Dimanche 1 février 2009

Partie 4

Tout en son être dû porter le poids de sa décision grave. Sidned ne doutait pas être devenu pâle. Il imaginait très bien ses yeux devenir ternes. L’expression de son visage se fissurer. Ca arrivait souvent quand il baissait les bras. Ce n’était finalement rien d’autre que de multiples signes indicateurs pour son entourage. Pour Seth.

-         Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de me chercher pour que nous puissions partir à deux ? Demanda-t-il.

-         Parce que tu sais que je t’ai cherché ?

-         Tu ne partirais pas sans moi.

-         Tu en as l’air sûr.

-         Ce n’est qu’une évidence comme une autre pour moi. A qui crois-tu t’adresser ?

A Seth évidemment. A celui qui savait tout. Qui ne se trompait jamais. Sidned n’en démordrait pas demain. Seth devait le savoir mieux que lui-même.

-         J’attends toujours la réponse à ma question, reprit-il. Est-ce ton intuition hors du commun ou bien les avertissements de cet inconnu qui ont guidé ta décision ? Nous savons tous les deux qu’il n’est pas difficile de t’embobiner, rappelons-le.

-         Les deux, répondit Sidned sans prendre en considération les sous-entendus de Seth.

-         Les deux ? Ca ne me convient pas. Je suis persuadé qu’il y a bien un côté de la balance qui penche un peu plus que l’autre. Tu as bien dû le sentir, Sidned. Réfléchi bien. Et surtout, donne-moi la bonne réponse s’il te plait.

Sidned réfléchit. Il se remémora chacun des évènements qui s’étaient déroulés jusqu’à présent. Il replongea au cœur de leur souper avec Virgil. Il revit les roses du somptueux jardin. Il réentendit les mots de Liam. Il ressentit une nouvelle fois toute les émotions que lui avaient suscités les lieux ainsi que ses habitants. C’était quelque peu déstabilisant quand il prenait la peine de tout revivre avec recul. Cependant, qu’importe ce qu’il en dirait, Seth attendait une réponse bien précise de sa part. A lui de ne pas se tromper.

-         J’ai suivi mon intuition, dit-il. Je me suis basée sur ce que j’ai ressenti au moment de notre arrivée.

-         Oh, je vois.

Seth se leva de table et commença à faire quelques pas dans la pièce. Sidned le suivit des yeux. Il s’arrêta devant l’une des grandes fenêtres.

-         Est-ce que Virgil ne devrait pas revenir maintenant ? Fit remarquer Sidned en s’apercevant seulement de sa longue absence.

-         Il ne reviendra pas tout de suite.

-         Comment peux-tu le savoir ?

-         Virgil s’ennuie, ou du moins s’est-il trop longtemps ennuyé. Il s’agit d’un homme qui sait désormais profiter des plaisirs avec délectation. En prenant tout son temps.

-         Tu sembles bien le connaître.

-         Pas vraiment.

Surpris de l’apprendre, Sidned remarqua à peine que Seth venait de refaire marche arrière pour venir se placer en face de lui. Toujours assis, il fut forcé de le regarder d’en bas. C’était pénible. L’impression d’être bien plus soumis s’installait en lui. Sidned n’aurait su relever l’un ou l’autre propos de Seth s’il avait dû le faire. Il ne le lâchait pas des yeux. Rien de plus. Et quand la main de Seth vint se poser sur sa joue, Sidned sentit une douce chaleur l’irriguer. La main de Seth était chaude.

-         Virgil ne viendra pas nous déranger.

-         Qu’est-ce que tu racontes ?

-         La vérité. Il veut que ce soit nous qui allions vers lui cette fois. Il attend que nous agissions en conséquence par rapport à sa façon de nous recevoir. De combler nos désirs.

-         Je ne vois pas le rapport. Il attendrait un remerciement ? Mais il doit avoir compris que ce n’est pas dans tes habitudes.

