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Résumés

Vie d’esclave : Le grand pharaon Haroeris demande à Maya, sa fidèle conseillère, de lui présenter un esclave pour faire passer le temps. Un banquet est alors organisé en son honneur où plusieurs jeunes hommes et femmes y seront présentés. Parmi ceux-ci, Haroeris devra faire son choix. Cependant, un jeune esclave attire particulièrement son attention.

 

Frères de cœur [en correction] : Dans un institut spécialisé, Terry et Ludovic vont tout deux tenter l’expérience de faire face à leur passé. Mais le destin réserve parfois bien des surprises.

 

Jeux dangereux : June est un homme hautain qui n’a jamais connu la défaite au poker. Mais lorsque son chemin croise celui d’un adolescent fragile qui sait y faire avec les cartes, sa vie prend brusquement un tournant inattendue.

 

Cabaret Améthyste [Co-écriture] : Cabaret Améthyste, charmant nom pour un lieu où huit jeunes hommes font tourner les têtes chaque soir grâce à leur physique de rêve. Mais à l’envers du décor, le paradis ne semble pas tout à fait parfait. Lorsque chacun tente de mener sa vie privée à sa façon, tout devient brusquement bien plus compliqué. Bienvenue en enfer ! Il y a des moments où il vaut mieux rester bien au chaud dans son lit.

Histoire en co-écriture avec Sheina.

 

Pour le sourire d'un ange [Co-écriture] : En rentrant chez lui, Alexis découvre un jeune homme évanoui dans la neige. Ne pouvant l’abandonner là, il l’emmène chez lui pour le soigner. Pourtant, il ignore tout de cet inconnu qu’il désire tant aider. Histoire en co-écriture avec Sheina. 

 

Mercenaire [Co-écriture] : La rencontre entre un mercenaire et un jeune homme devenu roi beaucoup trop jeune.

Histoire en co-écriture avec Sheina.  

 

La musique pour la vie [Co-écriture] : Décidé à recommencer sa vie à zéro de la façon dont il l’entend, Sacha quitte le foyer familial avec pour seuls bagages, un sac à dos et sa guitare. Artiste épris de liberté, il ne s’attendait certainement pas à ce que sa vie change autant en rencontrant Jack, le chanteur d’un groupe de rock. Histoire en co-écriture avec Kana.

Nuits éternelles: En plein cœur de l’Angleterre, deux frères aux personnalités totalement opposées cherchent à fuir leurs origines. Lorsqu’ils trouvent refuge dans un château de l’époque, ils sont loin de se douter qu’ils devront affronter un repère de vampires. Bien mieux que tout ceux dont ils aient déjà pu entendre parler. Bien plus différent de tout ce dont on parle dans les légendes. Et si les vampires étaient bien plus semblables qu’ils ne l’imaginaient ?

Fous à lier: Johan est suicidaire. Xanders est schizophrène. Tous les deux savent que vivre peut être difficile. Lorsque ces deux adolescents se rencontrent, c'est le clash. Comprendre les intérêts de l'autre s'avère compliqué. Surtout quand on se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique pour un temps indéterminé.

Jeudi 18 septembre 2008

Partie 2

Terry comprenait parfaitement dans quel état d’esprit devait s’être trouvée Elea durant toute cette période. Quel courage il avait dû lui falloir pour tout supporter. Encore plus pour décider de mettre fin à tout cela. A toute cette souffrance qu’elle avait dû endurer. A toutes les fois où elle avait été trompé par un homme qu’elle avait tout de même aimé. Même si ça avait été de courte durée. Même s’il s’agissait de ce père qui avait fait tant de mal autour de lui. Qui lui avait fait tant de mal.

-         Ca a donc duré…

-         Pratiquement deux ans, oui.

-         Après ça, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

-         J’ai grandi. Ma mère m’a élevé. Entre temps, elle a demandé le divorce. Je devine qu’elle ne pouvait plus supporter de se savoir l’épouse d’un homme qui l’avait abandonné sans aucun mal avec son enfant. Elle a également demandé à ce que je prenne son nom. Je suppose que c’est la raison pour laquelle personne à Sainte Bénédicte n’a soupçonné un quelconque lien de famille entre nous.

-         Tu veux donc dire que tu ne t’appelles pas Ludovic Lorraine ?

-         Non, je m’appelle Ludovic Geers. Quoiqu’il en soit, pour en revenir à mon histoire, elle a obtenu gain de cause sans mal, et il lui versait une pension sans qu’il n’y ait de problème.

Ludovic inspira profondément. Terry prenait conscience que la suite n’allait pas être facile à aborder pour lui. Car c’était là que tout commencerait certainement à dégénérer. Que s’était-il passé pour lui pendant toute cette période où lui-même en avait vu de toutes les couleurs ? Qu’avait été l’enfer de Ludovic ? Son petit ami reprit rapidement, ne le faisant pas attendre plus longtemps.

-         On dit souvent qu’un enfant devient caractériel à cause de l’éducation qu’il reçoit de ses parents. Mes sautes d’humeur à moi se sont manifestées progressivement. Je ne saurais réellement te dire ce qu’il s’est passé au cours de ma petite enfance parce que je ne m’en souviens tout simplement pas. Ce que je sais, c’est qu’il venait quotidiennement me voir. Au début une fois par semaine. Par la suite, un peu plus souvent. Un peu plus longtemps.

-         Qu’est-ce qu’il se passait dans ces moments-là ? De quoi te parlait-il ?

-         De son violon. De sa passion pour la musique. De tout ce qu’il ressentait quand il donnait un récital. Je crois que c’était ce qu’il avait de plus précieux. Sa musique. Rien que sa musique. Elle dépassait tout le reste. Il lui arrivait d’ailleurs souvent de jouer l’un ou l’autre morceau devant moi. Il espérait que j’aime ça. Il voulait que j’en joue moi aussi. Que j’apprenne à aimer ça.

Terry s’en sentit outré. Ludovic dû comprendre ce qu’il ressentait car il prit sa main dans la sienne. Il le savait à juste titre blessé. Il en avait toutes les raisons. Des raisons qu’il exprima.

-         Quand je pense que durant des mois je lui réclamais de m’apprendre le violon. J’aimais ça. Je voulais savoir en jouer. Parce que ça me permettrait peut-être d’attirer son attention. De me rapprocher de lui.

-         Je le sais, Terry. Je le sais. Et crois-moi, j’en suis le premier désolé. Car je te le répète, je suis certain que tu dois être un artiste de talent. On n’apprend pas à aimer le violon, c’est quelque chose que l’on a dans le sang. Qui ne s’explique pas. J’en suis certain.

Terry lui donna raison sans répondre. Ses yeux exprimaient combien il connaissait toutes ces sensations. Combien elles étaient empruntes en lui. Il le poussa donc à continuer son histoire. Ludovic n’en desserra pas moins son emprise sur sa main.

-         Pour poursuivre, tu devines bien que je n’ai porté aucun intérêt à sa passion. Je crois que quelque part, ça a dû le vexer. Le vexer au point qu’il commence à tout remettre sur le dos de ma mère. Il lui criait dessus. Il allait jusqu’à l’insulter. Parfois même jusqu’à la violenter.

-         La violenter ?

-         Oui. J’en ai gardé les images en mémoire. Encore aujourd’hui. Je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à le détester.

-         Tu avais quel âge ?

-         D’aussi loin que je me souvienne, je crois que je devais avoir huit ans.

Tout deux pouvaient mesurer en joignant leur histoire respective la gravité de chacune des situations vécues. Markus Lorraine était un homme détestable. Un homme violent qui n’hésitait pas à s’en prendre à sa famille. Terry se demandait pourquoi il s’en était pris à Elea et non pas à sa mère. L’avait-il vraiment aimé ? Il ne savait plus. Retracer le chemin qu’avait parcouru un seul homme était parfois déstabilisant. Incompréhensif pour les autres.

-         Huit ans. C’est à peu près quand j’avais sept ans qu’il a commencé à s’acharner sur moi. Tout semble coïncider atrocement.

-         En ce qui me concernait, à force de le détester et de vivre dans une maison où avaient lieu dispute sur dispute, j’ai commencé à changer. Pas seulement par moi-même. Par sa faute aussi.

-         Par sa faute ? Il t’a fait du mal à toi aussi ?

-         Pas physiquement, Terry. Mentalement. Il me savait souvent en colère. Il en a alors profité pour me monter la tête à sa façon. Si je n’aimais pas le violon, je devrais faire autre chose de ma vie puisque je refusais de saisir la chance qu’il m’offrait. Je devrais travailler dur comme tout le monde. Peut-être davantage que les autres. Il me faisait peur. Il me parlait de tous ces gens qui ne s’en sortait jamais dans la vie. De l’idée qu’il se faisait de la pauvreté. Il n’avait qu’un mot à la bouche. Rigueur.

-         Rigueur ? Tu veux dire que…

-         Oui. A partir de ce moment, il a voulu tout contrôlé de ma vie. Ma mère n’avait plus rien à dire. Il surveillait mes bulletins. Il surveillait mes devoirs. Il surveillait mes cours. Il veillait à ce que je fournisse tous les efforts nécessaires. Plus que les efforts nécessaires. Je pense cependant qu’il ne voulait pas uniquement me faire payer mon rejet de la musique. Quelque part, ça devait être sa façon de m’aimer. Car si ça n’avait pas été le cas, il m’aurait simplement délaissé.

Etait-ce pour cela que Ludovic était devenu aussi dur avec lui-même ? Avait-il donc été stéréotypé par ce père abominable ? Malgré sa haine pour lui ? Malgré la franchise dont il avait osé faire à son égard concernant ses choix personnels ? Ludovic semblait connaître, contrairement à lui, la haine et le dégoût que l’on pouvait ressentir pour un père qui aimait de la mauvaise façon son enfant.

-         Tu n’as jamais rien dit ? Tu n’as pas essayé de protester ?

-         Je l’aurais fait s’il ne s’en prenait pas à ma mère. D’autant plus que je n’étais pas en âge de la défendre. Je n’étais qu’un enfant. Un enfant seul. Un enfant qui se gardait d’aller vers les autres parce qu’il n’avait guère de temps à leur consacrer. Quand l’école était finie, je devais directement rentrer chez moi. Pas question de faire un détour. J’avais tout juste le temps d’avaler quelque chose avant de me remettre à travailler.

-         Finalement, notre situation n’était pas tellement différente en certains points, commenta Terry. Il faisait régner la terreur au sein de sa famille par la force. Toujours tout par la force. Il ne trouvait aucun autre moyen. Il profitait de chacune des faiblesses des autres dès qu’il en avait l’occasion. Sauf que toi, il t’aimait quand même un peu. Cependant, ça ne me dit pas comment tu as appris à aimer les sciences. Encore moins comment cette mésentente entre Elea et toi a pu se créer.

La main de Ludovic se serra avec plus de force autour de la sienne. A lui en faire mal, mais Terry ne dit rien.

-         J’en viens, lui répondit le jeune homme. Je crois que tu n’auras aucun mal à deviner dans quel état d’esprit je me trouvais. J’étais conditionné au travail scolaire. Mon seul réconfort à cette époque était encore les bras de ma mère. Ses paroles douces avant que je ne m’endorme. Je n’ai pas tout de suite aimé les sciences. En fait, elles m’étaient restées indifférentes durant des années. Tout m’était indifférent. Seulement, j’ai un jour eu un nouveau professeur. C’était une femme très gentille. Un peu dans le même genre que le professeur Armand. Elle était passionnée par ce qu’elle enseignait. A un tel point qu’elle transmettait tout ça à ses élèves. Ca aurait pu être simple. J’aurais pu moi aussi m’intéresser à tout ce qu’elle disait. Voir plus loin que ce qu’elle voulait transmettre. Mais j’avais pris pour habitude de faire le tri des informations. D’en tirer le plus important et de laisser le superficiel de côté. D’un autre côté, c’était un très bon professeur. Elle nous faisait travailler dur. Plus dur que les autres. Personnellement, je voyais la masse de travail s’élargir à vue d’œil.

-         Tu étais dépassé ?

-         Je crois bien. Le travail qu’elle donnait plus celui qu’il m’imposait, ça faisait beaucoup. J’ai donc doucement commencé à paniquer, ce qui me fatiguait énormément. Le stress est nuisible pour la santé, c’est bien connu. J’étudiais la journée. Je revenais, j’étudiais encore. De plus en plus. Jusqu’à parfois très tard. Et un jour, je n’ai pas tenu le coup. J’ai été victime d’un surplus de fatigue et j’ai fait une chute de tension. Rien de bien grave, juste quelques vertiges. J’avais cependant toujours eu une santé plus fragile. Je tombais plus facilement malade que les autres. L’école le savait et ma mère a été avertie. Mon père n’était heureusement pas toujours là. Mais elle a pu se rendre compte du cercle vicieux dans lequel il nous avait enfermé. Je crois que sa peur m’a rendu encore plus en colère après quelques heures. Après avoir réalisé qu’il me fallait en tomber malade pour qu’elle réagisse. En fait, je me rendais seulement compte que j’étais en permanence au plus mal. Imagine que l’angoisse me poussait à me plonger dans le travail même quand il n’était pas là. C’était insupportable. En réalisant en plus que j’avais perdu un temps précieux à cause de ces vertiges soudains, j’ai demandé à pouvoir retourner chez moi pour travailler. C’était mon premier mot. Travailler. Je n’avais plus que ça en tête.

Terry comprenait dans quel cercle vicieux il avait dû se prendre au piège. Quel enfant pouvait bien vivre dans un univers exclusivement fait de violence, de colère et de solitude ? Ludovic ne devait jamais rire. Jamais sourire. Jamais exprimer ce qu’il désirait vraiment. Tout devait être superficiel à ses yeux. Tout était à l’image de leur père.

-         Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

-         Le professeur de sciences m’a proposé des cours particuliers. Elle m’a demandé si je voulais aller travailler chez elle.

-         Tu as accepté ?

-         Je n’avais pas beaucoup le choix. Pour moi, c’était une opportunité comme une autre.

-         Et Elea dans tout ça ? Elle n’était pas inquiète à ton sujet ? Elle ne remarquait rien ?

-         Oh si, crois-moi. Après ma chute de tension, elle s’est rebellée contre lui. Elle s’est trouvée une force de caractère inattendue. Je crois que beaucoup de choses ont joué. Notamment les rumeurs dans le quartier dont je t’avais déjà parlé et qui duraient depuis un bon moment. Tu devines bien les disputes que ça entraînait. Mais elle l’avait bien prévenu de ne plus lever la main sur elle et de ne plus me forcer à travailler comme il le faisait où elle saurait agir en conséquence. Je ne crois pas qu’il ait été impressionné. En revanche, je pense surtout qu’il connaissait les limites à ne pas dépasser. Celles qui pourraient s’avérer dangereuses. Il faisait toujours pression sur mon éducation, mais moins qu’avant. Malheureusement, le mal était déjà fait. Inévitablement, je n’avais plus besoin de personne pour se montrer dur avec moi. Je le faisais très bien tout seul. Encore aujourd’hui.

Ludovic se tue un instant, cherchant ses mots pour la suite. Faisant également une pause dans son récit afin de pouvoir s’y retrouver lui-même. De ne pas non plus complètement se perdre dans des souvenirs trop lointains. Lointains mais pourtant encore si frais.

-         Tu te doutes que j’ai accepté les cours de cette femme qui me proposait inconditionnellement son aide. Je me suis rendu compte qu’elle était mère de famille. Qu’elle était mariée et heureuse. Tu imagines le choc que ça avait été pour moi qui n’avais jamais connu ça auparavant. J’avais juste un peu plus de dix ans. Je crois bien que j’ai commencé à réellement changer. J’en ai voulu à mon père de se montrer bien trop présent dans ma vie. J’en ai voulu à ma mère d’avoir attendu que je me sente mal pour prendre conscience de ce que je vivais. Mais il était déjà trop tard. J’étais déjà devenu la machine qu’on voulait que je sois. Cette femme qui voulait se montrer gentille avec moi l’a remarqué. Elle a remarqué que mon rythme de travail n’avait rien à voir avec celui des autres enfants de mon âge. J’apprenais vite. J’avais beaucoup d’avance. Elle m’a alors fait découvrir beaucoup d’autres choses. Des évènements scientifiques qui m’intéressaient davantage. Des découvertes extraordinaires. Elle m’a totalement repris en main.

-         Tu t’intéressais donc à ce qu’elle t’enseignait ?

-         Je commençais à y prendre goût, mais pas tout à fait. Du moins jusqu’à ce que je tombe un jour sur un article parlant de l’espace. Elle l’avait découpé et posé sur une table. Ca m’a immédiatement fasciné.

-         Mais toutes ces nouvelles théories que tu apprenais, toutes ces découvertes, c’était comme avec Frédéric Armand ? Avec lui aussi tu étudiais aussi de nouvelles choses à Sainte Bénédicte.

-         Le professeur Armand ? Non, vraiment pas. Lui n’était pas comme tous les professeurs, je suppose que tu es de mon avis pour dire qu’il était spécial. Je me fichais de cette femme à l’époque. Je n’avais aucun attachement pour elle. Je te l’ai dit, tout me semblait superficiel. J’étais comme vidé de tout. La seule émotion véritable qui était née en moi à ce moment se portait sur l’espace. Une simple photographie commentée avait réussi à attirer toute mon attention.

