Avertissement

 

Ce blog contient des écrits à tendances homosexuelles.
Vous êtes prévenus.

Derniers Commentaires

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Résumés

Vie d’esclave : Le grand pharaon Haroeris demande à Maya, sa fidèle conseillère, de lui présenter un esclave pour faire passer le temps. Un banquet est alors organisé en son honneur où plusieurs jeunes hommes et femmes y seront présentés. Parmi ceux-ci, Haroeris devra faire son choix. Cependant, un jeune esclave attire particulièrement son attention.

 

Frères de cœur [en correction] : Dans un institut spécialisé, Terry et Ludovic vont tout deux tenter l’expérience de faire face à leur passé. Mais le destin réserve parfois bien des surprises.

 

Jeux dangereux : June est un homme hautain qui n’a jamais connu la défaite au poker. Mais lorsque son chemin croise celui d’un adolescent fragile qui sait y faire avec les cartes, sa vie prend brusquement un tournant inattendue.

 

Cabaret Améthyste [Co-écriture] : Cabaret Améthyste, charmant nom pour un lieu où huit jeunes hommes font tourner les têtes chaque soir grâce à leur physique de rêve. Mais à l’envers du décor, le paradis ne semble pas tout à fait parfait. Lorsque chacun tente de mener sa vie privée à sa façon, tout devient brusquement bien plus compliqué. Bienvenue en enfer ! Il y a des moments où il vaut mieux rester bien au chaud dans son lit.

Histoire en co-écriture avec Sheina.

 

Pour le sourire d'un ange [Co-écriture] : En rentrant chez lui, Alexis découvre un jeune homme évanoui dans la neige. Ne pouvant l’abandonner là, il l’emmène chez lui pour le soigner. Pourtant, il ignore tout de cet inconnu qu’il désire tant aider. Histoire en co-écriture avec Sheina. 

 

Mercenaire [Co-écriture] : La rencontre entre un mercenaire et un jeune homme devenu roi beaucoup trop jeune.

Histoire en co-écriture avec Sheina.  

 

La musique pour la vie [Co-écriture] : Décidé à recommencer sa vie à zéro de la façon dont il l’entend, Sacha quitte le foyer familial avec pour seuls bagages, un sac à dos et sa guitare. Artiste épris de liberté, il ne s’attendait certainement pas à ce que sa vie change autant en rencontrant Jack, le chanteur d’un groupe de rock. Histoire en co-écriture avec Kana.

Nuits éternelles: En plein cœur de l’Angleterre, deux frères aux personnalités totalement opposées cherchent à fuir leurs origines. Lorsqu’ils trouvent refuge dans un château de l’époque, ils sont loin de se douter qu’ils devront affronter un repère de vampires. Bien mieux que tout ceux dont ils aient déjà pu entendre parler. Bien plus différent de tout ce dont on parle dans les légendes. Et si les vampires étaient bien plus semblables qu’ils ne l’imaginaient ?

Fous à lier: Johan est suicidaire. Xanders est schizophrène. Tous les deux savent que vivre peut être difficile. Lorsque ces deux adolescents se rencontrent, c'est le clash. Comprendre les intérêts de l'autre s'avère compliqué. Surtout quand on se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique pour un temps indéterminé.

Lundi 1 septembre 2008

Partie 2

Ludovic l’obligea à se tourner pour qu’ils puissent se regarder droit dans les yeux. Du désir pour le jeune homme, il en ressentait bel et bien. Cependant pas au point de lui sauter dessus comme un sauvage. Pas comme leur père l’avait fait. Il n’était ni un salaud ni un pervers. Pourtant, il lui suffisait de se plonger dans les yeux verts de Terry pour y lire une peur infinie.

-         Laisse les ruptures dues au manque d’activité sexuelle pour les adultes. Nous, nous sommes encore jeunes. Nous avons largement le temps pour envisager tout ça. Tu peux te rassurer sur ce point. Je ne veux te forcer à rien. Je respecte tout à fait le fait que tu ais besoin de temps.

-         Je risque de ne jamais vouloir que tu me touches.

-         J’attendrai, Terry. Le temps qu’il faudra.

-         Et si je ne me décide jamais ?

-         Je resterai avec toi quand même.

Envisager une telle attente ne plu pas particulièrement à Terry qui se réfugia directement un peu plus dans ses bras, s’accrochant désespéramment à lui comme s’il pouvait le perdre dans les secondes à suivre.

-         Tu finiras par me tromper.

-         Il n’y a pas moyen que je fasse ça. C’est complètement hors contexte.

-         Qu’est-ce que tu en sais ?

-         Comment voudrais-tu que je prenne plaisir à faire l’amour à quelqu’un d’autre ? Tu es le seul pour qui j’éprouve des sentiments.

Terry ne fit que desserrer légèrement son emprise sur lui, lui signifiant qu’il lui faisait suffisamment confiance pour le croire. Il n’était pas soulagé pour autant. Il avait moins peur, mais il se sentait aussi mis au pied du mur. Car l’envie d’aller plus loin faisait partie des attentes de son petit ami. Il en avait la certitude.

-         Tu ne feras donc jamais rien à l’encontre de ma volonté ? Préféra-t-il néanmoins s’assurer.

-         Jamais, Terry. Jamais je ne ferai ça.

-         Je te crois, Ludovic. Mais c’est difficile pour moi. Envisager que nous puissions nous aimer d’une façon différente.

-         Ce serait d’une façon plus profonde. Mais pour ça, il faut que tu le désires toi aussi.

-         Tu as déjà fait l’amour ?

-         Non.

-         Même pas à une fille ?

-         Ce sera ma première fois avec toi quand tu accepteras de passer à cette étape.

Etrangement, Terry sembla se rassurer davantage. Relevant la tête qu’il avait enfuie contre son torse pour enfin le regarder, il osa timidement poser ses lèvres sur les siennes. Ludovic remarquait qu’il avait de plus en plus souvent ce geste à son égard. Une façon bien à lui de rechercher du réconfort. En conséquence, il approfondit ce baiser.

-         Nous sommes ensemble, mon ange. C’est tout ce qui compte.

-         Merci.

Ludovic partagea encore ce délicieux moment. Dans peu de temps, Elea les appellerait pour qu’ils descendent souper.

------------

 

Elle s’était une nouvelle fois débrouillée pour leur faire plaisir. Au menu de ce soir, ils avaient droit à du poulet à l’orange. C’était digne d’un grand chef. Pourtant, elle voyait bien que Terry jugeait ne pas avoir mérité un tel honneur. Il n’en fit toutefois rien savoir. Au contraire.

-         Votre cuisine est délicieuse, dit-il. Je n’ai jamais mangé quelque chose d’aussi bon et raffiné.

-         Tu n’es pas obligé de la complimenter de la sorte, lui fit remarquer Ludovic.

-         Je dis juste ce que je pense. Avant, je n’avais pas l’occasion de manger de la cuisine faite maison. C’est un régal pour moi.

Elea avait pu remarquer le ton paisible sur lequel son fils s’était adressé à son camarade. C’était bien la première fois depuis très longtemps qu’elle le voyait aussi gentil avec quelqu’un. Elle s’interrogeait de plus en plus sur Terry. Lors de leur visite des vignes, il avait à un moment paniqué. Même s’il s’était excusé, elle n’avait pas osé lui demander d’explication de peur de l’accabler par rapport à ce qu’il s’était passé. Elle ne le forcerait en aucun cas à parler. Ce n’était, selon elle, que la meilleure façon d’enfoncer quelqu’un dans son mutisme. Si Terry ressentait le besoin de se confier, il viendrait la voir de lui-même. Cependant, elle désirait en savoir plus sur ce jeune homme qui se tenait à sa table chaque soir depuis plusieurs semaines maintenant.

-         Tu ne m’as pas encore beaucoup parlé de toi, Terry. Comment ça se passe pour toi à Sainte Bénédicte ? Est-ce que les cours ne te semblent pas trop difficiles ?

-         Dans l’ensemble tout va bien, l’entendit-elle répondre d’une voix fine. Je me suis fait des amis dont Ludovic. D’ailleurs, pour ce qui est des cours, il m’aide énormément en sciences.

-         C’est vrai que Ludovic a un niveau extraordinaire dans ce domaine. Pour tout te dire, j’en suis d’ailleurs très fière. Les sciences constituent une discipline très compliquée de nos jours. J’en ai moi-même un grand attrait.

Elle vit le jeune homme jeter un coup d’œil à son fils, se voulant sans doute de vérifier quelle réaction il entretiendrait en l’entendant exprimer son opinion sur ce qu’il aimait le plus. Ludovic n’émettait aucune émotion particulière, se contentant de manger ce qui se trouvait dans son assiette.

-         Vous avez pourtant repris des études de droit. Je ne me trompe pas ? S’étonna alors Terry.

Elle lui prêta de nouveau attention.

-         C’est Ludovic qui t’a expliqué ça ?

-         Oui.

-         C’est bien le cas. Ca fait plusieurs années maintenant. A présent, j’effectue des stages qui me permettront de m’intégrer professionnellement dans le milieu.

-         Vous serez donc bientôt avocate ?

-         C’est mon souhait.

Le jeune homme n’en fut que subjugué. Il devait la trouver intelligente. Elle-même jugeait que cela n’avait rien d’extraordinaire lorsque l’on travaillait comme il se devait. Elle avait avant tout réalisé un vieux rêve de jeunesse dont elle s’était privée toute sa vie.

-         Et toi, Terry ? Il y a quelque chose que tu voudrais voir se réaliser dans l’avenir ?

-         Je ne sais pas encore.

-         Vraiment ? J’ai cru comprendre que tu avais un très bon niveau littéraire. Tu ne voudrais pas en faire ta profession.

-         J’aime la littérature et tout ce qui tourne autour, mais en faire mon métier ne m’intéresse pas. Je crois que je n’y ai même jamais pensé.

-         Tu as le temps d’y réfléchir. Il ne faut jamais se précipiter dans la vie. Fais avant tout ce que tu aimes, c’est important.

Terry ne devait plus rien trouver à dire sur le coup. Elle se contenta alors de l’observer, jugeant celui-ci déjà très mature pour son âge. Elle ne voulait pas l’ennuyer avec des discussions inutiles. Elle préférait le laisser poser des questions à sa guise.

-         Vous-même, vous n’avez pas immédiatement commencé par des études de droit ?

-         Non. J’ai été forcée de me plier aux projets que mon père avait tracés pour moi.

-         Ca a dû être difficile ?

-         Ca l’a été. C’est pour ça que j’ai décidé de laisser passer un peu de temps avant de faire ce que j’aimais vraiment. Il n’y a pas d’âge pour reprendre son destin en main. On peut tous le faire sans aucune exception.  

Sous ses yeux, elle le vit subitement réfléchir. Ludovic garda d’ailleurs sa fourchette en l’air quelques minutes. Terry se décida alors à parler de nouveau. Juste quelques mots qui la touchèrent mais qu’elle ressentait comme ceux d’un adulte dans la bouche d’un enfant.

-         Vous êtes vraiment une personne admirable.

Quand elle le vit alors se saisir de son verre d’eau d’une main tremblante, elle comprit qu’il ne devait pas se sentir intérieurement au plus mieux. Il n’était pas comme tous les jeunes de son âge. Elle avait déjà remarqué ces tremblements à plusieurs reprises. Elle ne fit aucun commentaire pour ne pas le déstabiliser bien qu’elle s’inquiétait pour lui. Elle opta préférablement pour attendre la fin du souper, et en parler avec son propre fils.

------------

 

Ludovic sentit la mauvaise humeur prendre le dessus de lui-même dès que sa mère le pria de rester quelques minutes supplémentaires avant de remonter dans sa chambre pour rejoindre Terry. Elle voulait lui parler. Lui n’avait rien à lui dire. Lorsqu’ils se retrouvèrent à deux, il se montra plus désagréable que jamais. Terry n’était de toute façon pas là pour le voir.

-         Qu’est-ce que tu vas me reprocher ?

-         Absolument rien. J’aimerais juste te parler de ton camarade.

-         C’est à propos de lui que tu as des reproches à faire ?

La femme soupira, visiblement agacée de ne pouvoir s’exprimer comme elle le voulait. Elle alla s’asseoir sur une chaise de la cuisine, l’invitant à en faire de même. Il resta debout.

-         Je m’inquiète pour ce garçon, Ludovic. Il est très gentil, ce n’est pas ça. Mais je me sens triste en le voyant agir avec autant de retenue.

-         Tu lui reproches d’être poli ?

-         Je ne lui reproche rien. Mais je suis assez bien placée pour savoir que la politesse n’est qu’une façon de contenir ses états d’âme.

-         De quel droit te dis-tu être bien placée ? Tu ne connais Terry que depuis quelques semaines.

Nouveau soupir d’agacement.

-         Du droit d’être une mère. Ca t’étonne, Ludovic ?! Eh bien je suis désolée de te décevoir en te disant que je m’aperçois parfaitement des souffrances qu’ils gardent en lui.

-         Pourquoi tu ne lui en parles pas directement ? Pourquoi m’en parler à moi ?

-         Parce que toi aussi je te connais. Tout dans ton comportement m’indique que tu es au courant de ce qu’il se passe. Qu’est-ce que j’ignore ? Est-ce que c’est grave ?

-         Ce n’est pas à moi de t’en parler. Si tu as une quelconque question à poser, pose-là à Terry. La discussion s’arrête ici.

Il allait repartir. Mettre au plus vite fin à cette mascarade qui ne lui plaisait pas. Mais sa mère le retint. Il n’était clairement pas question pour elle de le laisser filer aussi facilement. Pas tant qu’il ne l’aurait pas rassuré sur l’état du jeune homme qu’elle hébergeait sous son toit. Tant soit-il qu’il puisse la rassurer.

-         Je n’ai pas le droit de te dire moi-même de quoi il souffre. Ce n’est pas à moi de te le révéler. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il n’a pas eu la chance de tous les jeunes de son âge.

-         Toi non plus, Ludovic.

-         C’est différent. Je ne te permets pas de faire la comparaison.

Effectivement, Ludovic n’avait pas la prétention de comparer son vécu avec celui de Terry. Quand il voyait dans quel état pouvait se mettre celui-ci, il ne pouvait que s’envier lui-même de ne pas subir les conséquences de tout ce qu’il avait dû ressentir à partir du moment où on l’avait brisé. Même aujourd’hui, il lui avait prouvé qu’il gardait encore des séquelles. Néanmoins, sa mère remonta d’un cran dans son estime par ce qu’elle dit ensuite.

-         Je voudrais juste que tu comprennes que je suis heureuse que tu puisses aussi bien t’entendre avec un camarade de plus ou moins ton âge. C’est pour cette raison que je m’inquiète pour lui. D’autant plus que Terry est un garçon très gentil. Sois un ami fidèle pour lui. C’est important.

Il eut un vague sourire en coin. Non pas un sourire affectueux. Davantage un sourire ironique. L’un de ceux qui se voulaient de signifier qu’il n’y avait pas besoin de lui demander de prendre soin de celui pour qui il avait le plus d’affection. C’était ce qu’il faisait depuis des mois.

-         Est-ce que je peux retourner le voir maintenant ?

-         Bien sûr.

Il la délaissa sans un mot de plus. Même pas une parole gentille ou simplement en lui souhaitant une bonne nuit. Il l’ignora à nouveau comme il le faisait depuis bien des jours. Elle était malheureuse de son attitude. Mais il ne cherchait plus à faire le moindre effort.

------------

 

A peine eut-il fait quelques pas dans sa chambre qu’il fut déçu de retrouver Terry endormi sur son lit. Déçu parce qu’il aurait voulu se montrer une nouvelle fois affectueux avec lui. Inconditionnellement, il aurait voulu prouver à sa mère qu’il savait prendre soin de lui. Ses tremblements ne lui avaient pas non plus échappés durant le souper. Il devinait que Terry était avant tout fatigué des derniers aveux qu’il lui avait fait. Comme toujours il se fatiguait beaucoup plus mentalement que physiquement, ce qui était suffisant pour le laisser à s’endormir très tôt.

Il alla s’allonger près de lui, collant son corps au sien, laissant l’une de ses mains caresser son épaule. La dénuder un peu sous l’encolure trop large de son sweet-shirt. Il se surprenait à avoir ce genre de geste ces derniers temps envers son petit ami. Celui-ci ne se réveillait pas, lui faisant sans doute confiance dans son sommeil. Il se contenta alors de baiser cette épaule nue de ses lèvres. Juste un baiser. Rien de plus. Posant ensuite son front contre sa nuque, il passa un bras autour de sa taille et ferma les yeux.

Cette journée lui laissait un arrière-goût amer. Ca allait des aveux de Terry sur sa peur de l’acte sexuel aux inquiétudes de sa mère concernant les angoisses qu’il gardait toujours en lui. Contrairement à ce que pensait Elea, sa mère, il n’était pas qu’un ami fidèle pour lui. Il était bien plus que cela. Il l’aimait. Plus que tout au monde. Au point de pouvoir tout accepter de lui. Ses forces comme ses faiblesses. L’attente qu’il lui demandait d’endurer jusqu’à ce qu’il soit prêt. Mais Ludovic acceptait déjà tout sans jamais rechigner. Parce qu’il ne pouvait se passer de lui. Etait-ce cela l’amour ? Tout partager ? Etre prêt à tout endurer ? Combler les faiblesses de l’autre en lui apportant le courage nécessaire dont il avait besoin ? Car Ludovic l’acceptait. Terry était fragile, et il le protégerait à jamais. Quoi qu’il lui en coûte. Ce fut sur cette pensée qu’il se laissa emporter à son tour par un repos bien mérité.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 1 septembre 2008

sakura: Merci beaucoup pour ton commentaire. J'ai été très contente d'apprendre que tu t'étais sentie proche de mes personnages en lisant mon histoire. Quant à savoir comment ils vont évoluer, je ne peux que t'inviter à lire la suite^^ J'espère qu'elle te plaira.

Chapitre LXXXIV : Fragilité.

 

Partie 1

En un jour de fin juin, Ludovic fut étonné de se retrouver aux côtés de Terry dans la salle de bain. Le jeune homme avait émis le souhait qu’il lui tienne compagnie durant ce moment qu’il vivait pour la première fois. A condition bien sûr qu’il ne pose pas ses yeux avec indiscrétion sur lui et qu’il garde un minimum de distance. Le mot d’ordre était toujours le même. Ludovic commençait à le connaître sur le bout des doigts. Reste à mes côtés aussi souvent que possible. Fais-moi sentir que j’ai de la valeur. Je veux que tu m’enivres de ton amour. Que tu crois en moi autant que je te fais confiance. Embrasse-moi même autant de fois de tes lèvres qu’il te plaira. Cependant ne me touche en aucun cas.

C’était comme cela que Terry voyait les choses. A sa manière. Selon ses limites. Ludovic était parfois très étonné par ses révélations. Celle d’aujourd’hui consistait justement à lui révéler qu’il n’avait jusqu’alors connu que la rapidité d’une douche prise en l’absence de son père. Même à Sainte Bénédicte il n’y était resté plus longuement que peu de fois. C’était surprenant. A tel point que lorsqu’il lui avait proposé de se détendre dans un bon bain chaud, il avait souhaité qu’il soit là pour partager son plaisir. Devinait-il l’état dans lequel il le mettait ? Car assis sur un tabouret non loin de lui, Ludovic rêvait brusquement de poser plus longuement ses yeux sur son corps fin. Un corps qu’il avait presque appris par cœur au moment de l’aider à se doucher. Un corps qu’il lui arrivait de s’imaginer caresser de ses mains. Comment pouvait-il avoir ce genre de pensées ? Vouloir cela alors que le jeune homme avait été violé auparavant. Il se trouvait à la fois irrespectueux et insensible de ressentir un désir tout nouveau dans ces conditions. Mais c’était plus fort que lui. Bien sûr, il lui était déjà bien arrivé de se donner lui-même du plaisir quand il était seul dans sa chambre. Jamais en présence de Terry. C’était alors bien la première fois qu’il ressentait le besoin de partager ses envies. Des envies qu’il parvenait à peine à contrôler dans certains moments. Des moments comme celui qu’il vivait actuellement. Terry lui faisait confiance. Il lui faisait confiance en étant entièrement nu dans une baignoire proche de lui.