-         Penses-tu que ce n’est pas dans mes habitudes, et qu’il l’ait sincèrement compris ?

Une fois de plus, Seth jouait sur les mots. De la sincérité, il n’y en avait jamais eu entre eux. Depuis le début. Et Sidned comprit seulement alors qu’ils attendaient l’un de l’autre d’être surpris. Virgil attendait que Seth le surprenne. Sidned comprenait désormais qu’avec cette façon de faire, il était ardu de déterminer le comportement de chacun. D’aucune manière Seth ne pouvait deviner qu’elles étaient les réelles intentions de Virgil à leur égard. Pas plus que le cas inverse n’était possible.

La main de Seth continua à caresser sa joue avec tendresse. Sidned avait du mal à imaginer qu’il avait pu vouloir lui faire mal peu avant. D’ailleurs, une douleur sourde lui vrillait encore la tempe.

-         Que crois-tu que nous devrions faire envers Virgil ? Questionna Seth.

-         Pourquoi me poses-tu la question ?

-         Parce que j’ai envie de connaître ton opinion.

-         Ne te fiche pas de moi, je t’en prie.

-         Ce n’est pas une plaisanterie.

Tout en Seth exprimait une nouvelle moquerie que Sidned déchiffrait sans se donner beaucoup de mal. Il continuait à le narguer discrètement.

-         Tu connais déjà mon avis à propos de Virgil.

-         Tu sembles moyennement l’apprécier.

-         Je ne l’aime pas du tout.

-         Voyons, Sidned ! On ne peut pas détester quelqu’un que l’on connaît depuis la nuit dernière. La haine est un art qui se cultive avec plus de conviction. Ne crois-tu pas ?

-         Je ne crois rien.

-         Tu ne crois rien ? En voilà une nouvelle ! Ne voulais-tu pas t’en aller il y a peu ? Cela me prouve que rien n’était moins sûr que l’idée que tu te faisais des risques à courir. Que de temps perdu avec toi-même, Sidned !

Sidned détestait quand Seth prenait plaisir à mettre en péril sa détermination. Il ne supportait de l’entendre remettre en question tout ce qu’il avait pu proposer ou dire. Comme s’il s’agissait d’une forme de torture personnelle. Comme s’il jubilait de le voir hésiter. C’était dans ces moments que Sidned comprenait le moins l’esprit de Seth. L’ingéniosité avec laquelle il démontait une situation pour la reconstruire comme il l’entendait. A son avantage. En s’appropriant le contrôle absolu des décisions à venir. Et avec ce contrôle, il le délaissa de nouveau. Sidned n’en ressentit que de la frustration. Frustration d’avoir perdu sa source de chaleur. Dépit que Seth ne l’ait pas étreint. Même s’il n’aurait s’agit que de faux sentiments manipulateurs.

-         Donc, je suis condamné à rester ici moi aussi ? Parce que c’est ce que tu as décidé pour moi depuis le début. Depuis la fois où tu m’as forcé à monter précipitamment dans ta voiture pour quitter mes origines.

-         Non, dit Seth. Tu es libre de partir quand tu le souhaites. Personne ne te retient ici.

Sidned prit un air choqué.

-         Je dois comprendre que tu ne veux plus de moi ?

-         Ce n’est pas ce que j’ai dit.

-         Tu es en train de me jeter, Seth. Tu me demandes de partir seul.

-         Je te demande de prendre tes responsabilités.

Tout en articulant chaque syllabe avec la plus grande précision possible, Seth marcha jusqu’à la porte et l’ouvrit en grand sous les yeux de Sidned.

-         Si tu as envie de partir, va y. Fais-le. Ne te gêne surtout pas pour moi.

-         Je ne veux pas partir sans toi. Je ne vois même pas pourquoi tu te fatigues en me demandant de m’en aller comme un voleur. Déjà que nous sommes entrés par effraction.