Terry l’écoutait attentivement. Il lui avait semblé percevoir dans les yeux de son petit ami une étincelle. De la fascination. Etait-ce vraiment ce qu’il avait ressenti à l’époque ? Il le laissa néanmoins poursuivre ce qu’il disait sans chercher à l’interrompre.

-         Les cours qu’elle me donnait n’ont pas été très nombreux. Mais tout a changé à partir de ce moment. J’ai commencé à répondre à mon père quand je ne voulais pas faire ce qu’il me demandait. Je me montrais un peu plus distant avec ma mère. Je me sentais de plus en plus en colère. Plus souvent aussi. Tout m’exaspérait. J’avais envie de tout casser. Sans aucune raison. Parce que je découvrais seulement qu’on m’avait privé de ce que j’aimais véritablement.

-         Tu commençais à devenir réellement caractériel ?

-         Je crois surtout que ce côté de ma personnalité avait toujours été enfui en moi et il devait peu à peu remonter à la surface. Quand j’ai une crise, je dirais que c’est comme un besoin personnel de me libérer. Je crois même que j’étoufferais si je devais tout contenir en moi. Alors, pour me contrôler un minimum, je me réfugiais à la bibliothèque. J’empruntais à mon rythme les livres que je trouvais sur l’astronomie. Ceux que je t’ai montrés l’autre jour. Pendant ce temps, ma mère devenait insupportable. Quand elle s’est rendue compte de ma nouvelle passion, elle a commencé à me gâter à sa façon. A m’offrir tout ce qu’elle trouvait là-dessus. Elle se montrait particulièrement gentille avec moi. Elle ne me grondait que très rarement. Tu sais, quand on est enfant, on en perd ses repères. Entre un père autoritaire sans aucune raison précise auquel je n’obéissais plus et une mère qui ne me fixait plus aucune limite, j’avais tout pour devenir un enfant caractériel. D’autant plus que je vivais dans un milieu en conflit.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Jeudi 18 septembre 2008

Chapitre LXXXVII : Ludovic.

 

Partie 1

Un long moment était passé. Un long moment durant lequel Ludovic et Terry n’avaient eu de cesse de se regarder dans le blanc des yeux. Un silence complet avait suivi l’annonce des conditions de Terry. Des limites qu’il s’était fixé. De ce qu’il adviendrait du reste de ces vacances s’il continuait à se comporter comme il le faisait. Et Ludovic devait le savoir. Ce n’était pas que leurs vacances à deux qui étaient mises en péril. C’était aussi bien plus. C’était aussi leur couple.

Mais pour l’heure, Terry cibla plutôt la blessure qu’il s’était faite à la main. Une longue coupure à la paume qui avait l’air relative plus profonde qu’il ne l’aurait cru. S’empressant de reprendre ses esprits, il disparut un instant de la chambre pour y réapparaître peu de temps après avec de quoi le soigner. Au fil des semaines, il avait pu remarquer que la salle de bain de l’étage possédait une pharmacie. Une question de sécurité bien pensée.

Ludovic n’avait pas cherché à protester quand il l’avait forcé à se rasseoir sur son lit, l’imitant lui-même. Il devait désinfecter cette vilaine plaie, c’était important. Il savait comment s’y prendre. Terry en avait pris le principe du temps où leur père était encore vivant. Il désinfectait lui-même ses nombreuses blessures dès qu’il en avait la possibilité. Il s’apposait lui-même des pansements. Se faisait lui-même des bandages avec bien des difficultés. Mais il se soignait. Parfois maladroitement. De quoi limiter les dégâts se disait-il souvent. Il avait donc l’habitude. L’habitude de s’occuper de ce genre de petits détails. Comme il avait également l’habitude des longs silences. Néanmoins, si Ludovic ne disait rien, il semblait que le contact de ses mains fraîches sur les siennes était favorable pour le calmer radicalement. Ce ne fut d’ailleurs que bien longtemps après qu’il prit la parole, lui prouvant qu’il n’était toujours pas remis de ce qu’il lui avait dit.

-         C’est vraiment ce que tu veux ?

-         Quoi ?

-         Retourner à Sainte Bénédicte.

-         Je ne sais pas.

Perplexe, il se replongea dans un silence encombrant. Terry continua à s’occuper de sa main, se chargeant à présent de lui appliquer un bandage. Au moins il était parvenu à le tirer d’un état de colère trop grand pour quelque temps. Il pourrait peut-être parler avec lui. Enfin. Et il comptait bien se montrer imperméable à tout argument qu’il lui donnerait. Il comptait bien avoir connaissance une bonne fois pour toute de ce qui le poussait à être ainsi. A être méconnaissable.

-         Tout dépendra de toi, expliqua-t-il en terminant le bandage. Est-ce que tu es prêt à me parler ? A te montrer davantage ouvert que tu ne l’as été ?

-         Tu as un sacré culot !

-         Je ne vois pas pourquoi.

-         Ce que tu fais, ça ressemble nettement à du chantage.

Terry analysa ce qu’il en était, concluant que c’était bel et bien le cas. Mais avec quelqu’un comme Ludovic, quelqu’un de particulièrement complexe et particulier, n’avait-on pas le droit à une quelconque exception ?

-         Je veux que tu me parles, répondit-il en posant tout le matériel dont il avait eu besoin pour le soigner sur la table de nuit. Tant pis si ce que je fais pour y parvenir ressemble à du chantage. Tout ce qui m’importe, c’est de pouvoir enfin y voir plus clair.

-         Pourquoi ne peux-tu donc pas rester à ta place ?

-         Depuis un mois tu me fais la démonstration de tes sautes d’humeur. Comment pourrais-je rester à ma place ? Maintenant que tu as commencé à m’impliquer dans tout ça, qu’est-ce que tu penserais de t’expliquer quant à ton comportement ? j’ai bien le droit de savoir, tu n’es pas d’accord ?

-         Il n’y a rien de particulier à dire…

Devant ce manque de coopération, il décida qu’il était grand temps pour lui de se montrer un temps soit peu plus calculateur. Plus malin. Il ne se laisserait pas avoir par Ludovic. Pas cette fois. Il s’était juré d’arriver à ses fins, et il y arriverait.

-         Dans ce cas, pourquoi ne pas commencer par m’expliquer pourquoi tu es jaloux ?

Le concerné se brusqua instantanément. Il ne devait pas s’être attendu à une question aussi directe. Pas venant de lui. Et pourtant, il parvenait à devenir de plus en plus confiant en lui-même. Terry s’affirmait de mieux en mieux.

-         Je ne suis pas jaloux, répondit-il.

Cette fois, le jeune homme se montra plus compréhensif. Plus doux. Il s’approcha davantage de lui jusqu’à prendre ses mains dans les siennes. Ludovic tenta d’abord de se dérober, mais il abandonna ensuite rapidement en comprenant qu’il ne reculerait devant rien.

-         Ludovic, voyons… Pourquoi est-ce que c’est si difficile à admettre ?

-         Que voudrais-tu donc que j’admette ? Quoi que je fasse, la situation restera la même de toute façon. Je garderai toujours cette haine en moi et tu chercheras toujours à me comprendre sans y parvenir. Je suis quelqu’un de complexe. Quelqu’un qu’on ne comprend pas aussi facilement que les autres. Tu es bien placé pour le savoir, n’est-ce pas ? Quand on a grandi trop vite, quand on garde de mauvaises images ou paroles gardées en mémoire, on n’est pas comme les autres. En aucun cas on ne peut l’être. C’est pour ça que tu ne parviendras pas à me comprendre. Parce que par-dessus tout, je suis caractériel. Je change d’humeur à chaque instant. Je peux m’énerver d’un seul coup alors que je riais quelques minutes plus tôt.

-         A moi tu peux librement en parler. Je peux te comprendre. Nous ne sommes pas que de simples camarades, n’est-ce pas ? Nous sommes bien plus que ça. Nous sommes des compagnons. Nous sommes… presque des frères.

Terry avait hésité quant à prononcer ce mot qui avait failli un jour les séparer à jamais. Pourtant, les faits étaient les faits. Alors pourquoi ne pas en faire une force ? Pourquoi pas ?

Ludovic oscillait d’humeur en humeur, d’émotion en émotion, c’était vrai. A l’instant même, il passait parfois d’une colère sourde à un calme troublant. Un calme que Terry provoquait lui-même. Il l’avait compris. Un seul de ses mots. Une seule de ses paroles le poussait à s’exprimer différemment. Mais au moins il s’exprimait. Au moins, il laissait libre cour à ce qu’il ressentait.

-         Comment pourrais-je seulement te contredire ? L’entendit-il murmurer.

-         Ne me contredis pas dans ce cas. Exprime-moi plutôt ce que tu ressens. Tu veux bien admettre que tu es jaloux ? Que quelque chose ne va pas comme il se devrait et que nous pouvons en parler ? Tu ne veux pas essayer ?

-         Je te répète que je ne suis pas…

Il allait recommencer à crier, mais il se contrôla au dernier moment. Pourquoi ? Cette question restait sans réponse. Terry apprenait lui-même à connaître son compagnon à cet instant précis. Peut-être était-ce le fait qu’il se soit montré patient et prêt à l’écouter. Peut-être était-ce le ton posé avec lequel il lui parlait. Peut-être. Oui, peut-être. Peut-être Ludovic comprenait-il les efforts que lui-même faisait à son égard. Alors il poursuivit.

-         Ce n’est pas une tare ou que sais-je d’être jaloux.

-         Certains disent que la jalousie rend les gens laids, commenta Ludovic.

-         Vraiment ? Il faut croire qu’il y a des exceptions. Personnellement, je trouve qu’elle te rend malheureux.

-         C’est le principe même de la jalousie.

-         Alors tu l’admets ? Tu admets être malheureux ?

Le silence dans lequel se plongea le concerné indiqua à Terry qu’il était peut-être sur la bonne voie pour l’aider à se confesser de ce qui le gardait prisonnier de son mal-être.

-         Je crois que tu es jaloux de ce qui se passe en ce moment. De ce qui se passe entre Elea et moi.

-         J’avoue avoir l’envie d’être celui qui prend soin de toi. C’était pourtant ce que je voulais. Je voulais qu’elle t’aime, Terry. Parce que tu es un garçon formidable qui a souffert et qui mérite que…

Terry ne le laissa pas terminer, plaquant un doigt sur ses lèvres. Qu’allait-il donc lui chanter là ? Il n’avait même pas envisagé cette optique. Quelque part, il était touché. Cependant pas assez pour se laisser aller à le remercier de toutes ces attentions, même s’il le faisait généreusement de l’intérieur.

-         Je ne parlais pas de cette jalousie-là. Plutôt de celle que tu entretiens uniquement vis-à-vis de ta mère. Chacun des gestes qu’elle a pour moi te blessent. Comme chacune de ses paroles douces. Je le vois bien, tu sais.

-         Qu’est-ce que tu veux dire ?

-         Je crois que tu es jaloux du fait que sa tendresse ne te soit pas adressée, et c’est ce qui te pousse à être désagréable avec elle. Encore plus ces derniers jours.

C’était dit. Restait à voir quelle réaction il aurait. Comment prendrait-il la réalité ? Allait-il l’admettre sans chercher à le contredire ? Se mettrait-il en colère en réalisant que ce n’était autre que la vérité ? Terry comprit rapidement ce qu’il en serait quand il lâcha subitement ses mains et qu’il lui adressa un regard noir.

-         Jamais je ne serai jaloux d’une telle chose ! Ce que tu dis n’a aucun sens. Il y a bien longtemps que je me moque de ce que je représente à ses yeux. Elle peut bien me détester. Elle peut bien m’ignorer que ça ne changera rien !

-         Ludovic, je n’ai pas dit ça dans le but de jouer avec tes nerfs.

-         Tu ne comprends pas, Terry. Je ne me permettrai plus jamais de lui demander de m’aimer. Je n’en ai pas le droit. De toute façon, elle ne se préoccuperait pas de moi même si je le lui demandais.

Dans ce mélange de reproches et de peine, Terry était perdu. Inconsciemment, Ludovic se livrait à lui. Il était parvenu à le forcer à rechercher en lui ce qui lui faisait le plus mal. Il balançait entre la haine de ce qu’il ressentait et l’envie de lui parler. Il n’attendait que ça. Que pour la première fois de sa vie, on le guide. Il était prêt à se confier. Terry savait qu’il ne lui suffisait plus que d’un mot. Un seul pour qu’il se libère de tout ce qu’il gardait en lui et qui le ravageait de l’intérieur. De tout ce qui provoquait en lui ces sautes d’humeur incompréhensives pour son entourage.

-         Parle-moi. Explique-moi pourquoi tu n’as pas droit à son amour. Pourquoi tu penses qu’elle ne se préoccupe pas de toi. Dis-le moi s’il te plait.

Ludovic sembla brusquement mal à l’aise. Appuyant son dos contre le mur derrière lui, il posa les mains à plat sur son lit, lui faisant comprendre que rien n’était facile pour lui. Il aurait du mal à en parler.

-         Tu me promets de ne pas me juger ?

-         Pourquoi je le ferais ?

-         Parce que nous avons beaucoup de points communs maintenant dont le même père. Et tu connais bien Elea.

-         Tu sais que ce n’est pas mon genre. Je suis le mieux placé pour savoir que tout le monde fait des erreurs. Je suis prêt à tout entendre, crois-moi.

-         C’est vrai. Pardonne mon oubli.

-         Ce n’est pas grave.

Ils s’installèrent alors tout deux plus confortablement. Cette histoire risquait d’être longue. Ils s’en doutaient pertinemment. Terry prit un soin particulier à se rapprocher de lui, lui faisant sentir qu’il le soutenait. Ce fut d’une voix assurée que Ludovic commença néanmoins son discours.

-         Je suppose que je n’ai pas grand-chose de nouveau à t’apprendre en te disant qu’il n’était pas un mari fidèle. Il y a des choses dont je ne me souviens plus. Que ce soient des actes ou des paroles, seule ma mère me les a expliqué. Cependant, je crois qu’en ce qui te concerne, tu ne connaissais pas tout de lui. Tu ne savais pas tout de son comportement. Avant même que je sois né il commençait déjà à la tromper. Mais elle l’aimait. Avant comme après le mariage où il n’a pas hésité à sortir tous les soirs pour aller s’amuser. C’était comme ça. Elle l’a même soupçonné d’avoir plusieurs maîtresses régulières. Mais quand elle lui demandait de s’expliquer, il niait le tout en bloc. En plus d’être un salaud, il ne l’assumait même pas.

Il inspira un bon coup avant de poursuivre. Avant d’en venir à des faits qui leur étaient plus pertinents. Dont ils avaient davantage connaissance.

-         J’étais à peine conçu lorsque c’est arrivé. Elea, ma mère, m’a expliqué qu’il se faisait davantage plus absent. Plus régulièrement. Presque tous les jours aux mêmes heures. C’était comme s’il désirait presque s’installer avec une autre femme qu’elle. Il la délaissait tout simplement. Si leur mariage était parti d’une promesse d’amour, celui-ci semblait s’être dégradé dès l’instant où ils s’étaient installés ensemble. Je crois que ce sont des choses qui ne s’expliquent pas. Il m’a fallu des années pour le comprendre. Comprendre que deux parents pouvaient se gâcher une fois installés en ménage. Néanmoins, cette période avait été assez longue.

-         C’était la période où il avait rencontré ma mère, tu crois ?

-         Je pense. Car si ses nombreuses absences étaient devenues habituelles, elle m’a expliqué que par la suite, après des mois et des mois de débauche qu’elle ne comptait plus, il s’était brusquement assagi.

-         Au moment où il avait appris que j’avais été conçu, comprit Terry sans aucun mal.

-         Sans aucun doute. En tout cas, durant toute une période, il est resté au calme à la maison comme tout bon père. Il était là pour mes premiers mois. Il était là pour les soirées exceptionnelles. Il était là pour soutenir ma mère dans tout ce qu’elle faisait. Seule exception lorsqu’il avait des récitals à donner. Ca aurait pu être parfait. Ca aurait pu s’il n’était pas un foutu menteur incapable de rester sérieux plus longtemps que quelques mois. Au moment où ma mère lui faisait à nouveau un peu confiance, il a recommencé ses conneries. Voilà quel homme il était. Aucune morale. Aucun principe. Un salaud qui alternait entre sérieux et débauche. Un homme qui manipulait les autres comme bon lui semblait. La crise devait éclater et c’est ce qu’il s’est passé. Je ne m’en souviens pas. J’étais bien trop jeune. Ca a duré durant des mois entiers. Des disputes à n’en plus finir. Ca partait même parfois dans la violence. Je devais avoir deux ans lorsque ma mère, à bout de nerfs l’a foutu à la porte. Elle en avait juste eu marre.

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Mardi 16 septembre 2008

Partie 3

Une fois revenus dans cette grande maison que Terry trouvait aussi belle qu’au premier jour où il était arrivé, Ludovic s’était empressé de les délaisser pour aller s’enfermer dans sa chambre. Ils avaient pu entendre la porte claquer. A ce son, le jeune homme soupira profondément. Il se sentait coupable. Ludovic allait-il tout casser comme il l’avait déjà fait à Sainte Bénédicte ? Ses nerfs allaient-ils lâcher ? Si tel était le cas, il s’en voudrait définitivement d’être la cause du mal-être de son ami. Ce serait de sa faute, il en était certain.

