Chapitre VI.
Partie 1
L’aurore teintait le ciel d’une douce couleur orangée tandis que Seth portait sa tasse à ses lèvres. Du café. Fort comme il l’aimait. Assez amer pour le tirer de sa transe matinale. Il n’avait
pas dormi cette nuit. Quand Virgil lui avait demandé s’il était d’accord pour continuer à écouter ses explications sur les divers poisons en sa possession, Seth n’avait pas hésité un instant. Il
avait immédiatement accepté. Et la discussion avait pris le chemin des armes appropriées pour impressionner une quelconque victime potentielle. Evidemment, Seth s’était enthousiasmé des discours
de Virgil. Que ce soit sur la composition des poisons comme de leur utilisation. Virgil était juste passionné, et les gens passionnés étaient intéressants. Extrêmement surprenants et menaçants.
Seth s’était alors rendu compte qu’avant de quitter les lieux, il avait eu besoin d’en apprendre plus sur Virgil. Car Virgil représentait à ses yeux un élément susceptible de devenir un
adversaire de taille. Et Seth n’aimait pas laisser ce genre d’individu derrière lui sans le connaître véritablement. Sans lui trouver au moins un côté néfaste à sa personne. Aussi intelligent et
nuisible soit-il, Virgil avait bien une faiblesse. Quel humain n’en avait pas ? En tout cas, Seth était assez méfiant pour savoir que la vie était parfois faite de surprises. Certaines
rencontres s’oubliaient vite, d’autres pouvaient se reproduire.
Malheureusement, il arrivait que certaines personnes ne coopèrent pas avec facilité. Seth ne l’aurait avoué à personne, mais lorsqu’il voyait Virgil siroter son propre café avec un air détendu, il se disait qu’il ne s’agissait pas d’un homme dépourvu de sens. Comme lui, Virgil observait. Virgil traquait. Il attendait patiemment le moindre signe. Aussi infime soit-il.
- Je ne pensais pas vous voir rester plus longtemps, Seth, fit soudainement remarquer Virgil. Votre présence chez moi m’honore. Je ne cesse de vous le répéter.
Seth ancra aussitôt son regard dans le sien. Un regard qu’il voulait bien évidemment envoûtant.
- Je suis le premier à être honoré, Virgil. Votre démonstration des plus grands poisons m’a ébloui. Je ne pensais pas cela possible.
- Dois-je comprendre que c’est une sorte de remerciement ?
- Je dirais davantage une marque de respect. S’il y a bien une chose que je déteste, ce sont les remerciements. La politesse avec laquelle ils sont dits les rend superficiels.
- C’est un fait.
Virgil se tue un instant pour rassembler ses idées et reprendre presque aussi vite.
- Néanmoins, vous connaissez à présent l’un de mes secrets les plus intimes, Seth. N’auriez-vous pas en retour l’amabilité de me parler davantage de vous ? Je ne tiens pas à vous connaître en détails, ce n’est pas mon objectif, bien entendu. Mais j’aimerais savoir quelles sont vos motivations actuelles. Après tout, vous êtes entré par effraction chez moi.
- Subtil. Serait-ce une façon d’obtenir quelques informations essentielles à mon sujet ? Je croyais vous avoir dit que je n’aimais pas la politesse mal placée.
- Si seulement c’en était. Il se trouve simplement que j’aime savoir à qui j’ai affaire. Tout comme vous semblez vous amuser à le faire…
Quelque chose dans la voix de Virgil fit comprendre à Seth qu’il ne plaisantait pas. Il n’avait pas envie de dissimuler son jeu plus longtemps. Dans ces conditions, à quoi bon continuer à se cacher lui-même face à quelqu’un d’aussi perspicace que l’était Virgil Preston ?
- Vraiment, ironisa Seth, vous venez de me prendre au piège ! Je ne m’attendais pas à ça, et je suppose que je suis forcé de reconnaître que je n’ai pas fait preuve des meilleures distinctions à votre égard, n’est-ce pas ? Dans ce cas, allez-y, Virgil. Posez-moi vos questions. Je jugerai ensuite s’il me semble bon ou pas d’y répondre comme vous le désirez.