Ce fut désemparé qu’il l’écouta lui parler.

-         A quoi tu penses ?

A quoi pensait-il ? Ne pouvait-il pas lui poser d’autre question ? Se reprenant rapidement, il revint à l’instant présent. Un présent qui lui exposait combien Terry se sentait bien chez lui. Combien il goûtait aux petits plaisirs qui faisaient le quotidien et qu’il n’avait jamais connus.

-         Je me disais que tu devais te sentir pour le mieux ici. Tu n’as jamais pu connaître de vrais instants de détente, pas vrai ?

-         Je me sens bien ici, Ludovic, en effet. Mieux que n’importe où d’autre. Tout ce que tu fais pour moi, je ne pourrai jamais t’en être assez reconnaissant.

Le voir heureux lui faisait plus plaisir que jamais. Pourtant, il n’en exprimait rien. Il n’y parvenait pas. Il se sentait troublé ces derniers jours. Troublé de se rapprocher davantage de Terry. Troublé de constater que depuis l’arrivée du jeune homme, celui-ci dormait dans son lit à lui. Dans un lit où il aurait pu laisser ses mains découvrir chaque endroit de son corps sans retenue. Davantage troublé de se trouver dans cette salle de bain avec lui.

Brusquement, deux mains sortirent de sous l’eau et vinrent s’accrocher à lui. Deux mains qui caressèrent son visage en se fichant pas mal de le tremper. Terry s’était désormais redressé dans la baignoire, ayant passé ses bras autour de son cou.

-         Qu’est-ce qu’il t’arrive, Ludovic ? Je te sens plus distant.

-         Ce n’est rien. Ne t’inquiète pas.

-         Je m’inquiète sans cesse quand il s’agit de toi.

S’entendaient-ils parler ? Terry comme lui s’apercevaient-ils des conséquences de leur relation ? Une relation bâtie sur des sentiments sacrés. Des sentiments qui avaient pris une ampleur phénoménale avec le temps. Des sentiments qu’ils devaient malheureusement cacher. Ludovic n’en avait touché aucun mot à Terry, devinant que le jeune homme avait parfaitement compris la situation.

-         Tu ne désires pas assumer tout ça devant ta mère et tout ceux qui font ton entourage ici ?

-         Ca t’étonne ?

-         Non. Je crois que je peux comprendre. Notre histoire impliquerait beaucoup de choses si elle se savait.

-         Mais ça te dérange en un certain point…

-         Ca me dérange en un certain point. Ce n’est toutefois pas grand-chose.

Entre temps, Terry avait desserré son étreinte pour se replonger dans l’eau chaude. Celle-ci avait un effet apaisant sur son corps. Si apaisant qu’il ne se voyait pas se mettre en colère. Il voulait juste parler de tout cela avec son compagnon. De ce qui créait un nouveau trouble. A l’air lasse de Ludovic, il comprit qu’il s’attendait déjà à ses reproches.

-         Tu crains que je m’énerve ?

-         Tu aurais des raisons.

-         J’en aurai, mais ce n’est pas le cas. La seule chose qui me dérange, c’est que tu prennes autant tes distances avec moi. Lorsque nous étions à Bordeaux, tu ne te tenais même pas à mes côtés. Mis à part à ce moment où nous nous sommes retrouvés à deux, bien sûr.

-         Je tiens juste à ce que notre relation reste discrète. Si ma mère l’apprenait…

-         … Elle apprendrait tout le reste. Je n’en doute pas un seul instant. Dans ces moments, une fois que la machine est en marche, il est impossible de la stopper.

-         Tu avais donc compris ?

-         Que tu désirais cacher notre relation ? Je suis peut-être naïve, mais pas au point de ne rien voir. Ca coulait de source. Tu ne m’en as pas parlé parce que tu savais que je ne serais de toute façon pas démonstratif.

Ludovic prit une expression ennuyée.

-         Et ça te choque ?

-         Tu sais, avec tous les soucis que je traîne depuis longtemps derrière moi, il m’est difficile de me poser ce genre de question. La seule chose qui me choque, c’est que tu m’imposes une différence de comportement flagrante par rapport à Sainte Bénédicte. Inévitablement, je me sens un peu frustré.

-         Qu’est-ce que tu veux dire ? Nia le brun.

-         Tu le sais très bien. A Sainte Bénédicte, tu avais au moins commencé à t’assumer avec moi devant tout le monde. Tu n’hésitais pas à m’embrasser dès que tu en avais envie. Même devant les autres. Ou au moins me prendre la main. Nous étions tels des inséparables.

-         Mes baisers te manquent dans la journée ?

-         Quelle question bizarre ! Je mentirais si je disais que ce n’est pas le cas.

Une sorte d’émotion inconnue traversa chacun des deux jeunes hommes. Terry avait posé une main sur le bord de la baignoire. Une main qui fut rapidement recouverte par celle de celui qu’il aimait. Il fut le premier à faire part de ce qu’il ressentait.

-         On a encore du chemin à faire tous les deux. Hein, Ludovic ?

-         C’est vrai. Je suppose même qu’on est passé par le plus dur. Pourtant, je ne peux m’empêcher de prendre conscience du fait que d’autres épreuves nous attendent. Ce que je te demande alors est peut-être grossier. Nous nous aimons et je mets volontairement de la distance entre nous. C’est égoïste, je l’avoue.

-         Ca ne l’est pas puisque je comprends parfaitement ce que tu ressens. Le fait que tu ne veuilles pas tout assumer tout de suite. Je peux l’accepter. Passons au-dessus de tout ça, tu veux ?

-         Tu es étrange, Terry. Il paraît pourtant que dans un couple homosexuel, les partenaires aiment à savoir que l’autre s’assume pleinement. De nous deux, tu es le seul comme au début de notre relation à envisager que le regard d’autrui est un obstacle comme un autre que l’on ne voit plus à la longue.

-         Comment tu sais ce genre d’information ? Le fait que les partenaires homosexuels aiment à savoir que l’autre s’assume. Je ne le savais même pas moi-même. Tu as encore été te renseigner dans l’un ou l’autre de tes bouquins ?

Le sourire gêné qui lui répondit ne pu que lui faire comprendre ce qu’il en était. Terry lui rendit son sourire.

-         Je ne suis pas comparable à toutes ces théories. Je suis bien plus complexe. Du moins je crois. En ce qui me concerne, je veux désormais vivre au présent. Quitte à tourner en rond. Tant que je peux t’aimer, je ne demande rien d’autre. Sans compter que tu ne cherches pas à cacher cette histoire à n’importe qui. Cet autrui dont tu parles est ta mère.

-         Tu es donc prêt à attendre les seuls moments où nous sommes seuls pour partager un peu de tendresse ? Je veux dire le soir ou alors durant les rares instants où nous nous retrouvons à deux.

-         Rien ne m’empêche de les provoquer moi-même. Je ne veux en aucun cas être à la base d’un réel conflit. C’est déjà assez difficile comme ça. Continuons à rester cachés si tu le désires, Ludovic. Je ne veux pas que tout cela se sache si ça te met mal à l’aise. Nous reprendrons ensuite nos bonnes vieilles habitudes à Sainte Bénédicte.

-         Tu parles comme si tout était normal.

-         Ca ne l’est pas ? Maintenant que tu es avec moi, je ne compte certainement pas faire quoi que ce soit qui nous soit nuisible. Surtout pas envers toi. C’est parce que je t’aime que je fais tout pour ne pas risquer de te perdre.

Ludovic comprit alors. Il comprit combien Terry pouvait aussi avoir ses mauvais côtés. Ca allait de la naïveté la plus simple à la trop grande innocence. Pour lui, il était prêt à tous les sacrifices. Il le lui prouvait. Il était prêt à tout accepter. Quitte à en être blessé. Ludovic s’en apercevait. Il restait encore plus fragile qu’il ne le pensait.

Ressentant toujours cette envie pour lui, il n’en serra qu’un peu plus sa main dans la sienne, refusant de succomber à ses propres pulsions.

-         Je t’aime moi aussi, se contenta-t-il de dire, s’accordant à ces dernières paroles.

Terry était fragile et son rôle était de prendre soin de lui.

------------

 

Quand ils revinrent finalement dans la chambre, Terry avait le bas des cheveux légèrement mouillés. Ludovic s’en aperçu et alla, sas prévenir, immédiatement chercher un essuie. Le jeune homme fut alors surpris de le sentir prendre ainsi soin de lui.

-         Je ne m’étais pas aperçu que tes cheveux avaient autant poussé ces derniers temps.

-         Je devrais les couper ? S’alarma-t-il.

-         Pas du tout. Ca te va très bien.

Plus il s’occupait de lui, plus il se laissait aller de bien-être. C’était bien la première fois qu’il avait droit à un tel traitement de faveur. Combien de fois avait-il pu rêver de cela ? La possibilité de se détendre. Le confort d’une chambre chaleureuse. Une personne qui prendrait soin de lui. Au bout d’un temps, il se laissa complètement tomber en arrière dans ses bras. Se penchant juste pour se saisir d’un livre posé à quelques centimètres, il continua sa lecture, là où il en était arrivé la dernière fois.

-         Tu comptes resté installé dans mes bras pour lire ? Demanda Ludovic.

-         Ca t’embête ? Je peux me retirer si tu veux.

-         Non, reste. Je préfère te sentir proche de moi.

Terry ne chercha pas à comprendre le sens de ce qu’il avait voulu dire par-là. Il ne le percevait de toute manière que très facilement. Ludovic se faisait un devoir de le protéger. Il l’avait dit lui-même. Bientôt, il sentit deux bras passer autour de sa taille. Sachant que se concentrer sur sa lecture se ferait désormais laborieux, il préféra ne même pas en lire une ligne de plus. Ludovic le déconcentrait par sa seule présence. Dans ces conditions, pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour en apprendre davantage sur lui ? Juste en le questionnant simplement sur ce monde de sang et de ravissement. Un monde au travers duquel il se plongeait chaque soir depuis qu’il avait commencé l’un des livres qui avaient marqué l’enfance du jeune homme.

-         Qu’est-ce qui te plait tant chez les vampires ? Commença-t-il simplement en penchant légèrement la tête en arrière.

Ludovic n’était pas idiot. Il comprit immédiatement que s’il cherchait à en savoir plus sur sa personne, la discussion risquait d’être longue. Aussi longue que toutes celles qu’ils avaient déjà eu précédemment. Il prit donc de réfléchir. Longuement. Il ne voulait en aucun cas se précipiter. Ca remontait à si loin.

-         Je pense que j’apprécie le fait que ce soit des êtres qui sortent de l’ordinaire. Ce sont des créatures décrites la plupart du temps comme très belles. Dans un monde ténébreux qui leur scient mieux que n’importe quel autre.

-         Un monde de ténèbres. C’est vrai que ça leur va bien et qu’ils sont beaux. Mais ils restent tout de même des tueurs.

-         Dis-toi qu’ils sont juste à l’image du crime parfait. Qui pourrait soupçonner un vampire de tuer ? C’est ingénieux. Ca ne laisse pratiquement pas de trace. Juste une morsure.

-         Tu ne trouves pas justement leur façon de se nourrir particulièrement étrange ? Je veux dire, il fallait y penser.

-         Personnellement, j’aime à savoir qu’il leur faut mordre dans le cou des victimes de leur choix. Ca ajoute un charme tout à fait érotique au tout.

-         Erotique ?

-         Oui, érotique. C’est bien le mot juste. Je ne pourrais pas trouver d’autre description plus précise.

Erotique, Terry n’aurait certainement pas imaginé les vampires de ce point de vue. Qu’entendait-il par érotique ? Sexuel ? Non, c’était différent. Il y avait un peu de cela, mais pas exactement. Erotique. Ce mot le travaillait brusquement. Il s’imprégnait dans tout son esprit. Faisait son chemin dans chaque partie de son corps, le mettant sur ses gardes comme par automatisme. Ses sens se faisaient plus attentifs. Il était prêt à bondir au moindre danger. Combien de connexions devaient s’être produites dans son cerveau en si peu de temps ?

-         Tu ne devrais pas te mettre dans cet état pour si peu.

Ludovic avait dû remarquer la tension qui s’était emparée de lui. Son silence ne se voulait également que d’être significatif. Il se mettait à avoir peur.

-         Tu as du mal avec certains sujets, n’est-ce pas ? Notamment ceux où l’on fait référence au sexe ?

-         Je dois l’avouer. Ils me terrorisent.

Dans un réflexe, Ludovic lui prit le livre des mains pour le poser sur le côté. A présent, il ne s’agissait plus de parler de vampires ou tout simplement d’érotisme, il s’agissait avant tout de discuter des peurs incontrôlables d’un jeune homme qui n’avait connu de la sexualité que violence et abus de son corps.

-         Qu’est-ce qui te fait peur avec le sexe, Terry ?

Le jeune homme déglutit péniblement. Il baissa également la tête. Aborder ce détail qui n’en était finalement pas un n’avait rien d’évident. Il se sentait plus mal à l’aise que jamais. Dans un élan de courage, il parvint à murmurer la réponse à la question qui venait de lui être posée.

-         Ca fait mal.

-         Tu penses que ça fait mal ? C’est parce que c’est ce que tu avais ressenti au moment où il te violait ?

-         Oui.

Ludovic n’en était pas véritablement étonné. Il en était surtout attristé. Attristé par rapport à celui qu’il gardait dans ses bras et qui avait perdu toute confiance en ce qui pouvait certainement devenir une expérience fabuleuse si deux personnes s’aimaient. Mais comment pouvait-il lui en vouloir de penser cela ? Qui disait viol disait aussi qu’il n’y avait aucune douceur dans cet acte. Leur père n’avait pas dû se gêner pour le blesser. L’idée même lui donnait envie de vomir. Mais ce qui le fit réellement souffrir fut ce que Terry dit après.

-         Toi aussi tu vas me faire mal ?

-         Qu’est-ce que tu racontes, Terry ?

-         Tôt ou tard, tu en auras envie. On raconte que les couples qui n’ont aucune activité sexuelle finissent par rompre.

-         Et tu oses parler de mes théories foireuses sur les homosexuels !

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 30 août 2008

Partie 3

Il faisait aussi chaud que quelques heures plus tôt lorsque Terry envisagea le paysage qui l’entourait. Ludovic l’avait longuement fait marcher. A présent, ils se retrouvaient entourés de champs. Loin des vignes. Là où personne ne pouvait les voir ni les entendre.

-         Je suis désolé, dit-il. Une nouvelle fois tu as dû inutilement venir à mon secours.

Alors qu’il était assis entre quelques épis de blé, Ludovic le rejoignit.

-         Tu sais que ce n’est pas un problème pour moi.

-         Tout de même…

-         Je t’aime, Terry, et je me fais un devoir de te protéger.

Un devoir. Même dans ces moments-là Ludovic restait sérieux. Quant à lui, il avait un peu honte de son attitude.

-         J’ai mal agi. Ils doivent se demander ce qu’il m’est arrivé. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire ?

-         Rien du tout. Ma mère préfère qu’on vienne lui parler de soi-même, elle ne t’y forcera pas d’elle-même. Quant à Louis, il ne te posera aucune question. Ce n’est pas son genre. En fait, il doit surtout s’en vouloir de t’avoir fait peur. C’est à peine s’il a dû comprendre ce qu’il t’arrivait.

-         Mince…

Voyant qu’il restait embêté, Ludovic passa une nouvelle fois un bras autour de ses épaules. Assis tout deux au beau milieu des champs, Terry posa sa tête au creux de son cou. Il était particulièrement honteux.

-         Ne t’inquiète pas, personne ne t’en voudra.

-         Ils se poseront tout de même des questions.

-         C’est un risque. Mais qu’est-ce que ça peut faire ?

-         Tu me le demandes ? Ca peut tout changer. Ils peuvent me détester.

-         Chacun possède ses démons. Louis n’a pas été épargné, tu sais.

-         Louis ?

Ludovic s’éclaircit la voix avant de mieux s’expliquer.

-         Il a beaucoup souffert par le passé.

Un silence le força à continuer. A donner plus de détails sur ce qu’il venait de dire.

-         En réalité, Louis tient seul cette ferme.

-         Il n’y a donc personne avec lui ?

-         Avant d’être vigneron, il était avant tout un homme comme tous les autres qui a dû faire la guerre. Ca a été une très mauvaise période. Durant celle-ci, il a perdu sa femme et trois de ses enfants. Quand tout s’est calmé et qu’il a enfin pu rentrer chez lui, il ne lui restait plus qu’un fils. Il était encore très jeune. Il l’a retrouvé rongé par la faim.

-         Mais tu m’as dit que Louis était seul aujourd’hui.

Ludovic se saisit d’un épi de blé qu’il s’amusa à torturer nerveusement entre ses doigts. Terry comprit que lui raconter tout cela devait être particulièrement difficile pour lui de par le respect qu’il portait à cet homme à qui le destin ne semblait pas avoir fait de cadeau.

-         Son fils était très malade. Avec le temps, il est parvenu à le remettre peu à peu sur pieds. C’était un exploit pour le médecin du village. Il n’avait pas été très optimiste. De plus, tout était à reconstruire. Il était difficile de redémarrer une nouvelle vie après tant de désastres et de morts. Louis a pris sur lui. Il a décidé de remettre cette ferme et ses vignes en bon état. Il y est parvenu comme tu peux le constater.

Il se stoppa quelques secondes avant de reprendre.

-         Il m’a raconté quand j’étais encore jeune que la première année n’avait pas été le fruit d’une bonne récolte. Il croulait sous le travail. En voyant son père fatigué, son fils a voulu y mettre du sien. Il allait beaucoup mieux. Mais il s’agissait d’un travail fatiguant.

-         Il en est mort ?

-         Pas tout à fait. Louis n’a pas très bien compris ce qu’il s’est passé à cette époque. Encore aujourd’hui. Tout allait de mieux en mieux. Il ne montrait aucun signe de faiblesse, et la ferme reprenait en vigueur. Les récoltes se faisaient meilleures. Si bien que la seconde année, ils atteignirent un chiffre qu’ils n’espéraient même plus. C’est à partir de ce moment que tout se compliqua. Son fils était à peine un adolescent. Il travaillait comme il le pouvait sans que Louis ne lui demande jamais de fournir de trop gros efforts. Il y était attaché comme à la prunelle de ses yeux. Ce fils, c’était tout ce qu’il lui restait.

-         Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

-         Un jour, il est parti dormir. Comme chaque soir. A une heure propice aux enfants de son âge. Le lendemain, il ne s’est plus jamais réveillé. Impossible de savoir ce qu’il avait réellement. Le cœur a sans doute dû s’arrêter suite à la fatigue, c’est ce qu’avait dit le médecin.

Terry déglutit. Ainsi cet homme avait perdu toute sa famille jusqu’à son dernier fils qu’il lui restait. La vie pouvait parfois se montrer davantage cruelle avec certaines personnes. Ce n’était pas juste.