Elea dû sentir son inquiétude, car elle s’approcha de lui jusqu’à lui faire sentir sa présence. S’apercevant qu’elle était déjà chargée de quelques sacs, il s’empressa de s’approcher du coffre.

-         Laisse-moi faire, mon chéri. C’est lourd, commenta-t-elle sans perdre une seconde.

-         Il n’y a justement pas de raison pour que je ne vous aide pas.

La femme acquiescant, il se chargea des courses à son tour avant de la rejoindre. Elea avait gardé les traits d’une mère inquiète. D’ailleurs, elle profita du fait qu’ils ne soient qu’à deux pour l’interroger.

-         J’ai l’impression que tu prends tout très à cœur, dit-elle en lui montrant le chemin entre le garage et la cave.

-         Est-ce que c’est un défaut ?

-         Pas nécessairement. Malheureusement, dans ton cas, je crains que ça ne te soit nuisible.

-         Vous voulez parler de ce qu’il s’est passé au supermarché ?

Elle répondit par l’affirmatif. Terry ne savait s’il devait se montrer franc avec elle. Il ne voulait pas trahir Ludovic. Trahir son état d’esprit. Révéler l’idée que lui-même s’était fait de toute cette histoire. Sentant qu’il était brusquement mal à l’aise, elle se permit de s’expliquer elle-même sur ce qu’elle pressentait. Sur ce qui lui était visible. Sur ce qu’elle désirait qu’il comprenne.

-         Tu n’as pas besoin de me cacher quoi que ce soit. Je me doute bien que toute cette situation te gêne. Tu dois te sentir perdu face à tout ce qu’il se passe.

-         Je dois bien le dire.

-         Pourtant tu n’as pas à l’être. Tu peux parfaitement ignorer pour de bon tout ce qu’il se passe autour de toi. Ce serait tout à fait normal si tu estimais ne pas avoir à te préoccuper de tout ça.

-         Je me sens concerné. En particulier par l’attitude de Ludovic.

-         As-tu essayé d’en parler avec lui ? Je vois bien que ça ne se passe pas forcément pour le mieux entre vous.

-         Comment le savez-vous ?

Il l’aidait à ranger les différents produits, s’étonnant de son discernement soudain.

-         Je le sais parce que je le connais parfaitement, répondit-elle. Quand il part directement s’enfermer dans sa chambre, c’est que quelque chose l’a contrarié. Ce n’est plus un secret, sais-tu. Le comportement qu’il aborde. Le manque d’attention que je lui accorde par moments. C’est devenu une habitude entre nous. Mais je n’ignore rien de ce qu’il ressent. Tout dans son attitude me parle.

-         C’est parce que vous l’avez vu grandir et changer. Du moins je suppose.

-         Je l’ai vu changé, en effet. J’aurais d’ailleurs été fière de moi si j’avais pu faire quoi que ce soit pour éviter toute cette mascarade. D’autant plus que tu es à présent involontairement impliqué.

-         Vous n’avez rien à vous reprochez, Elea. Comme vous le dites, ce n’est plus un secret. Mais au point où en est la situation, j’avais espéré pouvoir me rendre utile. Vous êtes vraiment gentille. Moi-même je ne comprends pas pourquoi il se comporte de cette façon. Ce qui vous a mené à vous faire autant de mal. Alors oui, j’ai essayé de lui parler. De lui faire comprendre que je ne trouvais pas ça juste. Même si je me suis trompé, je ne regrette rien.

Malheureusement, il ne connaissait pas l’entièreté de la situation. Il ignorait ce qui s’était déroulé par le passé dans cette maison. Même si cela ne l’empêchait en rien de se montrer positif, elle le força un instant à stopper sa tâche pour l’écouter. Elle jugeait qu’il était temps de tirer tout ça au clair, et Terry lui donnait raison. Car il avait beau ne pas voulait se mêler de ce qui ne le regardait pas, il était désormais personnellement impliqué. Comme elle l’avait dit. Elea n’avait sans doute pas prévu que ces vacances se passeraient de cette façon. Et Ludovic ? Il en doutait.

Il se montra alors une nouvelle fois franc. Il ne pensait pas s’être un jour montré aussi direct avec quelqu’un. Mais il devait le faire. Face à cette mère malheureuse du comportement de son fils et qui avait eu l’honnêteté de lui parler sans détour. De le serrer dans ses bras sans appréhension. De se montrer patiente avec lui, il jugeait bon de lui livrer ses pensées personnelles. Même s’il risquait de se répéter. C’était important pour lui. Tellement important qu’il s’en mordrait les doigts s’il ne lui disait pas.

-         Vous êtes sincèrement la mère que j’aurais rêvé d’avoir, Elea.

La femme lâcha tout ce qu’elle tenait entre les mains, ne s’étant sans doute pas attendue à une telle révélation. Emue, elle se précipita sur lui et le serra contre son cœur. Si son amour faisait beaucoup de bien à ce garçon, elle s’avouait qu’elle-même avait besoin de se sentir utile dans son rôle de mère. Réelle. Durant ces quelques minutes où elle l’enveloppa de sa chaleur, elle ne pu empêcher ses yeux de s’humidifier.

-         Pardonne-moi ces larmes, mon chéri. Ce que tu viens de me dire… ça me fait tellement de bien. Ludovic ne me dit plus ce genre de mots depuis…

-         J’aurais préféré qu’il le fasse lui-même.

Elle le relâcha quelque peu.

-         N’exige pas de lui ce qui lui est impossible. Notre relation à tous les deux a toujours été très compliquée. Ca fait des années que nous entretenons ce conflit.

-         Et vous n’avez jamais rien fait pour changer cela ?

-         Bien évidemment que si. J’ai essayé de lui parler. De me montrer compréhensive. D’être autoritaire. J’ai même été jusqu’à mettre mes espoirs en une école.

-         Vous n’avez jamais obtenu un quelconque résultat ?

-         Juste sa colère. Rien d’autre. Mais je dois dire qu’il est bien pire depuis quelques jours. Et je ne veux pas que tout s’envenime davantage parce que tu auras été impliqué. Quelle mère suis-je donc pour te confier tous mes tracas de cette façon ?! Je gâche les vacances que tu passes ici.

Terry s’était à présent redressé et, s’éloignant un peu d’elle, il prit un paquet de biscuits entre ses mains.

-         Je passe les vacances les plus agréables que j’ai jamais passé. Je le promets. Simplement, j’estime que vous n’avez rien à vous reprocher dans votre attitude vis-à-vis de moi. Vous aviez juste besoin de vous libérer du poids que vous portiez sur vos épaules depuis si longtemps. Non, si j’ai quelque chose à reprocher à quelqu’un, c’est à Ludovic. Il a dépassé les limites de l’acceptable. Du moins par rapport à moi-même.

-         Vous vous êtes donc bien disputés ?

-         Je l’admets. C’est pour ça que j’ai décidé de faire les choses à ma façon.

Elea paniqua aussitôt. Elle ne voulait en aucun cas voir une amitié sincère se briser par sa faute. Pas celle qu’était parvenu à construire pour la première fois son fils. Surtout pas. Elle avait également ses torts. Certains gestes à se reprocher. Un passé loin d’être parfait. Une vie qui n’était pas celle que tous désiraient forcément.

-         Mon Dieu, mon chéri. Que comptes-tu faire ?

-         Ne vous inquiétez pas. Rien d’inconsidéré. Moi aussi j’ai appris à connaître Ludovic. Je veux avant tout retrouver celui que j’ai connu à Sainte Bénédicte.

Alors qu’il s’était appuyé contre le mur, il se redressa de toute sa faible taille, bien décidé à affronter le problème dans toute sa profondeur. Quitte à en souffrir un peu, il préférait au moins tenter le coup. Tenter de l’aborder. D’aborder cette vérité qui créait autour de lui une douleur incompréhensive. Il y avait certains traits de sa personnalité qu’il était parvenu à saisir. Certains. Pas tous.

Il fit quelques pas en direction de la porte. Quelques pas décisifs. Il comptait bien résoudre le problème avec son petit ami. Alors qu’il allait complètement se détourner, Elea lui fit une dernière remarque.

-         Tu comptes emporter ce paquet de biscuits avec toi ?

Il prit seulement conscience de son geste. Il faisait preuve d’une telle impolitesse !

-         Pardon. Vraiment pardon. Je n’aurais pas dû.

-         Bien sûr que si. Partage-les avec Ludovic. Ce sont ses préférés.

-         Merci beaucoup.

Cette fois, il s’en alla pour de bon. Les biscuits préférés de Ludovic. Il eut un sourire. Le hasard faisait bien les choses, et il semblait qu’il ait définitivement pris ses marques dans cette maison. En aucun cas il ne voudrait la quitter précipitamment. Sauf si Ludovic devait l’y forcer…

------------

 

Quand il frappa à la porte, il n’obtint aucune réponse. Juste un silence complet. Terry ne se laissa néanmoins pas démonter. Depuis le temps, il connaissait Ludovic. Il connaissait aussi ses crises. Du moins à un certain niveau pour les avoir vécu à Sainte Bénédicte.

Bien décidé à lui parler, à tirer au clair ce qui devait l’être, il eut un moment d’hésitation. Et si Ludovic lui en voulait vraiment ? Et s’il était dans un état de colère telle qu’il était capable de tout envoyer valser dans sa chambre en le voyant ? Terry tenta de se raisonner. Il ne lui avait pas menti au supermarché. Il avait bel et bien peur.

Calme-toi, ce n’est que Ludovic. Le même Ludovic que tu as longuement connu à Sainte Bénédicte. Celui-là même qui t’a dit qu’il t’aimait et qui s’est rendu malade pour toi. Avec quelques petits changements, c’est vrai. Mais qu’est-ce que je pourrais craindre de quelqu’un qui m’aime ? Il n’aurait même pas dans l’idée de me faire du mal. D’ailleurs, moi aussi je l’aime. C’est pour cette raison que je suis ici à trembler comme une feuille. Je dois me prouver que je ne suis pas qu’un foutu trouillard. Je dois le faire.

Se sentant assez téméraire pour tout affronter, il se décida une bonne fois pour toute. D’un simple geste, il ouvrit la porte. Son regard se porta alors sur tout ce qui traînait sur le sol. Ensuite sur le bureau vide de tout objet et garnitures. Et enfin sur les murs aux posters déchirés. Il en fut un instant saisi avant de poser les yeux sur Ludovic. Sur le responsable de tout ce massacre. Celui-ci était installé sur son lit, les écouteurs de son lecteur cd dans les oreilles. Il avait souvent cette attitude lorsqu’il était furieux.

Mais Terry ne comptait pas se laisser impressionner. Pas maintenant. Alors que Ludovic lui envoyait un regard menaçant, il s’approcha de lui et grimpa sur le lit en venant directement se loger dans ses bras. Il le sentit se raidir. D’un seul coup, il s’arracha à lui, se reculant à une distance qu’il jugeait appropriée pour ensuite retirer ses écouteurs de ses oreilles.

-         Si tu crois que je vais passer au-dessus de tout ce qu’il s’est passé, tu te mets le doigt dans l’œil.

Le ton était calme. Presque reposé. Le calme avant la tempête ? Terry n’aurait su le dire, mais en tout cas, il venait de lui faire savoir qu’il lui en voulait encore pour ce qu’il s’était passé. Pour la façon qu’il avait eu de tenter de lui faire la morale.

-         Je ne te savais pas aussi rancunier. A ce que je me souvienne, tu étais souvent le premier à tenter de mettre fin à nos disputes à l’école.

-         Sauf que nous ne sommes pas à l’école.

-         Tu as raison. Nous sommes chez toi. Alors qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? M’ignorer jusqu’à la fin des vacances ? A moins que tu ne nous laisses une chance de nous expliquer sur ce qu’il s’est passé ?

Se souvenant du paquet de biscuits qu’il avait emporté avec lui, Terry le projeta à quelques centimètres, et il atterrit sur les genoux du brun.

-         Il paraît que ce sont tes biscuits préférés. Tu ne veux pas qu’on oublie rapidement ces broutilles pour les partager ? Permets-moi de te rappeler que tous les deux nous avons traversé des épreuves bien plus difficiles que celle-ci.

-         Parce que tu appelles ça des broutilles ?

-         Pas toi ?

-         Pas vraiment. Est-ce que moi je dois te rappeler que je suis devenu un parfait inconnu pour toi ?

Terry se crispa légèrement à cette erreur grossière qu’il avait faite. Même s’il s’agissait de la vérité, jamais il n’aurait dû se permettre d’avoir ce genre de propos. Pas avec Ludovic qui était caractériel. Il l’avait mal pris et c’était compréhensif.

-         D’accord. J’ai été trop loin. Je regrette ce que je t’ai dit.

-         Regretter ne changera rien. Les mots restent des mots. Ils sont bien présents dans ma mémoire.

-         Seigneur, dis-moi donc ce que je pourrais faire pour me faire pardonner. Je t’avoue être venu ici dans ce but. Enfin pas seulement. Je voulais également que tu t’expliques sur ce que tu ressens.

-         Je ne veux pas en parler.

-         A l’évidence, tu ne veux surtout rien entendre.

Il se leva pour tout de suite se baisser sur les débris d’un vieux cadre qui s’était fendu sous le choc qu’il avait subi en percutant le sol. Terry fut alors saisi en se rendant compte qu’il ne l’avait jamais vu parmi toutes les fois où il était venu dans cette pièce. Derrière le verre cassé, à moitié retirée, il la vit. Cette photo d’un enfant. La photo d’un enfant dans les bras de sa mère. Elea paraissait bien plus jeune là-dessus. Il se releva, se tournant vers Ludovic. C’était une drôle de façon de détester sa mère que de garder une photo de celle à qui il s’évertuait à en faire voir de toutes les couleurs. Cette partie de l’histoire qu’il ne connaissait pas était-elle si terrible ? La rancœur que Ludovic entretenait était-elle si tenace ?

-         Tu cherches à m’enduire en erreur depuis le début, reprit-il d’une voix brusquement lasse. Cesse ce jeu, Ludovic. Maintenant je veux savoir.

A son plus grand drame, il avait suffit qu’il fasse une telle découverte pour que celui-ci se lève de son lit pour se précipiter et le faire lâcher de force le cadre. Dans ce geste maladroit, il parvint à se couper avec un morceau de verre. Terry le vit jurer, se maudissant lui-même. Cette fois, il jugea qu’il en avait assez vu. Il était gavé de cette comédie. Combien de temps durerait-elle encore s’il n’y mettait pas fin dès maintenant ? Ludovic allait parler. Protester. Il ne lui en laissa pas le temps, le coupant dans sa vaine tentative.

-         J’aimerais véritablement que tout ça cesse, Ludovic. J’aimerais que tu arrêtes de te moquer de moi. Je commence à comprendre ton attitude. Tout doucement. Et honnêtement, j’en ai plus que marre de rester dans le secret. Je perds patience. Je dirais même que je viens d’atteindre mes limites. Maintenant je veux savoir. Difficile de ne rien remarquer en vivant sous le même toit que toi. C’est pour ça que tu m’as invité chez toi ? Pour que j’ai à subir tout ça ?

-         Tu sais très bien que non !

-         Alors explique-moi pourquoi.

-         Pourquoi quoi ?

Terry allait jouer l’une de ses dernières cartes. La fine analyse qu’il avait eu le temps de faire en l’espace de plusieurs jours. Exactement depuis qu’Elea s’occupait de lui.

-         Explique-moi pourquoi tu es jaloux, osa-t-il répéter.

Les traits de Ludovic se figèrent à ces mots. Son petit ami incapable de répondre quoi que ce soit visiblement choqué, il poursuivit ce qu’il avait à dire. Cette fois, il se montrerait impitoyable. Pas question de lui laisser la moindre échappatoire.

-         Je veux que tu me racontes tout. Je veux savoir ce qui te pousse à te comporter de la sorte. Qu’est-ce qu’il s’est passé entre Elea et toi pour qu’une mère et son fils ne puissent même plus se parler correctement ? Qu’est-ce qu’il s’est passé lorsque notre père était encore vivant ? Tu m’as dit qu’il venait souvent te voir. Explique-moi. Je veux savoir maintenant. Je crois que je suis resté trop longtemps dans l’ignorance. Et pour tout te dire, je ne compte pas lâcher prise. Je te ferai parler. J’ai tout mon temps, Ludovic. Confie-toi à moi comme je me suis confié à toi. Je ne te laisse plus le choix.

-         Sinon quoi ?

-         Sinon je quitterai cette maison pour retourner à Sainte Bénédicte. Crois-moi, je n’en ai pas la moindre envie. Mais si c’est le seul moyen pour te faire céder, je n’hésiterai pas.

Terry ne voulait pas en arriver là, mais il n’avait trouvé d’autre alternative. De cette expression de défi qui s’était inscrite sur le visage de Ludovic, c’était désormais un tout autre sentiment qui soulignait ses traits. Qu’allait-il faire ? Allait-il céder ? Terry trouvait ses méthodes lamentables. Toutefois, il l’avait dit. Il avait atteint ses limites. A Ludovic de prendre la bonne décision. Il était prêt à l’écouter.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Mardi 16 septembre 2008

Partie 2

L’ambiance ne s’était que légèrement améliorée. Le supermarché semblait avoir un certain pouvoir pour le détendre. Le détendre et le calmer par la même occasion. Suivant derrière sa mère ainsi que son petit ami, ils se promenaient de rayon en rayon sans rien dire. Si Elea poussait le cadi, Terry le tenait sur le côté à la façon d’un enfant qui découvrait un décor nouveau. En les voyant ensemble un peu plus en avant que lui, il se sentit quelque peu abandonné. Il avait comme l’impression d’être délaissé. Même Terry le délaissait par moments. Il se contenta de les observer sans s’imposer. Ces dernières heures, il alternait sans cesse entre différentes humeurs et émotions, et cela finissait par incontestablement le fatiguer.