-         Tu espères que j’ai pitié de toi de cette façon ?

-         Je ne sais pas. Peut-être bien.

Sidned n’aurait su s’expliquer l’atmosphère qui venait soudainement de s’installer. Seth lui semblait plus agressif que d’ordinaire. Sidned craignait qu’il ne lui saute à la gorge. Qu’il sorte les crocs. Tel un fauve enragé. Et par-dessus tout, il ne savait ce qui avait provoqué cette rage imminente. Seth aurait-il vraiment pitié de lui ? Lui laisserait-il une chance de se racheter s’il était venu à commettre une erreur ? Bien sûr que non. Il en demandait trop.

-         Qu’est-ce que tu attends dans ce cas ? Reprit Seth sur un ton dur.

-         Que tu viennes avec moi. Même si je dois te supplier. Même si j’ai besoin de m’humilier pour que tu acceptes.

Sidned aurait pu se mettre à pleurer sur le champ s’il l’avait fallu. Ses larmes auraient pu se mettre à couler sur ses joues. Sans qu’il n’ait besoin de se forcer. Sans jouer la comédie. Mais s’il se mettait en position de faiblesse devant Seth, Seth le jugerait avec le plus grand déni. Il deviendrait comparable à un enfant faisant un caprice. A un pauvre gosse désemparé à qui sa mère n’accordait pas la satisfaction de son réconfort. On affrontait ses peurs dans la vie. Dès le plus jeune âge. Et pourtant, Sidned imaginait parfaitement ignorer combien il était à côté du coche. Ce que Seth attendait de lui, c’était tout autre chose. Une toute autre motivation. Une détermination à toute épreuve. Aussi solide que le roc.

-         Tu penses parvenir à tes fins, Sidned ?

-         J’en suis incapable.

-         Et si tu essayais pour une fois ?

-         Que j’essaye quoi au juste ?

-         Bon Dieu, que puis-je répondre ? Est-ce que c’est si difficile de passer cette porte sans se retourner ?

-         Ca le serait bien moins si tu m’accompagnais. Je t’ai cherché pour cette raison. Parce que je voulais que nous partions ensemble. Toi et moi. Personne d’autre. Et puis, je ne vois pas comment je pourrais m’en sortir seul. J’en mourrais si je devais refaire tout ce chemin en solitaire. Je ne m’en sortirais jamais sans toi.

Seth s’écarta de la porte, combla le chemin qui les séparait tous les deux. Il fallait croire qu’il ne s’amusait qu’à aller et venir ces dernières minutes. Mais quand Sidned sentit qu’il lui agrippait les poignets avec poigne afin de le forcer à se lever de la chaise sur laquelle il s’était assis, il comprit que Seth ne plaisantait pas. Au contraire. Sans faire preuve de délicatesse, il le tira en avant.

-         Si tu as l’intime conviction que je dois partir avec toi, dit-il froidement, prouve-le. Ai au moins le courage de défendre ce pour quoi tu es convaincu.

Malgré tout, l’intonation de sa voix restait calme et posée. Sidned considérait uniquement maintenant que Seth était capable de passer par divers traits de caractère en peu de temps sans le faire remarquer autour de lui. Ca ressemblait à un vague dédoublement de personnalité sans en être un. Sidned ne trouvait la définition juste à ce que Seth lui faisait subir actuellement. Pourtant tout se passait plus ou moins bien jusqu’à maintenant. Alors pourquoi s’en prend-il subitement à moi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Ses questions resteraient probablement sans réponses.

Dans un ultime espoir, Sidned se laissa tomber à genoux. Alors que Seth le maintenait inlassablement par les poignets. Alors qu’il le regardait s’abaisser à l’implorer de l’écouter. De croire en ce qui était pour lui incontestable. Incontournable.

