Partie 2
Yanis envisagea sa montre en haussant les sourcils. Il n’était pas loin de midi et ça faisait des heures qu’il attendait de voir ce que Maxime avait à lui montrer. Il n’était pas le maître de la
patience. Surtout lorsque la route s’éternisait en voiture. Mais il fut heureux lorsque celle-ci se gara proche d’un champ. Il ne connaissait pas cet endroit. Il ne l’avait jamais vu auparavant.
Des plaines s’étendaient tout autour de lui. Il pouvait même voir des montagnes au loin. Où les avait donc emmenés Maxime ? La seule chose qui semblait assez familière au milieu de toute
cette étendue était une maison. Une grande maison qui semblait avoir été entamée par l’âge.
- C’est ce que tu voulais me montrer ? Demanda-t-il.
Etrangement, sa voix était douce. Pour la première fois de cette journée. Lui qui était toujours aussi franc et dur qu’autrefois saisissait déjà l’ensemble de la situation. Il sentait que cette habitation qui semblait avoir été délaissée depuis des années provoquait un tumulte de sentiments en Maxime. Des sentiments qui l’atteignaient lui aussi. Aussi curieux que cela puisse paraître.
- C’était la maison de mon grand-père, répondit Maxime.
Et Yanis comprit pourquoi il avait senti son compagnon si nostalgique. Il se souvenait encore de ce jour où il l’avait vu pleurer. Pleurer parce que son grand-père était mort. Parce qu’il n’aurait même plus l’espoir de le revoir un jour. Ces larmes avaient touché Yanis. Considérablement. Elles avaient changé sa façon d’envisager Maxime et sa joie de vivre. Elles lui avaient fait prendre conscience que celui-ci n’était pas imperméable aux tristesses de la vie. Depuis ce jour, il avait gardé en secret ces larmes comme si en reparler pourrait porter malheur. Peut-être parce que pleurer n’allait pas du tout à garçon plein de joie.
- Ton grand-père est décédé depuis plus de dix ans maintenant, je me trompe ?
- C’est exact. Et ça fait plus de dix ans que cette maison est abandonnée. Je crois que mes parents n’ont même pas voulu considérer qu’elle existait encore. Même avec l’héritage. Du coup, j’estime qu’elle me revient de droit.
- Mais, Maxime… Ca fait dix ans. Tu te rends compte de ce que ça représente ? Tu aurais pu penser plus tôt à ça, non ?
Tout en parlant, Maxime se décida enfin à aller vers cette vieille demeure faite entièrement de bois. Un bois qui était par endroits rongé par les termites. Yanis lui emboîta le pas, se demandant s’il savait encore ce qu’il faisait. S’il n’agissait pas ainsi par pur sentimentalisme.
- Je suis venu la voir à plusieurs reprises au cours de ces dernières années.
- Tu ne me l’as jamais dit.
- C’est parce que dans ces moments, sa présence me manquait. J’avais envie de me remémorer les bons souvenirs d’avant. Par contre, je n’ai jamais osé entrer dans la maison. Pas tout seul en tout cas.
Ils s’étaient arrêtés devant la porte. Porte de bois qui ne se fermait même plus convenablement. Maxime avait posé sa main dessus. Il hésitait considérablement. Il hésitait à se replonger dans l’univers passé de son défunt grand-père. Yanis l’observa, comprenant au bout de quelques instants qu’il ne ferait rien sans son soutien. Ils étaient un couple uni désormais. Un couple qui livrait ensemble le même combat au quotidien. Ne devait-on pas se soutenir dans un couple ?
- Tu veux entrer cette fois-ci ? Proposa-t-il.
- Seulement si tu le fais avec moi.
- Bien entendu.
Ensemble, ils poussèrent la porte qui grinça. Ensemble, ils entrèrent dans la maison. Une odeur de moisissure leur monta aussitôt aux narines, envahissant leur gorge. Tout comme l’épaisse couche de poussière qui recouvrait l’entièreté du sol et des meubles. Yanis toussa plusieurs fois avant de se reprendre et de balayer les alentours de son regard pénétrant.
- Je peux te dire avec certitude qu’il ne doit pas y avoir d’esprits ici, lâcha-t-il avec le plus grand sérieux.