Est-ce que tu veux du chocolat, mon chéri ? Est-ce que tu aimes le miel ? Je vais prendre du lait, c’est important que tu en boives en grande quantité. Choisis des yaourts. Ceux que tu préfères.

C’était ainsi depuis le début. Depuis qu’ils avaient mis les pieds dans ce magasin. Elea faisait tout pour Terry. Tout pour qu’il ait ce qu’il aime. Tout pour qu’il mange comme il se devait. Et lui ? Pourquoi se sentait-il autant venimeux ? Parce qu’elle s’était accaparée toute l’attention de Terry ? Parce qu’elle ne lui demandait rien ? Rien à lui qui était son fils ? Non. Ce n’était pas pour cela. Il ne l’admettrait de toute manière pas.

Finalement, au bout d’une bonne demi-heure, elle se tourna enfin vers lui.

-         Tu ne veux rien, Ludovic ?

-         Après avoir pratiquement fait le tour de tout le magasin, il était temps de me le demander !

-         Je te le demande maintenant.

-         Non, je ne veux rien… Rien venant de toi, ajouta-t-il tout bas.

Il ignorait si elle l’avait entendu. Espérait-il que ce soit le cas ou pas ? En tout cas, elle ne semblait pas décidée à se laisser marcher sur les pieds. Autant elle pouvait se montrer patiente avec Terry, autant elle se montrait plus dure avec lui. C’en était déstabilisant.

-         Je te demande de prendre ce que tu désires, Ludovic. N’importe quel autre enfant serait heureux à ta place, expliqua-t-elle. Mais comprends que je me préoccupe avant tout de ton camarade puisqu’il n’a pas l’habitude de ce genre d’endroit. Maintenant dépêche-toi avant que je n’arrive à la caisse.

-         Terry vient avec moi. Ca me permettra d’être moins mis à l’arrière ! Commenta-t-il pour toute réponse. Car tu auras beau dire ce que tu voudras, je ne crois pas que d’autres se satisferaient de cette situation. En tout cas, je ne me satisfais pas de la mienne.

Dépassée autant par son agressivité que par ses exigences, Elea jeta un coup d’œil en direction de Terry, lui indiquant de le rejoindre. Elle se doutait que les deux jeunes hommes ne désiraient pas forcément être séparés. Elle les percevait comme très liés, et elle comprenait. Elle comprenait qu’ils puissent partager beaucoup de choses dont peut-être la plupart de leurs goûts respectifs. Terry se détacha du cadi et alla le rejoindre.

-         Nous allons faire vite, Elea, dit-il.

Terry faisait tout pour apaiser la situation. Même Ludovic le voyait sans mal. Un rôle qui lui allait très mal. Il se contenta de tourner le dos pour quitter le rayon dans lequel il se trouvait. Son compagnon le suivrait. Il devinait le sourire gêné qu’il adresserait à Elea avant de le suivre. Mais il le suivrait.

Quelques minutes plus tard, ils marchaient côte à côte. Ludovic attrapa une boîte de muffins au chocolat. Il vit Terry arquer un sourcil, le questionnant du regard.

-         En souvenir de Maxime.

-         Evidemment, répondit-il. En souvenir du bon vieux temps. Celui où tu étais toi-même.

-         Je voulais te montrer le coin livres. Ils en vendent ici.

Ludovic avait ignoré la remarque, ayant juste espéré se retrouver avec son petit ami. Chasser cette ambiance où il se sentait de trop. Cette atmosphère qui le forçait à en supporter beaucoup plus qu’il ne le pouvait. Se maîtrisant, il attendait désormais de Terry qu’il lui consacre un peu de son temps. Il en avait déjà trop donné à Elea. Et pas assez à lui. Ce à quoi il ne s’était alors pas attendu, c’était de voir le jeune homme se montrer quelque peu déplaisant.    

-         Tu peux m’expliquer ce qu’il t’arrive ?

-         Je ne vois pas de quoi tu veux parler, tenta-t-il de nier une fois encore.

Sans succès. Terry commençait à doucement atteindre ses limites. Il le lui faisait sentir. Au fur et à mesure qu’ils marchaient dans les différentes allées, il avait pris une expression des plus sérieuses. Une expression qui se voulait de signifier qu’il attendait une discussion avec lui. Une discussion que Ludovic devinait d’avance sur quoi elle porterait. Ils s’arrêtèrent devant un coin où étaient rassemblés plusieurs livres. Des livres en tout genre. Autant des livres d’apprentissage que des romans. Sans doute avait-il espéré que ceux-ci lui feraient oublier le pourquoi ils se retrouvaient à deux. C’était peine perdue, et Terry ne se gêna pas pour le lui rappeler.

-         Arrête de me prendre pour un con, Ludovic ! Arrête de faire semblant de rien !

-         Si tu parles de la façon dont je m’adresse à ma mère, je ne vois pas où est le problème. Tu as l’habitude maintenant, non ?

-         Non, je n’en ai pas l’habitude. Je dirais même que j’en ai assez de tout ça ! Il est où le problème à la fin ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait pour que tu lui parles de cette façon ?

Ludovic s’était entre temps saisi d’un livre sur l’espace qu’il feuilletait distraitement. Avec nervosité. Il était déjà suffisamment de mauvaise humeur pour que Terry se permette de se montrer moralisateur.

-         Ecoute, tu n’es au courant de rien, Terry. Alors ne va pas plus loin. Tu ne sais même pas ce qui me pousse à agir ainsi.

Il fit alors une tentative pour le pousser à complètement abandonner. Il lui tendit le livre qu’il tenait toujours.

-         Qu’est-ce que tu en penses ?

Mais Terry n’était pas décidé à se laisser mener en bateau. Pas aussi facilement. D’un geste de la main, il écarta ledit livre de son champ de vision, faisant savoir qu’il n’en avait pas fini.

-         N’essaye pas de changer de sujet ! Tu m’avais promis.

-         Alors ça y est ? Elle se montre un peu gentille avec toi et tu prends sa défense ?!

-         Mais bon sang, qu’est-ce que tu as depuis quelques jours ? Tu agis comme quelqu’un de profondément offensant. Tu manques totalement de respect. Tu es si révolté. Non…

Il marqua un temps d’hésitation avant de reprendre. Ludovic comprit qu’il venait de rassembler tous les éléments entre eux.

-         Tu es ainsi depuis que j’ai eu ma crise de panique. Depuis qu’elle a pris soin de moi… Ludovic, tu es…

-         Arrête de parler sans rien savoir ! Ce sont des mots en l’air tout ça ! Et désolé pour ce qui est de la promesse que je t’avais faite. Tu apprendras que la vie n’est pas toujours juste et que toutes les promesses ne peuvent pas être tenues. Dis-toi qu’il s’agit en quelque sorte d’une trahison !

-         Une trahison ? C’est ce que tu penses ?

-         Exactement.

Silence.

-         Eh oui, Terry, pose de nouveau les pieds sur terre ! Tu ne peux pas te contenter que de son amour à elle pour survivre dans ce monde !

Il s’égarait lui-même. Il s’égarait et il faisait du mal à son petit ami. Comment pouvait-il lui parler d’injustices alors qu’il était le premier à en avoir connaissance ? Comment pouvait-il lui demander de revenir à la réalité alors qu’il découvrait seulement maintenant qu’il avait le droit de se sentir librement aimé ? De s’affirmer comme il le désirait ? Pire, comment pouvait-il quasiment l’obliger à se soucier de l’amour que lui-même lui portait plutôt que de celui d’une mère ? Mais pourquoi alors qu’il se rendait compte du mal qu’avaient dû provoquer ses propos, il se sentait toujours en colère ? Il était néanmoins sur le point de s’excuser auprès de Terry. De lui avouer qu’il avait été trop loin. Il l’aurait fait si seulement celui-ci n’avait pas prononcé des mots terribles. Les mots de trop.

-         Tu n’es définitivement plus le Ludovic que je connaissais. Tu as changé. Beaucoup trop pour que je te reconnaisse. Je ne peux plus. Honnêtement, je ne peux plus supporter de te voir devenu aussi blessant, méchant et colérique. Tu es devenu un étranger à mes yeux. Je regrette.

Le destinataire de ces aveux tenta de remettre brutalement en place l’ouvrage qu’il tenait. Comme il l’avait redouté, Terry avait atteint ses limites. Les limites de l’acceptable. Il ne lui en voulait pas, mais il n’y était pas non plus indifférent. Comment pourrait-il l’être ? Lui-même à bout de patience, il jeta le bouquin parmi d’autres et lui jeta un regard désespéré par cette haine de tout ce qui se passait et qui semblait se dresser contre lui. Qui l’envahissait sans qu’il ne puisse lutter.

-         Finalement, ce livre ne m’intéresse plus, déclara-t-il en tentant de se montrer indifférent.

Il voulait ignorer ce que venait de lui dire Terry. Oublier que le jeune homme ne le considérait plus comme celui qu’il avait connu. Que peut-être risquait-il de le perdre s’il ne parvenait pas rapidement à reprendre le contrôle de lui-même. A redevenir ce garçon tendre et introverti qu’il avait toujours été. Intérieurement, c’était un véritable combat qui se livrait en lui. Y avait-t-il quelque chose à faire ? Quelque chose à dire ?

-         On la rejoint. Elle doit être à la caisse.

Il allait lui tourner le dos. Le forcer à le suivre à travers le magasin. Une nouvelle fois avec cette colère emprunte en lui. Quelque part, c’était lui qui souffrait le plus. Il lui semblait même qu’il se fatiguait inutilement.

Terry restait derrière lui. Il pouvait le sentir dans son dos. Regrettant sans doute ce qui venait de se dérouler entre eux, il tenta de s’expliquer du mieux qu’il le pouvait.

-         Je t’aime toujours, Ludovic. Mais… C’est juste que…

Ludovic se stoppa d’un seul coup, Terry lui fonçant dedans. Le jeune homme se reprenait rapidement alors qu’il se tournait pour lui faire face. Il était à présent hargneux pour de bon.

-         C’est juste que quoi, Terry ? Que tu ne me comprends plus ? Que je te suis devenu complexe dans mon attitude ? Tu vas une nouvelle fois me le répéter ? Ne te donne pas le rôle de quelqu’un qui peut tout percevoir de la meilleure façon qui soit. Tu n’en es pas capable !

Il le vit simplement redresser totalement la tête pour ancrer son regard dans le sien. Que lisait-il dans ces yeux ? De la tristesse ? De la mélancolie ? Autre chose ? Ce qu’il dit le surprit.

-         C’est juste que tu me fais peur.

Pourquoi fallait-il qu’il lui prouve sa prise d’assurance dans les moments les plus inattendus ? Tout le monde avait le visage tourné vers eux. Tout le monde sans que ni Ludovic ni Terry ne leur accordent la moindre importance. Dans un silence lourd, ils se frayèrent un chemin entre tous ces gens. Ludovic n’avait même pas pris la peine de répondre. Il n’en avait plus l’envie. Terry le suivait en se culpabilisant sans aucun doute. Mais qu’en pouvait-il ? Etait-ce vraiment de sa faute ? Pouvait-on vraiment lui reprocher d’être comme cela ?

Quand ils arrivèrent près de la caisse pour la rejoindre, les traits d’Elea se crispèrent aussitôt. Il ne lui en avait pas fallu beaucoup pour comprendre que tout deux s’étaient retrouvés au centre d’un malentendu.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Mardi 16 septembre 2008

athenais: C'est vrai que Ludovic a un comportement qui fait de plus en plus peur. J'avoue qu'il est également très complexe, mais j'espère que tu parviendras à le comprendre au fur et à mesure des chapitres.

sakura: Je suis contente que tu apprécies de plus en plus mon histoire. Quant à savoir si je compte reparler de Frédéric Armand, je te laisserai le découvrir par la suite^^

Chapitre LXXXVI : Incompréhension.

 

Partie 1

Une porte s’ouvrit. Il faisait nuit, et Terry avait été forcé de dormir pour la première fois depuis le début de son séjour entre les draps de la chambre qui lui avait été donnée. Elea avait insisté pour le veiller jusqu’à ce qu’il s’endorme. Elle avait craint qu’il ne prenne peur à nouveau. Une crainte injustifiée selon Ludovic qui s’aventura dans le noir jusqu’au lit du jeune homme. C’était au beau milieu de la nuit que Terry avait besoin de compagnie. Au beau milieu de la nuit qu’il avait besoin de se sentir entouré d’une présence rassurante. Comme il l’avait prédit avec ce qu’il s’était passé la veille au soir, il se sentait perturbé. Perturbé au point d’en verser quelques larmes dans son sommeil. Sans doute était-il de nouveau la proie de leur bourreau de père.

En grimpant sur les draps, au-dessus de la forme recroquevillée qui s’y dessinait, il prit garde de ne faire preuve d’aucun geste brusque. Aucun mouvement qui pourrait réveiller celui qu’il aimait. Il avait eu le temps de se calmer un peu. Juste un peu. Pas assez pour promettre de ne pas se reprendre au piège de l’une de ses crises. Pourtant, il avait eu le temps d’y réfléchir au cours de ces dernières heures. Il se demandait à présent si le problème venait vraiment du fait que sa mère lui avait volé son rôle de protecteur envers Terry. Oh bien sûr, il y avait de ça ! Mais pas seulement. Il n’aurait su décrire ce mélange de sentiments et de pulsions incontrôlables qui se mêlaient en lui. Une sorte de nausée intérieure qui le faisait se rendre malade sans comprendre le vrai sens de ce qu’il éprouvait vraiment. C’était presque insupportable.

Un moment plus tard, il s’allongea de tout son long aux côtés de Terry. Même à travers les draps, il était capable de sentir la respiration rapide de celui-ci. Une respiration angoissée. Il lui fallait le calmer à tout prix. Sécher les larmes qui coulaient sur ses joues. Apaiser ce corps fin qui se faisait tant de mal. Il allait reprendre les fonctions qui lui revenaient. Celles du petit ami qu’il était, et qui l’aimait plus que n’importe qui d’autre. Malheureusement, celui sur lequel il avait posé une main semblait tellement stressé qu’il sortit rapidement du sommeil léger dans lequel il était plongé. D’abord paniqué, il se détendit tout aussi vite en reconnaissant sa voix.

-         C’est moi… Ludovic.

A moins qu’il ne lui ait suffit de prononcer son prénom. Quoiqu’il en soit, Terry passa immédiatement ses mains dans son dos, enfuyant son visage contre lui. Juste le temps de sécher ses larmes.

-         Qu’est-ce que tu viens faire ici ? Demanda-t-il ensuite d’une voix endormie.

Comment osait-il le lui demander ? Sa raison à ses côtés, elle était si évidente.

-         Tu croyais vraiment que je parviendrais à m’endormir sans toi ?

-         Il me semblait pourtant que j’étais celui qui avait besoin de ton soutien. Le seul.

-         Qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi j’ai besoin du tien. Davantage que ce que tu sembles penser. Je me suis inquiété pour toi.

-         Je vais mieux maintenant.

-         Mais quand même…

Bien qu’il ait passé ses bras autour de lui, Terry ne pu que se sentir écrasé sous son poids lorsque Ludovic se laissa aller sur lui. Son corps contre le sien, il le sentait anxieux. Pris d’une sorte d’abandon qui ne lui ressemblait pas.

-         Je suis désolé, dit Terry sur un ton qu’il voulait détaché. J’espérais que tu ne te sentes pas trop délaissé par le fait que je ne te rejoigne pas durant cette nuit.

-         Ne t’inquiète pas. Je sais qu’Elea t’a laissé seul uniquement lorsque tu t’es endormi. Elle te considère comme un enfant. Elle te dorlote.

-         Tu sembles en parler avec amertume.

-         Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

-         La façon dont tu en parles. De plus, tu ne t’es pas montré très agréable avec elle durant la soirée.

Terry voyait clair. Il le lui prouvait cette fois encore. Mais cette fois encore, il n’éprouvait pas l’envie d’aborder le sujet avec lui. Cette fois encore, il préférait passer à autre chose. Se rendant compte qu’il l’écrasait de tout son poids, il se redressa sur ses coudes et se positionna au-dessus de lui pour ensuite embrasser ses lèvres. Ses mains cherchèrent ensuite son cou. Sa poitrine qu’il caressa avec une infinie douceur.

-         Tu sembles te faire bien proche de moi cette nuit, lui fit remarquer Terry.

-         C’est parce que je me suis senti éloigné de toi ces dernières heures.

-         Parce que je suis resté auprès d’Elea ? Pardonne-moi, je ne t’oubliais pas pour autant.

Ludovic se crispa tout contre lui. Bien sûr il ne l’oubliait pas. Il s’était juste laissé emporté par cet amour maternel qu’il recherchait depuis si longtemps. Ludovic n’avait pas protesté quant à l’attitude de sa mère. Quant au fait qu’elle s’était faite envahissante. Pour Terry, il n’avait rien dit. Maintenant, il se jugeait apte à rattraper les heures perdues. Il voulait qu’ils se retrouvent. Ensemble. Durant l’entièreté cette nuit.