-         Je voudrais que tu me suives car je ne me fais pas de doute quant à la nature du lieu où nous nous trouvons. Je ne le fais pas que pour moi. Je le fais également pour toi. Pour que tu comprennes que tout me semble comme hanté depuis notre arrivée. Que Virgil Preston est un homme dangereux. Et Dieu sait que tu n’as pas eu besoin de mes dons de clairvoyance pour t’en apercevoir. Alors, conçois-le toi aussi, Seth. Allons-nous-en avant qu’il ne soit trop tard. Avant que les ténèbres présentes ne nous engloutissent. Partons. Je t’en conjure !

C’était une prière. Une prière adressée à Seth. Avec cette conviction qu’il attendait de lui. Avec toute l’angoisse et la tristesse qu’un être humain pouvait ressentir dans une vie. Car la vie était précieuse. Elle était la source de tout. Du début comme de la fin. Sans la vie, il n’y avait pas la mort. Si Seth prêchait l’interdit, il devait savoir les risques qu’il prenait en s’éternisant ici. Lorsque l’on priait la mort, ne priait-on pas tout le reste ? Tout ce qui importait autant ?

Sidned savait en tout cas que rien en sa triste et misérable personne ne parviendrait à masquer ce en quoi lui-même croyait. Pas comme Seth savait si bien le faire.

-         Décidément, tu ne changeras jamais. Tu deviens de plus en plus pitoyable. Mais je pense te l’avoir déjà dit. Ce que je me demande en réalité, c’est jusqu’à quel point serais-tu prêt à aller, Sidned ? Quelles sont les limites de ton humiliation ?

-         Je ne pense qu’à sauver nos vies avant tout.

-         Nos vies… Tu vois, c’est exactement pour ça que je ne peux m’empêcher de céder à tes caprices.

Sidned ignora l’insulte.

-         Ca signifie que tu acceptes que nous quittions le château ?

-         Bonne question. Je me demande si je ne perdrai pas quelque occasion en partant précipitamment.

La nervosité s’empara de Sidned telle un virus en pleine expansion. Elle l’enveloppa de toute part. Etouffa son cœur en s’y agrippant sauvagement. C’était la réaction que lui provoquait l’attente des décisions de Seth. Sidned était sans cesse sous pression, attendant l’inéluctable. La sentence de Seth. Et par la fenêtre, le ciel indiquait à Sidned que l’après-midi venait sans nul doute de s’entamer. Le mode de vie de ce château en faisait même perdre certains repères. Il fallait qu’ils partent d’ici avant de complètement perdre le sens de la réalité. De la vraie réalité. Sidned en possédait déjà si peu.

Alors que Seth semblait vouloir prendre son temps, le visage de Sidned s’obscurcit.

-         Est-ce que tu comptais tuer à nouveau ? Demanda-t-il. C’était la question qui lui trottait dans la tête.

Seth lui lâcha les poignets pour de bon.

-         Je ne me pose jamais la question avant. Si j’en ai le désir, je prends le temps de prendre en considération les moyens d’y parvenir.

-         Mais… C’est insensé. On ne peut pas désirer tuer avec autant de naturel.

-         Pourquoi pas ? Tu n’as jamais souhaité la mort de quelqu’un ?

-         C’est possible. Mais pas au point de songer passer à l’acte.

-         Eh bien vois-tu Sidned, dis-toi qu’il y a deux sortes de personnes sur terre. Celles qui fantasment sur un idéal à atteindre sans jamais y parvenir car leur moralité est bien trop élevée. Et d’autres qui savent d’avance comment s’y prendre pour satisfaire leurs besoins sans jamais trouver l’occasion de s’y conformer. Même en absence de moralité, on ne peut pleinement être satisfait.

-         Et toi, de quelle catégorie fais-tu partie ? De la seconde ?

-         Non. Je fais partie de ceux qui sont hors catégories. Qui n’ont ni morale ni idéal. Il faut parfois se montrer ingénieux quand on veut obtenir ce que l’on désire. Dépasser les règles, les lois, les préétablis.