-         Il a quand même continué tout seul ?

-         Pas tout seul, Terry. Il faut quelquefois ce genre d’évènements pour que les gens se rendent compte des souffrances d’un homme. Depuis ce jour, la plupart des habitants lui prêtent main forte au moment des vendanges. Mais moi, je sais que ce n’est pas ça qui le soulage pour autant.

-         Il a pourtant l’air joyeux.

-         Il l’est en présence des autres. Louis est triste quand il se retrouve seul le soir. Il souffre d’une solitude sans nom. Mais il a juste appris à ne pas montrer ses souffrances en public.

-         C’est peut-être ce que je devrais faire moi aussi.

Ludovic resserra davantage son étreinte. Terry pouvait quasiment sentir ses ongles lui transpercer la peau du bras.

-         Arrête, Terry. Ce n’est pas la solution. Louis te le dirait lui-même. Quand on montre ses émotions et ses souffrances aux autres, on leur donne au moins l’opportunité de nous consoler. Comme moi je le fais maintenant avec toi. C’est normal. La vie est faite de ça. Dis-toi que s’il y a des personnes qui font souffrir les autres, il en existe toujours qui sont capables de soulager les blessures les plus profondes. Il faut juste se donner une chance. C’est ce que tu as fait. Tu as fait le bon choix.

-         Tu as un sacré culot de me dire ça, Ludovic.

-         Pourquoi ?

Terry savait qu’il avait posé la question en devinant à l’avance quelle serait la réponse. Il appréciait la sincérité avec laquelle Ludovic lui avait parlé. Son soutien continuel lui faisait un bien fou. Pourtant, il se contredisait lui-même depuis quelque temps.

-         Est-ce que tu juges ces paroles également valables pour toi ?

Il le regarda sans pour autant baisser les yeux. Terry poursuivit. Il poursuivit sur un exemple de ce qu’il s’était passé plus tôt dans la journée, et qu’il ne se gêna pas pour comparer à un tout autre évènement passé en compagnie de Yanis et Maxime. Il s’en souvenait si bien.

-         Je ne m’y connais pas tellement en vins. J’ai simplement un oncle qui en raffole. Ce n’était pas ce que tu avais dit à Maxime le jour où nous avons célébré la réussite de mon examen de sciences que je devais recommencer avec une bouteille de vins ? Tu es un menteur, Ludovic. Tu t’y connais en vin. Et cet oncle n’est pas vraiment un oncle, c’est Louis.

-         Tu as une mémoire surprenante, Terry.

-         Tu t’attendais peut-être à ce que je passe au-dessus de tous ces détails ?

-         Je ne sais pas. Après autant de mois, je suis juste surpris. Pardonne-moi de t’avoir menti.

-         Tu ne m’as pas menti qu’à moi. Tu as aussi fait croire cette histoire d’oncle à Yanis et Maxime. Mais ce n’est pas le plus important. Je constate juste une nouvelle fois que tu restes secret sur tout ce qui te concerne.

Terry se dégagea du bras de son petit ami pour venir se positionner à genoux juste devant lui.

-         Tu caches des choses, Ludovic. Au risque de me répéter, je souhaiterais que tu m’en parles.

-         Tu ne lâcheras pas l’affaire, n’est-ce pas ?

-         Disons que je suis plutôt bien placé pour savoir qu’on peut garder un secret enfui en soi durant très longtemps. J’ai moi-même eu beaucoup de mal à parler. C’est pourquoi je ne voudrais pas te voir en faire de même.

-         Ce que tu me demandes, Terry…

-         Je ne t’oblige pas à me parler tout de suite. Je veux juste que tu saches que je suis là pour toi. J’espère que tu me confieras ce qui te blesse comme moi je l’ai fait. Parce que je veux aussi pouvoir t’aider. On est ensemble, Ludovic. C’est une raison suffisante pour vouloir s’entraider mutuellement, tu ne crois pas ?

Il le voyait réfléchir. Ludovic analysait chacun de ses mots avec une intention toute particulière. Si bien que Terry prit ses mains dans les siennes pour se pencher en avant et l’embrasser. C’était sa façon à lui de se montrer présent. Dire qu’ils étaient sortis prendre l’air pour lui au départ !

-         Je ne sais pas, finit par conclure le brun. J’aurais été heureux que tu me parles plus rapidement au cours de cette année. Je ne m’en cache pas. Pourtant, maintenant que je me retrouve dans la même situation, j’avoue te comprendre.

-         Tu affirmes donc que tu as bel et bien un problème qui demande à ce qu’on t’aide ?

-         A ce qu’on m’aide, je ne sais pas. Mais je t’accorde avoir un problème.

-         C’est un début comme un autre.

Terry ne préféra pas insister. Y aller étape par étape, c’était ce qu’il s’était dit. A tenter de soutirer trop d’informations d’un seul coup, il risquait plutôt de le faire fuir loin de lui. Comme lui-même l’avait fait. Aujourd’hui, les rôles étaient inversés.

Se voulant de brusquement détendre l’atmosphère, il repensa à certains évènements passés. Des évènements joyeux qui leur avaient laissé de bons souvenirs à tous les deux. Il repensa de nouveau à Yanis et Maxime. A tous leurs moments drôles.

-         Ca n’empêche que maintenant qu’on a abordé le sujet, il faut avouer que Maxime nous avait bien surpris ce jour-là. Je le revois encore sortir sa bouteille de l’armoire.

-         Oui, je m’en souviens aussi. En même temps, ça lui ressemblait bien.

Ravi de pouvoir délaisser le problème pour quelque temps, Ludovic était content de pouvoir aborder un sujet plus joyeux. L’un comme l’autre, ils se laissèrent ainsi aller aux plaisirs de partager les meilleurs moments que leur offraient ces vacances. De rire un peu à deux.

------------

 

Terry avait un peu craint la réaction de Louis et d’Elea en revenant aux vignes en compagnie de Ludovic. Celui-ci l’avait soutenu dans sa démarche. Terry s’était alors excusé auprès d’eux en espérant qu’ils ne lui fassent pas de remarque sur son comportement. Il n’en fut rien. Au contraire de tout ce qu’il avait pu imaginer, Louis se montra très gentil.

-         Est-ce que tu es toujours d’accord pour visiter les caves ? J’y tiens toujours autant.

-         Bien entendu.

Cette fois, il n’avait pas essayé de le toucher pour l’entraîner à sa suite. Il lui avait juste souri pour l’encourager à emprunter le même chemin que lui. Avec ce que lui avait raconté Ludovic à son sujet, il voyait désormais cet homme autrement. Comme quelqu’un de plus humain. Même s’il était gentil. Même s’il paraissait joyeux, il savait désormais que se cachait derrière toute cette facette une existence torturée. Il devait vivre dans la solitude due à la perte de ses proches. C’était difficile, Terry s’en rendait compte. Pour sa part, il se savait avoir la chance de posséder une personne chère à ses côtés. Une personne qu’il voulait garder le plus longtemps possible auprès de lui. Un petit ami avec qui il avait la chance de pouvoir partager un amour tout particulier. Un amour qui n’appartenait qu’à Ludovic et lui. Cet amour avait au fond une valeur inestimable. Il s’en rendait compte plus que jamais alors qu’ils poursuivaient ensemble cette journée.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 30 août 2008

Partie 2

Quand arriva l’heure de ce fameux dîner, une ambiance favorable à la bonne humeur semblait régner dans cette petite maisonnette aux allures campagnardes. D’ailleurs, comme à la campagne, il leur proposa du bon pain frais. Du bon fromage, et un bon vin pour accompagner le tout. Terry préféra un simple verre d’eau tout comme Ludovic qui, malgré ses connaissances prouvées, n’était pas pour autant un adepte des meilleurs vins de la région. La conversation porta sur la récolte de l’année précédente. Sur ce qui faisait la passion des vignes pour Louis. Il semblait être bercé dedans depuis des années. Cet homme n’en avait que plus de mérite.

-         Et toi, petit ? Se décida-t-il enfin à lui demander. Tu aimes les vins ?

Terry n’avait jamais prêté beaucoup d’attention à ceux-ci. Il le fit juste savoir.

-         Non, pas vraiment. C’est d’ailleurs la première fois que je découvre un lieu tel que celui-ci.

-         Et tu apprécies ?

-         Beaucoup.

-         J’en suis ravi. Tu verras, Bordeaux regorge d’autres découvertes fascinantes. Car je devine que tu n’es pas de la région.

-         Non. Je suis juste en vacances chez Ludovic.

L’homme sembla s’en étonner. Terry ne comprenait pas pourquoi. Il aurait voulu le lui demander, mais il s’abstint, laissant l’occasion à Louis d’en savoir davantage sur lui.

-         Je ne peux qu’être heureux de rencontrer l’ami de Ludovic. Qu’est-ce qui te passionnes ? Les étoiles comme lui ?

-         Non, pas du tout. Je n’y suis bien sûr pas indifférent, mais je préfère de loin la littérature.

Il avait failli ajouter et le violon. Il se souvint à temps de tout ce que cette révélation impliquait.

-         La littérature, c’est tout aussi intéressant. Je comprends brusquement pourquoi vous vous entendez bien.

Terry comprit que cet homme devait davantage connaître Ludovic que lui-même en étant son petit ami. Etait-ce vraiment étonnant ? Il connaissait Ludovic depuis qu’il était enfant. Depuis bien plus longtemps que lui. Ce n’était que plus normal.

Ils continuèrent à parler. Louis, contrairement à ce que l’on pouvait penser de lui, était très cultivé. Ils échangèrent plusieurs titres de livres. Plusieurs noms d’auteur. Il possédait une connaissance approfondie des grands littéraires qui avaient marqué ce monde. Terry ne connaissait pas tout d’eux. Pourtant, Louis se montra particulièrement réconfortant.

-         Tu sembles très intelligent toi aussi. Décidément, Ludovic et toi me donnez l’impression de vivre au sein d’une nouvelle génération particulièrement cultivée. Je vais finir par m’en faire des complexes.

Sur ce commentaire, ils mangèrent dans la bonne humeur. Sans doute était-ce l’un des meilleurs moments que vivait Terry depuis son arrivée chez Ludovic.

------------

 

Il semblait que la chaleur s’était faite plus forte. Plus accablante. Louis avait néanmoins décidé de leur faire faire le tour des vignes. Celles-ci s’étendant sur bien du terrain, ils en avaient pour un bon moment. Terry remarqua que Ludovic prenait certaines distances par rapport à lui. Il devinait pourquoi. Ainsi, le brun se tenait à l’avant avec Louis qui lui faisait la conversation, tandis que lui-même restait aux côtés d’Elea. Une Elea qui semblait quelque peu peinée en voyant son fils continuer à l’ignorer. Au bout d’un moment, ils les distancèrent de plusieurs mètres. Si bien qu’ils ne pouvaient les entendre parler. Elea en profita pour s’exprimer sur certains sentiments qui devaient la submerger depuis un temps.

-         Je ne pensais pas un jour voir Ludovic ramener un ami à la maison. Tu es bien le premier.

-         Vous voulez dire qu’il n’en a jamais eu ?

Ils marchèrent tranquillement durant quelques secondes dans un silence complet avant qu’elle ne reprenne d’une voix au travers de laquelle on pouvait deviner une certaine franchise.

-         Tu es vraiment très poli, Terry. J’ai l’impression que tu as reçu une éducation très stricte. Ca m’ennuie un peu que tu ne sois pas plus à l’aise avec moi.

-         Excusez-moi… Pardon. Je ne tenais pas à me montrer désagréable.

-         Ne t’excuse pas, j’apprécie justement beaucoup la politesse dont tu fais preuve à mon égard. Mais détends-toi, ne sois pas si formel. Je ne suis plus une inconnue.

-         Très bien, je vais essayer.

-         Pour répondre à ta question, Ludovic est un jeune homme particulièrement introverti. Plus qu’il ne le laisse paraître.

-         Qu’est-ce que vous voulez dire ?

-         Il ne s’accorde aucun répit. D’ailleurs, il a tout sacrifié pour son travail scolaire du temps où il vivait encore à la maison. Mis à part l’astronomie, il ne s’accordait plus aucun plaisir. Il se forçait donc à ne côtoyer personne. Bien sûr, il lui arrivait de parler avec l’un ou l’autre garçon de son âge qu’il croisait obligatoirement, mais même là il restait très froid.

-         Il a toujours été ainsi ?

-         Non. C’est venu progressivement. D’ailleurs, j’ai espéré qu’il ferait la connaissance d’un camarade avec qui il pourrait bien s’entendre en le plaçant à Sainte Bénédicte. Je suis heureuse de pouvoir faire ta connaissance aujourd’hui.

Terry se rappelait soudainement sa première rencontre avec le brun. Il était vrai qu’il s’était d’abord montré très froid avec lui. Pourtant, on ne pouvait pas dire qu’il l’ait réellement repoussé. Loin de là. Le destin avait-il voulu qu’ils soient proches ? Il ne chercha pas à heurter cette mère qui semblait aimer son fils pour parler de cette façon. Il la laissa juste poursuivre sans jamais l’interrompre.

-         Durant longtemps, je me suis interrogée sur les origines de son comportement. Parfois, je me demande si je n’en suis pas responsable. Ludovic n’est pas un garçon méchant, il garde juste une profonde colère à mon égard. Tu as sans doute dû le remarquer. D’ailleurs j’en suis désolée. Je le suis également de te parler de tout cela.

-         Justement pourquoi ? Pourquoi me dire tout ça à moi ?

Elle sembla réfléchir. Avait-elle seulement cherché à comprendre pourquoi elle s’adressait à un gamin de seize ans concernant ce qui la faisait souffrir ? Non. Elle s’était juste jetée à l’eau et avait parlé.

-         Je ne sais pas vraiment. J’apprécie surtout d’avoir un autre enfant chez moi. Tu constitues une autre présence et ça me fait beaucoup de bien. Je vis seule chez moi, et je n’ai jamais l’occasion de me confier pour de vrai. Tu sembles si proche de mon fils…

-         Et Louis ?

-         Louis n’est pas suffisamment proche contrairement à ce que l’on peut croire. Il l’est surtout avec Ludovic. J’espère que tu ne m’en veux pas de te parler de tout ça ?

-         Pas du tout. Je suis surtout troublé. Je ne sais pas quoi penser. Est-ce que vous vous en voulez ?

-         Un peu. Je crois que j’ai l’impression d’être une mauvaise mère. Je n’ai peut-être pas su lui apporter tout l’amour dont il avait besoin. Ou j’ai dû faire une erreur quelque part.

Si Ludovic était dur avec lui-même, il lui sembla dans l’immédiat qu’Elea ne faisait pas mieux. Terry eut un pincement au cœur en l’entendant s’imaginer être une mauvaise mère. Quelque chose au fond de lui-même lui indiquait qu’il n’en était rien. Que même si elle avait commis une erreur, elle pouvait lui être pardonnée. Car Elea était ce genre de mère qui l’avait gentiment accueilli, et qui se faisait depuis un petit temps une joie de se montrer à lui sous une apparence tendre et généreuse. C’était donc injuste qu’elle se dévalorise de la sorte.

-         Pour tout vous avouer, je vous trouve trop dure avec vous-même. Vous avez su m’accueillir avec beaucoup de mérite. En fait, je crois même pouvoir dire que ça m’aurait plu que vous soyez ma mère. Il y a si longtemps que je n’ai plus connu ça.

Il su que cette révélation intrigua Elea. Elle lui jeta un regard d’abord étonné, puis compréhensif. Elle s’arrêta au beau milieu du chemin, forçant Terry à en faire de même. Elle le fixa un long moment, si bien que Terry eut l’impression qu’elle allait lui reprocher quelque chose. Mais aucun reproche ne vint. Ce fut plutôt une main qui alla se poser dans ses cheveux. Elea affichait à présent un visage attristé.

-         Tu ne me parles pas beaucoup de toi, mon chéri. Ni même de tes parents. C’est dommage. Je ne veux pas que tu te prives d’exprimer ce qui te tient à cœur.

Terry nota la présence de ces mots magiques mon chéri. Il y avait si longtemps qu’on ne l’avait pas surnommé ainsi. Ca lui faisait un bien fou. Quant à lui parler de ses parents, il était hésitant. Il ne voulait en aucun cas parler de ce père qui l’avait tant fait souffrir alors qu’elle l’avait également connu. Qu’il avait également le même père que Ludovic. Il ne savait même pas si elle était au courant de quelque chose. Si le brun lui en avait touché un mot. Il préféra improviser.

-         Ils ne peuvent plus être présents pour moi.

-         Je suis désolée. Je ne tenais pas à te forcer à te rappeler de mauvaises choses.

-         Ca va beaucoup mieux maintenant. J’ai appris à l’accepter.

Ce n’était pas complètement faux. S’il n’oubliait pas, il avait bel et bien appris à vivre avec ces coups. Avec ces viols qu’il avait subis. Il avait également accepté la folie d’une mère qu’il continuait d’aimer malgré tout. Son histoire était triste. C’était juste celle d’un enfant qui n’avait pas eu de chance jusqu’à présent.

-         Tu es courageux, Terry.

Il la sentit juste le serrer dans ses bras. Il ne s’y était pas attendu. Peu après, il se réconfortait grâce à cette douce chaleur qu’elle lui procurait. Ce ne fut que bien des minutes plus tard, en voyant qu’ils s’éloignaient des deux autres, qu’ils se hâtèrent de les rattraper.

------------

 

Terry en avait entendu parler. Cependant, il n’avait jamais pensé voir le tout pour de vrai. Il en restait sans voix, ce qui n’était pas le cas de Louis qui se faisait une joie de lui montrer ce petit atelier qui constituait la création du vin. Il trouva même dommage que la saison ne soit pas de son côté, lui offrant une démonstration.

Il s’approcha de ce qui ressemblait à une grande cuve. Elle était énorme au point que Terry n’était pas assez grand pour en voir la profondeur.

-         C’est là-dedans qu’on prépare le vin, dit Louis en s’approchant de lui.

-         Comment vous faites ?

-         C’est très simple. Chaque grain de raisin est mis à l’intérieur. Après, il suffit de tout écraser avec les pieds.

-         Ce n’est pas…

-         Si, c’est très fatiguant, le coupa directement l’homme en devinant ce qu’il s’apprêtait à dire.

Le jeune homme posa une main sur le bois. Combien de kilos de raisin avait pu contenir cette grande cuve ? Il se le demandait.

-         C’est vraiment dommage que tu ne sois pas venu à la bonne saison, je me serais fait une joie de te faire tester ce qu’est ce genre de travail l’espace d’une journée.

-         Vous avez dit que Ludovic a déjà travaillé ici, non ?

-         Exactement. Son travail consistait à justement écraser le raisin.

Ludovic qui se tenait non loin d’eux écoutait attentivement ce qui se disait. Terry le voyait, il veillait du coin de l’œil à ce que tout se passe pour le mieux. Encore cet instinct de protection, se dit le jeune homme. Il se contenta de reporter son attention sur Louis qui poursuivit ses explications.

-         Après ça, le vin est récupéré avant d’être mis en tonneau. Le tout repose ensuite sur une bonne fermentation. Tout dépend du type de vin que l’on désire obtenir.

Ils s’étaient approchés de quelques tonneaux vides entassés dans un coin de la pièce. Il ne savait que dire. Tout cela lui semblait être tellement épuisant. C’était sans parler de ces barriques qui ne devaient pas être légères, même vides.

