres personnes qui occupaient son esprit. Une personne toute particulière.

Hadrien aurait bien voulu lui dire ce qu’il ressentait à l’instant. La peine qu’il éprouvait à la voir mettre en place tous les moyens pour ne pas qu’il parte. Il aurait aimé qu’elle le soutienne dans ses actes. Il aurait voulu qu’elle lui dise de foncer. Sans se retourner. Mais Aude ne lui dirait rien de cela. Elle l’aimait trop pour le dire. A la place, elle glissa sa main dans la sienne. Une main froide. Gelée par la pluie qui continuait à leur tomber dessus. Ce n’était rien. Un geste comme un autre. Une attention fréquente. Et pourtant, ces doigts qui s’agitaient au creux de sa propre main lui procuraient une sérénité incroyable.

-         Tu as sûrement raison, mais je voudrais que tu restes à jamais auprès de moi, avoua-t-elle.

-         On ne peut pas tout avoir.

-         On peut s’en donner les moyens.

-         Pas tous.

-         Si, tous. Quand on y met de la bonne volonté, on peut tout obtenir. Je peux tout obtenir. De toi. De qui je veux.

-         Ca ferait de toi une personne capricieuse.

-         Je m’en moque.

Hadrien n’en fut qu’à moitié surpris. Il ne savait s’il devait être honnête avec elle. Il n’hésita néanmoins pas à être direct en serrant ses doigts en retour. D’une étreinte fragile. Aude menaçait de se mettre à pleurer à tout moment. Mais elle ne le ferait pas devant lui. Elle était bien assez fière pour se retenir jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’il l’ait quitté en la laissant seule. C’était ce qui allait se passer. Inévitablement. Hadrien allait bien finir par se lever et s’éloigner. Du moins quand il s’en sentirait prêt. Là, il attendait sans trop savoir pourquoi. Ne disait-on pas que les au revoirs devenaient plus pénibles si on tardait à se décider ?

La matinée touchait doucement à sa fin. La pluie se faisait moins forte. Juste une averse de passage, pensa Hadrien. Comme pour cette discussion. Juste un mauvais moment à passer. Un court moment avant que je m’en aille pour de vrai. Aude gardait obstinément sa main dans la sienne alors que lui-même regardait les experts ranger leur matériel. Ils allaient partir eux aussi. Quitter l’auberge et sans doute retourner d’où ils venaient. Assister à l’autopsie d’un homme qui était encore vivant il y avait peu, dont la vigueur d’esprit était restreinte par l’alcool. Ils allaient sans doute voir de près à quoi ressemblaient les boyaux d’un homme noyés par une existence qui le dépassait depuis des années. Hadrien avait un jour eu l’occasion de tomber sur un vieux bouquin des années septante qui décrivait avec une fougue et une précision hors du commun comment se déroulaient les opérations de ce type. Comment la victime était découpée en Y. Comment on extrayait parfois ses organes un à un. Son foie. Ses intestins. Sa vessie. Ses poumons. Même son cœur. Tout ça pour le bien de la science et de la justice. Pour trouver le maximum de renseignements sur ce qui les mènerait au coupable. Hadrien avait mal en imaginant ce client qu’il avait tant connu sur la même table. Dédié aux mêmes pratiques. La science était devenue quelque chose de barbare. Et plus on avancerait vers l’avenir, plus elle progresserait, et plus elle franchirait la barrière des plus grands tabous. Des lois de l’humanité.

Jamais Hadrien ne l’aurait avoué à quiconque, mais y songer lui faisait perdre son sang froid. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, lui donnaient l’impression de couler le long de son visage jusqu’à atteindre le creux de son cou. Il était heureux que la pluie ne puisse pas permettre à Aude de les discerner. Sinon, il aurait eu tout le mal du monde à en trouver une explication plausible.

-         Tu ne vas sûrement pas pouvoir continuer à vivre dans l’auberge dans l’immédiat, dit-il pour tenter de détendre l’atmosphère.

-         J’irai à l’hôtel. Ce n’est pas un problème. Comment penses-tu que je me débrouillais avant de te connaître ?