- Je n’en attendais pas moins de vous. Vous êtes bien à l’image que vous voulez donner de vous. En réalité, j’aurais voulu connaître la raison qui a fait que vous vous trouviez dans ma demeure au beau milieu de la nuit. La vraie raison. Mais je doute que vous me la donniez.
Quelle lucidité ! Pensa Seth. Lui aussi est à l’image qu’il veut bien donner de lui.
- Par contre, continua Virgil, je me demande ce que quelqu’un comme vous peut bien trouver à la région. Nous ne sommes pas loin de Londres, c’est vrai, mais vous ne me semblez pas être fait pour ce genre d’endroit touristique. A moins que ce ne soit qu’une question de goût pour les spécialités régionales ? Le vent est baigné des senteurs maritimes à perte de vue.
Et il n’avait pas tout à fait tort. S’il y avait bien quelque chose que Seth détestait par-dessus tout, c’était le tourisme. Il ne supportait qu’à très faible dose l’ambiance touristique de la capitale. Pour le nombre élevé de personnes qu’on y rencontrait, mais également pour les origines de celles-ci. Seth était ce que l’on appelait un voyageur inhabituel. Il s’introduit partout sans pourtant pouvoir supporter longuement ce qui lui était étranger et qu’il peinait à comprendre.
- C’est la première fois que je mets les pieds dans le sud de l’Angleterre, répondit Seth sans le contredire.
- Vraiment ? Et qu’est-ce que cela vous inspire ?
- Pas grand-chose pour être honnête. Il faut dire que mon voyage s’est vu offrir une pause imprévue.
- Et quelle pause ! Elle vous aura entraîné jusqu’en ma demeure.
- Je ne le regrette pas.
Virgil émit un petit rire.
- Oh vraiment, Seth… Pourquoi débattre à ce propos lorsque nous savons tous les deux que vous aviez de toute façon prévu depuis le début de faire une halte ici ?
- Est-ce ce que vous croyez ?
- Absolument.
- Virgil, murmura Seth, vous ne manquerez donc jamais une occasion de me surprendre ?
- C’est uniquement parce que je sais que vous seriez le premier à le faire.
Seth enlaça ses longs doigts sur la table sans lâcher du regard Virgil. En temps normal, il aurait tout fait pour se débarrasser au plus vite d’un type tel que lui. Un homme censé qui s’amusait à lui faire savoir à quel point il n’était pas dupe de ses manigances. Depuis cette nuit, il arrivait à Virgil de le piquer. Mais Seth ne s’en plaignait nullement. Après tout, ça ne rendait que plus amusante la situation.
- Je suis surpris que vous ne posiez pas d’autres questions, dit-il d’une voix posée. D’une voix qui ne laissait rien percevoir de son humeur actuelle.
- Est-ce ce que vous attendez de moi ?
- Je ne sais pas. Peut-être vous aurais-je imaginé plus curieux. Vous ne semblez jamais poser de questions au hasard.
- Eh bien, j’ose supposer que nous sommes tous les mêmes. Nous avons tous envie de savoir à qui nous avons à faire face. Dans mon cas, j’aurais sans doute voulu savoir comment était la région d’où vous veniez. Il est rare que des voyageurs du nord de l’Angleterre se plaisent à venir me rendre visite.
- Edimbourg n’est en rien extraordinaire.
- Réellement ? Est-ce réellement ce que vous pensez d’un lieu où vous avez dû passer de nombreuses années paisibles ? C’est tout du moins ce que j’imagine.
Un sourire perfide qui se voulait de lui tirer les vers du nez. Seth allait immédiatement reprendre la parole pour détourner Virgil de son objectif premier quand une jeune servante entra dans la pièce, un plateau d’argent entre les mains. Un plateau contenant un journal. Seth tiqua mais ne dit rien. Il s’abstint davantage quand il surprit les yeux dépourvus de cette intelligence nécessaire lorsque l’on voulait jouer dans la cours des grands. En l’occurrence, lorsque l’on voulait faire partie du festival de fausses intentions que venaient d’inaugurer Virgil à son égard comme envers celui de Sidned. Il attendit patiemment qu’elle soit sortie de la pièce avant de parler.