Maxime eut un frisson.
- Tu n’es pas drôle, Yanis.
- Désolé, il fallait que je saisisse l’occasion. Elle était à portée de main.
- Ouais…
Il passa une main sur un premier meuble et en essuya la poussière. Les biens matériaux ne semblaient pas avoir été fort touchés. La pièce était plongée dans la pénombre due à la crasse qui recouvrait les vitres, mais il ne lui était pas bien difficile de tracer son chemin tout en effleurant de ses doigts tout objet qui se trouvait à sa portée. De son côté, Maxime circulait comme bon lui semblait. Il connaissait encore les lieux comme s’il était parti la veille. Au bout d’un moment, il arriva devant un vieux fauteuil qui avait élu domicile devant la cheminée. Une cheminée d’où il restait encore les cendres froides. Maxime s’assit, faisant craquer le tissu.
- Tu vas te salir, fit remarquer Yanis.
- Je m’en fiche. La prochaine lessive sera pour moi si tu veux.
- Je disais juste ça comme ça.
Mais déjà Maxime ne l’écoutait plus.
- C’était là qu’il s’asseyait toujours. Moi, je m’asseyais par terre non loin de lui. Et on parlait tous les deux.
- Tu aimais ces moments ?
- Je les adorais. Malheureusement, je n’ai pu en profiter que quelques mois.
- A cause de tes parents, c’est ça ?
- Oui.
- Tu ne m’as jamais vraiment parlé de tout ça.
- Je n’en n’ai surtout jamais vraiment parlé à personne.
Yanis ne répondit pas, décidant de continuer son exploration de tout ce qui l’entourait. Il ne le disait pas, mais il aimait à savoir que quelqu’un avait vécu ici. Il aimait s’imaginer qu’un homme ait pu passer des années de son existence dans cette maison à l’écart de tout. A l’écart du monde. Seulement entouré de la nature. Une nature magnifique. Quand Yanis découvrit un cadre posé sur une petite table, il ne pu se retenir de le saisir entre ses mains et de l’en débarrasser du plus gros de la poussière qui le recouvrait. Il distingua alors une photographie. Celle d’une jeune femme. Il n’en fut que plus curieux. Absorbé par l’image, il ne remarqua même pas que Maxime l’avait rejoint.
- Elle est belle, n’est-ce pas ? C’est la meilleure photo que mon grand-père ait prise.
- Qui est-ce ?
- Ma grand-mère. Quand elle était encore jeune. Je n’ai jamais eu l’occasion de la connaître, mais il me parlait énormément d’elle. Elle était son âme sœur. Il se plaisait à le dire.
- Il devait infiniment l’aimer pour parler d’elle de cette façon.
- Il l’aimait, oui. En tout cas, son absence l’attristait. Chaque jour. Elle est morte avant lui.
A cet instant précis, ils échangèrent un regard troublant. Au milieu de ces souvenirs, ils se demandaient brusquement s’il était possible d’aimer quelqu’un jusqu’à souffrir de ses absences. Jusqu’à ce que la mort vous arrache à ce monde. Jusqu’à enfin pouvoir la rejoindre. C’était parfois effrayant de voir jusqu’à quel stade pouvaient conduire les sentiments éprouvés pour l’autre. Et pourtant, Maxime comme Yanis se savaient prêts à tous les sacrifices si c’était pour le bonheur de l’être aimé. Mais on n’en prenait pas toujours conscience. On vivait chaque jour sans s’en douter le moins du monde. N’était-ce pas ce qui s’était passé avec les grands-parents de Maxime ? Ne s’étaient-ils pas aimés sans penser au reste ? Sans penser que le temps n’était pas immuable ?
- Qu’est-ce que tu vas faire, Max ?
- Pour quoi ?
- Pour la maison.
Maxime se força à revenir sur terre. A réaliser qu’il se trouvait toujours à l’intérieur de cette maison qui lui avait tant manqué. Yanis le regardait, attendant sa réponse. Celle-ci vint alors sans qu’il n’ait besoin de réfléchir bien longtemps.