-         Oublions tout ça, tu veux bien ? J’ai envie que nous nous retrouvions tous les deux.

-         Ca ne me dérange personnellement pas d’oublier. Ca me permet même de ne pas revenir sur ce qu’il s’est passé. Ce qui me dérange en revanche un peu plus, c’est le fait que toi tu veuilles tirer un trait sur tout ça.

-         C’est juste mieux ainsi.

-         Tu es sûr ?

-         Oui.

Terry le connaissait bien. S’il désirait effacer de sa mémoire ce qu’il s’était passé, c’était bien parce qu’il était le premier à en être préoccupé. De son côté, à chaque fois qu’il y pensait, Ludovic ne pouvait s’empêcher de se sentir de nouveau passablement énervé.

-         Je te fais confiance, Ludovic, dit-il en se montrant compréhensif. Mais tu sais que tu peux me parler si tu en ressens le besoin ?

-         Je le sais, mon ange. Mais ça ira.

-         Au fait, pourquoi es-tu venu dans cette chambre ?

-         Ca ne te plait pas ?

-         Ce n’est pas ça. J’aurais juste imaginé que tu y serais resté quelques minutes. Le temps nécessaire pour me forcer à te suivre dans ta chambre à toi.

-         Non.

-         Non ?

-         C’est très bien ici aussi.

Terry parut froissé par cette révélation. Mais Ludovic préférait paraître formel. Il était tout simplement hors de question pour lui qu’il voit les traces de sa dernière crise. L’état dans lequel il avait mis sa chambre. Il devrait tout nettoyer en discrétion dès le lendemain. Il posa complètement sa tête contre la poitrine de son petit ami. Juste question de s’assurer qu’il allait mieux. Quand deux bras vinrent l’entourer, il se rassura. Terry n’avait plus du tout peur comme ça avait été le cas plus tôt dans la soirée.

-         Tu as raison, finit par conclure le jeune homme. Ici ou dans ta chambre, nous sommes quand même ensemble.

-         Juste toi et moi, acheva-t-il lui-même.

Dans cette étreinte si familière qu’ils entretenaient, il sentit sa colère, celle qu’il avait accumulé tout au long de la soirée, diminuer petit à petit. Peut-être que dans peu de temps, elle serait entièrement partie. Elle aurait intégralement quitté son corps. Cette colère qui se faisait bien trop présente depuis qu’il était revenu chez lui. Ludovic priait pour que cette nuit lui permette de se remettre de ses émotions. En tout cas, il ferma les yeux, confortablement installé contre le corps de son petit ami. Il ne lui restait plus qu’à espérer que cette nuit soit réparatrice de tout le mal qu’il avait fait et qu’il s’était fait.

------------

 

Le lendemain, le jeune homme comprit sans mal que ses espoirs avaient été vains. Vains parce qu’il se sentait aussi remué que la veille. Remué par cette mauvaise humeur qui s’ancrait détestablement en lui et dont il ne parvenait plus à se défaire. Elle s’était éveillée au moment même où il avait mis les pieds dans la cuisine. Lieu qui lui rappelait les évènements de la veille. Mais également un lieu qui mettait Terry mal à l’aise. Celui-ci gardait les doigts crispés sur le bord de la table, n’osant plus faire le moindre geste. Pourtant, lorsque Elea se tourna vers lui et lui fit un grand sourire, il se détendit automatiquement. Dire que sa propre présence n’avait même pas ce pouvoir. Qu’il lui fallait lui parler ou le serrer dans ses bras pour arriver à un tel résultat. Ludovic en était navré intérieurement.

-         Qu’est-ce que tu veux manger ce matin, mon chéri ? Demanda-t-elle.

Mon chéri. N’était-ce pas le surnom qu’elle lui donnait auparavant ? Celui-là même qu’il lui avait demandé de bannir de son vocabulaire lorsqu’elle s’adressait à lui ? Voilà qu’à présent elle ne se gênait pas pour en user avec Terry.

-         Tu veux que je fasse des pancakes ? Poursuivit-elle. Tu ne dois pas non plus en avoir déjà mangé.

-         C’est vrai, admit le concerné.

-         Et toi, Ludovic ? Tu aimes ça aussi.

Il ne répondit pas. Il préféra n’émettre aucun son. Aucune parole. Jugeant qu’il en avait déjà trop fait la veille, c’était ce qu’il avait de mieux à faire aujourd’hui. Elle l’exaspérait, il prendrait sur lui. Il ne se mettrait pas à crier de nouveau.

-         Je prends ton silence pour un oui, conclut directement Elea.

En prenait-elle l’habitude ? En tout cas, elle s’y accommodait tant bien que mal. Peu de temps après, il se retrouvait avec une assiette pleine de pancakes qu’elle déposa devant lui. Il avisa celle de Terry qui en débordait. Le jeune homme tira d’ailleurs une drôle de moue.

-         Je ne pourrai jamais manger tout ça, dit-il découragé par rapport à ce petit déjeuner qu’il ne parviendrait jamais à engloutir entièrement.

Ludovic aurait pu avoir un rire, mais  il n’en fut rien lorsqu’il entendit sa mère rétorquer quelques mots à sa façon. Quelques mots dégoulinants de bons sentiments.

-         Ca ne fait rien, mon chéri. Mange autant que tu le peux. L’important, c’est que tu reprennes des forces. J’ai cru remarquer que tu n’étais pas très gros. C’est important que tu sois résistant.

-         Ne t’inquiète pas, il n’a pas attendu que tu lui dises pour se reprendre en main !

Froid comme la glace. C’était l’apparence qu’il montrait de lui. Elea ne dit rien sur le coup. Terry lui donna un léger coup de coude, lui faisant comprendre que la situation le dérangeait.

-         Très bien, concéda Ludovic. Mangeons avant que ce repas ne se termine en véritable fiasco. Bien que finalement, je n’ai pas tellement envie de pancakes. Je me comprends bien entendu !

Son attitude devait paraître insupportable aux yeux de son petit ami comme de sa mère. Malheureusement, sa colère était telle qu’il en était arrivé à un point de non retour. Tout laissait à présager une nouvelle crise. Quand ? Ce serait plus simple s’il le savait. Plus simple au quotidien. Il y avait bien longtemps qu’il ne s’était plus mis dans un tel état. La dernière fois datait d’avant son entrée à Sainte Bénédicte. A l’école, ses colères étaient juste passagères. Elles ne duraient jamais bien longtemps. Il fallait croire que se retrouver dans certains contextes lui étaient nuisibles. La voix de sa mère le fit revenir à la réalité.

-         Pourquoi passes-tu tout ton temps à me provoquer, Ludovic ? Devant ton camarade en plus. Tu peux m’expliquer ?

-         Et toi, tu peux m’expliquer pourquoi tu passes ton temps à en parler devant lui ? Terry n’a rien à voir avec tout ça.

-         S’il n’a rien à voir avec tout ça, je te demanderai alors de bien vouloir te calmer.

Il mourrait d’envie de l’affronter. Encore, encore et encore. Il avait beaucoup de défauts à lui reprocher. Des actes manqués. Des paroles en trop. Actuellement, il n’était même plus capable de s’expliquer ce qui le poussait à lui en vouloir autant. N’était-ce vraiment que le fait qu’elle lui ait volé sa place auprès de Terry ? Ca finissait par ne plus avoir de sens. Il avait envie de tout lui reprocher. Ses erreurs à elle comme les siennes.

Il avait beau passer des heures à y réfléchir, il ne parvenait pas à expliquer ses imprudences. Celles qui le poussaient comme le disait sa mère à faire mauvaise figure devant Terry. Il préféra d’ailleurs passer au-dessus de tout cela.

-         Evidemment, je vais me calmer. Ne t’inquiète pas. Au moins pour Terry. Mais tu sais le plus tordant, c’est que je n’avais rien compris. Jusqu’à la dernière minute, je n’ai rien vu venir.

-         Qu’est-ce que tu racontes ?

-         Tu es bien plus gentil avec lui que tu ne l’étais avec moi. Merde, ça me fait bien rire ! Toutes ces attentions. Comment tu fais pour parvenir à être une aussi bonne mère pour lui alors que tu ne l’as jamais été pour moi ?

-         Arrête-toi là, s’il te plait. Les circonstances sont différentes.

-         Bien sûr, les circonstances…

Il recula son assiette comme il l’avait déjà plus d’une fois fait. Un simple geste aussi blessant que ses paroles. Se contentant de boire d’une seule traite son verre de jus d’orange, il le reposa vide sur la table. Il en profita même pour le claquer désagréablement.

-         Les circonstances… Elles n’étaient pas des plus plaisantes non plus à cette époque, reprit-il. Tu es la mieux placée pour le savoir me semble-t-il.

Une grimace offensée se lut aussitôt sur le visage de sa mère. Il savait s’y prendre lorsqu’il s’agissait de la faire sortir de ses gongs. Amèrement, il usait de ces mots qui atteignaient toute mère. Ces mots qui la faisait remettre en question ses devoirs en tant que telle. Car il prenait chaque jour un peu plus conscience, elle comme lui s’enfonçaient au travers de ces conséquences affligeantes que constituait leur passé commun. La réaction d’Elea ne pu qu’être violente. Elle haussa le ton.

-         Ca suffit ! Réfléchi un peu avant de parler, et évite de raconter de telles bêtises devant ton ami ! Il n’a pas besoin de se retrouver impliqué dans tout ça !!

Elle avait crié. Ludovic s’attendait à ce qu’elle s’en veuille directement après. En attendant, il passa une main sous la table. Une main qu’il posa sur le genou de son voisin qui venait de se mettre à trembler. Celui-ci se rassura rapidement.

Ludovic décida alors de détourner la tête tandis que sa mère reprenait contenance, s’excusant plus posément. Elle devait se sentir des plus honteuses d’infliger ce spectacle d’elle-même. D’ailleurs, elle envisagea la situation pour ensuite rapidement aborder un tout autre sujet. Un sujet qui n’avait rien à voir avec le reste mais qui lui permettait de reprendre contenance. Elle fermait la porte sur tout le reste. Sur ses reproches. Sur ce qu’il représentaient. Encore une fois. Il s’en sentait frustré, se retenant avec peine de ne rien en montrer.

-         Je vais devoir retourner faire des courses aujourd’hui, dit-elle. J’ai oublié certains produits la dernière fois. Ce serait bien que vous m’accompagniez.

Ce n’était pas une demande des plus originales. Ce n’était pas non plus une information intéressante. Juste une envie de partager quelque chose de nouveau. En particulier avec Terry. Après tout, elle avait bien le droit de passer un peu de temps avec eux durant ces vacances. Non, avec Terry. C’était certainement ce qu’elle devait se dire. Sa proposition fut accueillie par un calme plat.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Mercredi 10 septembre 2008

Partie 2

Elea avait toujours eu du mal à saisir le sens des réactions de son fils. C’était comme un défi indirect qu’il lui lançait. Un défi auquel il ne lui demandait même pas de répondre. Une sorte de mise en garde. Elle ne savait même pas pourquoi il agissait ainsi. Pourquoi il se conduisait de cette manière avec elle. Ca aurait été tellement plus simple qu’il veuille bien lui permettre de comprendre de quoi souffrait son ami.

Mais alors que Ludovic la regardait de ce regard de reproche, de ce regard qu’elle lui connaissait si bien, Elea comprit enfin. Elle se souvint enfin des paroles de son fils. Du jour où elle était allée le voir à Sainte Bénédicte. Toute cette retenue qu’elle avait pu noter en lui. Tout ce qu’il lui avait dit. Ses confessions quant à son attitude. La seule fois où il avait été sincère avec elle. La seule fois où il avait été réellement malheureux sans chercher à vraiment le cacher. A moins qu’il n’y soit pas parvenu. En tout cas, il lui avait parlé pour de vrai ce jour-là.

-         Je crois commencer à comprendre, Ludovic.

-         Ne t’illusionne pas trop. Si tu comprenais quoi que ce soit, nous ne serions pas en train de nous faire face avec difficulté. Je ne serais pas en train de chercher à tout faire pour que tu te taises.

Elea ne prêta pas attention à ce qu’il dit, le sang acculant brutalement dans son cerveau, lui donnant mal à la tête. Elle se jeta à l’eau, ne trouvant pas d’autre façon d’aborder ce qu’il en était. Elle était d’ailleurs bien contente que Terry dorme profondément.

-         Terry, c’est ce garçon qui partage ta chambre à Sainte Bénédicte. Celui qui a tenté de mettre fin à ses jours. Tu m’avais même demandé si je pourrais l’aimer comme une mère. C’est bien ça ?

Silence.

-         Réponds-moi, Ludovic. J’ai bien raison ?

-         Tu as raison. C’est bien lui.

-         Pourquoi a-t-il essayé de se tuer ?

Dès l’instant où elle eut prononcé ces paroles, elle su qu’elle n’obtiendrait pas de réponse. Ludovic jugeait en avoir déjà trop dit. Il lui suffisait d’être un peu attentive à lui pour le voir crisper les doigts contre le tissu de son jean. Depuis le début de cette discussion, il était en colère. Combien de temps parviendrait-il à contenir ses excès d’humeur ?

-         Ce n’est pas à moi de te le dire.

 Elle préféra calmer le jeu. Ce n’était pas dans ces conditions qu’elle parviendrait à y voir plus clair. Et puis, il avait raison. C’était avec Terry qu’elle devait parler. C’était à lui qu’elle devait principalement s’intéresser. Pour essayer de le pousser à se confier. Pour lui faire comprendre qu’elle l’aiderait coûte que coûte maintenant qu’elle avait saisi sa souffrance. Une souffrance dont elle avait pu deviner l’origine.

-         Je ne vais pas insister pour que tu me dises tout. Ce n’est pas comme ça que je parviendrai à me faire complètement accepter de lui. Encore moins de toi. Tu m’avais demandé de l’aimer comme une mère. Tu vois, je fais mon maximum pour l’accueillir comme il le faut. J’essaye de le connaître un peu plus de jour en jour. C’était ce que tu voulais, Ludovic. Tu m’en avais aussi parlé. Est-ce que tu es satisfait ? Est-ce que j’agi bien comme tu le voulais ?

Il parut dérouté qu’elle ose aborder d’elle-même ce point qui devait être essentiel pour lui. Il perdit même son expression mauvaise pour quelques secondes. Le temps nécessaire pour réaliser chaque mot de ce qu’elle venait de dire.

-         Tu n’as que trop bien exercé ce rôle…

Sa réponse la surprit. Il n’y avait pas de méchanceté. Pas de sous-entendu qui se voulait de lui cracher sa haine au visage. Le ton n’était même pas dur. Il acceptait juste l’évidence. Celle qui le conduisait à reconnaître qu’elle prenait bel et bien soin de son camarade.

-         A cause de ça, je ne peux rien te reprocher. Je peux aisément continuer à t’en vouloir sans te crier dessus que tu es une mère indigne sur ce coup-là. Ca me bouleverse. Tu n’imagines même pas. Je dirais même que ça me ronge, avoua-t-il en définitive. Je vais sans doute refouler tout ça en m’énervant pour de bon. D’une minute à l’autre.

-         Pourquoi, Ludovic ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?

-         Cette fois, rien. C’est bien ça le pire.

Elea était perdue. Davantage quand elle le vit s’éloigner en direction de la porte.

-         Tu n’attends pas avec moi qu’il se réveille ?

-         Non. Tu vas vouloir lui parler de toute façon, non ?

-         Sûrement. Mais ça ne t’empêche en rien de rester avec moi pour veiller sur lui.

-         Une seule personne suffira. Je serais de trop si je restais.

-         Bien sûr que non. Il sera heureux de te trouver auprès de lui.

-         Peut-être que ça serait le cas, oui. Mais moi, je n’ai pas envie de rester.

Pas envie. De quoi avait-il envie désormais ? De quoi avait envie ce jeune homme qu’elle avait à peine eu le temps de voir grandir ? C’était dans ces moments qu’elle avait l’impression d’avoir raté son rôle de mère. Quand elle le voyait la surprendre de par son attitude. Au point de ne plus le comprendre.

-         J’ai besoin de me tenir le plus loin possible de toi, l’entendit-elle ajouter avec sincérité.

Elle se sentit effroyablement blessée. Elle l’aurait bien retenu. Elle lui aurait bien demandé de rester quelques minutes supplémentaires. D’accepter de lui parler. Elle l’aurait même supplié de se montrer moins distant qu’il ne l’était. Elle dû plutôt se contenter de le voir disparaître de la pièce. Loin d’elle, ne creusant qu’un peu plus cette distance qui s’était créée entre eux. Avec son départ, c’était une partie d’elle-même qui s’était de nouveau brisée.

------------

 

Ludovic savait qu’il lui avait une nouvelle fois fait du mal. Tout ce qu’il trouvait alors à se dire pour sa défense personnelle était qu’il s’était au moins montré franc. Que l’ignorance était le pire de tout. Qu’elle l’avait en fait bien mérité. Qu’il s’agissait de tout ce qu’elle méritait pour l’avoir si durement effacé et pris sa place auprès de Terry. Oui, c’était ce qu’il voulait. Mais pas au point qu’elle ne prenne ce rôle entièrement pour elle. Pas au point qu’il soit mis de côté.