Il s’en souvenait comme si ça s’était déroulé hier. Hadrien se souvenait très bien du jour où il avait rencontré Aude. Elle venait tout juste de fuguer de chez elle. Avec l’assurance que ses parents n’essaieraient pas de la retrouver. Ils étaient du village voisin. Aude était venue d’un lieu qui l’avait forcée à parcourir des kilomètres en stop ou à pieds toute seule. Sans la moindre aide. Sans la moindre envie de revenir en arrière. Car tout valait mieux que de retrouver des parents qui ne se souciaient pas de ce qu’il adviendrait d’elle. Aude était arrivée au village fatiguée et elle avait réuni le peu d’argent qu’il lui restait pour s’offrir l’hôtel. Ce n’était pas luxueux, mais c’était mieux que rien. Et c’était tout ce que le village avait en réserve. C’était deux jours plus tard qu’il l’avait rencontré. Tout bonnement par hasard. Dans la rue. Ils avaient discuté, et Hadrien avait trouvé Aude pleine de ressources. Intéressante pour de multiples raisons. Que ce soit pour ses choix ou ses opinions, elle était une jeune femme extraordinairement intelligente et cultivée.

-         Ca prouve que tu sauras parfaitement te débrouiller sans moi.

-         Ce n’est pas non plus ce que je voulais dire. Je peux me débrouiller pour vivre quelques jours seule. Pour me trouver un hôtel. Pour faire des courses. Mais je reste jeune. Et je suis une femme, Hadrien. Je suis une jeune femme de qui on pourrait profiter sans aucune gêne !

Hadrien grimaça en se rendant compte qu’elle venait d’élever la voix. Elle venait même de lâcher sa main. Lorsque Aude prenait cette attitude, c’était qu’elle perdait patience. Hadrien connaissait précisément cette manière de se comporter. Aude finirait par se mettre en colère. Ils se disputeraient. Hadrien n’aimait pas leurs disputes. Mais qui aimait les disputes si on mettait à part les gens à histoires ?

-         Arrêtons-nous là, dit-il. Je vais de toute façon bientôt partir.

-         Maintenant ?

-         Oui. Je crois que c’est mieux pour nous deux. Je veux garder une bonne image de toi. Tu ne veux pas que ce soit le cas ?

Elle sembla prise au piège d’un problème de conscience délicat.

-         Je ne sais pas. Je ne sais plus du tout. Pourquoi tu ne m’emmènes pas avec toi si tu tiens vraiment à voyager aussi soudainement ? Je pourrais t’accompagner en voiture.

Parce que j’ai décidé que je n’embarquerais personne dans ma folie.

-         Est-ce que ça vaudrait le coup ? Tu voyages déjà assez sans moi. Je ne te l’ai jamais reproché pour ma part.

-         Menteur.

-         Menteur ? S’étonna Hadrien.

Aude acquiesça.

-         Tu me l’as reproché il n’y a pas plus de dix minutes. Pourquoi ça devrait toujours être les mêmes qui profitent de l’aventure ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu as des trous de mémoire ? Je te propose de voyager avec moi. Ce n’était pas ce dont que tu rêvais ?

Hadrien eut la sensation qu’une main de fer venait de s’abattre sur son crâne. Voyager avec Aude. Il lui avait reproché de sans cesse partir sans lui au loin, c’était vrai. Mais ce n’était pas pour qu’elle lui propose de l’accompagner. Il n’y avait même pas songé. Ca avait juste été une légère crise de jalousie. C’était déjà passé. C’était déjà oublié.

Hadrien se leva du banc. Comme pour avertir de ce qui allait suivre avant même de l’annoncer.

-         Ca tourne au ridicule, dit Hadrien en la fixant. Je ne veux pas voyager accompagné, ajouta-t-il en prenant un air dur. Le plus dur qu’il puisse se donner.

Par réflexe, Aude se leva à son tour. Se dressa devant lui. Elle était plus petite de taille, mais ça ne l’empêchait pas de lui tenir tête. Elle avait tout mis en œuvre pour le retenir. Elle avait dressé la liste des inconvénients. Elle avait joué la carte de la franchise. Elle avait même tenté de le faire plier par ses airs de petite fille. Que pouvait-elle faire d’autre à présent si ce n’était se montrer rageuse ? En colère. Aude était plus à même de s’énerver qu’elle avait bien voulu lui faire croire.

-         Alors c’est ça ? S’exclama-t-elle. Tu vas partir et effacer tout ce qu’il y a entre nous ? Sans te retourner ? Sans même penser que je m’oppose à tout ça ?

-         C’est ce que je vais faire, en effet, répondit Hadrien avec sincérité.

-         Eh bien va-y, va-t-en et brise toutes ces années de bonheur et d’amitié ! Va-y, Hadrien ! Si c’est vraiment ce que tu veux.

-         Est-ce que tu estimes vraiment que ces dernières années étaient réjouissantes, Aude ?