Un homme sans morale. Sans idéal. C’est juste de la folie. Si une telle chose existe, ça signifie que tu sors du lot de l’humanité, Seth. Tu fais partie de ceux qui pensent pouvoir dicter le monde en fonction de leur volonté propre. Et ça, la société ne peut sans doute pas le tolérer. Car tous les hommes hors catégories ont finit leur vie en prison ou dans un hôpital psychiatrique. C’est ce qui est arrivé pour la plupart d’entre eux. Sidned ne préféra pas débattre sur le sujet. Il voulait partir. Quitter le château et ses habitants avant qu’un nouveau meurtre n’ait lieu. A sa grande surprise, Seth le força à se relever. A se remettre sur pied. Comme un homme. Parce que les hommes se tenaient constamment debout sur leurs deux pieds pour affronter la suite des évènements.

-         On y va, dit-il. Je t’ai suffisamment entendu geindre pour aujourd’hui. Tu m’as coupé l’envie de me divertir en toute tranquillité.

-         Nous partons vraiment ?

-         Nous devions le faire depuis le début. Je n’avais de toute façon pas l’intention de rester une nouvelle nuit.

Seth s’était-il laissé inspiré par ce qu’il lui avait précédemment dit ou avait-il lui aussi senti le danger les guetter ? Tels deux yeux luisants dans la pénombre ? Deux yeux qui cachaient une menace bien plus grande ? C’était un mystère pour Sidned, mais il était ravi que Seth leur accorde le droit de se sauver d’entre ces murs de pierre froide qui cachaient bien plus que l’imaginable.

La main de Seth emprisonna la sienne. Ses doigts s’enroulèrent autour des siens. La chaleur de Seth lui fit du bien à lui qui ne pouvait s’empêcher d’être gelé de la tête aux pieds. Comme quoi, il suffisait parfois d’une pointe de chaleur à un endroit du corps pour qu’un être tout entier soit réchauffé. Pour l’occasion, c’était Seth qui le maintenait à une température acceptable. Comme lorsqu’ils étaient entrés dans le château, ils sortiraient main dans la main. Cette idée aurait pu procurer du bonheur à Sidned si seulement il ne s’était pas brutalement senti entraîné par la démarche sec de Seth. C’était à la fois un profond mélange de violence intérieure et de réconfort.

Ensemble, ils marchèrent vers ce qui serait leur liberté. Leurs pas les menaient vers la sortie. Chaque mètre qu’ils franchissaient faisait en sorte que Sidned sente déjà l’air lui caresser le visage avec cette étonnante fraîcheur d’automne. Le doux parfum amer de la nature qui se mourrait. L’automne et sa nostalgie toute particulière. C’était un rêve illusoire dont il ne se serait jamais vanté auprès de quiconque, mais Sidned se sentait pour le mieux en y songeant. Cette notion de liberté était essentielle à chaque être humain. Non, à chaque être vivant. Y compris les végétaux.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin devant la grande porte de bois massive, Sidned n’aurait jamais pensé que Seth la retrouverait aussi facilement. Quand on savait que lui-même avait mis des heures à retrouver la bonne direction, il aurait pu s’en sentir vexé. Il aurait pu s’il ne s’était pas s’agit de Seth. Rien n’échappait jamais à Seth.

Seth lui lâcha la main pour se tourner une dernière fois et observer ce qu’ils allaient enfin abandonner derrière eux. Avait-il des regrets ? Sidned ne savait pas. Seth ne laissait aucune expression le trahir. Pas plus qu’il ne prononçait mot.

-         Où va-t-on aller ensuite ? Demanda Sidned.

-         Nous allons simplement continuer notre route. Nous verrons bien où cela nous mènera.