Il y avait quelques mois, il ne se serait pas autant inquiété pour ce genre de détail. Il n’en aurait pas fait tout un drame. Il y avait quelques mois, il se disait qu’à seize ou dix-sept ans, on était encore invincible. Immortel. Que la mort ne pouvait les atteindre. Pas eux. Pas des adolescents. Même s’il s’était toujours montré protecteur envers Terry, la tentative de suicide du jeune homme lui avait au moins prouvé que toutes ses croyances étaient fausses. Qu’à seize ans, on pouvait aussi frôler la mort. Inutile de la défier davantage. Dès qu’il le savait mal, il préférait être là. Il s’était attribué ce rôle. Sans lui dire. C’était son secret à lui. Rien qu’à lui. Quand Terry était en état de détresse, c’était toujours vers lui que se tournaient ces deux yeux verts perdus. Et tant pis si cela lui valait d’être jaloux. Car il l’était. C’était lui qui aurait dû le prendre dans ses bras. Lui qui aurait dû lui murmurer des mots tendres. Le rassurer. C’était sur ses genoux à lui qu’il aurait dû s’endormir. Curieusement, il était en colère. Il se sentait hors de lui. Lentement, il s’approcha de la fenêtre. Une habitude personnelle. Il regardait constamment par la fenêtre lorsque quelque chose le tracassait.

-         Pourquoi est-ce ce n’était pas moi ?

Il prononça ces mots tout haut comme s’ils pouvaient avoir davantage de sens. Comme s’ils pouvaient lui apporter une réponse. Mais la réponse ne venait pas. Elle ne viendrait jamais. Optant pour une autre solution, il se dirigea vers son bureau. Il fulminait de rage. Il revoyait encore le visage paisible de son petit ami à la recherche de cette chaleur maternelle qui lui faisait tant de bien.

Il balança un premier objet sur le sol.

-         Ca devait être moi. Je devais être celui qui aurait dû l’aider. L’aider à reprendre sa vie en main.

Brutalement, un second objet suivi. Une tasse dans laquelle il mettait quelques stylos se brisa par terre. Il était victime d’une nouvelle crise de colère. Une de plus parmi toutes celles qu’il avait déjà eu.

D’un seul coup, il passa alors un bras sur son bureau afin de tout renverser. La lampe qui lui avait servi à plusieurs reprises pour travailler fut la principale à subir les conséquences de ses sautes d’humeur. Il la su cassée au bruit de craquement qui se fit entendre.

-         Je suis le seul à être capable de lui apporter tout ce dont il a besoin. Elle devait juste l’aimer. Juste un peu. Pas de cette façon. Pas en me l’arrachant !

L’injustice qu’il ressentait à son comble, la machine était enclenchée. Une machine infernale pour laquelle il ne connaissait pas le bouton d’arrêt. Il était pris à son propre sort. Celle de la haine de soi et des autres. Celle du manque de contrôle total de ses propres pulsions. Celle de la destruction.

------------

 

Elea était inquiète. Deux bonnes heures étaient passées. Deux bonnes heures durant lesquelles Ludovic s’acharnait à mettre sa chambre sans dessus dessous. Ces derniers temps, elle comprenait de moins en moins son fils. Pourquoi s’énervait-il si vite ? Pourquoi s’énervait-il pour un rien ? Comment pouvait-il lui en vouloir autant ? Comment alors qu’elle avait secouru son camarade ? D’ailleurs, le bruit qu’il provoquait sembla réveiller celui-ci, car elle le sentit légèrement remuer. Il bougea contre elle jusqu’à ouvrir les yeux. Lorsqu’il s’aperçut de la position dans laquelle il se trouvait, il s’empressa de se redresser.

-         Je suis désolé, dit-il honteux.

Elle le rassura immédiatement. Elle calma cette nouvelle angoisse dans laquelle il semblait se prendre de nouveau au piège.

-         Pourquoi t’excuses-tu ?

-         J’abuse de votre gentillesse. Surtout après la façon dont je me suis comporté.

-         Tu n’as rien à te faire pardonner. Absolument rien.

-         Ce n’est pas ce que vous devriez dire. Vous devriez me repousser. Je vous apporte des soucis. Vous devez m’en vouloir.  

-         Que crois-tu que j’ai ressenti en te voyant aussi mal ? Tu ne pensais quand même pas que j’allais en être agacée ? Je me suis avant tout sentie triste et inquiète pour toi.

-         Je suppose que vous devez vous demander pourquoi j’agi de cette façon. Vous devez me trouvez bizarre.

-         Pourquoi donc ? Tu as honte de m’avoir montré une facette plus fragile de toi-même ?

-         Un peu.

Elea souffla pour reprendre contenance. Terry n’était pas comme tous les adolescents de son âge. C’était prévisible. Ca l’avait été dès le premier jour où elle l’avait vu. Mais Ludovic non plus n’était pas comme tous les jeunes de son âge. Avec eux, il fallait s’y prendre autrement. Tenter d’aborder le problème d’une façon plus déliée. Plus décontractée. Rien ne servait de les accabler.

-         Mon chéri, tu n’as pas à être gêné de toi-même. Je comprends simplement que tu gardes en toi relativement bien des conflits. Tu es encore jeune. Tu as toute la vie devant toi. Comment peux-tu donc te faire autant d’efforts pour supporter tout cela ?

Elle le vit rester muet.

-         Tu n’as vraiment pas à t’en faire davantage. Pas avec moi.

-         Vous le pensez vraiment ?

-         Oui. En revanche, je voudrais comprendre pourquoi tu as eu cette réaction. Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ?

Aucun son ne sortit une nouvelle fois de sa bouche. Elle allait devoir prendre les devants avec ce garçon qui préférait sans nul doute tout garder pour lui. C’était tellement plus facile. Elle ne comptait toutefois pas le laisser se renfermer sur lui-même. C’était juste malsain. Une excellente façon de s’enfoncer un peu plus.

-         Vous êtes gentille, Elea, dit-il d’une voix faible. Mais il n’y a rien que je puisse dire.

Il prenait sur lui pour ne rien laisser paraître. Pourtant, il était gêné devant elle. Il osait à peine la regarder en face. Si bien qu’elle avait envie de lui dire combien il avait tort de se taire. Combien elle pourrait l’aider s’il lui en donnait au moins la possibilité. Elle ne pouvait toutefois pas le forcer à se confier s’il n’en avait pas la force. Elle pouvait juste l’y encourager. Tenter de deviner ce qui l’avait conduit à paniquer pour un simple geste maladroit. Pour quelques tâches sur sa robe et rien d’autre.

-         Je crois justement qu’il y a toujours des évènements dont chacun désire parler. Des douleurs dont on ressent le besoin de se soulager.

-         Qu’est-ce que vous voulez dire ?

-         La vie n’est pas faite que d’évènements tendres. Chacun a ses problèmes. Parfois plus grands que d’autres. Mais c’est la vie, mon chéri. Ce que je veux dire, c’est qu’importe ce que tu cherches à garder pour toi, tout ça fait partie de l’expérience que l’on acquiert en avançant. Même si la tienne a été mauvaise. Même si elle t’ait toujours douloureuse. Tu as le droit de l’exprimer.

-         Je ne sais pas. Vous savez, l’exprimer, c’est aussi partager des mots durs. Je ne sais pas si j’en suis capable.

-         Tu es sûr de ne pas vouloir m’en parler ? Tu n’as pas à craindre mon avis si c’est le cas. Je ne te jugerai certainement pas.

-         Je le sais, Elea. Mais je ne veux pas vous encombrer avec mes problèmes.

Elea passa immédiatement un bras autour de ses épaules et posa une main sur l’un de ses genoux. Elle le voyait peu à peu se détendre par sa seule présence. Comment pouvait-elle avoir un tel pouvoir sur ce gamin ? Comment pouvait-il autant la laisser aller vers lui ? La considérait-il comme une mère ? Sa décision était prise depuis bien des minutes maintenant.

-         J’en veux bien de ces problèmes, mon chéri. J’en veux bien s’ils peuvent me permettre de te voir aller mieux.

Elle le sentit poser sa tête contre son épaule. Elle en profita alors pour tenter d’éclaircir la situation.

-         On t’a fait du mal. C’est pour ça que tu as mal réagi lorsque tu as renversé ce verre ? Tu attendais que je te punisse parce qu’on te faisait subir cela par le passé ?

-         Peut-être. En fait, je crois bien.

La femme nota une hésitation dans sa voix. Il ne semblait pas confiant dans ce qu’il lui avouait, lui révélant la crainte de certaines confidences.

-         Un membre de ma famille m’a fait énormément de mal, finit-il par dire. Il me punissait brutalement à chaque erreur commise.

-         Mon pauvre garçon…

-         J’ai été suivi par un psychiatre durant cette année à Sainte Bénédicte. Mais ça ne m’empêche en rien d’éprouver encore quelques difficultés.

-         Je voudrais juste que tu comprennes que tu n’as plus rien à cacher à présent. Tu es ici comme chez toi.

-         Je vous en remercie, mais je ne me vois pas…

Elle le coupa directement. Son étonnement lui permit de resserrer sa prise autour de ses épaules.

-         Je suis sérieuse, Terry. Tu n’as pas à t’inquiéter de quoi que ce soit dans cette maison. A ce rythme, tu ficherais tes vacances en l’air pour des frayeurs injustifiées.

-         Qu’est-ce que vous me proposez alors ?

-         De vivre ici comme tu le sens. De parler quand tu ne te sens pas bien. De faire part de ce que tu ressens. Exprime-toi autant que tu le souhaites. Dis-moi ce que tu désires. Je veux pouvoir connaître tes attentes.

Elea fut brusquement surprise de le voir tourner la tête de son côté. Le regard qu’il lui adressa à cet instant la troubla. C’était un regard plein d’une mélancolie incompréhensive. D’un certain apaisement. Mais aussi d’une confiance miraculeuse. Miraculeuse parce qu’elle ne l’avait jamais vu ainsi en un mois entier.

-         Je voudrais que vous m’aimiez comme une mère, murmura-t-il en se laissant aller contre elle.

Tentant de sourire, elle su qu’elle ne parvenait qu’à laisser entrevoir un mouvement de ses lèvres crispé. Elle était triste à l’entente de cette demande qui lui faisait bien comprendre combien Terry souffrait de l’absence d’un amour important. De l’amour d’une mère.

-         Je t’aime déjà comme un second enfant, mon chéri.

Elle le laissa se caler contre elle. Ce camarade inestimable pour son fils. Ce jeune homme dont il lui avait dit contenir une profonde souffrance. Celui-là même dont elle était parvenue à comprendre ce qui le poussait à agir comme il l’avait fait. A se montrer si frêle. Enfin il lui permettait de prendre soin de lui. Sachant pertinemment qu’elle lui apportait cette affection dont il manquait considérablement, elle se laissa elle aussi aller à une étreinte bien méritée après toutes ces émotions.

------------

 

Ayant réalisé dans quel état de colère il s’était une nouvelle fois mis rien qu’en observant sa chambre, il s’était aussitôt calmé. Une exacerbation sourde courrait toujours dans ses veines. Heureusement, il parvenait à la contenir. Il parvenait doucement à prendre sur lui pour se calmer. Combien de temps s’était-il acharné sur ses affaires ? Sur chaque objet. Ses crises pouvaient durer cinq minutes comme elles pouvaient se prolonger sur des heures.

Il décida de s’éloigner des conséquences de l’ouragan qui était passé par là. Un ouragan féroce qui menaçait de surgir de nouveau à tout moment. Un ouragan dévastateur.

Pris d’un remord de conscience, il se décida à laisser tout ce qu’il avait provoqué derrière lui pour aller voir comment allait son petit ami. S’était-il réveillé ? Dormait-il comme lorsqu’il l’avait vu plus tôt ? Comment se sentait-il ? Désirait-il qu’on le punisse encore maintenant ? Ludovic craignait ce qu’il allait voir. Il le craignait parce qu’il aimait ce garçon qu’il avait vu se plonger de nouveau dans son mal-être.

Descendant finalement chaque marche de l’escalier qui le mena jusqu’en bas, il trouva le courage d’ouvrir de nouveau la porte sans bruit, et d’affronter la réalité. Quelle ne fut pas alors sa surprise en le voyant. Une surprise qu’il jugea selon lui de mauvais goût.

Devant lui, Terry ne dormait plus. Il n’était plus allongé sur les genoux d’Elea. Sur les genoux de sa mère. A présent, il se trouvait dans ses bras, s’agrippant à elle comme si sa vie en dépendait. Ludovic sentit un choc l’atteindre tout droit au niveau du cœur. Là où une petite voix lui répéta que ça aurait dû être dans ses bras que Terry aurait dû se trouver. Pourtant, il n’intervint pas pour autant. Sa mère prenait admirablement bien soin de lui. Mieux que tout ce qu’il avait pu espérer d’elle.

Ne se sentant pas à sa place et ne voulant en aucun cas s’imposer, il jugea plus sage de s’effacer. Elle s’occupait de lui comme n’importe quelle mère de son enfant. Malgré sa jalousie, il s’en réconfortait. Terry était entre de bonnes mains. C’était tout ce qui comptait. Lentement, il effaça sa présence de la pièce. Pu-t-il avoir été vu.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Mercredi 10 septembre 2008

JoY: Le fait que tu aies pris le temps de lire mon histoire me fait très plaisir. Je suis contente que tu la trouves logique. Encore plus que tu perçoives mes personnages comme attachants. En tout cas, je te remercie pour ton commentaire, et j'espère que la suite te plaira^^

Chapitre LXXXV : L’amour d’une mère.

 

Partie 1

Se levant brutalement de sa chaise pour aller le secourir, Ludovic s’était retrouvé à genoux auprès du jeune homme avant même qu’elle n’ait pu réaliser ce qu’il se passait. Il y avait d’abord eu cette discussion avec son fils. Celle qui avait très rapidement mal tournée. Où le ton était doucement monté pour une simple question de robe. Ensuite, elle avait juste eu le temps de voir Terry tenter de le retenir dans sa rage pour elle. Juste le temps de le voir heurter de son bras le verre de jus de fruits avant que celui-ci ne se renverse jusqu’à l’éclabousser. Les tâches sur le tissu de coton qu’elle portait en révélaient les faits. Mais ce qui s’était passé après était bien pire que tout le reste. Que tout ce qu’elle ait jamais vu. Terry s’était lamentablement écroulé devant elle. Elle n’avait pu que voir passer une terreur inimaginable dans ses yeux. Une terreur qui s’était inscrite sur son visage. Elle avait aussi entendu ses excuses. A présent, il se tenait allongé sur le sol, tremblant tel un animal apeuré.

Ce à quoi elle ne s’était pas attendue non plus fut de voir combien Ludovic semblait vouloir prendre soin de lui. C’était comme chez Louis. Comme lorsqu’il l’avait passé un bras réconfortant autour de ses épaules pour l’obliger à le suivre ailleurs. Cette fois, il se tenait penché sur lui, son visage proche du sien, lui murmurant des mots rassurants. Des mots qu’elle pouvait facilement entendre.

-         C’est tout, Terry. Tu n’as pas à avoir peur comme ça. Rien ne va t’arriver. Calme-toi. Allez, c’est tout. Je suis prêt de toi.

Elle ne l’avait jamais vu ainsi. Depuis quand son fils était-il devenu aussi prévenant ? Depuis combien de temps tenait-il autant à cet ami au point de le protéger de tout son être ? Car elle le voyait bien, c’était ce que Ludovic cherchait à faire en essayant tant bien que mal de le calmer. De le soulager de sa peur. Oui, de sa peur. Terry avait peur. Elle décida qu’il était tant pour elle de jouer son rôle. Son rôle de mère.

S’approchant des deux garçons, elle se mit à leur hauteur et posa une main sur le dos de Ludovic. Malgré la détresse de son camarade, ce simple geste lui fut insupportable et il se redressa d’un seul coup pour chasser cette présence gênante. Elea sentit sa main repoussée mais ne bougea pas pour autant. C’était hors de question pour elle. Elle était une mère et c’était en tant que telle qu’elle prit la relève. Gardant pour elle-même toute la tristesse qu’elle ressentait en cet instant, elle passa une main dans les cheveux de Terry. Celui-ci se crispa et elle se mit alors à lui parler d’une voix emprunte de douceur. Elle espérait l’aider à se reprendre. Car elle devait se le dire, c’était bien la première fois qu’un enfant s’effondrait de terreur dans sa maison. Un enfant. C’était bien ce qu’était Terry en cet instant. Un enfant apeuré.

-         Mon chéri, Terry, c’est moi. C’est Elea.

-         Pardon… Je suis désolé… Pardonnez-moi…

Il ne pleurait pas. Il n’en était pourtant pas loin. Son visage reflétait à la fois une infinie tristesse et une crainte sans nom, tandis que couché sur le côté, il n’osait même pas la regarder. Non loin de là, Ludovic ne faisait plus un geste, se contentant de les observer.

-         Pourquoi t’excuses-tu ? Demanda-t-elle. De quoi as-tu peur ?

-         Vous allez me punir.

-         Je ne vois pas pourquoi je ferais ça.

-         J’ai sali votre robe. J’ai mal agi. J’ai renversé un verre. Je dois être puni pour ça.

-         Je ne vais pas te punir, Terry. Je n’en ai pas l’intention.