-         Je ne m’attendais pas à ça, conclut-il. C’est tellement grand ici.

-         C’est peu de le dire, petit. Veux-tu que je te fasse visiter la cave à vins ?

-         Je ne sais pas. Je ne voudrais pas vous ennuyer davantage.

-         J’y tiens. Tu t’intéresses à ce que je fais et ça me fait plaisir.

Fallait-il que ce moment soit celui où tout dégénéra ? Tout avait pourtant si bien commencé. L’homme, loin de lui vouloir du mal, voulut poser une main dans son dos pour le pousser à aller dans la bonne direction. A le suivre. Elea était restée à l’arrière. Ludovic se tenait à la fois loin d’elle, mais aussi de lui. Toutefois, il comprit très rapidement ce qu’il en était. Terry se dégagea brutalement, prenant immédiatement ses distances de cet homme qui avait osé le toucher. Une peur sans nom se lisait au fond de ses yeux.

-         Qu’est-ce que tu as ?

Louis ne comprenait pas. Il s’était subitement reculé de lui et se tenait désormais contre un mur, les bras enserrant le haut de son corps. Il devait lui apparaître comme un gamin bizarre. C’était en tout cas ce qu’il devait obligatoirement se dire. Elea ne devait pas comprendre non plus. Or une peur profonde comme il n’en avait plus connu depuis longtemps s’était insinuée en lui et il ne parvenait plus à faire le moindre geste ou à prononcer la moindre parole.

Sentant le malaise, Ludovic envoya un regard à Louis qui lui répondit de façon compréhensive. Il avait compris qu’il avait fait peur au jeune homme. Il ne savait pas comment, mais il était conscient que certains traumatismes existaient chez quelques personnes. Il était assez âgé pour connaître l’étendue des malheurs de la vie. Aussi laissa-t-il Ludovic prendre soin de lui.

Celui-ci passa immédiatement un bras autour des épaules de Terry qui se rassura inévitablement en le reconnaissant.

-         Tout va bien, il ne va rien t’arriver.

A ces mots qu’il venait de murmurer, il se laissa faire. Il ne voulait pas inquiéter son compagnon, mais il n’avait pu faire autrement que d’avoir peur. Les mains de cet homme étaient assez semblables à celle de son père. Il s’agissait des mains d’un homme. Elles lui rappelaient combien on avait pu lui faire mal.

-         Tu veux prendre un peu l’air ?

Il hocha la tête, et se sentit aussitôt tiré vers l’extérieur. Ludovic s’excusa pour lui. Mais il lui faudrait ensuite s’excuser lui-même. Espérer qu’on ne lui pose pas trop de questions. Il comptait sur son petit ami pour le soutenir. Mais pour l’instant, il était avant tout heureux de pouvoir quitter cette pièce.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 30 août 2008

Chapitre LXXXII : Une autre vie.

 

Partie 1

Bordeaux était une ville superbe disait-on. Bordeaux était connu pour son vin. Bordeaux était le lieu où vivait Ludovic avec sa mère. En se réveillant ce matin-là, il avait eu le pressentiment que cette journée serait différente des autres, et il ne s’était pas trompé. Environ deux semaines après son arrivée, Terry commençait tout juste à prendre ses habitudes dans la maison. A s’y sentir pour de bon comme chez lui. Elea était très gentille avec lui. Très patiente. Elle le voyait renfermé. Elle voyait qu’il avait du mal à aller vers les autres. Elle ne lui avait fait aucun reproche comme elle ne lui avait posé aucune question, et il l’en remerciait profondément. Il n’avait pas envie d’avoir à lui expliquer que certains évènements pouvaient gâcher très tôt la vie de quelqu’un. Dès l’enfance.

Elea ne savait pas tout le concernant. Elle ignorait son passé comme ses cachotteries avec Ludovic. Elle ignorait que faute d’être désormais capable de dormir sans Ludovic, il ne s’était pas une seule fois glissé entre les draps du lit de la chambre qu’elle lui avait destinée. Elle ignorait qu’il préférait partager la chaleur des bras de Ludovic. Tout comme elle n’avait idée des nombreuses fois où ils s’échangeaient des baisers à l’abri des regards. Des confidences qu’ils se faisaient quand on ne pouvait plus les entendre. Que penserait-elle en apprenant qu’ils s’aimaient ? Comment réagirait-elle en sachant qu’ils étaient tout deux demi-frères ? Que Terry n’était autre le fruit d’un adultère ? Qu’elle devrait normalement le détester pour ce qu’il représentait ? Mais Elea ne savait rien. Et l’un comme l’autre, ils ne souhaitaient sincèrement pas qu’elle soit mise au courant.

Parfois, elle le regardait fixement et cette fausse bonne humeur qu’elle parvenait à afficher sur son visage disparaissait pour quelques temps. Juste l’espace de quelques minutes avant que tout ne redevienne normal. Comme maintenant. Devinait-elle des traits communs avec son père ? Terry le craignait de temps à autres.

-         Le temps est idéal pour te faire visiter les environs. Ca te tente toujours ?

Il sortit de ses pensées en réalisant qu’elle s’adressait à lui. Il jeta un coup d’œil au ciel d’un bleu parfait sans nuages. Il faisait vraiment chaud.

-         Où va-t-on ? Demanda-t-il.

-         Te faire découvrir toutes les belles choses de Bordeaux. Tu en garderas un très bon souvenir. Il ne peut en être autrement.

Non loin de lui, Ludovic eut un regard pénétrant quand il le regarda. Il lui donnait raison sans l’exprimer verbalement. Terry comprit qu’il s’apprêtait à voir du paysage agréable.

Et il ne se trompa pas. Bordeaux était bien une superbe région gouvernée par le vin. Ils avaient d’abord longé de vieilles autoroutes campagnardes, admirant les maisons construites dans un style typiquement original. Ils arrivèrent finalement aux abords de grands champs de vignes C’était la première fois que Terry en voyait pour de vrai.

-         Ce n’est pas la peine de faire une tête pareille, lui fit remarquer Ludovic.

-         C’est la première fois.

-         Quoi ? Que tu vois de vignes ?

-         Oui.

-         Pas vraiment étonnant. Tu n’es pas de Bordeaux à l’origine. Ce n’est pas quelque chose qui se fait partout et que l’on voit tous les jours.

Terry aurait voulu lui dire combien il était impressionné. Comme à chaque fois qu’il découvrait quelque chose de nouveau. Mais cette fois, il était surtout admiratif face à toute cette étendu qu’il pouvait voir.

Quelques minutes plus tard, ils s’aventurèrent sur un petit chantier entre plusieurs plantations qui les menèrent devant une petite fermette. A la vue des grosses briques et du vieux toit, elle paraissait ancienne.

Un homme d’une cinquantaine d’années bien avancée se présenta directement à eux. Il devait travailler dans cette ferme. Il suffisait d’observer son allure détendue, son aspect de laisser-aller, ainsi que ses traits typiquement grossiers. Des traits qu’ils portaient bien. Mais aussi un ventre rebondi. Malgré cela, il se montra plus que correct dans son langage.

-         Alors, Elea, tu te décides enfin à venir me rendre une petite visite ?

-         On dirait bien, répondit-elle. J’ai amené mon fils et l’un de ses camarades avec moi. Je voulais qu’il découvre les coins les plus marquants de Bordeaux.

-         Pour ça, tu aurais mieux fait de venir en septembre. Au moment des vendanges. Là, le raisin ne fait à peine que pousser.

-         Ce n’est pas grave, Louis. C’est déjà très bien comme ça.

Il s’appelait donc Louis. Terry pensa que beaucoup de villageois devaient aimer à le surnommer le bon gros Louis. Non pas pour le choquer mais parce que ça lui allait à ravir. Lui-même s’accordait sur ce point. Il observa cet homme porter son attention sur Ludovic. Il s’approcha de lui, sourit et lui ébouriffa les cheveux d’un geste vigoureux. La tête du jeune homme tint bon sous la pression qu’il y appliquait.

-         Comme tu as grandi ! Ca fait combien de temps maintenant ?

-         Plus d’un an, Louis.

-         Plus d’un an ! Que le temps passe vite. Je me souviens encore des moments où tu venais me tenir compagnie et m’aider les week-ends de septembre. Tu étais un enfant adorable.

Terry se demanda s’il avait fait exprès de parler de ce temps où il était enfant. Il avait l’air suffisamment proche de Ludovic pour se permettre de se montrer proche de lui. Ce qu’il dit ensuite lui fit cependant comprendre qu’il ne le connaissait pas forcément si bien.

-         Aujourd’hui encore tu es si gentil. Un enfant calme. Comme autrefois. Tu comptes m’aider en septembre prochain ?

-         Désolé, mais je ne pense pas que ça va être possible.

-         Tu retournes de nouveau en internat ?

-         Il y a de fortes chances.

Cette fois, Louis se tourna vers Elea.

-         Tu devrais le garder dans la région ton fils. C’est un gamin formidable. Il manque un peu d’énergie, mais ça m’a manqué de ne plus le voir tout ce temps.

-         Désolée, Louis. J’agis juste en fonction de ce qui est le plus propice à Ludovic.

-         Ne t’inquiète pas, Elea. Toi aussi tu es une brave personne. J’approuverai toujours tous tes choix.

Il lui tapota le bras, ne perdant pas ce sourire qu’il semblait afficher en permanence. Terry pensait qu’ils allaient continuer leur route. Que cet homme n’était qu’un ami de passage de Ludovic et sa mère. Quand il s’intéressa à lui, il se montra plus distant tout en restant très sympathique.

-         Comme ça tu es un ami de Ludovic ? Dit-il sur un ton dynamique.

-         Oui. Je m’appelle Terry.

-         Eh bien, Terry, savais-tu que j’ai connu Ludovic quand il n’était pas plus haut que trois pommes ?

-         Il a toujours vécu à Bordeaux ?

-         Sans aucune exception. Et je vais te dire, il doit certainement te cacher certains de ses talents.

Il sentit Ludovic se crisper non loin de lui. Mais il préféra continuer à écouter Louis, celui-ci ne se gênant pas pour poursuivre.

-         En plus de contempler les étoiles, ce petit génie est capable de reconnaître n’importe quel vin. J’ajouterai même que je lui ai moi-même tout appris.

-         Arrête, Louis, intervint brusquement Ludovic. Ca me gêne que tu dises tout ça. Ca n’a rien de particulier.

-         Rien de particulier ? Tu es ce que l’on appelle communément un fin palet.

Personne ne chercha à ajouter quoi que ce soit. Ludovic ne trouvait rien pour le contredire. Elea n’osait certainement pas émettre son avis de peur des représailles de son fils, et lui-même ne pouvait que se contenter d’écouter. Les voyant muet, Louis prit de nouveau la parole.

-         Pourquoi pas une petite démonstration ? Proposa-t-il sans qu’aucun d’eux ne s’y attende. Ca vous tente que Ludovic vous démontre l’étendue de ses connaissances ? Ce serait aussi une bonne occasion de goûter aux différents vins que je garde en stock dans ma cave personnelle.

-         Louis, répondit Elea un peu gênée, je ne sais pas. Ludovic et Terry ne sont pas en âge.

-         Ce ne sont que quelques gorgées. Comment crois-tu que j’ai appris à ton fils tout ça ?

-         Vraiment… Je n’ai pas non plus l’habitude.

-         Je ne veux pas savoir. Il est très impoli de refuser une invitation.

-         Si tu le prends comme ça…

Ludovic qui était resté sans rien dire dans son coin choisit ce moment pour se manifester.

-         Vous pourriez me demander mon avis avant de décider quoi que ce soit !

Il eut beau protester, on ne lui prêta pas l’attention qu’il méritait. Terry le vit juste tiré par le bras à l’intérieur de la propriété ancienne tandis que lui-même dû suivre la petite troupe animée.

------------

 

Le style était tout à fait campagnard. Vieille tapisserie. Table en bois. Strict nécessaire. Ils s’installèrent dans la cuisine. Louis revint avec plusieurs bouteilles.

-         Je suis ravi que tu nous accordes ce très bon moment, Ludovic.

-         Il n’y a pas de quoi, Louis. Je veux dire, ce n’est pas comme si une certaine personne m’y avait forcé contre mon gré.

Louis se contenta de rire de sa réplique tout en prenant plusieurs coupes qu’il déposa sur la table. Terry n’avait jamais assisté à une telle expérience. Il avait bien entendu déjà entendu parler de ces sommeliers capables de reconnaître un vin uniquement grâce à sa couleur ou à sa texture. Ils en donnaient même la date de création. C’était tout bonnement stupéfiant.

Il regarda Ludovic croiser les mains sur la table pendant que l’homme assis tout près de lui versait déjà un fond de vin dans un premier verre.

-         Je te fais confiance pour ne pas tricher en lisant l’étiquette.

-         Je n’essaierai même pas de la reconnaître.

-         J’ai ta parole ?

-         Tu as ma parole.

-         De toute façon, je te connais assez pour savoir que tu sauras en mettre plein la vue sans avoir besoin de ça.

C’était une sorte de serment entre eux. La promesse d’une confiance échangée comme autrefois. L’homme lui tendit le verre, et Ludovic commença d’abord par l’examiner du regard. Les commentaires se firent rapides, impressionnant Terry.

-         La robe est d’un grenat profond. Avec peut-être quelques nuances.

-         C’est déjà un bon début, commenta Louis. Respire-moi l’odeur de ce merveilleux vin maintenant. Et bien sûr, dis-moi ce que tu en penses.

Ludovic s’exécuta.

-         Ce que j’en pense… Plutôt intense. Il y a des senteurs de mûres et de framboises là-dedans, non ?

-         Tout à fait. Dis m’en encore plus.

Cette fois, Ludovic posa ses lèvres sur le bord du verre pour laisser le liquide légèrement envahir sa bouche, imprégner ses papilles. Il hésita.

-         Je dirais velouté. Je ressens bien le goût d’un fruit bien frais et qui s’est marqué avec les années.

-         Ensuite ?

-         Des fruits rouges, ça ne fait aucun doute.

-         Tu es aussi rapide qu’autrefois, Ludovic. Tu ne sembles pas avoir perdu grand-chose de tout ce que je t’ai appris.

-         Mais j’en ai déjà assez de toutes ces descriptions, Louis.

-         Alors donne-moi une réponse.

-         Déjà ?

-         Tu l’as goûté, non ? De quel vin s’agit-il ?

Ludovic prit le temps de réfléchir. Terry le regardait faire, sachant qu’il aimait à ne pas se précipiter afin de s’assurer de ce qu’il s’apprêtait à dire. Finalement, il se décida à se lancer.

-         C’est un grand vin de Bordeaux, n’est-ce pas ?

-         Bien vu.

-         Un domaine de Courteillac.

-         Tu peux me donner une date ?

-         Mille neuf cent quatre-vingt-treize.

-         Presque. Mille neuf cent quatre-vingt-quinze. Tu as encore quelques progrès à faire malgré tout.

Plusieurs vins suivirent. Ludovic se montra brillant. Il lui arrivait parfois de se tromper, mais au final, il s’en sortait admirablement. Terry était troublé. Ludovic le laissait sceptique. Comment quelqu’un de dix-sept ans pouvait-il avoir autant de connaissances ? Que ce soit en sciences ou en matière de vins, il possédait un grand savoir. Le jeune homme allait jusqu’à se demander s’il ne possédait pas une intelligence au-dessus de la moyenne générale. Même s’il en parlait avec lui, il savait qu’il ne voudrait de toute façon rien en savoir.

Après plusieurs vins, Ludovic décida de mettre fin à tout cela.

-         C’est bon, je commence à en avoir marre.

-         Tu ne veux pas essayer d’autres vins ? Insista Louis.

-         Très peu pour moi. Tu sais que si je sais en identifier la plupart, je n’en ai vraiment pas le goût.

-         Quel difficile tu fais ! Un connaisseur qui n’aime pas tous les vins, c’est à mourir de rire.

-         Alors ris si tu veux, mais il n’est plus question pour moi de sentir une nouvelle goûte de vin sur ma langue. Je vais finir par être malade.

-         C’est vrai, excuse-moi. Je viens de me souvenir que tu ne tolérais que quelques vins.

Terry s’en étonna. Quelques questions envahirent brusquement son esprit. Depuis son arrivée chez Ludovic, il lui semblait que celui-ci était bien trop différent de tout ce qu’il avait connu à Sainte Bénédicte. C’en était déstabilisant. Si déstabilisant qu’il n’osa pas faire part de sa curiosité. Louis fut celui qui le sortit de ses pensées.

-         Je vous invite à dîner ce midi.

C’était inattendu.

-         Vraiment Louis ? S’empressa de répondre Elea. Je ne voudrais pas abuser de ton hospitalité.

-         Dis-toi que c’est en remerciement du spectacle que vient de nous offrir Ludovic.

-         C’est très gentil. Je ne sais que dire.

-         C’est tout naturel. Ca fait si longtemps que ton fils et toi n’êtes plus venus me voir. Et puis, il y a une nouvelle tête avec qui je dois faire connaissance, dit-il en le désignant.

Terry se sentit quelque peu intimidé. D’autant plus que Louis restait un homme. Et avec les hommes, il avait toujours un peu de mal à ne pas garder un maximum de distance.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 27 août 2008

Partie 2

Il ne savait pas quelle réaction avoir. Ce n’était pas une grande pièce. A première vue, il s’agissait d’un bureau qui devait souvent servir à Ludovic du temps qu’il vivait encore en permanence ici pour effectuer ses devoirs. Un bureau rempli de livres. Terry se fit rêveur.

-         Tous ces livres…

-         Ce sont mes livres. Ceux que j’ai rassemblés dans cette pièce au fur et à mesure que j’ai grandi. Tu vois, tu n’es pas le seul à aimer lire. Même si je m’avoue ne pas être aussi passionné que toi.

Scrutant les grandes étagères des yeux, Terry sentait qu’il aimait déjà ce lieu. Il y avait tant de livres à lire. Tant de pages qu’il pourrait tourner avec envie. Tant de mots pleins de sens. C’était presque comme de la magie pour lui.

-         Est-ce que je peux ? Demanda-t-il sur un ton hésitant.

Il ne voulait en aucun cas se montrer impoli. S’il s’agissait de ce qui appartenait à Ludovic, il voulait au moins avoir la permission avant de partir à l’exploration de ce qui le faisait tant rêver.

-         Est-ce que tu as vraiment besoin de me le demander ? Ne te gêne pas, Terry. Fais comme chez toi.

-         Merci.

Pendant qu’il s’avançait pour se saisir du premier volume d’une histoire de vampires, il se demanda si quelque chose pourrait rendre cet instant encore plus irréel ? Il était dans son monde. Un monde fait de livres. D’histoires qui laissaient son esprit vagabonder vers d’autres contrés. Au travers de la vie de personnages toute tracée. Il s’évaporait dans le temps. Pourtant, il était conscient que la Terre continuait à tourner. Il s’en fichait pas mal. Tant que ce petit bonheur ne se brisait pas, il espérait qu’il continue encore longtemps.

-         Tu as l’air d’aimer les histoires de vampires, commenta-t-il en découvrant un quatrième livre traitant du sujet.

-         Quand j’étais enfant, ils me fascinaient, je l’avoue.

-         Et aujourd’hui ?

-         Aujourd’hui, je crois que je n’ai même plus le loisir d’y songer. Ca remonte à trop loin.

-         Tu crois que tu pourrais encore les aimer si tu t’y replongeais ?

-         Va savoir.