Etait-ce vraiment censé ? Sidned se le demandait très clairement. Mais il ne doutait pas non plus qu’il était désormais trop tard pour revenir en arrière. Que ce soit chez eux ou ailleurs, Seth resterait un homme recherché par la loi. Sidned ne doutait pas que les experts soient parvenus à l’identifier. Si Seth tuait à mains nues, cela signifiait qu’il laissait ses empruntes sur le corps de ses victimes. Sidned avait bien envie de lui demander pourquoi. Pourquoi il agissait sans même tenter de se protéger un minimum pour la suite. Est-ce parce que tu te sais suffisamment intelligent pour fuir ? Est-ce que Seth parviendrait à échapper aux autorités à jamais ? Sidned avait conscience que c’était impossible, même pour quelqu’un comme lui. Alors pourquoi se fatiguer à ce point ? Pourquoi disséquer ses victimes vivantes ? Seth devait avoir une bonne raison pour le faire. Sidned ne voyait pas laquelle, mais il ne doutait plus de l’esprit tordu de son frère. C’était une vérité à laquelle il ne pouvait plus s’extraire.

Il revint à la réalité lorsque Seth refit face à la grande porte et lâcha sa main. Le froid revint le combler à une vitesse exceptionnelle. Et Sidned ne pu que contempler Seth qui venait de se saisir de la lourde poignée pour la tirer vers lui. Ses yeux se promenèrent sur son corps bien mieux bâti que le sien. Sur son dos dont il pouvait voir la fine musculature se dessiner à travers les plis de la chemise qu’il portait. Une chemise noire. Etait-ce la sienne ou celle de Virgil ? Plus Sidned regardait Seth, et plus il avait la sensation que quelque chose n’allait pas dans le bon sens.

-         Tu peux venir m’aider ? L’interrogea-t-il alors.

Sa respiration était plus rapide. Sidned ne bougea pas sur le coup. Pas tout de suite. Son cerveau n’avait pas encore intégré ce que cela signifiait. Car il se recouvrait de plus en plus de cet épais brouillard qu’étaient ses perceptions de ce qui l’entourait.

Comme il restait planté sur place, Seth le saisit par les cheveux et le força à le rejoindre. La poignée était suffisamment large pour qu’ils s’y mettent à deux. Sidned posa ses mains sur le métal glacial et ressentit une décharge électrique se répandre dans son cerveau. De la panique. De la douleur. Il haussa les épaules et tira avec Seth. Ce n’était pas la première fois que ça arrivait.

-         Tire de toutes tes forces, Sidned. Cette porte doit être usée par l’âge. Je ne vois pas d’autres explications.

-         Ou tu ne désires pas en voir d’autres. Pourtant, de nous deux, tu es le plus habile quand il s’agit de ce genre de choses.

-         Ferme-là ! Surtout ferme-là, Sidned ! Je n’ai pas envie de t’entendre pleurnicher maintenant.

Avec son faible poids, Sidned tira de toutes ses forces. Comme lui avait demandé Seth. Parce que c’était Seth qui lui demandait. Il tenta de forcer sur la poignée en y mettant tout ce qu’il avait dans le ventre. Jusqu’à ce qu’une fine pellicule de transpiration ne recouvre son front. Jusqu’à ce qu’il cède au peu de résistance qu’il possédait. Sidned se recula et regarda Seth l’imiter. Il sentait en lui un désagréable mélange d’énervement et d’excitation. Sidned n’aimait pas ces sentiments qui s’exprimaient en Seth. Aussi ferma-t-il immédiatement son esprit comme il avait l’habitude de le faire en sa présence. Seth lui laisserait sinon un souvenir de toute son âme pendant des heures à venir, et Sidned ne le supporterait pas.

-         Du sang et des cris, murmura-t-il.

Seth le regarda en fronçant les sourcils. Il avait déjà compris où il voulait en venir. Incontestablement bien avant lui. Le dire à voix haute était une autre affaire. Alors Sidned s’en chargeait pour deux.