-         Oui. Elles l’étaient.

-         Non. Elles ne l’étaient pas. Et tu le sais aussi bien que je le sais. Ces derniers mois, lorsque j’étais seul à tenir le bar le soir, tu n’imagines pas à quel point je pouvais m’ennuyer. Sauf ce soir-là. Je me morfondais. Excepté quand il a conversé sur des inepties. J’attendais une opportunité qui me pousserait à prendre une décision.

-         Et quelle opportunité, Hadrien !

-         J’ai pesé le pour et le contre.

-         Ravie de constater que tu te montres réfléchi.

Pouvait-on vraiment dire de lui qu’il avait été réfléchi ? Quand Hadrien revoyait tout ce qui l’avait amené à vouloir partir, il ne savait pas si on pouvait parler d’une décision portée sur une profonde réflexion. Ce n’était pas son trip de réfléchir. Ca ne le serait jamais. Hadrien se savait naïf. Aude le savait aussi.

-         Je voulais simplement me montrer honnête avec toi. Ne pas partir comme un lâche.

-         C’est ce que tu aurais fait si j’avais eu moins d’importance ?

-         Je crois bien. Mais tu sais, Aude, je n’en peux vraiment plus de ce quotidien. On ne peut pas dire que j’ai réellement vécu jusqu’à présent. Pas comme toi tu le fais actuellement. Je suis comme enchaîné en un même lieu.

-         Tu es injuste. Tu exagères des faits qui ne sont en rien dramatiques ou tristes.

-         Ne me force pas à rester. C’est tout ce que je te demande.

Pressé d’en finir de toute cette prise de tête, Hadrien lui adressa un regard qui voulait en dire long. Un regard qui lui indiquait que ses tentatives étaient vaines. Et Aude soupira de nouveau. Elle laissa retomber ses bras autour d’elle telle une poupée de chiffon. Elle ne possédait plus d’arguments.

On touche enfin à la fin, pensa Hadrien. Ca aurait duré jusqu’à ce qu’on se fasse du mal. Il valait mieux être raisonnables.

-         Si tu penses réellement ce que tu dis, va-t-en, dit-elle à la fois désespérée et vexée.

-         Aude…

-         Je suis sérieuse. Va-t-en avant que je ne fasse quoique ce soit que je regretterai plus tard. Tu sais que je peux rapidement perdre le contrôle de moi-même.

Oh oui, il le savait. Il savait que Aude pouvait se montrer violente en certaines circonstances. Il était autant conscient qu’on n’était prêt à tout pour retenir un être cher.

-         Mon but n’était pas de te faire du mal. Pourquoi réagis-tu aussi violemment ?

-         Pourquoi devrais-je réagir avec tact ?

-         Parce que je pensais que tu pouvais comprendre.

-         Il y a un pas entre comprendre et accepter. Et tu m’en demandes trop, Hadrien. Je suis égoïste. Je suis une jeune femme qui possède ce genre de défaut.

-         Je ne t’ai jamais trouvé égoïste.

-         Tais-toi ! Tu ne comprends donc pas ce que je te dis ?

Un étrange sentiment venait de prendre possession de lui. Ce qu’il voyait dans les yeux de Aude, c’était un mélange de larmes et de frustration. Le désir de lui faire mal. De le retenir par la brutalité. Aude venait de virer à la colère totale. Elle était devenue enragée. D’ailleurs, Hadrien ne le comprit pas immédiatement, mais son immobilité n’en rajouta qu’une couche supplémentaire. Aude le fixa méchamment.

-         Hors de ma vue, Hadrien ! Elle avait presque hurlé. Je refuse de briser tes rêves et tes ambitions. Ce n’était plus qu’un murmure.

Hadrien en ressentit un picotement au cœur. Il aurait voulu l’embrasser sur la joue pour lui signifier qu’il reviendrait. C’était ce que l’on faisait lors d’un simple au revoir. Mais Aude ne le supporterait pas. Son regard était si fixe, si venimeux, si malheureux, qu’il préféra ne rien tenter. Il finit par se retourner.

-         Merci.

Ce fut tout ce qu’il trouva à dire pour la remercier de sa compréhension. Du sacrifice qu’elle venait de faire pour lui. Aude sacrifiait tout l’attachement qu’elle lui portait afin de le laisser partir loin d’elle. Il ne serait plus là quand elle reviendrait de l’un de ses innombrables voyages. Il ne la prendrait plus dans ses bras lorsqu’elle serait triste. Il ne la ferait plus rire avec son humour de paysan. Hadrien laissait un vide incontestable derrière lui. Dans son cœur à elle.