Se saisissant de plusieurs exemplaires racontant la vie de ces suceurs de sang, Terry se demandait s’il pourrait parvenir à retrouver à travers leur lecture l’enfant qu’avait un jour été Ludovic. Il voulait tout découvrir de lui. Son passé. Ce qui faisait que lui aussi pouvait être sans défense. Ce qui le poussait à se laisser aller comme il l’avait fait la veille.

-         Tu comptes tous les lire ? Lui demanda celui-ci en s’apercevant qu’il se saisissait du cinquième livre.

-         J’ai tout mon temps, non ?

-         Je suppose, oui.

La naïveté du brun le rassura. Il avait beau être constamment sérieux, il ne s’apercevait pas qu’il tentait de faire de son mieux pour le découvrir sous une autre facette. Il était persuadé qu’il pouvait sonder les vrais sentiments qu’il tentait éperdument d’enfermer dans un cœur qui restait malgré tout celui d’un jeune homme de dix-sept ans. A vrai dire, il espérait surtout le voir un jour faire la paix avec cette partie de lui-même qu’il ne pouvait accepter. Il s’approcha de lui pour l’embrasser tendrement avant de déposer les livres entre ses mains. A nouveau libre de ses mouvements, il partit à l’exploration des étagères les plus hautes.

-         Tu comptes les stocker où tous ces livres en attendant de les lire ?

-         Dans ta chambre bien sûr.

-         Bien sûr…

Terry aurait voulu le taquiner plus longuement quand en se mettant sur la pointe des pieds, il sentit une terrible douleur se répercuter dans tout son dos. Il poussa un gémissement de douleur et plia l’échine, se retrouvant à genoux. Ludovic posa les livres sur le bureau présent dans la pièce avant d’accourir vers lui.

-         Tu as mal quelque part ? Devina-t-il sans mal.

-         Mon dos. Ca va passer, ne t’inquiète pas.

Il l’aida à se remettre debout. Terry aurait espéré que la douleur se ferait alors moins forte. A son plus grand malheur, elle se fit persistante.

-         Depuis quand as-tu mal ?

Il ne désirait pas lui révéler la vérité. Lui avouer que c’était parce qu’il s’était endormi sur lui que chacun de ses muscles lui était douloureux.

-         Je t’assure qu’il n’y a pas de quoi se faire du souci.

-         Laisse-moi en juger par moi-même. D’autant plus que je ne suis pas convaincu que ça passera comme tu le dis. Je répète, depuis quand as-tu mal ?

Pourquoi fallait-il donc qu’en plus d’être sérieux, son petit ami soit têtu ? Terry maudit brusquement ce mal de dos de s’être aussi imperturbablement manifesté. Il n’allait quand même pas lui avouer la vérité ? Que penserait-il ? Mais en le voyant rester muet, il le devança.

-         C’est depuis ce matin ?

Silence.

-         Réponds-moi, Terry !

Le ton devenait plus dur, il préféra s’avouer vaincu.

-         Oui. Je suis désolé. Je ne voulais surtout pas que tu te culpabilises. C’est pour ça que j’hésitais à te le dire.

Il se serait attendu à ce qu’il s’excuse auprès de lui. Au lieu de cela, il le voyait en colère. En colère contre lui-même, et il s’en voulut de lui avoir avoué que tout cela était bien le résultat de cette nuit. D’un seul coup, il le vit se diriger vers la porte.

-         Je vais chercher un anti-inflammatoire. Prends tes livres et va m’attendre dans la chambre.

Terry aurait voulu protester, mais il ne lui en laissa pas le temps. Se retrouvant seul sans avoir rien pu faire pour le retenir, il se sentit terriblement perdu par l’attitude du brun. Il décida juste de faire comme il le lui avait demandé.

------------

 

Comme il le lui avait dit, il revint dans la chambre avec un tube de pommade. Terry s’affola aussitôt en comprenant ce que cela signifiait. Qui disait pommade disait qu’il faudrait l’appliquait sur l’endroit qui lui faisait mal. Toutefois, il se rassura en se disant que Ludovic l’avait de toute façon déjà vu nu sans qu’il n’y ait le moindre problème à cela. Il devrait ainsi pouvoir supporter le contact de ses mains sur sa peau.

-         Il va falloir que tu retires ton haut.

Ludovic, quant à lui, venait de prononcer ces paroles en espérant se montrer prévenant. Il ne voulait le forcer à rien, le laissant libre de retirer lui-même le t-shirt à longues manches qu’il portait par lui-même. Semblant ne pas se sentir aussi gêné qu’il l’avait imaginé, Terry enleva doucement le seul rempart de tissu qui séparait son regard de ces coups et de ces blessures toujours aussi apparentes auxquels il ne parvenait décidemment pas à se faire.

-         Ca risque d’être froid, prévint-il.

A peine l’eut-il prévenu que Terry se cambra sous l’effet de ses doigts sur sa peau.

-         Excuse-moi de t’avoir surpris.

-         Ce n’est rien. C’est passé maintenant.

Ludovic ne se le disait pas, mais l’attitude du jeune homme le mettait dans tous ses états. Il avait mal au dos et il l’avait longuement gardé pour lui-même. Une bonne partie de la matinée en tout cas.

-         Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

-         A propos de quoi ?

-         Du fait que tu avais mal au dos.

-         Je ne voulais pas t’ennuyer pour si peu.

Il crispa ses doigts sur son dos, ce qui arracha un petit gémissement de douleur au concerné.

-         Tu me fais mal, Ludovic.

Il desserra directement sa prise pour se faire plus calme. Il ne devait pas céder à ses pulsions. Surtout pas envers Terry. Il était encore bien trop fragile à ses yeux. Cela ne l’empêcha néanmoins nullement de lui exposer ce qu’il ressentait.

-         Je suis toujours inquiet lorsque tu te blesses ou que tu te sens mal. J’aurais au moins aimé que tu m’en parles.

-         Je te le répète, Ludovic. Je ne voulais pas t’ennuyer pour ce type de douleur sans importance.

-         Ce n’est pas sans importance. Surtout lorsque j’en suis la cause.

C’était dit et il le regrettait déjà. Une nouvelle fois, il laissait parler ses faiblesses devant Terry. Il le laissait entrevoir combien il s’en voulait d’être le responsable de ce mal de dos qui le faisait souffrir. Ce qu’il se détestait quand ça arrivait ! D’ailleurs trop souvent à son goût ces derniers temps.

-         Depuis quand es-tu la cause de mes douleurs physiques ? Tenta de nier l’autre garçon.

-         Depuis que je t’ai écrasé sous mon poids la nuit dernière.

Terry sembla prendre le temps d’analyser le problème avant de répondre.

-         Est-ce que ce n’était pas moi qui t’ai forcé à rester dans mes bras ? Fit-il remarquer.

-         Je n’aurais pas dû accepter.

-         Tu n’étais pas en mesure de me refuser quoi que ce soit. De plus, je ne t’aurais certainement pas laissé faire.

Surpris par l’audace dont il faisait preuve, Ludovic ne trouva rien à y redire. Terry avait su se montrer cassant. Restant muet, il se remit à étaler la pommade avec douceur et délicatesse. Il faisait ça avec la plus grande application. Ses gestes devant être particulièrement relaxants, il le sentit bientôt se décrisper. Il était particulièrement fier de la confiance que Terry lui accordait.

-         Pourquoi tu as fait ça ? Demanda-t-il, profitant de la brusque intimité qui s’était créée entre eux.

-         De quoi ?

-         C’est la première fois que tu te montres aussi aimant envers moi. Depuis que tu es ici, tu deviens plus présent pour moi. Plus proche.

-         Pourquoi je ne devrais pas l’être ? Après tout ce que tu as fait pour moi, c’est bien normal que j’en fasse de même.

-         Tu te montres réconfortant parce que je l’ai été avec toi ?

-         Non. Parce que j’en ai envie.

Cette confession le touchait tant qu’il déposa un baiser dans sa nuque. Le jeune homme frissonna à ce contact. C’était la première fois que Ludovic sentait qu’on voulait vraiment de lui. Il se sentait aimé. Jamais il n’aurait pu se vanter d’avoir connu cela avant. Ses sentiments pour Terry l’y poussant, il laissa ses mains glisser le long de son dos avec une légèreté toute particulière. Il lui faisait du bien, et le jeune homme le lui fit comprendre en se laissant totalement aller sous ses mains expertes. Ludovic se sentait devenir plus fort. Il parvenait à reprendre en partie le contrôle de lui-même en sa présence. Peut-être pourrait-il alors tenter de ne plus se mettre à pester contre sa mère comme il le lui avait demandé. Il ne voyait pas exactement pourquoi il devrait faire cela, mais il le ferait. Pour l’amour de Terry. Au moins.

------------

 

Quand Ludovic lui avait promis d’essayer de rester plus serein en compagnie de sa mère, Terry n’aurait jamais pensé à cela. Le repas de midi venu, ils s’étaient rassemblés une nouvelle fois autour de la table de la cuisine. Pour la seconde fois de la journée. Elea avait préparé des plats tous plus exquis les uns que les autres. Terry avait rapidement compris que si elle voulait le combler, il n’était pas le seul. Elle surveillait chaque expression de son fils. Chacune de ses mimiques. Elle attendait le moindre mot de sa part. La moindre parole. Pourtant, ce soir rien ne vint. Ludovic restait enfermé dans un mutisme infernal. Si Terry lui avait fait promettre de ne plus se montrer aussi désagréable avec sa mère, il ne s’attendait vraisemblablement pas à ce que ce soit dans ces conditions. Qu’avait donc Ludovic dans la tête ?

Elea parlait. Elle faisait la conversation, Terry lui répondant de temps en temps pour ne pas lui laisser à imaginer qu’elle était comme seule dans cette pièce. Au bout d’un moment, elle prit un plat et le tendit en sa direction.

-         Est-ce que tu en veux à nouveau ?

-         Merci, mais j’ai suffisamment mangé.

-         Et toi, Ludovic ?

Elle attendit une réponse qui ne vint jamais. Son regard se fit terriblement triste. Terry comprit que rien n’était simple entre eux. Peiné de ce qui se déroulait sous ses yeux, il jugea avec mépris l’erreur qu’il avait commise en croyant le brun lorsqu’il lui disait faire son possible pour ne pas lui imposer le conflit qui s’était établi entre sa mère et lui. C’était juste profond et rien ne serait encourageant dans l’avenir s’ils ne se donnaient pas la peine de se comprendre un minimum. Car Ludovic était aveugle. S’il croyait bien agir, il n’avait pas dû remarquer certaines évidences. Il valait encore mieux se déchirer que de s’ignorer. Au moins, quand Ludovic lui jetait sa haine au visage, il s’exprimait. A présent, il n’y avait plus rien d’autre qu’une rancœur silencieuse. Et ça, c’était bien pire que tout le reste.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 27 août 2008

Chapitre LXXXI : Des débuts difficiles.

 

Partie 1

Comme la première fois, Terry et Ludovic avaient fini par s’endormir, cette fois l’un sur l’autre. Ou plutôt, Ludovic sur Terry. Lorsqu’ils étaient tout deux entrés dans la cuisine, l’un d’eux sentait que cette journée commençait pour le plus mal. En plus d’être trempé par la rosé du matin, tout son corps lui était douloureux, en particulier son dos. Néanmoins, il eut la bonne surprise d’être tout de suite réconforté par une bonne odeur de crêpe qui se glissa jusqu’à ses narines. Elea était rentrée et leur préparait le petit déjeuner. Dès qu’elle les aperçut, elle se précipita sur eux, abandonnant ce qu’elle faisait. Telle une mère attentionnée, elle s’était saisi d’un essuie-mains.

-         Ma parole, vous êtes tous les deux trempés jusqu’aux os. Est-ce que vous avez passé la nuit dans le jardin ? S’exclama-t-elle tout en essuyant pour le mieux ses cheveux.

Terry profita avec intensité de ce geste plein de douceur, tandis que son parfum l’envahissait. Un parfum de lavande. Oubliant presque immédiatement ce qu’elle venait de dire, il laissa le soin à Ludovic de lui expliquer ce qu’ils faisaient depuis la veille dans le jardin. Du moins en partie.

-         Nous voulions regarder les étoiles avec mon vieux télescope.

-         Tu as ressorti ton vieux télescope ?

-         Ca te semble curieux venant de moi ? Tu ne reconnais plus suffisamment ton fils pour te souvenir de ce qui le passionne ?

Au ton froid qu’il employait ainsi qu’à sa façon de la narguer, Terry se demanda aussitôt comment Ludovic était capable de réaliser l’exploit de se remettre un masque aussi sévère alors qu’il y avait à peine quelques heures, il s’était montré sous un aspect bien plus vulnérable. La pauvre Elea avait désormais une mine jusque par terre alors que la journée ne faisait que commencer. Toutefois, quand il vit la dureté qui se peignit soudainement sur son visage, il comprit qu’elle ne comptait pas rester sans rien dire.

-         Que je m’en souvienne ou non, je ne suis pas d’accord avec le fait que vous soyez resté dehors durant la nuit entière. Regardez l’état dans lequel vous êtes. Je croyais que tu étais censé lui montrer la chambre dans laquelle il dormirait, Ludovic.

-         Ce n’était qu’une nuit à la belle étoile. Si tu voulais vraiment éviter ça, il fallait être présente.

-         Ne me fais pas regretter d’avoir placé ma confiance en toi lorsque je suis absente de la maison.

-         C’est certain. C’est tellement plus simple de pouvoir quitter le domicile en pensant qu’il ne sera pas nécessaire de se préoccuper de son fils !

-         Maintenant ça suffit, Ludovic ! Tu abordes un tout autre problème qui n’a de toute façon aucun sens. En ce qui me concerne, je te parle du fait que ton camarade et toi ayez passé la nuit dans le jardin.

-         Et alors ?

-         Ne recommence plus jamais ça ! Est-ce que je me suis bien faite comprendre ?

Ludovic ne répondit pas, lui envoyant juste un regard noir. Jamais Terry ne l’avait vu se permettre de se montrer aussi désagréable envers quelqu’un. Il y avait bien eu leurs disputes, mais la relation conflictuelle qu’il entretenait avec sa mère dépassait de loin tout ce qu’il imaginait. Celle-ci reprit, bien décidée à se faire obéir.

-         Tu as beau ne pas me répondre, ça ne change rien au fait que je suis ta mère. A présent, allez tous les deux vous doucher avant d’attraper définitivement froid. Vous viendrez déjeuner ensuite.

Après quoi, elle se détourna d’eux pour retourner à la cuisson de ses crêpes. Terry n’en voulait pas à cette femme de se montrer autoritaire de si bon matin. Il comprenait amplement son souhait de vouloir les garder en bonne santé et de faire preuve d’une grande prudence à leur place. Même si les nuits de juin étaient plus ou moins chaudes, ils n’avaient pas fait preuve d’une très grande intelligence. Or Ludovic ne semblait pas être de son avis. Il passa devant lui, le poussant ainsi à le suivre à travers les escaliers. A tour de rôle, ils prirent leur douche, Ludovic étant resté désespéramment muet. Terry ne parvenait tout simplement pas à définir ce qui le poussait à changer aussi brutalement une fois qu’il se retrouvait face à sa mère. C’était si bouleversant de le voir passer de quelqu’un de discret et droit à un garçon colérique et presque insolent. Non pas qu’il n’avait jamais démontré la nature dans laquelle pouvait le plonger son côté caractériel, mais là, c’était tout particulier.

Quand ils revinrent dans la cuisine, Elea avait déposé une assiette pleine d’une pile de crêpe qui semblait gigantesque aux yeux de Terry. D’aussi loin qu’il se souvienne, jamais personne n’avait été aussi attentionné pour un simple petit déjeuner.

-         Est-ce que tu aimes les crêpes ? Lui demanda-t-elle.

Il se montra honnête.

-         Ca fait tellement longtemps que je n’en ai plus mangé que je ne me rappelle même plus de quel goût ça a.

-         Dans ce cas profite-en. Mange-en autant que tu veux.

Avec un visage rayonnant, Terry l’en remercia avant de se servir. Néanmoins, pendant qu’il saupoudrait une première crêpe de sucre blanc, il s’aperçut que l’assiette de Ludovic restait vide, le brun ne faisant aucun geste. Etrangement, Terry s’attendait déjà à ce qu’il fasse une réplique cinglante à sa mère. Ce ne fut pas le cas. A la place, il se leva, ouvrit une armoire, prit le pain et un pot de confiture à la fraise. Quand il revint s’asseoir à table, il repoussa d’une main son assiette pour se préparer une tartine. Elea le regarda d’un œil mauvais.

-         Tu ne manges pas de crêpes ?

-         Pourquoi devrais-je te faire ce plaisir ? Tu as préparé ces crêpes pour te rattraper du repas que tu nous avais réservé hier soir ?

-         Combien de choses comptes-tu encore me reprocher ? Se contenta-t-elle de répondre visiblement excédée.

Terry tenta de ne pas y prêter davantage attention, gêné de se retrouver au centre d’une telle situation. Ludovic se rendait-il seulement compte de sa présence au moment où il s’acharnait sur sa mère ? Il en doutait. Tout ce qu’il constatait, c’était qu’il ne pouvait s’empêchait de se montrer méprisable dès qu’elle s’adressait à lui. Déjeunant en tentant d’y prêter le moins possible attention, le jeune homme se sentit oppressé par l’atmosphère pesante de la pièce.

------------

 

Terry fut soulagé lorsqu’ils se retrouvèrent dans la chambre de Ludovic. Celui-ci s’était installé sur son lit. Un lit recouvert de draps saumonés sur lesquels il le rejoignit. Son dos lui faisait mal sous l’effet de ses gestes, mais il n’en laissa rien paraître. Ludovic semblait soucieux et c’était ce qui le préoccupait principalement.

-         Pourquoi tu te mets dans un tel état ? Lui demanda-t-il en s’installant juste en face de lui.

-         Ca n’a pas d’importance.

-         Ca en a pour moi.

-         Ca te met mal à l’aise ?

Il comprit directement le sens de cette réplique.

-         Eh bien, ce n’est pas comme si je m’attendais à assister à ça. Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu es tellement différent quand tu lui adresses la parole.

Craignant sans doute cette question par-dessus tout, il le vit se lever dans le but de s’éloigner de lui. C’était troublant. Terry n’aimait pas le voir ainsi. D’autant plus qu’il n’était pas forcément équipé pour encaisser toutes les nouvelles humeurs que lui exposait sans retenu le brun. Il avait beau avoir pris de bonnes résolutions pour le soutenir un maximum, il faudrait avant tout qu’il parvienne à le comprendre. Pour le coup, Ludovic ne lui laissait pas entrevoir grand-chose de ce qu’il se passait entre sa mère et lui, mis à part une profonde colère.

-         Excuse-moi, je ne voulais en aucun cas te faire subir ça. Tout ce que je souhaite, c’est que tu te sentes le mieux possible ici. Mais, dès qu’elle m’adresse la parole, je ne peux pas m’empêcher de me sentir en colère. Je m’en sens étouffé. J’ai besoin de la faire taire. C’est comme si j’allais exploser dans les cinq minutes à suivre.

-         Tu perds le contrôle de toi-même ?

-         Oui.

Terry n’en apprenait pas plus pour autant. Ludovic se tenait à présent devant la fenêtre et regardait au dehors. En le voyant ainsi, il se sentait blessé. Blessé de savoir qu’il devait se sentir mal en se laissant aller à ses excès de colère devant lui.

-         Tu n’as pas à t’en vouloir par rapport à moi.

-         A choisir, je préférerais que tu ne me vois pas dans cet état.