-         Nous ne parviendrons pas à sortir d’ici, ajouta-t-il.

-         Je le sais, consentit à répondre Seth. On ne veut pas nous voir quitter cet endroit.

-         Est-ce que c’est Virgil d’après toi ?

-         Sans doute. Je dois reconnaître que cet homme n’est pas un imbécile. Il avait tout calculé depuis le début.

-         Tu ne sembles pas plus affecté que ça ne devrait, fit remarquer Sidned.

Car en aucun cas Seth ne semblait paniquer. Ce n’était pas comme toutes ces autres personnes dont Sidned avait pu ressentir les émotions en touchant la poignée. Des émotions de tout âge. De tout sexe. De toute époque. Les émotions de personnes qui avaient cherché à fuir comme eux. Ou du moins comme lui. Seth se moquait de quitter ou non cet endroit. Sidned n’y était pas aveugle. C’était si perceptif.

-         A vrai dire, je ne suis pas étonné.

Sidned leva son regard sur lui. Il y avait des cernes sous les yeux de Seth. Elles prouvaient qu’il n’avait pas dormi durant la nuit dernière. Pas même une heure. Pas même une minute. Et pourtant, cela ne retirait rien au charme de son visage. Il possédait infiniment cette beauté diabolique. Cet éclat à vous rendre fou. Et par-dessus tout, il possédait l’intelligence d’un homme capable de se servir de ses charmes comme d’une menace. Lorsque Sidned le regardait, il avait l’impression que Seth riait. Il y avait dans ses yeux un sourire. Un sourire qui disait Personne ne m’aura jamais. Je ne suis pas un homme que l’on prend entre ses filets. Seth se disait probablement être un spécimen rare. Un spécimen trop rare pour Virgil puisse le piéger à sa guise.

Tandis que Sidned se prenait d’admiration et de terreur pour Seth, il vit ses lèvres bouger avec frénésie.

-         Virgil doit sûrement réellement s’ennuyer pour vouloir nous garder entre les murs de son château, dit-il en souriant. Si c’est d’égayer ses journées qu’il attend, je vais lui servir ce divertissement sur un plateau d’argent.

C’était dit. Tout en Seth masquait un poison venimeux. Sidned préféra rester silencieux. Il comprenait le jeu de son frère. Il se faisait une raison. Seth défendrait corps et âme cette fierté qui était la sienne. Et lui dans tout ça ? Lui, que deviendrait-il au centre de ce duel ? Une cible. La cible en trop.

Sidned se rapprocha de Seth, passa ses bras autour de sa taille et se colla à lui. Seth le laissa faire. Comme ce jour-là. Comme ce jour où Sidned avait eu besoin de se sentir soutenu. Mais Sidned ne pleurait pas. Cette fois, il avait juste peur de défaillir. Et heureusement, Seth ne le repoussa pas. Il ne passa néanmoins pas ses bras autour de lui. Car il réfléchissait. Il guettait les alentours.

A l’intérieur de ce château aux apparences luxueuses, on les regardait. On ricanait. On se riait de leur situation. Autant que Seth pouvait sourire. Autant que Sidned pouvait se serrer contre son corps chaud. Ne jamais se séparer de ce qui est précieux, pensa-t-il. Ne jamais perdre l’essentiel de vue. Car c’est à deux que nous devrons sortir d’ici. A deux.

S’il avait senti la menace arriver, Sidned n’avait pas été assez rapide pour en échapper. A présent, ils devraient l’affronter. Mais Seth continuait à sourire. Et la possibilité d’être séparé de lui effrayait douloureusement Sidned. Sa peur était à son sommet maximum. Je te jure de tout faire pour ne pas fuir seul. Car il en mourrait. Il mourrait sans Seth. En égoïste, il ferma les yeux et attendit que la suite des évènements survienne.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sexy sur erog.fr - Contact - C.G.U. - Signaler un abus

: les blogs pour adultes d'