- J’y ai déjà réfléchi justement. Je veux la reprendre. La remettre en état. Peut-être même y vivre avec toi. Non, certainement y vivre.
- Dis-moi qu’il s’agit encore de l’une de tes supers idées farfelues ?
- C’est on ne peut plus sérieux.
- Voyons, Maxime, tu te rends compte de ce que ça représente ?
- Oui. Je m’en rends bien compte, et je m’y suis déjà préparé. Il y aura des travaux. Pas qu’un peu, c’est vrai. Mais imagine ce que pourrait être notre vie ici une fois la maison remise en état. Avec la voiture, tu ne serais pas plus éloigné de ton lieu de travail.
- Tu aurais tout de même pu m’en parler avant.
- Mais c’est ce que je fais, Yanis. Je t’en parle.
Yanis fit une moue désapprobatrice. Il n’aimait pas être surpris. Encore moins par son compagnon. Surtout pas par une situation telle que celle qu’il lui exposait. Il jugea bon de lui faire partager son avis.
- Je crois que tu es fou. Tu ne mesures pas l’étendue de ce que tu me demandes.
- Je te demande de vivre avec moi dans cette maison. C’est bel et bien ce que je souhaite. En toute sérénité d’esprit.
- C’est ce que je disais, tu es fou.
- C’est ce que je désire. Du fond du cœur.
Il était bien décidé à trouver tous les arguments qui pourraient le dissuader de son idée. Etait-ce une forme de test ? L’envie de le mettre à l’épreuve afin de savoir s’il tiendrait son objectif jusqu’au bout ? Quoiqu’il en soit, Yanis poursuivit sur sa lancée. Il n’était pas question pour lui de céder. Pas aussi facilement. Pas tout de suite.
- Tu es au moins conscient des travaux qu’il y aura à faire ? Tout ça va revenir cher.
- Je suis prêt à y faire face. Davantage si tu acceptes.
Maxime se releva du fauteuil, le contourna et s’appuya sur le dossier. Il voulait que Yanis accepte. Il voulait qu’il l’approuve. Qu’il lui dise accepter sa proposition. Y adhérer. Maxime ne rêvait que de cela. De toute façon, ce ne serait pas bien compliqué. Yanis ne demandait pas mieux qu’un peu de tranquillité. Il était né pour vivre dans le calme. Un calme parfois effrayant à travers lequel il pouvait méditer en paix sur tout ce qui l’entourait. Mais en attendant, Maxime ne fut pas surpris par sa réponse.
- Tu es imprévisible des fois. Je ne fonctionne pas comme toi. Est-ce que tu le sais ?
- Bien entendu. Mais rien ne me privait de la possibilité de tenter ma chance.
- Tu es incorrigible.
- Pour ne pas changer.
- Et si tu me faisais visiter le coin avant tout ?
- Tu veux le visiter ?
- A quoi tu t’attendais ? Tu ne crois quand même pas que je vais tout accepter avec autant de facilité ?
- Ca veut dire que j’ai au moins une chance pour que tu acceptes ?
- Infime.
A ces mots, Maxime comprit sans mal qu’il avait juste décidé de le faire languir. Cela signifiait que la suite s’annonçait bien. La seule idée que Yanis puisse avoir envie de découvrir les paysages alentours qui avaient faits son enfance lui serrait agréablement le cœur.
- Il y a un coin que je voulais justement te montrer, dit-il.
- Lequel ?
- Ce sont des chutes d’eau.
- Je vois.
Pour la seconde fois de la journée, il passa un bras autour des épaules de Yanis qui ne fit rien pour le repousser. Au contraire. Ils avaient tout deux des principes. Peut-être même opposés. Mais rien ne les empêchait de rester la plupart du temps ensemble. Rien ne les empêchait de se compléter. C’était leur vie. Celle qu’ils avaient choisie.
Et aujourd’hui, ils étaient bien décidés à avancer d’un pas supplémentaire. Peu à peu, au fur et à mesure qu’ils marchaient en direction des montagnes, leur image se dissipa jusqu’à ne finalement devenir qu’un point dans le lointain. Un seul et même point.