-         Je ne veux pas que tu te forces à me cacher quoi que ce soit parce que tu ne veux pas que je te perçoive comme faible ou que sais-je d’autre. Tu ne l’es pas. Je pense juste que tu as un problème et que nous pourrions en parler tous les deux. Comme tu l’as fait avec moi quand j’allais mal. Est-ce que tu veux me confier tes tracas ? je suis prêt à t’écouter.

Cette fois, il se détourna de ce point fixe qu’il semblait fixer à travers la fenêtre pour lui faire face. Un ennui profond était présent sur son visage. Une certaine gêne.

-         Ton attention me touche, Terry. Mais je ne peux pas me permettre de t’encombrer avec ce genre d’histoire sans queue ni tête. Tu es arrivé hier et tu dois déjà subir mes sautes d’humeur. Je ne suis pas d’accord. Je ne veux pas que tu retiennes ça de ton séjour ici.

-         Si ça te dérange à ce point, laisse-moi justement t’aider. Tu ne veux pas essayer de trouver une solution pour que je sois heureux de vivre ici pendant deux mois entiers ?

-         Je ne sais pas, Terry. C’est profond. Ce que je ressens n’est pas quelque chose pour quoi on peut trouver une solution facilement.

Terry se leva à son tour pour le rejoindre. Dieu savait qu’il comprenait ce qu’il pouvait ressentir. Mettre des mots sur ses souffrances, combien de temps lui avait-il fallu pour y parvenir ? Longtemps. Très longtemps. Et quand il se remémorait la détermination et la patience dont avait fait preuve Ludovic pour lui porter secours, il ne voulait pas l’abandonner à son triste sort. Parce que dans cette affaire, il n’y avait pas que lui qui souffrait. Il y avait également une mère qui se montrait gentille. Autant qu’elle le pouvait. Il se demandait comment ils en étaient arrivés à se déchirer.

La voix du brun le sortit de sa réflexion.

-         Je ferai mon possible pour ne plus t’imposer ça. J’admets que je ne me comporte pas de la façon la plus exemplaire. Tout ça, ce n’est pas…

-         Ce n’est pas sérieux ? Acheva Terry.

-         Je crois bien, admit Ludovic.

Le jeune homme ne dit rien de plus, laissant un silence complet remplacer ce qui était à comprendre. Terry ne se gêna pas pour y mettre fin.

-         Je peux faire quelque chose pour toi ?

-         Je ne vois vraiment pas ce que tu pourrais faire. Je suis le seul responsable de mes actes. Je perds le contrôle de tout. Je pensais passer au-dessus de ça en revenant ici pour ne pas que tu ais à y à assister et j’ai échoué. Je m’en veux un peu. Est-ce que tu te rends comptes de ce qu’il se passe actuellement ?

-         De quoi devrais-je me rendre compte ? Du fait que j’essaye de t’aider ?

-         Nous parlons de mon mauvais comportement au lendemain de ton arrivée, Terry.

-         Nous parlons du pourquoi tu es tellement différent de Sainte Bénédicte. Tu avoueras que ces derniers mois, tu devenais de plus en plus nerveux. Tes crises de colère se faisaient de plus en plus nombreuses.

-         Je suppose que je pressentais ce moment. Et puis, avec les derniers évènements, ce n’était pas facile pour moi de rester calme.

-         Je ne parviens pas à comprendre pourquoi tu te mets si rapidement en colère au contact de certaines situations. Ce n’est pas facile pour moi de me mettre à ta place si tu n’en parles pas. Il faut que tu m’expliques. Je veux vraiment t’aider.

-         Je ne suis pas comme tous les adolescents de mon âge, Terry. Je m’en rends compte. Je suis caractériel. Je peux me mettre dans des états qui me poussent à la violence. Je me fais peur à moi-même.

Terry sentait que cette conversation allait une nouvelle fois prendre un sens qu’il ne désirait pas. Il ne l’avait pas remarqué jusqu’à présent, mais Ludovic avait un don lorsqu’il s’agissait de faire tourner les choses en sa faveur. Il avait eu le temps de s’en rendre compte au cours de ces dernières heures.

-         Tu es peut-être caractériel, mais ça ne m’empêche en rien de te percevoir comme quelqu’un de normal, tenta-t-il de le rassurer. A vrai dire, je suis surtout maladroit. Je ne sais même pas comment m’y prendre pour te faire entendre raison. Je voudrais que tu comprennes que je ne te reproche rien. Que j’attends de toi que tu me laisses la possibilité de t’aider. Car je l’avoue, je ne comprends pas ton problème.

-         Je ne te demande pas de le comprendre.

-         En effet. C’est moi qui te le demande. C’est ce que je désire.

Terry tenta de lui prendre la main pour lui faire passer la sincérité de ses intentions. Aussitôt, Ludovic recula la sienne.

-         Je ne veux pas te mêler à tout ça.

-         Pourquoi ? Je ne suis plus le gamin fragile que tu connaissais au tout début.

-         Peut-être, mais je ne veux pas impliquer quiconque dans mes histoires. Je saurai me débrouiller sans l’aide de personne. Je l’ai toujours fait.

Il fit son possible pour ne pas montrer la peine que ce geste autant que ces paroles avaient procuré en lui. En acceptant de passer ces vacances avec lui, il ne s’était pas douté un seul instant de ce qui l’attendait. Il ne revenait pas sur sa décision. Il regrettait juste que Ludovic ne lui permette pas de se montrer plus présent à ses côtés. Aujourd’hui, c’était lui qui allait mal et il ne pouvait pratiquement rien faire. Le principal concerné dû comprendre le sentiment de tristesse qui l’animait. Se rapprochant de lui, il passa une main douce dans ses cheveux.

-         Pardonne-moi de me montrer aussi dur. Je ne désire simplement pas en parler. Pas tout de suite en tout cas.

-         Mais tu crois le faire un jour ?

Ludovic passa ses bras autour de sa taille, posant son menton sur son épaule.

-         Je crois pouvoir y arriver. Mais pour le moment, je veux avant tout que ces vacances te soient profitables.

Quelques minutes passèrent. Quelques minutes durant lesquelles aucun ne trouva quoi que ce soit à y redire. Au bout d’un temps, Ludovic se manifesta de nouveau.

-         J’ai quelque chose à te montrer.

-         Ludovic, tu ne veux pas…

Un baiser le fit taire. Terry comprit qu’il ne parviendrait plus à se faire écouter de son petit ami comme il le désirait. Alors, il le laissa juste prendre sa main et l’entraîner à sa suite. Ils sortirent de la chambre, et il décida en conséquence de mettre ces soucis de côté pour se demander ce qu’il voulait tant lui montrer.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 25 août 2008

Partie 2

De retour dans la chambre, il sembla brusquement à Terry qu’il y avait un élément de taille qu’il avait omis de remarquer. L’une des fenêtres qui composait la pièce n’était pas des plus voyantes, étant située dans le coin le plus éloigné. Quelques cartons sans importances entassés dessous, il venait enfin de découvrir un objet relativement particulier. Il s’en approcha, prenant la précaution de ne rien abimer sur son passage.

-         C’est un télescope ? S’étonna-t-il.

Ludovic n’y avait pas pensé sur le coup. Il le rejoignit bien vite. Il était si vieux qu’il l’avait délaissé jusqu’à en oublié son existence durant le temps passé à sainte Bénédicte. D’autant plus qu’il n’avait pas désiré l’emporter avec lui à l’école. Terry observait visiblement le matériel étonnant avec lequel il avait été construit. Un matériel qui le distinguait d’un vrai télescope.

-         Il est particulier…

-         C’est parce que je l’ai construit de mes mains, avoua-t-il.

Le concerné plissa le front, scruta les traits de son visage et finit par laisser éclater sa stupéfaction. Le matériel qui était utilisé ne semblait rien avoir d’exceptionnel, mais apprendre qu’avec peu de choses Ludovic était parvenu à construire par lui-même un vrai télescope relevait du génie. Il se pencha quelques secondes dessus pour y jeter un coup d’œil.

-         C’est sensationnel. Comment es-tu parvenu à un tel miracle ? Si on me demandait d’en construire un, je crois que j’en serais incapable.

-         Ce n’est pas tellement compliqué quand on sait comment s’y prendre. En fait, j’ai fait des recherches durant des années avant de réunir tout ce dont j’avais besoin. A la base, il suffit d’un long tube lisse. Les réglages n’ont pas été évidents à faire. Mais je crois que le plus compliqué, ça a été de creuser le verre comme il le fallait.

-         En tout cas, ce n’est vraiment pas du travail d’amateur. Tu semblais savoir ce que tu voulais à l’époque. Tu avais quel âge ?

-         Treize ou quatorze ans. Du moins je crois.

Il se laissa prendre à son monde plus rapidement qu’il ne l’aurait cru. A l’entendre déblatérer aussi brusquement sur tous les arrangements dont il avait dû faire preuve, il semblait presque à Terry que tout cela était irréel. Ludovic le subjuguait. Il s’apercevait à quel point il pouvait être un garçon surprenant. Ce télescope était tout à son honneur. C’était un véritable travail de professionnel.

-         Tu es vraiment intelligent. Je suis tellement surpris que je ne trouve même pas les mots pour t’exprimer combien je suis en admiration devant ce que tu as fait.

-         N’exagère pas, ce n’est pas grand-chose.

Au même instant, Terry regarda par la fenêtre le ciel obscur. Il faisait beau et l’on pouvait voir pleins d’étoiles. Combien de fois avait-il dû les observer grâce à cette improvisation construite de ses propres mains ? Ludovic dû comprendre à quoi il pensait.

-         Tu veux l’essayer ? Lui demanda-t-il en le tirant de sa rêverie.

-         Tu es sincère ? C’est que tu veux ?

-         Et toi, tu le désires ?

-         Autant que tu le souhaites. Tu sais que ça me fait plaisir de partager tes passions. De cette façon, j’ai l’impression d’en apprendre un peu plus sur toi.

Se rendait-il au moins compte de l’étendue de ses paroles ? Du bien-être qu’elles procuraient au brun qui l’écoutait parler. Qui l’écoutait lui faire part de ses envies. Pour ne pas changer, il voulait lui faire plaisir. Mais pour la première fois, Terry voulait aussi que ses envies soient partagées. Pour de vrai. Parce qu’il voulait le connaître davantage.

Pour Ludovic, c’était une réalité qu’il ne lui avait encore jamais véritablement révélée. Une réalité qui faisait plaisir. Une simple attention qui touchait particulièrement. De cette colère qui ne l’avait pas quitté depuis qu’il était revenu chez lui, il s’en sentit allégé. Comme si un poids énorme venait de lui être ôté des épaules. Dans son inconscience, Terry lui faisait énormément de bien.

-         Je te propose d’aller te doucher pendant que j’installe tout dans le jardin, proposa-t-il sans attendre.

-         Maintenant ?

-         Il fait déjà nuit, je te rappelle.

-         C’est vrai, excuse-moi. Tu me montres où se trouve la salle de bain ?

Marchant à travers la maison, Terry se laissa guider jusqu’à une petite pièce carrelée aux senteurs marinées. Tout sentait bon. Tout était beau ici. Tellement beau qu’il osa à peine poser ses mains sur tout ce qui se trouvait autour de lui. Ce lieu n’avait rien à voir avec leur chambre à Sainte Bénédicte. Il s’en rendait compte. Au bout de plusieurs minutes, lorsqu’il entendit les pas de Ludovic s’éloigner dans le couloir, il laissa ses vêtements tomber sur le sol pour entrer sous un jet d’eau brûlant qui lui fit le plus grand bien. Il s’agissait là d’une mauvaise habitude qu’il ne parvenait pas à changer. Même lorsqu’il se sentait bien. A chaque fois qu’il voyait sa peau virer au rouge, il se donnait l’impression d’avoir nettoyé son corps de tout ce qu’il avait subi par le passé. Il avait d’ailleurs été surpris que Ludovic ne lui en fasse aucune remarque au moment où il avait dû l’aider à faire sa toilette. Car il se le disait bien, il gardait des séquelles de ces viols à répétition que lui avait fait subir leur père. Même s’il allait mieux, il ne pouvait s’empêcher de s’ébouillanter la peau sous le jet de la douche ou encore de se frotter quasiment jusqu’au sang. Si cela pouvait lui permettre de se sentir en paix avec lui-même pendant quelques heures, pourquoi pas…

------------

 

A son grand soulagement, il avait retrouvé ce coin secret du jardin où il aimait tant passer des heures quand il vivait encore à la maison. Il s’agissait d’un coin caché par de multiples buissons fleuris. Des rosiers. Des hortensias et autres arbustes fleuris qui dégageaient une odeur agréable. Une odeur qui s’imprégnait jusqu’à un petit morceau d’herbe masqué aux yeux de tous où ils pourraient tranquillement s’installer sans être dérangés. Le jardin était grand et c’était ce qui en faisait sa particularité. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait plus passé un peu de temps en cet endroit. Il y avait un temps où ça avait été le seul moyen pour lui de se sentir rassuré. De se calmer. Loin de tout. En solitaire comme jamais. Aujourd’hui, il prenait conscience que le passé ne pouvait plus être réinterprété de la même manière. Cette fois, ce serait différent. Il partagerait ses impressions avec Terry. Il ne serait pas seul pour regarder les étoiles comme il le faisait enfant. De plus, il allait pouvoir mettre en pratique tout ce que le professeur Armand lui avait appris au cours de ces nombreuses leçons passées avec lui.

Quand il y réfléchissait, il lui semblait avoir évolué tout au long de cette année. Intérieurement, il avait l’impression d’avoir grandi. D’avoir pris en maturité. De ce garçon complètement introverti qu’il était et qui se moquait bien de se faire des amis ou non, il était devenu davantage social. Il avait fait la connaissance de Maxime qui lui avait appris que la vie pouvait être perçue sous un meilleur point de vue. Avec humour. Fantaisie. Du début à la fin, il avait apprécié cet ami qui était souvent parvenu à remonter le moral des troupes. Il y avait également eu Yanis avec qui il avait de temps à autre du mal é établir une bonne entente. Cela ne l’empêchait néanmoins pas d’apprécier pratiquement tous les moments où il s’était affiché sous cette franchise piquante. Une franchise qui lui valait d’être quelqu’un de vrai. En toute sincérité, Ludovic n’avait pas été particulièrement affecté de leur dire au revoir pour deux mois en sachant pertinemment qu’il les reverrait de toute façon en début d’année scolaire prochaine. Que cela lui ferait davantage plaisir. Pourquoi alors s’encombrer avec des moments pénibles ? Cela était au moins réconfortant. Autant pour Terry que pour lui-même. Par contre, il n’en était pas de même avec Evan. Mis à part Terry, il s’agissait incontestablement de la personne qu’il avait le plus appréciée. Il regrettait un peu de ne pas l’avoir quitté avec un peu plus de convenance. Evan qui l’avait tant aidé et conseillé. N’avait-il pas mérité qu’ils se quittent comme il se devait ? A présent, il espérait le revoir dans un avenir proche pour qu’il lui conte quel médecin formidable il était devenu. Il lui souhaitait de tout cœur de parvenir à son but comme lui-même parviendrait au sien. Devenir un grand astronaute. Toutefois, il lui restait encore beaucoup de chemin à accomplir. Sur tous les plans…

Réalisant enfin où il se trouvait à l’instant même où il avait eu ces pensées, il s’aperçut qu’il avait déconnecté durant un long moment. Terry devant certainement l’attendre dans sa chambre, il se décida à aller le chercher afin qu’ils puissent passer quelques heures ensemble, en toute intimité.

------------

 

Avec l’obscurité, Terry ne parvenait pas à distinguer grand-chose de ce qui l’entourait. Tout ce qu’il pouvait apercevoir n’était autre que le jardin devait être extrêmement grand. Assez grand pour qu’il s’y perde. C’était ce qui devait expliquer que Ludovic lui tenait une nouvelle fois la main pour traverser cette grande étendue jusqu’à arriver dans un coin bien personnalisé. Bien à lui. Là, il avait installé le télescope ainsi que deux couvertures sur lesquelles ils pouvaient s’installer. Une brise tiède lui caressa le visage tandis qu’il prenait place tout comme lui.

-         Ca te plait ? Le questionna-t-il.

-         Beaucoup. C’est retiré et secret, ça me plait.

-         Je venais souvent ici avant d’entrer à Sainte Bénédicte, lui avoua-t-il. C’était encore pire quand j’étais enfant. Ca me permettait d’échapper à tout ce qui m’entourait.

-         C’est un coin où tu peux te recueillir ?

-         On peut dire ça.

-         C’est-à-dire ?

-         Ca me permettait de ne pas devenir dingue quand je sentais qu’une situation dégénérait. Dès que je me sentais en colère, je venais ici.

-         Ca te calmait ?

-         Je crois bien.

Le voyant bien plus calme qu’en début de soirée, Terry sentait qu’il parviendrait peut-être à retrouver ces bonnes vieilles illusions qui les avaient bercé au tout début de leur rencontre. Sous ce ciel étoilé, il oublia tous les soucis qu’ils avaient connus pour partir à la recherche de cette atmosphère paisible et chaleureuse qui lui avait manqué. Il préféra même ignorer tout ce qui s’était passé et qui se faisait parfois pénible à son esprit. Ses doigts jouant avec un brin d’herbe et ses yeux s’attardant sur le ciel, il se laissa aller à omettre pour quelque temps qu’ils étaient tout deux les enfants d’un homme qui les avait fait souffrir. Car il s’en doutait, Ludovic n’avait pas dû connaître une vie des plus reposantes lorsqu’il le côtoyait. Il avait suffisamment connu ce père pour en avoir la certitude.

-         Je ne peux pas m’empêcher de repenser au jour où tu as emprunté le télescope de la classe de sciences, dit-il. Nous avions passé toute la nuit dans le parc.

-         Je me trompe ou il s’agit de l’un de tes plus beaux souvenirs ?

-         Ce n’est pas le cas pour toi ?

-         Evidemment que si. Cette nuit… Je suppose qu’on peut dire qu’elle aura été marquante pour nous deux.

-         Qu’est-ce qui te pousse à dire ça pour ta part ?

-         Je dirais qu’elle a été le premier pas vers le début d’une amitié que j’espérais avec toi.

-         Et qui s’est transformé en amour, acheva Terry.

Il s’allongea sur la couverture, remarquant que cette soirée qui devait leur permettre d’observer les étoiles avait pris une toute autre tournure. Celle des confidences. Ils avaient besoin de parler. De se rappeler tous les bons moments passés à deux. Conséquence imminente des derniers évènements. Il y avait longtemps qu’ils auraient dû se retrouver.

-         Et toi, qu’est-ce que tu as ressenti ?

-         A ton avis ?

-         Du réconfort ?

-         Tu crois que ce n’était que du réconfort ?

-         Non, mais j’ai envie de t’entendre prononcer les mots qui me plaisent.

-         Le début de quelque chose de formidable, répondit alors Terry dans un murmure.

-         De notre histoire ?

-         Peut-être bien. Après tout, je suppose que tu dois être fait pour moi… Comme je dois être fait pour toi. C’était un instant si magique que je me demande s’il ne nous prédestinait pas à nous aimer.

Ces paroles eurent un étrange effet sur Ludovic. Il n’aurait su dire s’il s’en réjouissait vraiment. Brusquement, il s’allongea au-dessus de lui et entreprit de lui caresser une mèche de cheveux du bout des doigts. Terry pouvait voir passer un sentiment étrange dans ses yeux. Un sentiment qui lui était encore inconnu. Etait-ce du désir ?