Elea était tétanisée par cette voix fragile qui s’adressait à elle. C’était comme s’il réalisait à peine qu’il s’adressait à elle. Elle qui ne lui ferait aucun mal. C’était comme s’il la percevait autrement. Comme quelqu’un d’autre. Elle en était profondément choquée. Sa main continuait à caresser les cheveux de ce garçon qui continuait à trembler. Elle n’osait pas imaginer ce qui le poussait à prendre peur de cette façon.

-         Pardon. Allez-y, punissez-moi. Je l’ai mérité. C’est normal.

Terry continuait sa litanie. Elle avala difficilement sa salive face à la terrible révélation qu’il lui laissait entrevoir. Comment pourrait-elle seulement avoir l’envie de le punir ? Comment pouvait-on simplement vouloir le punir ? C’était hors de ses forces. Hors de sa portée. Elle ne pouvait se résoudre à le laisser ainsi à se morfondre sur le sol. Son instinct la poussait à le réconforter. A le consoler. A faire disparaître ses douleurs. Parce que ce n’était pas normal. Voir un enfant se mettre dans cet état pour un simple verre renversé n’était pas juste. Il semblait souffrir. Il demandait à ce qu’on le punisse alors qu’il le faisait déjà très bien par lui-même. Lorsqu’elle retira sa main, elle le vit se crisper, attendant sans doute qu’elle s’exécute comme il le lui avait demandé. Il n’en fut rien. Elea agit à sa guise. Elle se pencha sur lui et le prit dans ses bras. Il ne devait pas s’y attendre. Tant pis. Elle insista. Elle l’entoura de ses bras, le laissant poser sa tête contre sa poitrine de lui-même. Elle pouvait sentir son corps entier trembler contre elle. La maigreur avec laquelle il était constitué bien qu’elle y ait déjà fait quelque peu attention. La fragilité de ses traits. Terry, ce camarade dont Ludovic était parvenu à la convaincre de loger chez elle durant deux mois, était bien plus délicat que tout ce qu’il avait pu lui décrire. Aussi raffermit-elle sa prise autour de lui. Pourquoi fallait-il que les jeunes d’aujourd’hui s’alourdissent d’autant de problèmes ? Ce n’était pas humain.

-         Mon Dieu dans quel état es-tu !

Elle caressa son visage d’une main affectueuse, s’empêchant toutefois de se montrer trop collante pour ne pas le faire fuir. Quand elle nota qu’il lui portait toute son attention, elle décida qu’il serait peut-être bon de lui faire comprendre certains principes importants. Certains principes qu’elle aurait dû faire passer dès le premier jour où elle avait soupçonné que quelque chose n’allait pas chez lui.

-         Je suis une mère, Terry, commença-t-elle posément. La mère de Ludovic. En tant que telle, je suis incapable de faire du mal à un enfant. Est-ce que tu peux me dire pourquoi je te punirais, mon chéri ? Est-ce que ça aurait un véritable sens ?

Il parut déconcerté. Déconcerté au point de ne savoir que répondre. Il lui fallut d’ailleurs plusieurs minutes avant de parvenir à enfin exprimer ce qu’il avait sur le cœur. Ce qui le blessait aussi soudainement. Il lui apparut néanmoins comme étant un garçon courageux. Ne se laissant pas pleinement aller à ses émotions en contenant les larmes qui menaçaient de couler, et en concédant à lui parler. Sans doute devait-il savoir qu’il n’avait aucune issu de secours après ce qui venait de se passer.

-         Je ne voulais pas vous décevoir. En réalité, j’ai tout fait pour paraître comme un jeune homme convenable. Comme un bon garçon.

-         Je ne te demande pas de te comporter de telle manière. Rester toi-même suffisait. Qu’importe ce que tu as fait ou ce que tu me caches. Tu es très gentil.

-         Vous exagérez. Regardez votre robe. Elle est couverte de tâches de jus de fruits par ma faute.

-         Ca partira après une lessive, que crois-tu ? Mais cette crainte que tu m’a exposée, cette tristesse, est-ce qu’elles disparaîtront aussi après quelques jours ?

-         Je ne sais pas. C’est plus compliqué à dire.

Devant la fragilité de ce garçon qui lui avouait enfin sans détourner les faits que sa peur était bien justifiée par certains évènements, elle ne pouvait s’empêcher de continuer à caresser ce visage fin. Terry ne fit que se détendre peu à peu dans ses bras. Il s’y sentait bien. Etait-il possible qu’il ait été privé de l’amour que pouvait lui apporter une mère ? Elle ne parvenait pas à se souvenir totalement de ce voisin de chambre dont lui avait parlé Ludovic à Sainte Bénédicte. De ce garçon qui partageait sa chambre et à qui tenait énormément son fils. Elle avait oublié les mots qu’il avait prononcés à son sujet. Terry passa ses bras autour de son cou. Elea crut alors voir une lueur de tristesse dans le regard de Ludovic. Une lueur de tristesse qu’il transforma rapidement en colère lorsqu’il la regarda droit dans les yeux avant de se retirer pour monter dans sa chambre. Qu’est-ce qui poussait son fils à être subitement de mauvaise humeur ? Elle l’ignorait, mais elle avait cependant eu le temps de remarquer cette inquiétude dont il avait fait preuve pour son camarade. Elle n’y prêta pas davantage attention. Pas pour le moment. Pas pendant que Terry s’accrochait désespérément à elle.

-         Je suis fatigué, l’entendit-elle d’ailleurs avouer.

Touchée, elle ne pu que l’accepter complètement dans ses bras. Le laisser fermer les yeux en toute sécurité.

-         Repose-toi, mon poussin.

-         Est-ce que je peux vraiment ?

-         Autant de temps qu’il le faudra.

Elle n’eut pas à en dire davantage. Terry se laissa définitivement aller. Tel un enfant. Tel un enfant se ressourçant de son amour maternel.

------------

 

Une bonne heure plus tard, Ludovic redescendit dans le salon. Il redescendit pour surprendre une scène à laquelle il s’était à peu près attendu. Assise sur le fauteuil, Terry avait la tête posée sur ses genoux et récupérait de ses émotions passées tandis qu’elle lui caressait les cheveux d’une main douce. Terry dormait. Cette vision aurait dû lui faire plaisir. Réellement plaisir. Et ce n’était pas le cas. Au contraire. Elle le faisait se sentir mal. C’était ce qu’il avait voulu. Voir sa mère s’occuper de son petit ami. Prendre soin de lui. Pourtant, il se sentait affreusement mal. Terriblement blessé.

D’un pas lent, il s’approcha d’elle, faisant remarquer sa présence dans la pièce. Il n’avait pas envie de lui adresser la moindre parole. Il lui en voulait. Il lui en voulait de lui avoir quelque part volé le seul rôle qui lui allait bien. C’était lui qui protégeait Terry d’ordinaire. Lui qui le consolait quand ça n’allait pas bien. Quand son moral était au plus bas. Car il connaissait son problème. Car il savait que la moindre petite rechute de son état était encore possible. Il lui avait laissé des indices ces derniers temps. Quelques frayeurs. Quelques jours tristes. Des faiblesses inévitables. Des faiblesses qu’il aurait dû prendre avec plus de considération. A la place, il se voyait s’agenouiller près de lui pour laisser ses doigts caresser la peau de son visage. De sa joue. Sa mère avait beau le regarder faire, il s’en fichait suffisamment pour ne pas s’arrêter.

-         Tu y tiens vraiment à cet ami, dit-elle tout de même. Je le vois dans chacun de tes gestes et de tes regards. Tu le protèges de tout. Même encore maintenant tu prends soin de lui. Qu’est-ce qui t’a fait changé à ce point ? Tu es vraiment gentil avec lui. Plus qu’avec n’importe qui d’autre.

Ludovic répondit à sa question par une autre question. Excellent moyen de détourner à son avantage une conversation qui venait à peine de débuter.

-         C’est auprès de toi qu’il se réconforte actuellement. Est-ce que tu en es heureuse ?

-         Je ne le suis pas. Je préférerais ne pas avoir à le faire.

-         C’est exemplaire venant de toi. Comme avant, tu te soucies de tout. Des moindres petites blessures. Il est un peu triste et tu t’occupes de lui. Comme tu le faisais avec moi. Ca doit te rappeler des souvenirs. De lointains souvenirs.

Il n’avait pas besoin d’en dire plus pour qu’elle comprenne qu’il la narguait. Insensiblement, il lui rappelait combien elle avait perdu ce rôle de mère protectrice avec lui.

-         On ne s’écroule pas pour un simple petit chagrin. Même pas pour une peur anodine. Je l’ai vu dans ton regard au moment où tu t’es précipité sur lui. Ce garçon a souffert. Plus qu’il ne le faudrait pour son âge, et tu es au courant de tout. Tu sais des choses que je devrais moi aussi savoir en étant bien mieux placée pour l’aider.

Ces mots semblèrent être fulgurants, car Ludovic se releva brusquement. Il fulminait d’un seul coup de rage. Une rage qu’il ne pourrait contenir bien longtemps. Une rage qu’il laisserait certainement exploser au moment même où il aurait quitté le salon. Où il serait seul avec lui-même.

-         Tu crois tellement tout connaître. Pour qui te prends-tu pour penser pouvoir mieux l’aider ?

-         Pour une adulte responsable. Une mère. Je ne doute pas de tout le réconfort que tu as pu lui apporter, mais tu me caches des choses importantes. Lui aussi.

-         Tu parles de choses qui te dépassent ! Je n’ai pas fait que le réconforter. J’ai fait bien plus que ça.

-         Je n’en doute pas. Mais Ludovic…

-         Mais Ludovic… Il y a toujours un mais avec toi. Tu crois que parce que je suis caractériel je ne peux pas apporter de l’aide à quelqu’un d’autre avec tout le calme et la patience qui conviennent. Ce que tu me connais mal ! Ce que tu connais mal ton fils !

-         Très bien. Je veux bien le concevoir. Je veux bien admettre que tu as grandi et changé. Que tu es capable d’être à la hauteur de n’importe quelle appui qu’on attend de toi. Qu’il attend de toi. Mais ce qu’il s’est passé ce soir. La façon dont il s’est écroulé pour ensuite me demander de le punir, tu ne crois pas que j’ai le droit de me poser des questions ?

-         Dans ce cas, ce n’est pas à moi que tu devrais t’adresser. Demande-lui directement de s’expliquer s’il y concède. Cependant, ne t’attend pas à ce qu’il accepte de répondre à tout. J’étais là avant toi. C’est à moi qu’il s’est confié le premier.

Il révélait sans le vouloir ce qu’il gardait sur le cœur. Mais il le savait. Sa mère ne serait pas capable de le percevoir. Elle ne serait pas capable de mettre le doigt sur ce qui le dérangeait. Elle n’avait de toute façon jamais été à la hauteur quant à tout ce qui le touchait de près ou de loin. Autant dire qu’elle ne devait même pas remarquer qu’il se sentait au-dessus d’elle à l’instant même. Parce que lui connaissait mieux Terry que n’importe qui d’autre. Il n’était pas difficile de comprendre quelle était sa situation. Dans quel état d’esprit il s’était plongé. De quelle souffrance avait hérité le jeune homme. Seulement, tant qu’il ne concéderait pas à parler de son passé avec elle. Tant qu’il ne lui accorderait pas la même confiance qu’il lui avait accordé à lui. Tant qu’il ne le ferait pas, elle serait loin de parvenir à appréhender ses réactions. Pas comme lui.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Vendredi 5 septembre 2008

Partie 3

Il n’avait pas prêté une réelle attention aux heures passées. Il découvrait à présent un village plus habité. Avec son clocher. Ses petits magasins. Quelques voitures passaient de temps en temps, ne perturbant en rien la douce atmosphère qui s’était installée entre eux. Même s’il ne lui tenait pas plus la main que plus tôt, Ludovic s’était tout de même fait moins distant. Certains auraient dit que la campagne était ennuyante à la longue. Terry la trouvait apaisante. Il découvrait qu’il lui plairait même d’y vivre. Quand ils passèrent devant une petite bibliothèque, le regard pétillant de Ludovic ne lui échappa pas. Il était aussi pétillant que le sien pouvait l’être. Lui rappelait-elle d’agréables souvenirs ? Il n’eut pas besoin de poser la question.

-         C’est dans cet endroit que je passais la plupart de mon temps.

-         Dans cette bibliothèque ? Je devrais être étonné, mais je ne le suis pas vraiment venant de toi.

-         Viens, Terry.

Il l’obligea à le suivre. L’intérieur était immense et particulièrement bien fourni en livres de diverses catégories malgré qu’il ne s’agisse que d’une bibliothèque de village. Si Ludovic retrouvait ses repères en cet espace, lui-même n’avait aucun mal à s’y sentir comme chez lui. Son petit ami l’attira néanmoins dans un coin bien précis. Un coin réservé aux sciences de tout genre.

-         C’est ici que j’ai lu mes premiers livres sur l’astronomie.

Terry envisagea les lectures pour lesquelles il s’était engoué. Il prit même un livre entre ses mains, l’ouvrant à une quelconque page. Des schémas. Des mots compliqués. Un livre qui s’adressait à quelqu’un ayant déjà pas mal de connaissances. Personnellement, tout ce qu’il avait sous les yeux le dépassait.

-         Tu as lu tous ces livres ? Se contenta-t-il de demander.

La réponse ne se fit pas attendre.

-         Tous. Jusqu’au dernier.

Terry en croyait à peine ses oreilles. En voyant tous ces écrits et en faisant le calcul de tout le temps qu’il lui avait fallu pour les lire, il savait qu’il avait dû mettre des années pour en venir à bout.

-         Tu veux dire que tu avais à peine dix ans quand tu as commencé à t’intéresser à tout ça ?

-         Environ.

-         Tu n’es vraiment pas comme tout le monde. Tu es quelqu’un de surprenant, Ludovic. Est-ce que tu t’en rends seulement compte ?

-         Oh tu sais, ça n’a rien de particulier. Mis à part la bibliothèque, je n’avais pas vraiment d’autre endroit où me rendre avant.

Il se mit brusquement à réfléchir. A envisager ce que pouvait être la vie d’un enfant de cet âge assis tout seul dans un coin de la bibliothèque ou dans sa chambre à lire un livre de sciences adressé aux adultes. C’était triste. Il ne voyait rien d’autre. Il repensa alors à ce que lui avait dit Elea le jour où ils avaient visité les vignes. Il ne pu s’empêcher de relier certains faits entre eux.

-         Tu étais toujours seul. Hein, Ludovic ? Tu n’avais pas d’amis à cette époque ?

-         Comment tu sais ça ?

-         J’en ai parlé avec Elea. Et puis, tu me laisses pas mal d’indices qui me le font imaginer.

-         Evidemment, elle ne peut pas s’empêcher de parler de moi comme si je n’étais qu’un pauvre malheureux !

-         Elle m’a parlé de toi comme une mère aurait parlé de son fils. Mon but n’était pas de la dénoncer pour ce qu’elle a dit. Tu sais que je ne veux plus te mentir.

Terry le vit un instant rester silencieux, se reprenant pour ne pas se laisser aller à une colère déplacée. Quand il se jugea suffisamment calme, il passa directement au-dessus de ce détail.

-         Elle t’a dit la vérité. Je n’avais pas beaucoup d’amis à l’époque.

-         Tu n’osais pas aller vers eux ?

-         Je ne me sentais pas à ma place. Ils riaient tous entre eux pour des choses stupides. Des choses qui n’ont pas de sens. Je n’étais pas comme eux. Indéniablement, j’étais trop différent pour partager leur quotidien.

-         Toi aussi tu étais un enfant. Comme eux. Même si tu te sentais différent. Tu n’étais pas forcé d’avoir les mêmes goûts ou les mêmes objectifs qu’eux.

-         Ils ne m’auraient pas accepté parmi eux.

-         Nous sommes différents nous aussi, et je t’accepte comme tu m’acceptes.

-         Ce n’est pas pareil. Toi tu es spécial, Terry. Tu es la personne qui compte le plus pour moi. Quand je t’ai vu pour la première fois, quelque chose m’a poussé à m’intéresser à toi.

S’il s’était attendu à cela, il aurait pu dire qu’ils avaient tous les deux voulu cette rencontre. Ces sentiments qui les avaient tant rapprochés l’un de l’autre. Le fait que Ludovic décide d’aller lui parler. De lui adresser la parole. Que lui-même accepte qu’ils puissent faire connaissance. Plus ample connaissance. Pourtant, ils n’avaient rien décidé à ce moment. Tout s’était fait naturellement. Appelait-on cela le destin ? Avait-on voulu de cette rencontre entre eux ? Il l’ignorait, et il se sentait étrange à cette idée. Le destin, il n’y avait jamais réellement songé.

-         Comment un garçon aussi intelligent que tu l’es peut-il croire qu’il ne pourrait pas s’intégrer avec les autres ? C’est invraisemblable. Regarde les amis qui t’entourent. Maxime, Yanis et également Evan. Ils t’apprécient tous. Tu peux parfaitement t’intégrer aux autres. C’est à toi de le vouloir. Je ne suis pas plus spécial qu’un autre.

-         On peut dire qu’ils sont venus d’eux-mêmes vers moi. Je n’ai rien fait de particulier pour me lier d’amitié avec eux.

-         C’est justement ce qui fait toute la particularité des liens que l’on noue avec les autres. C’est ce qui nous relie à eux.

-         C’est aussi ce qui me relie à toi ?

