Partie 3
Il n’avait pas prêté une réelle attention aux heures passées. Il découvrait à présent un village plus habité. Avec son clocher. Ses petits magasins. Quelques voitures passaient de temps en temps,
ne perturbant en rien la douce atmosphère qui s’était installée entre eux. Même s’il ne lui tenait pas plus la main que plus tôt, Ludovic s’était tout de même fait moins distant. Certains
auraient dit que la campagne était ennuyante à la longue. Terry la trouvait apaisante. Il découvrait qu’il lui plairait même d’y vivre. Quand ils passèrent devant une petite bibliothèque, le
regard pétillant de Ludovic ne lui échappa pas. Il était aussi pétillant que le sien pouvait l’être. Lui rappelait-elle d’agréables souvenirs ? Il n’eut pas besoin de poser la
question.
- C’est dans cet endroit que je passais la plupart de mon
temps.
- Dans cette bibliothèque ? Je devrais être étonné, mais
je ne le suis pas vraiment venant de toi.
- Viens, Terry.
Il l’obligea à le suivre. L’intérieur était immense et particulièrement bien fourni en livres de diverses catégories malgré qu’il ne
s’agisse que d’une bibliothèque de village. Si Ludovic retrouvait ses repères en cet espace, lui-même n’avait aucun mal à s’y sentir comme chez lui. Son petit ami l’attira néanmoins dans un coin
bien précis. Un coin réservé aux sciences de tout genre.
- C’est ici que j’ai lu mes premiers livres sur
l’astronomie.
Terry envisagea les lectures pour lesquelles il s’était engoué. Il prit même un livre entre ses mains, l’ouvrant à une quelconque
page. Des schémas. Des mots compliqués. Un livre qui s’adressait à quelqu’un ayant déjà pas mal de connaissances. Personnellement, tout ce qu’il avait sous les yeux le dépassait.
- Tu as lu tous ces livres ? Se contenta-t-il de
demander.
La réponse ne se fit pas attendre.
- Tous. Jusqu’au dernier.
Terry en croyait à peine ses oreilles. En voyant tous ces écrits et en faisant le calcul de tout le temps qu’il lui avait fallu pour
les lire, il savait qu’il avait dû mettre des années pour en venir à bout.
- Tu veux dire que tu avais à peine dix ans quand tu as
commencé à t’intéresser à tout ça ?
- Environ.
- Tu n’es vraiment pas comme tout le monde. Tu es quelqu’un de
surprenant, Ludovic. Est-ce que tu t’en rends seulement compte ?
- Oh tu sais, ça n’a rien de particulier. Mis à part la
bibliothèque, je n’avais pas vraiment d’autre endroit où me rendre avant.
Il se mit brusquement à réfléchir. A envisager ce que pouvait être la vie d’un enfant de cet âge assis tout seul dans un coin de la
bibliothèque ou dans sa chambre à lire un livre de sciences adressé aux adultes. C’était triste. Il ne voyait rien d’autre. Il repensa alors à ce que lui avait dit Elea le jour où ils avaient
visité les vignes. Il ne pu s’empêcher de relier certains faits entre eux.
- Tu étais toujours seul. Hein, Ludovic ? Tu n’avais pas
d’amis à cette époque ?
- Comment tu sais ça ?
- J’en ai parlé avec Elea. Et puis, tu me laisses pas mal
d’indices qui me le font imaginer.
- Evidemment, elle ne peut pas s’empêcher de parler de moi
comme si je n’étais qu’un pauvre malheureux !
- Elle m’a parlé de toi comme une mère aurait parlé de son
fils. Mon but n’était pas de la dénoncer pour ce qu’elle a dit. Tu sais que je ne veux plus te mentir.
Terry le vit un instant rester silencieux, se reprenant pour ne pas se laisser aller à une colère déplacée. Quand il se jugea
suffisamment calme, il passa directement au-dessus de ce détail.
- Elle t’a dit la vérité. Je n’avais pas beaucoup d’amis à
l’époque.
- Tu n’osais pas aller vers eux ?
- Je ne me sentais pas à ma place. Ils riaient tous entre eux
pour des choses stupides. Des choses qui n’ont pas de sens. Je n’étais pas comme eux. Indéniablement, j’étais trop différent pour partager leur quotidien.