-         Qu’est-ce qu’il t’arrive ? S’inquiéta-t-il en le sentant presque l’écraser de tout son poids.

Ludovic ne répondit pas immédiatement, profitant de le détailler comme jamais. Ses yeux semblaient le redessiner à sa façon. Il semblait le percevoir sous un angle nouveau tout en caressant cette fois son front du revers de la main, écartant quelques mèches qui le dérangeaient.

-         Je te trouve juste beau.

-         Ludovic, tu…

Un doigt vint immédiatement se poser sur ses lèvres alors qu’il enfuyait à présent sa tête au creux de son cou. Terry n’osait plus bouger, encaissant les quinze kilos supplémentaires que devait avoir le brun par rapport à lui. Cependant, dans un instinct naturel, il laissa ses bras entourer ce corps au-dessus du sien. Il tremblait légèrement, Ludovic ne l’ayant pas habitué à être aussi impulsif avec lui. Du moins pas de cette façon. Il lui semblait presque qu’il quémandait du réconfort.

-         Je rêvais de retrouver une intimité comme celle-ci depuis bien longtemps, le rassura-t-il. Ne crains rien, je voulais juste pouvoir profiter de rester un peu seul avec toi. L’atmosphère est propice à nos étreintes, non ?

-         C’est juste que tu m’écrases, Ludovic.

-         Pardonne-moi, mon ange. Je ne voulais pas te faire de mal.

-         Tu ne m’as pas fait mal.

Le brun s’appuya sur ses coudes. Alors qu’il se redressait, Terry pu s’apercevoir que son regard était quelque peu triste.

-         Ca ne va pas ? Demanda-t-il.

-         Je voudrais pouvoir rester ainsi avec toi pour l’éternité. Maintenant qu’il n’est plus là, je crois que je m’aperçois seulement que je pourrais peut-être envisager de vivre comme je le voudrais.

-         Comme tu le voudrais ?

-         Oui. J’ai la sensation d’en avoir été privé pendant trop longtemps.

-         Est-ce que tu te sens malheureux, Ludovic ?

En disant cela, Terry laissa l’une de ses mains caresser son dos. Il lui semblait que celui-ci se montrait comme il était réellement. Vulnérable à ses yeux. Il sentait même que ce serait cette fois à lui de le rassurer. Il ignorait ce qu’il s’était passé au sein de cette maison, mais certains évènements s’étaient bel et bien déroulés. Des évènements que Ludovic avait refusé de lui dévoiler pour ne pas le perturber davantage. Terry lui en aurait été reconnaissant quelques mois plus tôt. Ce n’était plus le cas aujourd’hui.

-         Juste nostalgique, l’entendit-il murmurer.

-         Tu as vécu des choses tristes toi aussi, n’est-ce pas ?

-         Pas autant que toi. Il n’était pas cruel avec moi. C’était justement tout le contraire. Il me voulait juste à son image. Une image dont je me refusais de lui donner. Je ne voulais pas vivre comme il l’attendait de moi.

-         Mais il n’est plus là. Tu as le droit de vivre comme tu l’entends maintenant.

-         Si seulement je pouvais accepter d’aller de l’avant comme toi tu le fais. Tu es si courageux.

Ces paroles le terrifièrent. Il ne s’était jamais jugé comme quelqu’un de véritablement courageux. Il avait constamment besoin de la force de Ludovic. N’avait-il pas exagéré sur ce point ? Ne devait-il pas à présent cesser de se comporter autant en lâche qu’en égoïste afin de lui procurer tout le soutien dont il avait également besoin ? Il l’entendit reprendre la parole, lui confiant ce qu’il désirait plus que tout, là tout de suite.

-         Je voudrais pouvoir jeter tout ce côté superficiel que j’expose de moi pour pouvoir librement t’aimer comme je l’entends. Je voudrais pouvoir cesser de me préoccuper de tout ce qui me force à être sérieux. Je voudrais te prendre dans mes bras sans avoir à me reprocher quoi que ce soit. J’ai peur de ne pas parvenir à t’aimer correctement.

-         Est-ce que je t’ai déjà fait des reproches quant à ta façon de m’aimer ?

-         Pas que je sache.

-         Tu as toujours été présent pour moi, Ludovic. J’ai moi-même agi en égoïste en ne remarquant pas que tu me cachais ce qui t’était douloureux. Tu as tout mis de côté pour moi. Je ne me suis même pas demandé pourquoi tu étais si droit. Depuis combien de temps es-tu comme ça ? Tu es si introverti. Tu ne montres rien de tes émotions. Juste tes colères quand tu les laisses exploser. Je n’ai rien vu et je m’en veux.

Prenant à son tour conscience de ce que tout cela représentait, Ludovic poussa un profond soupir de frustration. Il ne voulait pas inquiéter Terry. En aucun cas et voilà qu’il s’en voulait. Il allait se retirer d’au-dessus de lui pour contempler les étoiles avec lui. Ils étaient venus dans ce but, et ils s’étaient retrouvés à partager un nouvel instant triste. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Mais Terry le retint.

-         Qu’est-ce que tu désires, là tout de suite ? Lui demanda-t-il.

-         Ne jamais te perdre.

-         Alors viens…

Malgré ses réticences à écraser une nouvelle fois le jeune homme sous son poids, il se laissa faire lorsqu’il le força à se coucher contre lui. La tête bientôt enfuie contre sa poitrine, il pouvait presque entendre son cœur battre sous le fin tissu de son t-shirt.

-         Rassure-toi, tu ne me perdras jamais, dit-il en le serrant de toutes ses forces contre lui. Car je ne compte pas te laisser partir.

-         Alors tu es malade…

-         Je ne vois pas pourquoi je le serais.

-         Parce que tu aimes quelqu’un comme moi.

-         Quelqu’un de sérieux ?

-         Non, un caractériel qui ne t’apportera jamais rien de bon.

-         Alors la maladie a parfois du bon. Dans mon cas, il ne doit pas exister de remède.

Touché, Ludovic voulut néanmoins se dégager en sachant que Terry ne pourrait pas tenir bien longtemps sous son poids. Celui-ci n’était pourtant pas décidé à le lâcher.

-         Terry… Les étoiles… On était censé les regarder, tenta-t-il maladroitement.

C’était une excuse pitoyable et le concerné ne se gêna pas pour la mettre de côté.

-         Les étoiles pourront bien attendre.

Oui, les étoiles pourraient bien attendre. Car Terry se rendait compte qu’il était prêt à offrir bien plus que quelques moments passés ensemble au brun qui se laissait pour la première fois complètement aller devant lui. Il n’était pas seulement prêt à lui rendre son amour que par l’intermédiaire de quelques baisers ou quelques paroles. Il voulait être présent pour lui. Il voulait pouvoir le soutenir comme lui l’avait si bien fait à son égard. Il voulait aussi être celui qui protégeait l’autre. En ce début de vacances passé auprès de celui pour qui il était prêt à beaucoup, il espérait pouvoir avancer un peu plus dans leur relation. Consolider davantage leurs sentiments. Même si cela lui demandait des sacrifices immenses. Même s’il devait se remettre lui-même en question. Pourvu qu’il parvienne à lui prouver qu’il pouvait lui aussi le soutenir de son mieux et faire des efforts considérables pour qu’ils s’aiment sans que rien ne vienne entacher ce qu’ils ressentaient. Pourvu que demain soit un jour meilleur.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 25 août 2008

meroko: Les commentaires de la grande meroko^^Merci beaucoup, ils me font toujours très plaisir. Tout ce que j'espère, c'est que la suite te plaira^^

Chapitre LXXX : A la lueur des étoiles.

 

Partie 1

La nature timide de Terry l’empêchait de s’extasier devant la beauté de la maison qui s’offrait à son regard. Si l’extérieur paraissait à première vue banal, l’intérieur était entièrement sculpté dans le bois. Que ce soit les portes ou les meubles, tout reposait sur un travail minutieux qui impressionnait le jeune homme. S’il ne l’exprimait pas avec des mots, son regard ne trahissait pas moins son émotion, et Elea ne pu s’empêcher de s’approcher de lui pour faire en sorte qu’il se sente rapidement à son aise.

-         N’hésite pas à faire comme chez toi, Terry. Je te rappelle que tu es le bienvenu. Commence déjà par retirer tes chaussures.

Le jeune homme s’exécuta en restant aussi muet qu’au début. Mais elle était néanmoins ravie de le voir déjà se plaire chez elle. Si la maison lui plaisait, elle ne pouvait plus qu’espérer que son séjour ici lui plairait. En tout cas, elle ferait tout pour cela. Malheureusement, certains empêchements la maintiendraient hors de la maison pour le reste de la soirée. Elle devrait donc compter sur Ludovic pour s’occuper de tout le reste. Elle s’empressa de le faire savoir, voyant l’heure tourner.

-         J’aurais voulu te faire faire le tour de la maison moi-même, mais je ne vais pas pouvoir rester ce soir. Ludovic te montrera les différentes pièces importantes afin que tu ne te sentes pas trop perdu.

-         Vous partez ? S’étonna le jeune homme.

-         Oui, je n’ai pas le choix. Je ne serai là qu’à partir de demain matin. En attendant, je sais que je peux vous laisser seuls tous les deux en toute sécurité.

Elle se tourna cette fois vers son fils qui restait toujours aussi silencieux qu’à leur départ de l’école. Terry s’étant endormi dans la voiture, elle avait eu la nette impression de parler seule durant tout le trajet. A présent, elle espérait surtout que cette situation ne durerait pas. Que penserait son camarade en le voyant se comporter de cette manière avec elle ? Elle se le demandait mais ne désirait en aucun cas le savoir.

-         J’ai laissé un plat dans le four, Ludovic. Il ne te restera plus qu’à le réchauffer pour que vous puissiez manger tous les deux.

-         Agréable comme soirée, je n’en attendais pas moins venant de toi. Heureusement que Terry est là. Si ça n’avait pas été le cas, j’aurais déjà été tout seul dès le début des vacances.

-         Ludovic, je t’en prie.

-         Bien sûr, excuse-moi, je ne tenais pas à me montrer une nouvelle fois offensant !

Ludovic la délaissa sur cette réplique provocante pour aller décharger les valises du coffre. Elea l’aida, Terry restant à l’entrée, surpris autant par ce que venait de dire le brun que par le ton qu’il avait employé. Il ne l’avait encore jamais vu se comporter de la sorte. Il s’attendait encore moins à ce que ce soit contre sa mère. Celle-ci semblait encaisser tant bien que mal toutes ses paroles sans pour autant répliquer bien méchamment. Lorsqu’elle s’adressa d’ailleurs à lui pour lui indiquer qu’elle s’en allait, Terry était tellement pétrifié qu’il n’y prêta pas la moindre attention. Elle ne lui en voulut pas. La pièce redevenue silencieusement, il n’osait même plus faire un seul geste.

Le voyant rester sans bouger, Ludovic s’approcha de lui et le prit par la main pour le forcer à le suivre.

------------

 

En peu de temps qu’il ne fallait pour le réaliser, Ludovic l’avait entraîné dans les escaliers. Il ne le lâchait pas. Il serrait fortement sa main dans la sienne comme si la simple idée de le perdre lui était inconcevable. Les marches des escaliers craquaient sous leurs pas. Le défaut du bois, se dit Ludovic. Lui-même n’était pas aussi admiratif que Terry en ce qui concernait les particularités de cette maison. Toutefois, le lieu qu’il s’apprêtait à lui faire voir était sacré pour lui. C’était son univers bien à lui. Un endroit qui lui était personnel et au sein duquel il ne laissait pas entrer n’importe qui. Quand il se fit tout proche de celui-ci, son cœur battit un peu plus rapidement. Depuis quand n’avait-il pas retrouvé ses repères bien à lui ?

Sa chambre n’était pas très grande et plutôt simple. Elle était faite pour adolescent normal à quelques détails près. Il se sentit heureux quand il aperçut Terry poser ses yeux sur ce qui l’entourait avec un intérêt tout particulier.

-         C’est super ici ! Ta chambre elle est… superbe.

-         Elle n’a rien d’extraordinaire.

-         Au contraire, je la trouve fascinante.

Déjà il s’aventurait dans ce lieu regorgeant des souvenirs d’un enfant. D’une passion qui avait dû naître il y avait bien longtemps. Ecrasant la moquette grise sous ses pieds, il laissa son regard balayer l’ensemble de la pièce pour observer des posters divers sur les murs d’un vert pastel agréable. Ca allait de photos de groupes de rock à des affiches de la galaxie toute entière. Il se laissa aller à promener ses mains sur les différents bibelots, garnitures en tout genre, qui traînaient en divers endroits. Mais par-dessus tout, il se laissa tomber en arrière sur le lit, admirant le plafond du jeune homme sur lequel étaient représentées une multitude d’étoiles et de constellations.

-         C’est le paradis sur terre.

S’étonnant de cette conclusion tirée à la hâte, Ludovic le rejoignit et s’allongea sur le dos tout comme il l’avait fait.

-         Ma chambre est on ne peut plus banale.

-         Loin de là. En tout cas pas pour moi.

-         Pas pour toi ? Elle te semble étrange ?

-         Un peu. Il y a tellement de choses partout. Tu as de la moquette. Et ce plafond… Il me fait rêver. Tu n’imagines pas.

Ludovic ne savait s’il devait se réjouir du fait que sa chambre regorgeait de trésors pour le jeune homme, ou bien s’en inquiéter. Il croyait presque voir ses yeux se brouiller de larmes. Etait-ce donc aussi fabuleux pour lui ? Cela ne cachait-il pas plutôt un problème ? Terry avait-il au moins connu cela dans son enfance ?

-         Quand tu vivais chez toi, ta chambre ne ressemblait pas à la mienne ? Je veux dire, elle devait être à ton image. J’avais cru comprendre que mon père faisait également grâce de son argent dans le milieu dans lequel tu vivais.

-         Ma chambre… Oh, tu sais, je crois qu’elle a dû un jour être ainsi. Comme la tienne. Il y a très longtemps, je ne m’en souviens que très peu, mais je crois que j’avais un grand lit dans lequel je me noyais presque. Une bibliothèque complète qui m’était réservée. Et un ordinateur sur lequel je pouvais m’amuser comme bon me semblait. J’étais très jeune. Ca remonte à si loin.

-         Mais après ? Quand tu as grandi ?

-         Après, hésita-t-il, il a commencé à me faire enlever tout ce que j’avais petit à petit. C’était l’un de ses plaisirs favoris.

Ludovic comprit sans mal de qui il voulait parler et à la seule notion de ce qu’il avait fait, une boule lui resta au travers de la gorge.

-         Tu ne me l’avais pas dit.

-         Je ne le jugeais pas nécessaire. Quoiqu’il en soit, ma chambre n’était finalement plus composée que d’un lit, une armoire et une table de nuit. Les murs étaient juste blancs. Il n’y avait même plus une affiche. Je crois que je devais m’y sentir triste.

-         J’imagine que tu n’as pas dû en voir une grande différence à Sainte Bénédicte. Question décoration, s’il n’y avait pas eu Yanis et Maxime pour nous motiver, on ne pouvait pas dire que c’était très chaleureux.

-         Pas vraiment.

-         Et ta mère, elle n’a jamais rien dit à propos de ce qu’il faisait ?

-         Elle n’entrait jamais dans ma chambre. Pour ce qui était du ménage, il avait engagé une femme qui venait deux fois par semaine. Elle n’émettait aucun signe qui aurait pu l’alerter.

Laissant son imagination faire son travail sur tout le reste, Ludovic n’eut aucun mal à comprendre que Terry ne réalisait même pas que ce qu’il avait subi à ce niveau était abominable. Aujourd’hui, il comprenait mieux le pourquoi de tant d’admiration. Profitant de sa présence à ses côtés, il agrippa l’une de ses épaules, rapprochant considérablement son corps du sien.

-         Je n’en reviens pas qu’il ait pu être aussi méprisable. Tu es ici chez toi, Terry. Profite du confort qui t’est offert autant que tu le veux. Je veux que tu t’y sentes le mieux possible. Ma chambre est la tienne. D’accord ?

-         C’est gentil, mais ce n’est pas quelque chose qui m’ait particulièrement marqué. Il me manquait surtout des livres. J’allais en emprunter en cachette.

Quand il pensait qu’il s’était plaint de cette maison un peu plus tôt, il le regrettait durement. Terry lui ayant donné la meilleure preuve possible qu’il ne pouvait critiquer le confort qu’il possédait, il se rendait compte qu’il ne mesurait pas à sa juste valeur tout ce qui était mis à sa disposition. Une maison confortable. Une chambre personnalisée. La liberté d’exprimer sa passion comme il le désirait.

Resserrant un peu plus encore son étreinte, il fit passer tout son amour dans le baiser qu’il déposa sur ses lèvres.

-         Quoique tu en dises, tout ça c’est terminé maintenant. Tu n’es plus forcé de te conduire comme il l’exigeait. Tu peux te contenter de beaucoup plus. Tu as aussi le droit de te montrer exigeant de temps en temps.

-         Je peux vraiment me montrer exigeant ? Se permit de demander le jeune homme.

-         Bien entendu. Tu es ici chez toi.

Terry afficha un grand sourire.

-         J’ai faim.

Ludovic le lui rendit avec une pointe d’humour.

-         Je vois que tu comprends rapidement.

En réalité, il ne voulait surtout pas le décevoir. Rien ne l’empêchait de ne pas se sentir tout à fait pour le mieux au sein de ce lieu qui lui était encore inconnu, mais il ne voulait pas se montrer pessimiste. Se sentant tout de même en sécurité, Terry se serra de lui-même contre Ludovic, profitant pour un temps de sa présence. Juste quelques minutes avant qu’ils ne se décident à se lever pour redescendre.

------------

 

Ce ne fut que lorsque leurs estomacs crièrent famine en cœur qu’ils se décidèrent à mettre fin à leur étreinte pour définitivement aller manger un morceau. Il était tard. Il faisait même nuit. N’avisant pas l’heure qu’il était pour autant, Ludovic invita Terry à s’asseoir à la table de la cuisine pendant qu’il ouvrait le four pour en sortir plusieurs pizzas géantes. Il en fut presque saisi.

-         Elle s’est surpassée, murmura-t-il pour lui-même.

Sa mère lui avait parlé de plat à réchauffer, il ne s’était pas attendu à ça.

Terry avait certainement dû l’entendre, mais il préféra faire comme si de rien n’était. Se tournant vers lui, il l’observa un instant avant de lui faire part du menu.

-         Tu aimes la pizza ?

-         Oui.

-         Dans ce cas, qu’est-ce que tu préfères ? Quatre fromages, fruits de mer ou bien sauce aux champignons ?

-         Quatre fromages.

-         Très bon choix. C’est aussi ma préférée.

Tout deux satisfaits de leur menu, il se contenta de réchauffer leur repas avant de venir rejoindre son petit ami à table. Celui-ci semblait quelque peu mal à l’aise. Il ne disait rien pour ne pas ruiner l’ambiance. Ludovic ne le connaissait que trop bien pour ne pas se laisser prendre au jeu.

-         Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien pour tenter d’y décrypter une quelconque explication.

-         Je ne veux pas m’imposer dans cette maison.

-         Qu’est-ce qui te fait dire que tu t’imposes ?

-         Ta mère ne semble déjà pas avoir beaucoup de temps pour elle sans qu’en plus je reste ici pendant les vacances. La preuve en est qu’elle n’a pas pu rester ce soir.

-         Ma mère n’a surtout jamais de temps pour les autres. En revanche, je te corrige. Elle en a largement pour elle.