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Evan et Nathan se tenaient assis l’un à côté de l’autre sur le canapé blanc de la maison. Nathan n’avait toujours pas lâché la main d’Evan, et il ne semblait pas le moins du monde décidé à le faire. En face d’eux, Nash esquissa un sourire en coin, bien décidé à les faire parler.
- C’est rare de vous voir débarquer au beau milieu de la semaine, dit-il.
- C’est vrai, confirma Nathan.
- Et qu’est-ce qui nous vaut votre visite improvisée ?
- Juste l’envie de passer.
- L’envie de passer ? Juste ça ? Tu te moques de moi, Ev. C’est ça ?
- Eh bien…
Frédéric revint à ce moment dans la pièce avec quatre tasses de café. Il les servit sur la table de salon et alla s’asseoir à côté de lui. Lui aussi sentait que Nathan et Evan n’étaient pas là par hasard. Qu’il ne s’agissait pas d’un bête bonjour de passage. Il avait eu le temps de le lire dans les yeux d’Evan. L’espace de quelques secondes. Ils avaient tous les deux une importante révélation à faire.
- Est-ce qu’il va falloir que nous vous tirions les vers du nez ? S’impatienta Nash.
Le silence brisé, les deux autres consentirent enfin à se décider à parler. Se mettant d’accord, ce fut Evan qui prit la parole. A l’annonce de ce qui allait suivre, c’était bien à lui de le faire. Et puis, il n’avait aucune raison de faire des manières devant lui. Lui, son meilleur ami. Sauf que ce qu’il avait à annoncer était des plus sérieux.
- Ca fait un moment maintenant que nous en parlons Nathan et moi. Tu sais, ça fait quelques années que nous vivons ensemble. Et que ce soit Frédéric ou toi, vous connaissez parfaitement mon état d’esprit. Vous savez comment je suis.
- Evidemment. Mais où veux-tu en venir ? Je ne comprends pas.
- Nathan et moi nous aimons suffisamment pour ça. Si nous sommes ici, c’est pour que je puisse te demander…
Evan dû brusquement reprendre son souffle, prisonnier de ses émotions. Nash s’impatienta.
- Est-ce que tu veux bien être mon témoin ? Reprit-il d’une seule traite.
- Tu veux dire que vous allez…
- Oui, nous allons nous marier, intervint cette fois Nathan en voyant son fiancé en difficulté.
Evan dissimula son visage entre ses mains. Il redoutait tellement la réponse de Nash tout en se disant pourtant qu’il était impossible qu’il refuse. Car il s’agissait de son meilleur ami. Celui-là même qui avait toujours tout fait pour le voir heureux. Malgré les mauvais moments passés. Malgré les quelques disputes qu’ils avaient parfois eues. Mais ce mariage lui tenait tellement à cœur qu’il ne pouvait s’empêcher de se montrer stressé. Nous ne sommes pourtant plus si jeunes. Nous avons le droit de nous marier, se dit-il. La peur était pourtant toujours présente.
Nash nota sans doute son désarroi car il se leva pour se diriger vers lui. Arrivé à sa hauteur, il le serra dans ses bras. Evan fut forcé de lâcher la main de Nathan afin de pouvoir lui rendre son étreinte. Etreinte chaleureuse. Amicale. Une étreinte qui lui prouvait que Nash était juste heureux pour lui. Qu’il approuvait toujours ses décisions. Cette décision en particulier.
- Comment pourrais-je mieux t’exprimer ma joie ? Exprima son meilleur ami. Ta demande me fait vraiment plaisir. Bon sang, apprendre que tu vas te marier et que je serai ton témoin. Ca me touche beaucoup. En toute sincérité.
- Je suppose que ça doit quand même te surprendre.
- C’est sûr que je m’attendais à tout sauf à ça.
Frédéric qui n’était pas encore intervenu une seule fois depuis le début de la conversation posa sa tasse de café avant de prendre la parole. Il adressait tout autant que Nash un sourire de bonheur aux jeunes futurs mariés.
- Je suppose qu’il faut du cran pour oser se marier quand on est deux hommes. J’approuve totalement votre décision. Elle fait très plaisir à entendre. Vous avez déjà une date ?
Ce fut Nathan qui lui répondit. Une lueur de joie éclairait ses yeux noirs.