- Toi aussi tu étais un enfant. Comme eux. Même si tu te
sentais différent. Tu n’étais pas forcé d’avoir les mêmes goûts ou les mêmes objectifs qu’eux.
- Ils ne m’auraient pas accepté parmi eux.
- Nous sommes différents nous aussi, et je t’accepte comme tu
m’acceptes.
- Ce n’est pas pareil. Toi tu es spécial, Terry. Tu es la
personne qui compte le plus pour moi. Quand je t’ai vu pour la première fois, quelque chose m’a poussé à m’intéresser à toi.
S’il s’était attendu à cela, il aurait pu dire qu’ils avaient tous les deux voulu cette rencontre. Ces sentiments qui les avaient tant
rapprochés l’un de l’autre. Le fait que Ludovic décide d’aller lui parler. De lui adresser la parole. Que lui-même accepte qu’ils puissent faire connaissance. Plus ample connaissance. Pourtant,
ils n’avaient rien décidé à ce moment. Tout s’était fait naturellement. Appelait-on cela le destin ? Avait-on voulu de cette rencontre entre eux ? Il l’ignorait, et il se sentait
étrange à cette idée. Le destin, il n’y avait jamais réellement songé.
- Comment un garçon aussi intelligent que tu l’es peut-il
croire qu’il ne pourrait pas s’intégrer avec les autres ? C’est invraisemblable. Regarde les amis qui t’entourent. Maxime, Yanis et également Evan. Ils t’apprécient tous. Tu peux
parfaitement t’intégrer aux autres. C’est à toi de le vouloir. Je ne suis pas plus spécial qu’un autre.
- On peut dire qu’ils sont venus d’eux-mêmes vers moi. Je n’ai
rien fait de particulier pour me lier d’amitié avec eux.
- C’est justement ce qui fait toute la particularité des liens
que l’on noue avec les autres. C’est ce qui nous relie à eux.
- C’est aussi ce qui me relie à toi ?
- Non. Entre nous, c’est beaucoup plus fort.
- Tu viens pourtant de me dire que tu n’étais pas plus spécial
qu’un autre.
Ludovic sourit en le voyant devenir pensif. En pleine réflexion. Quelque part, il l’était depuis plusieurs minutes. Il savait
désormais pourquoi. Il était parvenu à l’atteindre. Mieux qu’il ne l’aurait espéré.
- Entre nous, il y a des liens qui ne s’expliquent pas,
répondit sincèrement Terry. Ils sont uniques. Fondamentaux. J’affirmerai même qu’ils dépassent toutes les lois de la chimie ou de la métaphysique que tu as pu lire dans tous ces
livres.
- Je ne t’ai jamais entendu parler comme ça. Tu mets de la
passion dans chacun de tes mots.
- Ne te moque pas.
- Je ne me moque pas. Tu changes radicalement ces derniers
temps. Je dirais depuis que nous ne sommes plus qu’à deux.
- Tu trouves ça ridicule ?
- Au contraire. Je trouve ça rassurant. Tu t’exprimes
librement, et ça me permet de voir que tu vas de mieux en mieux. Tu oses formuler avec franchise ce que moi-même je ne parviens pas à dire même si je le penses profondément.
Pourtant, Terry pouvait clairement se rendre compte combien lui aussi exprimait inconsciemment toutes ces choses qui l’avaient marqué.
Parler de ce qui le retenait d’aller facilement vers les autres avait été l’expression même de ce qu’il devait ressentir quelquefois.
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Ils étaient finalement sortis de la bibliothèque bien des heures plus tard. Bien des heures plus tard parce que Ludovic s’était
replongé dans quelques anciens ouvrages. Egalement parce que Terry avait eu envie de faire le tour des étagères, attiré par plusieurs genres littéraires. Au bout du compte, ils étaient sortis de
là avec de multiples ouvrages. En particulier scientifiques.
- J’aimerais les relire.
C’était tout ce qu’il avait dit. Terry l’observa tout en l’écoutant sans rien trouver à répondre. Il n’y avait rien à dire.