Une nouvelle fois, Terry se sentit pris au dépourvu. Non seulement par le ton glacial qu’il avait employé pour parler d’elle, mais aussi par ses paroles. Ludovic semblait mener une sorte de petite guerre personnelle contre sa mère. Une guerre dont il ne saisissait pas les fondements principaux.

-         Est-ce que tu la détestes ? Demanda-t-il subitement.

-         Qui ?

-         Ta mère.

-         J’en avais parlé lorsque nous étions tous ensemble avec Yanis et Maxime.

-         Peut-être, mais je ne m’attendais pas à ça. J’ai le droit de me poser des questions.

-         Je ne ressens pas de haine envers elle. Juste une profonde colère que je ne parviens pas à contrôler.

-         Je ne comprends pas, Ludovic. Elle a l’air si gentille.

Ludovic soupira un bon coup avant de lui répondre. S’était-il attendu à ce qu’il se permettre de lui faire une remarque concernant son comportement désastreux envers elle ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, il était temps qu’il comprenne un point essentiel de sa personnalité. Depuis qu’il le connaissait, même s’il en avait également subi les conséquences, il ne semblait pas s’en retourner plus qu’il ne devrait. Il préférait même tout bonnement ignorer le problème. Car c’en était bien un, et il le contrariait lui-même, lui laissant même quelques fois un goût amer.

-         Je suis caractériel, Terry, et ma principale cible est ma mère. Ne me demande pas de t’expliquer pourquoi, ce ne serait qu’une perte de temps.

-         Tu lui reproches quelque chose en particulier ?

-         Ce n’est plus le problème. C’était avant. Je suis passé à autre chose maintenant.

-         Tu as bien des motivations pour te conduire ainsi avec elle.

-         Ne cherche pas à les connaître.

Entre temps, le brun avait servi la pizza. Malgré la bonne odeur qui montait jusqu’à leurs narines, aucun d’eux ne se servit une part. Occupés à tenter de déchiffrer ce que l’autre cherchait à dire, ils se faisaient face sans pour autant accuser mutuellement le coup. Au final, Ludovic prit un morceau de pizza, incitant Terry à en faire de même. Il le voyait, le jeune homme cherchait un moyen de lui faire savoir qu’il n’était pas décidé à abandonner. Il voulait connaître la vérité. Ludovic n’en doutait pas, il était même touché par son attention, mais c’était hors de question.

-         Pour revenir au sujet principal de cette discussion, reprit-il avant qu’il n’ait le temps de parler, tu n’as pas à te sentir gêné d’être ici. Elea a accepté que tu loges ici lorsque je le lui ai demandé. Elle n’est pas du genre à revenir sur une décision. Juste à prendre très au sérieux ce qu’elle fait. J’ai moi-même cru comprendre qu’elle devait travailler sur des dossiers. Tu n’as donc pas de raison de te culpabiliser pour une faute que tu n’as pas commise.

-         Je comprends parfaitement. Simplement, il va me falloir quelques jours pour m’habituer à un tel changement de vie.

-         Qu’est-ce qui est dérangeant ?

-         Rien. Mais toutes mes petites habitudes sont bouleversées.

-         Tout se passera bien, ne t’inquiète pas. Laisse-toi juste aller sans te préoccuper de ce qui pourrait bien arriver.

-         Je vais essayer.

Ravi d’avoir pu exprimer une partie de ce qu’il gardait sur le cœur, Terry se resservit une seconde part sous l’œil heureux de Ludovic qui le voyait manger avec appétit. La vie pouvait se montrer sournoise avec n’importe qui, et la santé du jeune homme avait déjà suffisamment été mise en péril. S’il avait été facile pour lui de perdre tout son poids, le reprendre était une autre affaire. Malgré tous ses efforts, il restait considérablement maigre, et Ludovic s’en inquiétait constamment.

A la fin du repas, il était parvenu à engloutir trois grandes parts à lui tout seul, rendant le brun plus que satisfait de ses efforts.

Ce ne fut que lorsqu’il eut la certitude qu’il n’avait plus faim qu’il jugea bon de quitter la table. Finalement, ils n’avaient pas davantage touché au sujet de son comportement envers sa mère, et Ludovic l’emportait à son avantage.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 23 août 2008

Partie 2

Terry était toujours adossé contre la porte, ayant au fur et à mesure calmé ses larmes. Evan tentait de le convaincre de faire demi-tour. De retourner voir Ludovic. S’il s’en sentait peu à peu le courage, la force lui manquait. Au fond de lui-même, il se sentait aussi terrifié qu’auparavant. Terry pensait qu’Evan se montrerait plus tendre que Nash. Plus doux dans ses paroles. Malgré tout ce qu’il croyait à son sujet, celui-ci lui prouva qu’il n’était pas là pour s’accabler sur son tort comme tant d’autres l’avaient fait avant lui. Oh bien sûr il s’était déjà montré compréhensif avec lui. Notamment le fameux jour où il était venu le voir à l’hôpital. Cela ne l’empêcha cependant en rien de se faire plus pressant présentement.

-         Tu ne sembles pas saisir la situation, s’exprima-t-il le plus clairement possible pour bien se faire comprendre. Ludovic a pris le temps nécessaire pour te faire comprendre qu’il ne s’adressait pas à toi comme à n’importe qui. Il s’est montré patient face à tout ce qu’il s’est passé entre vous. Il t’a prouvé qu’il était quelqu’un de confiance. Ce depuis le début de l’année. Vas-tu gâcher tous ses efforts ?

-         Pourquoi te montrer si formel ? Je suis déjà au courant de tout ce qu’il a fait pour moi. Je lui en suis d’ailleurs reconnaissant.

-         Je suppose que tu comptes le lui prouver de cette manière ? En restant ici.

-         Absolument pas.

-         Explique-moi donc ce que tu fais encore là si ce n’est pas le cas. En toute logique, tu devrais être avec lui en train d’attendre que sa mère vienne vous chercher. Il m’a tenu au courant que c’était ce soir que vous partiez tous les deux. Il s’en faisait même une joie. Quoique le mot est peut-être un peu grand.

Il ne résignait pas sur certains propos et Terry s’en sentit personnellement touché. Que cherchait donc Evan ? A le faire culpabiliser ? Il n’avait pas véritablement eu le loisir de le connaître davantage. Juste celui de se faire une vague idée de lui. De sa manière de se comporter. Aujourd’hui, il le percevait comme quelqu’un de piquant qui savait où et comment toucher les autres rien qu’en parlant. Terry se sentait quasiment mis en péril. Son vis-à-vis en profita pour reprendre la suite de ce qu’il avait commencé à dire.

-         Il ne me semble pas très intelligent de ta part de le fuir par simple peur. Mais après tout, j’ai cru comprendre que tu ne faisais que ça. Fuir.

-         Ridicule ! J’avais besoin de me retrouver seul pour réfléchir face à ce qui m’attendait.

-         Il aurait été plus simple de t’adresser directement à lui.

-         Ce n’est pas quelque chose qui ne le concerne que lui.

-         J’en conclu que ça te concerne.

-         Et alors ?

Jamais Terry ne se serait imaginé Evan tenir un rôle tel que celui qu’il jouait actuellement. Celui du complice d’une situation qui jugeait sans en montrer un réel intérêt. Celui d’un ami qui se consacrait à le raisonner par l’indifférence. Où avait-il appris cela ?

Terry respira profondément, le laissant poursuivre sa litanie accablante.

-         Il y a longtemps que je voulais mettre le doigt sur un point qui me semble essentiel.

-         Lequel ?

-         Tes réactions. Tu ne les trouves pas un peu faciles ?

-         Je devrais ?

-         C’est-à-dire que tu donnes incessamment de toi l’image d’un garçon fragile qui se réfugie dans les bras de ses amis au moindre petit souci.

La réaction de Terry ne se fit pas attendre.

-         Je ne te permets pas ! De quel droit insinues-tu de tels mensonges ?!

-         De mon propre droit. Mon but n’est pas de me montrer déplaisant à ton égard. Je me veux de te faire comprendre les erreurs que tu commets. Tu as la chance d’avoir une personne qui t’aime pour ce que tu es et qui fait bien des sacrifices uniquement pour toi. Ne voudrais-tu pas en faire toi aussi ? Au lieu de rester auprès de moi à ressasser tes peurs, ne voudrais-tu pas les mettre de côté parce qu’il le mérite bien ?

Vaincu, le jeune homme se laissa complètement aller contre la porte, faisant craquer le bois de celle-ci sous son faible poids. Comprenant précisément qu’il venait de l’atteindre, Evan en ajouta une couche.

-         Tu t’attendais peut-être à ce que je passe mon temps à te faire la morale ?

-         Ce n’est pas le cas ?

-         Non. Je te fais juste savoir ce que je pense. En réalité, je commençais à trouver trop énervant de voir les autres tout décider à ta place. D’accord tu as dû connaître des souffrances terribles, mais ce n’est pas une raison pour que tout le monde te prenne par la main. A force de se comporter ainsi avec toi, tu en as pris de fâcheuses habitudes. La preuve, tu espérais presque que Nash soit encore là pour te soutenir. Que feras-tu lorsque tu te retrouveras seul avec Ludovic ? Tu ne pourras que compter sur toi-même.

-         Mais…

-         Prends des risques, Terry. C’est aussi ça la vie. Tu imagines ce que serait un monde parfait sans que personne ne fasse d’erreur ? Seigneur, on y crèverait d’ennui ! Plus personne ne sera là pour te guider désormais. Ni Nash, ni tes autres camarades. A toi de juger ce qui te semble être la meilleure manière d’agir.

Bien qu’Evan se montrait dur avec lui, Terry n’aurait pas cru le voir se lever le premier pour lui tendre malgré tout la main.

-         Tu le rejoins ou tu vas me forcer à te laisser lamentablement pleurer au milieu du couloir ?

-         Je viens…

Joignant sa propre main à la sienne, il le laissa l’aider à se remettre sur ses jambes. Il ne soupçonnait pas Evan de pouvoir être aussi convainquant. Changeant d’avis du tout au tout à son sujet pour ne plus uniquement le percevoir comme quelqu’un de sage, il le perçut brusquement comme quelqu’un de plus ou moins son âge avec des qualités humaines impressionnantes. Qui aurait cru qu’il était possible de se montrer sympathique en ne se cachant pas essentiellement que sous des paroles tendres ? Terry admira sa façon de faire et s’obligea à le suivre, toujours cette même peur qui lui procurait continuellement des sueurs froides.

------------

 

Ludovic était lasse d’attendre dans sa chambre que Terry veuille bien refaire son apparition. Sa mère présente, il ne voulait pas croire qu’il puisse être subitement revenu sur sa décision pour le laisser ensuite à sa déception. C’était inimaginable. Non loin de lui, sa mère faisait les cent pas dans la petite pièce, commençant doucement à s’impatienter. Cela mettant ses nerfs à fleur de peau, il ne pu évidemment que se montrer plus désobligeant envers celle qui tentait de comprendre tout comme lui ce qui faisait le retard de son ami.

-         Peut-être devrions-nous partir à sa recherche, tenta-t-elle d’une voix qui se voulait rassurante.

Ludovic sentait que si elle se permettait un mot de plus, il ne tiendrait pas plus longtemps face à la rage qu’il contenait en lui depuis qu’il l’avait aperçu. Elle l’énervait sans qu’il ne se l’explique. C’était un sentiment envahissant. Une sensation qui le prenait aux tripes sans qu’il ne puisse rien y faire. Une habitude malsaine ancrée en lui depuis si longtemps.

-         Non. Il viendra, se contenta-t-il de répondre.

-         Ludovic, ça fait déjà une demi-heure que nous attendons. Je sais que la présence de ton camarade te tient à cœur, mais nous n’allons pas y passer la nuit. D’autant plus qu’il me reste encore du travail. Des dossiers à consulter.

-         Tu oses me parler de dossiers dans un moment pareil ? Tu deviens insupportable.

Il la vit réajuster nerveusement la veste du tailleur qu’elle portait. Geste nerveux qu’il savait provoqué par sa faute.

-         Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Ce que je fais est peut-être important, mais je tiens également à faire mon maximum pour assurer ton bien-être.

-         Ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre.

-         Si tu me laissais une chance, tu le comprendrais.

Ludovic l’admettait. Il ne lui laissait pas la moindre opportunité afin qu’elle puisse tenter une approche progressive avec lui. A vrai dire, plus le temps passait, plus il avait l’impression qu’ils se détruisaient mutuellement. Leur contact était encore pire que celui de la dernière fois. Il la condamnait injustement.

-         Je fais mon possible pour te faire plaisir et j’obtiens de toi sans arrêt la même réponse. Que puis-je faire de plus ? Dit-elle apparemment désemparée par son attitude.

-         Arrête…

-         Je voudrais que tu me sois au moins une fois reconnaissant.

-         Arrête ! Ne me demande pas d’être reconnaissant alors que tu ne fais que ton rôle de parent. D’autant plus que tu te dois de doublement assurer ce rôle. En ce qui me concerne, je ne te demande même pas de te montrer présente. Mais c’est peut-être pour cette raison que tu m’as placé ici.

-         Ludovic… Tu sais très bien pourquoi.

-         Je ne te déteste pas. En revanche, je ne te supporte pas non plus. Tu devrais comprendre. Tu es même la mieux placée pour ça.

Elle allait répliquer quand on frappa à la porte avant de directement entrer. Evan, tirant Terry à sa suite, ils firent leur apparition dans la chambre. En réaction, sa mère comme lui-même se dirigèrent vers eux. Evan se montra particulièrement poli, tandis que Terry se voulait, quant à lui, de rester le plus discret qu’il lui était faisable en restant caché derrière son dos.

Le châtain avait salué la femme en face de lui avant de se décaler. Ludovic vit alors son petit ami se reculer légèrement. Celle qui se tenait devant lui dû comprendre son appréhension car elle se dirigea sans geste brusque vers lui, et se pencha légèrement à sa hauteur en affichant un sourire affectueux.

-         Tu dois être Terry, dit-elle. Je suis ravie de faire ta connaissance.

-         Bonjour, madame.

La voix du jeune homme était faible, laissant nettement apparaître sa gêne envers elle. Il était mal à l’aise, elle tenta de le conforter en sa présence.

-         Appelle-moi par mon prénom. Elea. Après tout, nous allons passer assez bien de temps ensemble. J’espère que tu te plairas chez nous.

Ludovic la regardait faire. Cette mère qui n’avait de cesse de se montrer doux envers lui en faisait de même avec Terry. Il la vit bientôt passer une main dans les cheveux du jeune homme, celui-ci se détendant presque immédiatement sous ce geste. Evan, désormais à ses côtés la regardait également faire. Il admirait combien elle tentait de faire preuve de toute la tendresse d’une mère. Lui-même ne repartait chez lui que le lendemain.

-         Tu as vraiment une mère très gentille, lui glissa-t-il à l’oreille.

Il frissonna à cette description qu’il venait de faire d’elle. Très gentille. S’il pouvait parvenir à employer ne serait-ce que ces seuls mots pour la décrire, il serait déjà particulièrement fier de lui.

-         J’imagine que c’est le cas, émit-il pour toute réponse.

-         N’oublie jamais la chance que tu as. Ca n’arrive pas à tout le monde.

Ludovic ignorait pourquoi il avait subitement ajouter cela. A priori, Evan ne devait pas avoir de problèmes familiaux puisqu’il n’en avait jamais fait l’allusion. Avait-il alors remarqué la distance volontaire qu’il mettait avec elle ? Sûrement pas. Ne se contrariant davantage sur un détail sans importance, il reporta son attention sur sa mère. Il émanait d’elle une volonté maternelle de mettre en confiance ce garçon qui lui semblait sans nul doute très vulnérable. Engourdi par ce qui se passait sous ses yeux, il ne fit pas attention à Evan qui en profita pour s’éclipser en douce, éprouvant le besoin de ne pas être mêlé à un évènement au sein duquel il n’avait pas sa place. Bien plus tard, Ludovic regretterait certainement de ne pas l’avoir retenu pour lui dire convenablement au revoir. Il lui était juste totalement impossible de détourner les yeux de cette mère qui se voulait d’avance de prendre un grand soin de cet enfant perdu que représentait Terry pour elle.

------------

 

Terry la laissa le soulever légèrement par les épaules avant qu’elle ne le pousse à franchir la porte et à marcher jusqu’à ce qu’il se retrouve dans la pénombre de la nuit. Ludovic les suivait de près, s’occupant de transporter leurs affaires jusqu’au coffre de la voiture.

Une légère brise lui caressa le visage, lui rafraîchissant par la même occasion les idées. Elea lui parlait d’une voix douce. Lui caressait avec tendresse le haut du dos comme l’aurait fait sa mère autrefois. Ce souvenir avait laissé la place à une toute autre sensation en lui. De la peur, il était passé à la nostalgie. La nostalgie d’un instant qu’il avait connu par le passé.

-         Tu as également dix-sept ans ? Lui demanda-t-elle.

-         Seize ans.

-         Tu es un peu plus jeune que Ludovic à ce que je vois. Mais tu n’en restes pas moins logé à la même enseigne. Tu verras, je ferai tout pour que tu te sentes comme chez toi. Je t’ai même déjà préparé une chambre rien que pour toi. J’espère qu’elle te plaira.

Terry ne répondit rien, ne voulant pas penser à ce genre de détails tout de suite. Il se demandait brusquement si Ludovic ne se sentait pas quelque peu délaissé. Comme pour tenter de déchiffrer ce qu’il ressentait, il tourna quelques secondes la tête dans sa direction. A ses traits, il comprit qu’une certaine colère s’était peinte sur son visage. Ce n’était pas de la jalousie. C’était tout autre chose.

Elea le poussa à s’installer à l’arrière de la voiture. Une grande voiture qui n’avait rien à voir ave le confort minimisé de celle de Frédéric Armand.

-         La route risque d’être un peu longue, n’hésite pas à te mettre à ton aise ou même à te reposer si tu en ressens le besoin.

-         Merci beaucoup.

Ludovic s’installa non loin de lui, près de l’une des vitres. En s’asseyant, il laissa l’une de ses mains effleurer la sienne. Il restait muet depuis un bon moment maintenant. Ce geste devait être sa façon à lui de lui prouver qu’il le soutenait. Quand sa mère s’installa au volant en jetant un coup d’œil sur eux, Terry le vit immédiatement détourner la tête et partir à l’exploration du ciel étoilé qui s’offrait à eux en cette soirée bien avancée. Il lui sembla d’autant plus en colère. Sans nécessairement comprendre ce qui le poussait à se comporter de la sorte, il l’imita, posant sa tête contre le siège. S’il s’était soucié de sa rencontre avec la mère de son petit ami, il s’en faisait davantage en le voyant prendre une attitude qu’il ne parvenait pas à comprendre. Quand le moteur de la voiture se mit en marche, une multitude de questions se bousculèrent dans son esprit. En faisant une marche arrière, Elea lui fit un sourire. Il le lui rendit sans grande conviction.

Dans cette atmosphère qui se voulait rassurante, Terry avait la soudaine impression qu’il pourrait peut-être découvrir quelques secrets qui constituaient le passé du brun. En tout cas, si celui-ci lui permettait, il était prêt à en apprendre davantage sur lui. Se perdant à son tour dans l’infinie du firmament obscur, Terry espérait simplement qu’il veuille bien à son tour lui faire part de quelques une des confidences faisant partie de sa vie.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

Yaoi

Créer un blog sexy sur erog.fr - Contact - C.G.U. - Signaler un abus

: les blogs pour adultes d'