- Nous avons déjà envoyé pas mal d’invitations. Mais pour ce qui est de la votre, nous préférions vous la remettre en main propre.
Joignant le geste à la parole, il sortit une enveloppe pourpre de la poche de sa veste et la leur tendit.
- Est-ce que tes parents viendront aussi ? Demanda Frédéric.
- J’espère en tout cas les voir dans la salle ce jour-là. Nous nous sommes plus ou moins réconciliés, mais ma mère a encore beaucoup de mal à accepter la plupart de mes choix.
Nathan se souvenait parfaitement de sa sortie de Sainte Bénédicte. Après avoir obtenu son diplôme, il était retourné chez lui. Pendant deux mois entiers, il avait tenté une réconciliation avec ses parents. Il leur avait fait comprendre qu’il les respecterait à la seule condition qu’ils l’acceptent tel qu’il était. Il ne comptait pas changer. Et à vrai dire, il était plus ou moins resté le même. Il était devenu à la fois producteur et guitariste professionnel. Ca n’avait pas plu à sa famille, mais il n’avait pas abandonné ses projets pour autant. Il n’avait pas non plus laissé Evan derrière lui pour l’unique raison que leur union ne plaisait pas. Plusieurs années après, ils avaient tout de même acceptés de le rencontrer. Quelle surprise avait alors été la sienne en constatant que son père, médecin, s’était trouvé un point commun avec Evan qui commençait tout juste ses études dans le milieu. Ca avait été bénéfique. Actuellement, le jeune homme en était à sa dernière année et il le soutenait énormément.
- Elle a sans doute besoin de se faire à l’idée que son fils a choisi un chemin différent des autres. Ca ira mieux un jour.
- J’espère bien. Mais pour tout dire, je suis déjà très content de m’être réconcilié avec mon père.
Frédéric se tourna cette fois vers Evan qui ne perdait rien de sa bonne humeur. Au contraire. Il ne cessait plus de sourire.
- Comment se passent tes études ?
- Plutôt bien. Je suis en pleine préparation de mon mémoire. J’ai encore beaucoup de travail, mais tout devrait bien se passer.
- Dans ce cas, continue à t’accrocher. Je ne me fais aucun souci pour la suite. Tu es quelqu’un de…
Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Nash lui donna un coup de coude dans les côtes.
- Comment peux-tu lui parler de ses études alors qu’il vient de nous annoncer qu’il allait se marier ?
- C’était juste histoire de prendre des nouvelles de tout le reste. Tu sais très bien que je ne peux jamais m’empêcher de m’inquiéter pour vous tous.
- Comme à Sainte Bénédicte. Je sais. Mais là, nous ne sommes plus à Sainte Bénédicte. Nous sommes chez nous et nous profitons de la vie tant que nous le pouvons.
C’était plus fort que lui. Le temps avait passé, mais il ne pouvait s’abstenir de se montrer protecteur envers tous ces anciens élèves devenus désormais des hommes. Il avait appris à les connaître. Il les avait vu grandir. Prendre en maturité. Et maintenant, il vivait même avec Nash. Avec la personne qui lui était la plus précieuse. Qu’y pouvait-il ?
Mais Nash le comprenait. Il le comprenait si bien qu’il se rapprocha un peu plus de lui jusqu’à ce que leurs corps se touchent. Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il aurait toujours cette place essentielle dans la vie de chacun d’eux.
- Si je comprends bien, reprit-il, il va falloir que nous enterrions ta vie de garçon sage, Ev.
- Il le faut vraiment ? Plaisanta celui-ci.
- Oh oui !
Ils partirent dans des éclats de rire. Ils se réjouirent de ce mariage qui arriverait bien plus vite qu’ils ne le pensaient tous. Ils se réjouirent des heures durant. Ils avaient tous mérités d’en arriver là. De trouver un peu de bonheur l’un en l’autre. Bientôt, ils seraient tous de nouveau réunis comme à Sainte Bénédicte. Bientôt, ils se retrouveraient tous pour parler du bon vieux temps.
Peu à peu, les heures passèrent. Et le crépuscule tomba, noyant la maison de Frédéric d’une douce lumière dorée.
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