- J’ai déjà lu les manuels d’apprentissage que m’avait donné
Frédéric Armand. Je ne suis pas parvenu à tout comprendre. C’est pour ça que j’empreinte ces anciens livres. Dans le pire des cas, je pourrai toujours essayer de le contacter pour avoir quelques
explications.
Ludovic lui avait vaguement parlé d’un numéro de téléphone laissé pour qu’il puisse entrer en contact avec lui s’il en avait le désir
et la possibilité. Mais il savait que s’il avait emprunté ces livres, c’était uniquement parce qu’il ne voulait pas le déranger. Si le professeur Armand avait été forcé de délaisser son rôle
auprès d’eux à Sainte Bénédicte, il devait à présent avoir besoin d’un peu de temps pour se reconstruire une nouvelle vie stable. Terry préféra alors changer de sujet. Aborder certaines pensées
qui ne le quittaient plus. L’une d’entre elles.
- Dis-moi, Ludovic, est-ce que tu crois au destin ?
Dit-il sans hésiter une seconde de plus.
- Au destin ?
Il était étonné, il le comprenait bien. Ce n’était pas le genre de question à laquelle on devait s’attendre tous les jours.
- Oui. Au destin. A ce que l’on dit tracé d’avance. Tu crois
que le fait que nous nous trouvions tous les deux à marcher actuellement l’un à côté de l’autre était voulu d’avance ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Je ne sais pas. J’ai envie de savoir ce que tu en
penses.
- Je crois que je n’aime pas à savoir que nos actes sont
dirigés dans un sens précis parce qu’il doit en être ainsi.
- Qu’est-ce que tu crois alors ?
- Que chacun de nos actes a une conséquence. Nous sommes les
seuls à décider de ce que nous faisons. Comme maintenant. Je sais que mes paroles auront un impact sur toi. Sur la façon dont évoluera notre relation. Mais je ne sais pas encore lequel. Parce que
je ne suis pas seul. Je ne peux pas agir à ta place. Que feras-tu maintenant ? Que me répondras-tu ? Si le destin décidait tout ça pour nous, ce serait triste. Tu ne veux pas être libre
de faire ce que tu désires ?
- Tout ça me semble complexe. Je ne comprends pas pourquoi tu
as décidé de me parler un jour. Qu’est-ce qui t’a poussé à aller vers moi alors que tu n’allais pas vers les autres ?
- Je te l’ai dit, je t’ai jugé spécial. J’ai de moi-même
décidé d’aller vers toi pour cette raison.
Tout tournait dans sa tête. Son envie de croire au destin. Le fait que Ludovic préfère se sentir l’entier responsable de ses actes.
Une fois de plus, ils ne pouvaient pas être identiques. Apprécier et accepter une personne pour ce qu’elle était signifiait aussi cela. Apprendre à connaître ce qui la rendait différente et
spécial à nos yeux. Ce que Ludovic lui faisait irrémédiablement comprendre, le comprenait-il comme lui ? Avait-il conscience de lui apporter certaines réponses ? Il l’ignorait.
- Et qu’est-ce que tu décides là ? Maintenant ?
Questionna-t-il, curieux de voir ce qu’il allait bien pouvoir lui répondre.
Il le regarda s’arrêter. S’arrêter et le fixer avec une expression qu’il ne lui avait plus vue depuis longtemps. Une expression qu’il
ne pensait certainement pas voir en cette journée. Surtout après ce qu’il lui avait dit durant la matinée.
- Je ne me montre pas particulièrement aimant avec toi. Tu ne
trouves pas ? Je pense à ma petite personne. A tout ce qui a de l’importance à mes yeux. Et toi, tu acceptes tout. Tu fermes les yeux sur certains de tes désirs sans insister. Tu penses même
à nous deux. Tu me demandes ce que je pense de notre destin. Je suis certain que derrière tout ça, tu nous imagines un avenir.
- Je ne sais pas. Disons que je ne veux plus regarder en
arrière. Je ne te demande pas non plus de constamment te montrer affectueux envers moi. Tu l’as déjà bien été depuis que je suis chez toi.
- Mais tu désirerais peut-être encore que je te prenne la
main ?