- Il faudra que vous m’expliquiez, Virgil.
- Quoi donc ?
- Comment un homme qui réside au sommet d’une colline et qui semble à peine s’être adapté au monde moderne peut-il se procurer le journal ?
- Ce n’est qu’une question d’organisation.
Il ouvrit ledit journal sans faire preuve de manières. Comme s’il n’était déjà plus présent dans la pièce. Mais Seth était bel et bien là. Par-dessus tout, il ne supportait pas le moins du monde d’être ainsi mis au second plan. Il était indispensable. Trop important pour être oublié.
- Ne vous fichez pas de moi. Il y a des kilomètres qui séparent ce château du bas de la falaise. Sans compter le chemin à faire pour atteindre le village le plus proche. La probabilité pour que vous y parveniez en une matinée est inexistante.
Virgil ne leva que légèrement les yeux de son journal. Si légèrement que Seth se demandait s’il n’avait pas dans l’idée de le faire enrager secrètement. Seth ne doutait pas un instant que Virgil ait remarqué ce côté de sa personnalité. Et sans doute devait-il prendre un malin plaisir à tenter de le mettre hors de lui. A tout faire pour le pousser à démontrer de quoi il était pleinement capable. Cependant, Seth ne comprenait que trop bien sa tactique. Il comprenait où Virgil voulait en venir. Il se demandait alors si un homme tel que lui ne désirait pas simplement prendre le dessus. Si ce n’était pas son but depuis le début.
Connaître son adversaire en profondeur. Trouver ses points faibles. La prendre au piège. Il était bien mieux placé pour le savoir. Seth se savait à l’épreuve de tout. Il y avait maintenant longtemps qu’il avait dépassé les limites de l’acceptable et joué avec le feu. Virgil avait beau être impressionnant et doué d’esprit, il ne le surpassait pas. Il avait beau être charismatique, Seth se situait à un niveau plus élevé que lui.
- C’est amusant, dit brusquement Virgil. J’ai l’impression de voir votre esprit calculer chacun de mes mots et de mes gestes avec minutie. C’est impressionnant ! Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme vous auparavant. Jamais. Je souhaiterais juste continuer à discuter avec vous dans la tranquillité, Seth. Me l’accorderez-vous ?
- A la seule condition que vous m’expliquiez certaines choses.
- Telle que mon organisation dont la probabilité d’existence est nulle ? Je vous croyais intelligent, Seth…
Seth prit la mouche mais ne le fit pas savoir. S’il y avait une insulte qu’il ne supportait pas, c’était bien celle adressée à celui qu’il était devenu. Même durant la période où il était resté accro à l’héroïne, Seth n’avait jamais délaissé cette intelligence dont la nature l’avait généreusement doté. Pas plus que ce corps parfait qu’était le sien. Il se savait être à part de l’humanité pourrie au sein de laquelle il vivait. Il était un maillon fort et résistant.
- Je le suis justement suffisamment pour remarquer que tout n’est pas ce qu’il semble être. Vous le premier, Virgil.
- Et si je disais que l’imagination peut prendre le poids sur la réalité ?
- Je dirais que vous mentez. Je ne suis pas quelqu’un que l’on dupe facilement. Aussi étrange cela puisse-t-il paraître, je peux sentir quand ce qui m’entoure n’est que tromperie. Et il semblerait que ce château abrite quelques mystères qui me sont encore inconnus.
- Quelle franchise, Seth ! Je suis flatté de l’admiration que vous me portez. Seriez-vous prêt à mettre en jeu votre tête sur cette théorie ?
- Même plus que ma tête. Vous ne seriez pas le premier sur qui je parierais mon âme. Quitte à l’y jeter au feu.
Un avertissement. La preuve qu’il n’était pas n’importe qui. Virgil écarquilla les yeux en une fraction de seconde, ne s’étant sans doute pas attendu à autant de franchise. Puis, il reprit la lecture de son journal. Le sujet était clos. Mieux valait ne rien ajouter. Car lui comme Seth étaient conscients qu’il était préférable de conserver une atmosphère sereine. Aucun d’eux ne pouvait prévoir les réactions que pouvait entretenir l’autre. Personne n’était à l’abri du danger.