Il plongea ses mains dans ses poches. Remua le paquet de cigarettes présent dans l’une d’entre elles. Il en aurait bien besoin au cours du voyage qui s’annonçait. Comme d’un calmant. Comme d’un anesthésiant à ses craintes. Car Hadrien n’avait jamais dit que cette folle aventure qui s’annonçait ne l’impressionnait pas. Il décida de faire le vide dans sa tête. Seul l’avenir lui dirait ce qu’il en serait. Et derrière lui, plus il s’éloignait, plus il sentait que les appréhensions de Aude s’éloignaient de lui. Parce que c’était ce qui devait en être. On ne retenait personne contre sa volonté. Contre ses projets. Hadrien soupira à son tour. Il reverrait Aude un jour. Il la reverrait. Et ce jour-là, il lui dirait la vérité. Tout ce qui l’avait réellement poussé à partir. Pourquoi il l’avait hypnotisé. Pourquoi il voulait faire le même chemin que lui.

Hadrien récupérera quelques affaires importantes à l’auberge. Il darda les experts du regard qui ne lui firent aucun commentaire. Ils se contentèrent juste de l’accompagner jusqu’à sa chambre. Pour le surveiller. Pour ne pas qu’il trouble l’un ou l’autre indice de l’enquête. Et s’il avait été l’assassin, ça aurait été pire. Il aurait pu tout déplacer à son avantage. Tout modifier. Néanmoins il crut seulement entendre un faites attention où vous mettez les pieds. Rien de plus. Ces hommes se moquaient de le voir prendre un sac à dos comme un tout jeune adolescent qu’il n’était plus. Ils ne s’inquiétaient pas plus qu’il entasse ce qui lui servirait à ce que l’on pouvait concevoir comme une randonnée. Les experts étaient bien plus préoccupés par une autre chambre de la résidence. Une chambre dans laquelle Hadrien imaginait les contours de la place qu’occupait le cadavre inscrits à la craie blanche. Sur le sol. Ca allait être difficile de ravoir de la craie sur du bois. Mais il voyait également les experts agglutinés dans cette même pièce. Il les voyait tout passer au peigne fin. Et inconsciemment, Hadrien ne pu s’empêcher un frisson. Il se dépêcha de prendre tout ce dont il aurait besoin en se forçant de positiver. Ce dessin fait à la craie, ce ne serait pas lui qui le nettoierait. Ces hommes réunis pour tout examiner, il n’était plus forcé de les voir. Hadrien n’avait plus à se tracasser inutilement. Il n’avait plus qu’à penser à son voyage proche. Très proche. L’expert qui l’avait interrogé le raccompagna jusque l’entrée. En se montrant un minimum sympathique. Contrairement à lui-même, il n’avait pas oublié qu’Hadrien était censé être choqué. Hadrien le salua poliment. Il regarda une dernière fois son auberge de face. Ce qu’il quittait. Un pincement à l’âme lui rappela ce que vivre et travailler ici avait représenté pour lui. On n’oubliait pas ce qui était marquant. Surtout sur une longue distance. Six années. Six années, ce n’était pas rien.

Une brise froide vint lui chatouiller la nuque et le rappeler à la réalité. Aude le regardait. En se retenant encore de pleurer. Encore un peu. Elle le suivit des yeux lorsqu’il passa devant elle, et elle lui sourit tout de même tristement. De ce sourire qui mettait Hadrien dans tous ses états. Hadrien devinait qu’elle ne voulait pas rester sur des regrets.

-         Je serai prudent, promit-il.

Aude ne prit pas la peine de lui répondre. Elle n’était pas prête à lui pardonner sa décision. Pas tout de suite. Pas sur le coup. Leur dernière discussion était trop récente. Il continua son chemin.

Plusieurs villageois le saluèrent sur son passage, lui rappelant qu’il avait constamment été apprécié de tous. C’était agréable de l’apprendre. De se le dire.

Parce que c’est la première décision grave que je prends. Et je n’ai pas envie de le regretter. Je n’ai pas non plus envie que l’on me regrette.

Il fit mentalement ses au revoirs au petit village qu’il quittait pour plusieurs temps et fila par la première route possible. Sans le moindre remord. Puis, Hadrien quitta tout ce qui avait fait sa vie jusqu’à présent. Il quitta Aude qui ne l’avait pas lâché du regard jusqu’au dernier moment.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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