- Pas si tu ne le veux pas.
- Tu sais que je le veux tout autant. C’est juste que les gens
de ce village peuvent être méprisables s’ils le veulent.
Mais au tournant du chemin qu’ils prirent, ils se retrouvèrent une nouvelle fois entourés de champs comme ça avait si souvent été le
cas lors de leur promenade. Il n’y avait personne ici. Aucune maison. Une occasion que Ludovic prit en considération.
- Je veux que cette journée se termine sur une note
agréable.
A peine eut-il dit cela que Terry sentit ses lèvres se poser sur son front. Ca aurait pu être sur les lèvres, mais il gardait encore
une certaine retenue. Cela ne l’empêcha en rien d’apprécier le geste. Il sourit. Cette journée s’achevait bien sur une note agréable.
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Terry n’y aurait cru si on le lui avait dit. Ludovic lui avait offert l’opportunité de mieux le connaître. C’était précisément au
moment où ils étaient revenus que tout avait pris une tournure plus délicate. Une tournure qu’il n‘aurait pas soupçonné. Pourquoi avait-il fallu qu’il prenne peur pour si peu ? Il s’était
soudainement senti nerveux. Pressentait-il ce qui devait arriver ? Avant cela, il avait été heureux de se retrouver un peu avec Ludovic dans sa chambre. Avant le souper. Celui-ci s’était
empressé de s’installer sur son lit, ouvrant déjà un livre sur ses genoux qu’il avait croisé. Il n’était pas complètement attentif à ce qu’il lisait. Il lui arrivait parfois de lui jeter un
regard. Du moins jusqu’à ce qu’il se décide à délaisser pour de bon sa lecture.
- J’aurais voulu savoir comment tu te sentais ici, dit-il
d’une voix posée. Ca va bientôt faire un mois que tu vis chez moi et je n’ai toujours pas pensé à te le demander sérieusement.
- Je te rassure, répondit aussitôt Terry. Je me sens très bien
ici. Elea est très gentille avec moi, et tu m’apportes tout ce dont j’ai besoin. J’aime tous ces moments que nous passons ensemble. Je fais mon possible pour les apprécier à leur juste
valeur.
- J’en suis heureux.
Et il se replongea dans des pages contenant des termes scientifiques compliqués. Prenait-il au moins le temps de reposer son esprit de
temps en temps ? Terry se le demandait. Tout ce qu’il fit pourtant fut de s’installer contre lui. Il se sentait bien. Dans l’immédiat. Si seulement ça avait pu durer. Elea les appela un peu
plus tard pour qu’ils descendent manger.
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Assis tout trois à la table de la cuisine, tout aurait dû se passer pour le mieux comme chaque soir. Comme à chaque repas qu’ils
prenaient. Elea faisait comme à son habitude la conversation. Tout se passait bien. Mis à part Ludovic qui gardait le silence pour ne pas changer, l’ambiance restait tout de même propice à la
bonne humeur.
- Comment se sont passées les courses ?
Il s’était entendu prononcer ces mots avec un ton détaché. Il était à l’aise avec elle. Avec cette mère qui semblait faire davantage
d’efforts chaque jour pour leur servir de délicieux repas. Une mère qui se montrait aussi douce et prévenante que possible. Terry ne se l’avouait pas, mais il l’aimait beaucoup. Il s’attachait à
elle au point de craindre de la décevoir. Tout au long de cette journée passée avec son fils, il l’avait un peu oublié. Il s’était entièrement consacré à Ludovic. Il lui arrivait de s’imaginer ce
qu’elle ressentirait en apprenant la vérité sur eux, et il en était à chaque fois affecté. Il n’en disait jamais rien à Ludovic.
Il revint subitement à la réalité quand elle prit la parole pour lui répondre.
- Plutôt bien. Je n’ai jamais aimé faire les courses, mais
choisir les produits qui vous feront le plus plaisir m’a donné envie de prendre patience plus longuement dans les différents rayons. Je commence à connaître ce que tu aimes manger.
- Vous êtes gentille, Elea. Vous n’êtes pas forcée de vous
donner autant de mal pour moi.
- C’est tout à fait normal. Une mère veut ce qu’il y a de
meilleur pour un enfant.