Cependant, le silence qui accompagna Virgil dans sa lecture ne fut pas de longue durée. Il posa son journal à plat sur la table. Les feuilles de vieux papier que Seth jugeait comme sales laissèrent planer cette odeur habituelle qui les accompagnait sans cesse. Virgil le jaugea ensuite du regard et fit un demi-sourire. Seth préféra attendre qu’il daigne bien s’exprimer plutôt que de le faire lui-même. C’était mieux ainsi. C’était bien mieux quand on laissait parfois le destin venir à soi.
- C’est surprenant, dit enfin Virgil. Je ne m’attendais pas à lire une chose pareille de si bon matin.
Sa voix était celle d’un homme à la fois blasé et fasciné. Seth envisagea d’abord le visage de Virgil, puis se décida à jeter un œil plus attentif aux pages qui s’étalaient non loin de lui. On ne pouvait plus précis. On ne pouvait plus clair. L’image d’un cadavre recouvert d’un drap non loin d’un petit bar rustique. Le titre de l’article était tout aussi évoquant : Meurtre de sang froid au cœur d’un petit village éloigné du monde. C’était apparemment du jamais vu. Seth joua la carte de celui que ça surprenait. Comme ça aurait sans doute dû surprendre n’importe qui. Même s’il savait que Virgil avait désormais à l’esprit qu’il n’était pas quelqu’un de banal.
- Je ne dirais pas que je trouve cela atroce, dit-il, mais tout de même, un meurtre au sein d’un petit village où les habitants sont censés tous se connaître, ça a de quoi surprendre.
- Apparemment, commenta Virgil, la victime serait un homme de la quarantaine passé. Il aurait été tué dans la chambre d’une auberge non loin d’ici en pleine nuit.
- J’ose supposer qu’il s’agit là du lieu et du moment les plus propices lorsque l’on souhaite ne pas se faire remarquer. Est-ce que l’on a retrouvé l’arme du crime ?
Etrangement, le sourire de Virgil s’agrandit. Seth ne comprenait pas son attitude, et il se méfia brusquement davantage.
- La victime aurait été tuée de sang froid. Elle aurait été droguée, puis ouverte de part en part sans aucune forme de principe. A mains nues. Les experts décrivent la scène sous la forme d’une véritable boucherie si je puis m’exprimer ainsi. En d’autres termes, ça ressemble tout bonnement à du cannibalisme.
Seth prit un air hautement dégoûté.
- C’est répugnant, dit-il.
- Il y a, en effet, fort à imaginer que ce n’était pas beau à voir.
- Pensez-vous qu’il s’agisse de l’œuvre d’un détraqué ? Demanda Seth.
- C’est ce que pensent en tout cas les enquêteurs.
- Mais vous, Virgil ? Qu’en pensez-vous ?
Virgil prit un air plus sérieux sans pour autant perdre l’esquive de sourire qui animait ses traits. Il ne semblait pas plus affecté que ça aurait dû l’être. Seth s’en apercevait sans mal. A vrai dire, Seth n’avait aucun mal à distinguer ce genre de caractéristique quand elle se riait des autres sous son nez. Le meilleur des spectacles est parfois le plus incongru. Celui qui met le plus mal à l’aise en temps normal, songea-t-il aussitôt. Et il se doutait pertinemment qu’il ne devait pas avoir totalement tort. Que si certains aspects valaient pour lui, ils valaient peut-être pour d’autres. A la seule différence qu’il fallait juste oser les exprimer.
- Je ne sais réellement qu’en penser, répondit Virgil. Ce meurtre n’a pas plus d’attrait qu’il ne devrait sur moi.
- De l’attrait ? Quelle curieuse interprétation des faits.
- Vous n’en semblez pas plus choqué que moi, Seth, se justifia-t-il. Allons, assez de ces faux sentiments ! Qu’en est-il pour vous ?
- Pour moi ? S’étonna Seth qui ne s’était vraisemblablement pas attendu à ce que la question lui soit retournée. Mais il semblait apprécier la démarche. Pour moi… J’avoue être attiré tel un aimant.