- J’espère au moins que vous avez pensé à vous.
A ces mots, Elea afficha un grand sourire.
- Ne te fais aucun souci pour ça. Quand je suis revenue des
courses et en voyant que vous n’étiez toujours pas rentrée, je suis allée faire un peu de shopping. Je me suis trouvée une robe à mon goût.
En femme qu’elle était, elle s’afficha un peu plus, se mettant en avant afin d’exposer les vêtements qu’elle portait en ce jour. Une
robe de coton clair qui lui allait à ravir. Terry ne trouva rien à dire. Il rougit simplement en s’imaginant les paroles d’un homme convenable en cette situation. Car au final, Elea était
également une femme qui devait aimer être complimentée. A la place, ce fut Ludovic qui parla.
- Tu le mets mal à l’aise, dit-il en s’adressant à sa
mère.
- Pas du tout !
Il avait tenté de le contredire. De rattraper le coup. Mais c’était déjà trop tard.
Ludovic était resté calme pendant des semaines, n’adressant plus la parole à Elea que pour le strict nécessaire. Celle-ci se risqua à faire preuve d’autorité. C’était sans compter sur le
caractère du jeune homme.
- Ce n’était pas mon but, Ludovic. Si tu te décides enfin à me
reparler, ne le fais pas pour te montrer grossier. Si Terry s’était senti mal à l’aise, il me l’aurait juste fait savoir. Je pense juste qu’il n’est pas facile de trouver quelque chose de potable
à répondre par rapport à cela quand on est jeune et je n’y vois aucun inconvénient. Je le comprends bien.
- Alors pourquoi lui faire la démonstration d’une nouvelle
robe que tu portes ?
- Car j’ai envie d’exprimer comment s’est passée cette journée
pour moi. Il m’est déjà assez difficile de savoir que tu m’ignores, laisse-moi au moins m’exprimer sans me faire de reproches.
Terry ne s’était pas attendu à voir Elea perdre quelque peu patience. Les nombreuses semaines de silence dont avait fait preuve
Ludovic à son égard semblaient avoir pesé sur son moral. Ce soir, elle craquait à sa façon en se contenant du mieux qu’elle le pouvait. Il se sentait un peu coupable et essaya de calmer
l’atmosphère.
Tout se déroula alors très vite. Il voulut lever un bras pour attraper Ludovic par la manche alors qu’il allait repartir dans l’une de
ses crises de colère inattendues. Un simple geste pour lui exprimer combien il agissait pour le plus mal. Qu’il existait d’autres moyens pour communiquer. D’autres moyens pour exprimer un
ressentiment que de cette manière. Ce fut à ce moment que son coude heurta le verre de jus de fruits du jeune homme qui se renversa et se répandit sur la table. Sur les plats qu’avaient cuisinés
Elea. Sur sa jolie robe.
- Pardon. Je suis désolé.
Il avait immédiatement tenté de s’excuser. Comme par automatisme. Comme quand il faisait une bêtise auparavant. Car dès le moment où
il avait renversé ce verre, c’était le visage de son père qui était apparu devant lui. Il se sentait coupable. Il n’avait pas le droit de faire quelque chose de travers.
Il ne comprenait soudainement plus ce qui était arrivé au moment où s’était arrivé. La peur s’était juste emparée de lui, chassant
tous les bons moments de la journée. La gentillesse d’Elea qui était bien différente de son père. Il ne comprenait simplement plus pourquoi il revoyait son visage à lui. Gardait-il toujours ce
genre de séquelles ? Son angoisse restait-elle ancrée plus profondément en lui qu’il ne l’aurait cru ? Il ne savait pas. Mais tout ce dont il avait conscience à ce moment, c’était de
s’être écroulé de sa chaise, attendant que la punition vienne, ne réalisant même plus l’endroit où il se trouvait. Encore moins les personnes qui l’entouraient. Il vit à peine le regard à la fois
triste et effrayé que lui lancèrent Ludovic et sa mère. Pourquoi une aussi belle journée que celle-ci devait-elle être gâchée par sa faute ? Recroquevillé sur lui-même, il attendait les
coups qu’il avait mérités.
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