- Comment ça ?
Il s’éclaircit la voix afin de confier son interprétation des faits à Virgil. Virgil l’écoutait et c’était tout ce qu’il voulait. Qu’il remarque son état d’esprit hors contexte traditionnel. Qu’il lui trouve cette originalité que les autres hommes perdus au sein de cette humanité folle ne possédaient que trop peu avec toutes les convenances qui s’y accordaient.
- Saviez-vous que chacun est naturellement attiré par ce genre de spectacle ? Questionna-t-il. Personne n’ose se l’avouer, mais je ne me le suis jamais caché. Les hommes sont des créatures qui raffolent d’action. Plus la tragédie est grande est plus elle attirera de monde. Elle m’attire aussi. Aussi incroyable puisse-t-il paraître, je raffole de ces évènements. Je prends plaisir à entendre parler d’un meurtre commis. Pas vous ? N’êtes-vous pas comme tous ces hommes ?
Virgil parut perplexe.
- Je n’ai que trop de mal à comprendre. En quoi êtes-vous différents des autres hommes en ce sens ?
- Je suis différent d’eux car je ne m’en cache pas. Allez demander à l’un ou l’autre habitant si cet article l’a émoustillé l’espace de quelques secondes. Si l’excitation ne s’est pas emparée de lui à un instant. Sa fierté vous répondra que non bien entendu. La mienne en revanche vous dira qu’elle s’est régalée du spectacle. Je vénère tout ce qui touche à l’interdit. Tout ce qui chasse mon ennui, même si ce n’est que pour quelques secondes. Après ça, je peux commencer ma journée sous les meilleurs hospices.
- Donc, si je comprends bien, cette journée commence pour le mieux en ce qui vous concerne uniquement parce que vous vous êtes régalés de faits interdits ?
- Tout à fait.
Loin d’être convaincu, Virgil ne chercha pas à cacher l’impression que lui procurait toute cette sombre histoire. Son sourire avait perdu de sa grandeur. Il paraissait plus renfermé sur son propre ressenti.
- Plutôt banal, conclut-il. Tout ça ne m’inspire pas grand-chose. Je ne vois pas en quoi le meurtre d’un homme peut-être excitant. A mes yeux, il est aussi lassant que grotesque. Sans intérêt.
C’était dit. Ca aurait pu être inquiétant si Seth n’avait pas prévu la réaction de Virgil. N’était-on pas lassé lorsque l’on en avait trop vu ? Certainement. Même plus que certainement. Mais Seth avait voulu provoquer cette réaction. Par-dessus tout, il avait eu envie d’entendre Virgil dévaloriser la nature même de ce qui aurait dû avoir un sens tragique. C’était pour lui la preuve qu’il avait en partie saisi le personnage qu’était Virgil. Mais seulement en partie. Seth savait qu’il allait de découverte en découverte. Cela s’appliquait bien évidemment dans le sens inverse. Car il le considéra durant un long moment.
- Vous verrez, Virgil, dit Seth. Vous verrez un jour combien la mort peut avoir du charme.
- Mais je le sais déjà, Seth. Reste juste à savoir si votre vision pourrait concorder avec la mienne. Car je vous avoue que je suis assez sceptique. Néanmoins, je ne vous en trouve pas moins de plus en plus original et attrayant à mon goût.
Original et attrayant. Seul un homme doté d’un esprit tel que le sien pouvait comprendre que ces mots avaient été choisis avec soin. Virgil possédait un vocabulaire éloquent qui ne laissait la place à aucune faille. Qui ne contournait certes pas la signification qu’il voulait en donner. Et si Virgil disait de lui qu’il était original et attrayant, Seth savait parfaitement à quoi s’attendre de lui. Lorsque les gens étaient aussi clairs, c’était juste parce qu’il y avait moyen de communiquer ouvertement avec eux. Seth espérait alors que Virgil soit suffisamment ouvert d’esprit pour accepter de lui tout ce qu’il aurait à lui donner. Car Seth trouverait Virgil tout aussi original et attrayant quand il daignerait bien vouloir s’accorder sur la même longueur d’onde que lui. Oui, il le trouverait plaisant.
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