-         Non. Entre nous, c’est beaucoup plus fort.

-         Tu viens pourtant de me dire que tu n’étais pas plus spécial qu’un autre.

Ludovic sourit en le voyant devenir pensif. En pleine réflexion. Quelque part, il l’était depuis plusieurs minutes. Il savait désormais pourquoi. Il était parvenu à l’atteindre. Mieux qu’il ne l’aurait espéré.

-         Entre nous, il y a des liens qui ne s’expliquent pas, répondit sincèrement Terry. Ils sont uniques. Fondamentaux. J’affirmerai même qu’ils dépassent toutes les lois de la chimie ou de la métaphysique que tu as pu lire dans tous ces livres.

-         Je ne t’ai jamais entendu parler comme ça. Tu mets de la passion dans chacun de tes mots.

-         Ne te moque pas.

-         Je ne me moque pas. Tu changes radicalement ces derniers temps. Je dirais depuis que nous ne sommes plus qu’à deux.

-         Tu trouves ça ridicule ?

-         Au contraire. Je trouve ça rassurant. Tu t’exprimes librement, et ça me permet de voir que tu vas de mieux en mieux. Tu oses formuler avec franchise ce que moi-même je ne parviens pas à dire même si je le penses profondément.

Pourtant, Terry pouvait clairement se rendre compte combien lui aussi exprimait inconsciemment toutes ces choses qui l’avaient marqué. Parler de ce qui le retenait d’aller facilement vers les autres avait été l’expression même de ce qu’il devait ressentir quelquefois.

------------

 

Ils étaient finalement sortis de la bibliothèque bien des heures plus tard. Bien des heures plus tard parce que Ludovic s’était replongé dans quelques anciens ouvrages. Egalement parce que Terry avait eu envie de faire le tour des étagères, attiré par plusieurs genres littéraires. Au bout du compte, ils étaient sortis de là avec de multiples ouvrages. En particulier scientifiques.

-         J’aimerais les relire.

C’était tout ce qu’il avait dit. Terry l’observa tout en l’écoutant sans rien trouver à répondre. Il n’y avait rien à dire.

-         J’ai déjà lu les manuels d’apprentissage que m’avait donné Frédéric Armand. Je ne suis pas parvenu à tout comprendre. C’est pour ça que j’empreinte ces anciens livres. Dans le pire des cas, je pourrai toujours essayer de le contacter pour avoir quelques explications.

Ludovic lui avait vaguement parlé d’un numéro de téléphone laissé pour qu’il puisse entrer en contact avec lui s’il en avait le désir et la possibilité. Mais il savait que s’il avait emprunté ces livres, c’était uniquement parce qu’il ne voulait pas le déranger. Si le professeur Armand avait été forcé de délaisser son rôle auprès d’eux à Sainte Bénédicte, il devait à présent avoir besoin d’un peu de temps pour se reconstruire une nouvelle vie stable. Terry préféra alors changer de sujet. Aborder certaines pensées qui ne le quittaient plus. L’une d’entre elles.

-         Dis-moi, Ludovic, est-ce que tu crois au destin ? Dit-il sans hésiter une seconde de plus.

-         Au destin ?

Il était étonné, il le comprenait bien. Ce n’était pas le genre de question à laquelle on devait s’attendre tous les jours.

-         Oui. Au destin. A ce que l’on dit tracé d’avance. Tu crois que le fait que nous nous trouvions tous les deux à marcher actuellement l’un à côté de l’autre était voulu d’avance ?

-         Pourquoi tu me demandes ça ?

-         Je ne sais pas. J’ai envie de savoir ce que tu en penses.

-         Je crois que je n’aime pas à savoir que nos actes sont dirigés dans un sens précis parce qu’il doit en être ainsi.

-         Qu’est-ce que tu crois alors ?

-         Que chacun de nos actes a une conséquence. Nous sommes les seuls à décider de ce que nous faisons. Comme maintenant. Je sais que mes paroles auront un impact sur toi. Sur la façon dont évoluera notre relation. Mais je ne sais pas encore lequel. Parce que je ne suis pas seul. Je ne peux pas agir à ta place. Que feras-tu maintenant ? Que me répondras-tu ? Si le destin décidait tout ça pour nous, ce serait triste. Tu ne veux pas être libre de faire ce que tu désires ?

-         Tout ça me semble complexe. Je ne comprends pas pourquoi tu as décidé de me parler un jour. Qu’est-ce qui t’a poussé à aller vers moi alors que tu n’allais pas vers les autres ?

-         Je te l’ai dit, je t’ai jugé spécial. J’ai de moi-même décidé d’aller vers toi pour cette raison.

Tout tournait dans sa tête. Son envie de croire au destin. Le fait que Ludovic préfère se sentir l’entier responsable de ses actes. Une fois de plus, ils ne pouvaient pas être identiques. Apprécier et accepter une personne pour ce qu’elle était signifiait aussi cela. Apprendre à connaître ce qui la rendait différente et spécial à nos yeux. Ce que Ludovic lui faisait irrémédiablement comprendre, le comprenait-il comme lui ? Avait-il conscience de lui apporter certaines réponses ? Il l’ignorait.

-         Et qu’est-ce que tu décides là ? Maintenant ? Questionna-t-il, curieux de voir ce qu’il allait bien pouvoir lui répondre.

Il le regarda s’arrêter. S’arrêter et le fixer avec une expression qu’il ne lui avait plus vue depuis longtemps. Une expression qu’il ne pensait certainement pas voir en cette journée. Surtout après ce qu’il lui avait dit durant la matinée.

-         Je ne me montre pas particulièrement aimant avec toi. Tu ne trouves pas ? Je pense à ma petite personne. A tout ce qui a de l’importance à mes yeux. Et toi, tu acceptes tout. Tu fermes les yeux sur certains de tes désirs sans insister. Tu penses même à nous deux. Tu me demandes ce que je pense de notre destin. Je suis certain que derrière tout ça, tu nous imagines un avenir.

-         Je ne sais pas. Disons que je ne veux plus regarder en arrière. Je ne te demande pas non plus de constamment te montrer affectueux envers moi. Tu l’as déjà bien été depuis que je suis chez toi.

-         Mais tu désirerais peut-être encore que je te prenne la main ?

-         Pas si tu ne le veux pas.

-         Tu sais que je le veux tout autant. C’est juste que les gens de ce village peuvent être méprisables s’ils le veulent.

Mais au tournant du chemin qu’ils prirent, ils se retrouvèrent une nouvelle fois entourés de champs comme ça avait si souvent été le cas lors de leur promenade. Il n’y avait personne ici. Aucune maison. Une occasion que Ludovic prit en considération.

-         Je veux que cette journée se termine sur une note agréable.

A peine eut-il dit cela que Terry sentit ses lèvres se poser sur son front. Ca aurait pu être sur les lèvres, mais il gardait encore une certaine retenue. Cela ne l’empêcha en rien d’apprécier le geste. Il sourit. Cette journée s’achevait bien sur une note agréable.

------------

 

Terry n’y aurait cru si on le lui avait dit. Ludovic lui avait offert l’opportunité de mieux le connaître. C’était précisément au moment où ils étaient revenus que tout avait pris une tournure plus délicate. Une tournure qu’il n‘aurait pas soupçonné. Pourquoi avait-il fallu qu’il prenne peur pour si peu ? Il s’était soudainement senti nerveux. Pressentait-il ce qui devait arriver ? Avant cela, il avait été heureux de se retrouver un peu avec Ludovic dans sa chambre. Avant le souper. Celui-ci s’était empressé de s’installer sur son lit, ouvrant déjà un livre sur ses genoux qu’il avait croisé. Il n’était pas complètement attentif à ce qu’il lisait. Il lui arrivait parfois de lui jeter un regard. Du moins jusqu’à ce qu’il se décide à délaisser pour de bon sa lecture.

-         J’aurais voulu savoir comment tu te sentais ici, dit-il d’une voix posée. Ca va bientôt faire un mois que tu vis chez moi et je n’ai toujours pas pensé à te le demander sérieusement.

-         Je te rassure, répondit aussitôt Terry. Je me sens très bien ici. Elea est très gentille avec moi, et tu m’apportes tout ce dont j’ai besoin. J’aime tous ces moments que nous passons ensemble. Je fais mon possible pour les apprécier à leur juste valeur.

-         J’en suis heureux.

Et il se replongea dans des pages contenant des termes scientifiques compliqués. Prenait-il au moins le temps de reposer son esprit de temps en temps ? Terry se le demandait. Tout ce qu’il fit pourtant fut de s’installer contre lui. Il se sentait bien. Dans l’immédiat. Si seulement ça avait pu durer. Elea les appela un peu plus tard pour qu’ils descendent manger.

------------

 

Assis tout trois à la table de la cuisine, tout aurait dû se passer pour le mieux comme chaque soir. Comme à chaque repas qu’ils prenaient. Elea faisait comme à son habitude la conversation. Tout se passait bien. Mis à part Ludovic qui gardait le silence pour ne pas changer, l’ambiance restait tout de même propice à la bonne humeur.

-         Comment se sont passées les courses ?

Il s’était entendu prononcer ces mots avec un ton détaché. Il était à l’aise avec elle. Avec cette mère qui semblait faire davantage d’efforts chaque jour pour leur servir de délicieux repas. Une mère qui se montrait aussi douce et prévenante que possible. Terry ne se l’avouait pas, mais il l’aimait beaucoup. Il s’attachait à elle au point de craindre de la décevoir. Tout au long de cette journée passée avec son fils, il l’avait un peu oublié. Il s’était entièrement consacré à Ludovic. Il lui arrivait de s’imaginer ce qu’elle ressentirait en apprenant la vérité sur eux, et il en était à chaque fois affecté. Il n’en disait jamais rien à Ludovic.

Il revint subitement à la réalité quand elle prit la parole pour lui répondre.

-         Plutôt bien. Je n’ai jamais aimé faire les courses, mais choisir les produits qui vous feront le plus plaisir m’a donné envie de prendre patience plus longuement dans les différents rayons. Je commence à connaître ce que tu aimes manger.

-         Vous êtes gentille, Elea. Vous n’êtes pas forcée de vous donner autant de mal pour moi.

-         C’est tout à fait normal. Une mère veut ce qu’il y a de meilleur pour un enfant.

-         J’espère au moins que vous avez pensé à vous.

A ces mots, Elea afficha un grand sourire.

-         Ne te fais aucun souci pour ça. Quand je suis revenue des courses et en voyant que vous n’étiez toujours pas rentrée, je suis allée faire un peu de shopping. Je me suis trouvée une robe à mon goût.

En femme qu’elle était, elle s’afficha un peu plus, se mettant en avant afin d’exposer les vêtements qu’elle portait en ce jour. Une robe de coton clair qui lui allait à ravir. Terry ne trouva rien à dire. Il rougit simplement en s’imaginant les paroles d’un homme convenable en cette situation. Car au final, Elea était également une femme qui devait aimer être complimentée. A la place, ce fut Ludovic qui parla.

-         Tu le mets mal à l’aise, dit-il en s’adressant à sa mère.

-         Pas du tout !

Il avait tenté de le contredire. De rattraper  le coup. Mais c’était déjà trop tard. Ludovic était resté calme pendant des semaines, n’adressant plus la parole à Elea que pour le strict nécessaire. Celle-ci se risqua à faire preuve d’autorité. C’était sans compter sur le caractère du jeune homme.

-         Ce n’était pas mon but, Ludovic. Si tu te décides enfin à me reparler, ne le fais pas pour te montrer grossier. Si Terry s’était senti mal à l’aise, il me l’aurait juste fait savoir. Je pense juste qu’il n’est pas facile de trouver quelque chose de potable à répondre par rapport à cela quand on est jeune et je n’y vois aucun inconvénient. Je le comprends bien.

-         Alors pourquoi lui faire la démonstration d’une nouvelle robe que tu portes ?

-         Car j’ai envie d’exprimer comment s’est passée cette journée pour moi. Il m’est déjà assez difficile de savoir que tu m’ignores, laisse-moi au moins m’exprimer sans me faire de reproches.

Terry ne s’était pas attendu à voir Elea perdre quelque peu patience. Les nombreuses semaines de silence dont avait fait preuve Ludovic à son égard semblaient avoir pesé sur son moral. Ce soir, elle craquait à sa façon en se contenant du mieux qu’elle le pouvait. Il se sentait un peu coupable et essaya de calmer l’atmosphère.

Tout se déroula alors très vite. Il voulut lever un bras pour attraper Ludovic par la manche alors qu’il allait repartir dans l’une de ses crises de colère inattendues. Un simple geste pour lui exprimer combien il agissait pour le plus mal. Qu’il existait d’autres moyens pour communiquer. D’autres moyens pour exprimer un ressentiment que de cette manière. Ce fut à ce moment que son coude heurta le verre de jus de fruits du jeune homme qui se renversa et se répandit sur la table. Sur les plats qu’avaient cuisinés Elea. Sur sa jolie robe.

-         Pardon. Je suis désolé.

Il avait immédiatement tenté de s’excuser. Comme par automatisme. Comme quand il faisait une bêtise auparavant. Car dès le moment où il avait renversé ce verre, c’était le visage de son père qui était apparu devant lui. Il se sentait coupable. Il n’avait pas le droit de faire quelque chose de travers.

Il ne comprenait soudainement plus ce qui était arrivé au moment où s’était arrivé. La peur s’était juste emparée de lui, chassant tous les bons moments de la journée. La gentillesse d’Elea qui était bien différente de son père. Il ne comprenait simplement plus pourquoi il revoyait son visage à lui. Gardait-il toujours ce genre de séquelles ? Son angoisse restait-elle ancrée plus profondément en lui qu’il ne l’aurait cru ? Il ne savait pas. Mais tout ce dont il avait conscience à ce moment, c’était de s’être écroulé de sa chaise, attendant que la punition vienne, ne réalisant même plus l’endroit où il se trouvait. Encore moins les personnes qui l’entouraient. Il vit à peine le regard à la fois triste et effrayé que lui lancèrent Ludovic et sa mère. Pourquoi une aussi belle journée que celle-ci devait-elle être gâchée par sa faute ? Recroquevillé sur lui-même, il attendait les coups qu’il avait mérités.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Vendredi 5 septembre 2008

Partie 2

Le lendemain matin, Ludovic avait décidé de lui changer définitivement les idées. Pour se faire, il lui avait proposé de se promener dans Bordeaux. Dans les rues de son enfance. De ce qui avait constitué sa jeunesse avant Sainte Bénédicte. Terry n’avait pu refuser. Il ne demandait d’ailleurs pas mieux que d’en apprendre plus sur ce qui constituait encore une partie de la vie d’un jeune homme dont il ne parvenait pas à saisir toute l’essence. Sans compter qu’ils ne seraient qu’à deux. Elea ne viendrait pas avec eux, forcée d’aller faire quelques courses, refusant toute aide de leur part. Terry devinait qu’à force de vivre seule, elle en était devenue particulièrement indépendante. Elle se débrouillait mieux que n’importe quelle femme en ménage et cela l’honorait grandement.

Côte à côte, les deux garçons s’étaient donc retrouvés à marcher sous une chaleur assommante au milieu de routes aussi désertes que campagnardes dont regorgeait le coin dans lequel vivait Ludovic. Terry ne prêtait pas attention au temps qui passait. Tout était superbe ici. L’air était respirable. Il ne s’agissait pas de n’importe quel lieu. Il s’agissait de Bordeaux. D’un endroit calme de Bordeaux comme il en existait tant d’autres. Devant son air plus que satisfait, Ludovic ne pu s’empêcher de lui faire une remarque moqueuse sans qu’il ne la veuille méchante. Juste pour plaisanter un peu.

-         Je n’ai jamais vu quelqu’un s’extasier autant que toi devant une étendue de champs. Tu devrais te voir, c’est comique. Je me demande s’il en sera de même avant notre retour à Sainte Bénédicte.

-         C’est tellement surprenant ?

-         Assez. Qu’on trouve du charme à un océan ou à des montagnes, ça passe tout à fait. Mais à des champs qui seront bientôt recouverts de fumier… On voit que tu n’as jamais vécu au quotidien non loin de là.

-         De fumier ? répéta Terry avec une grimace de dégoût.

-         Oui, de fumier. C’est ce que font les fermiers après les récoltes.

-         Tu aurais pu éviter de gâcher ma vision de tout ça. Maintenant je sais que tout ce paysage n’est pas que beau à regarder !

-         C’est incontestable.

Depuis quelques jours, Ludovic donnait à Terry l’impression de quelqu’un de plus joyeux. Plus rieur. Ca faisait du bien de le voir un peu moins sérieux. Il n’en était pas encore à s’amuser naturellement comme tous les jeunes de leur âge. Lui-même n’y parvenait pas totalement non plus quand il y pensait. A deux, ils découvraient simplement que l’on pouvait prendre la vie du bon côté. Avec un peu d’humour et de joie. Seule ombre au tableau, Terry remarquait combien son compagnon pouvait se faire distant en ne lui tenant même pas la main. Cela lui était légèrement difficile à supporter, habitué à le sentir plus proche.

-         Tu te montres un peu distant, fit-il remarquer.

-         Tu trouves ?

-         J’en suis même convaincu. Tu as décidé de te tenir à un bon mètre de moi durant toute la promenade ? Notre promenade si j’ose insister. C’est dommage, ça avait bien commencé.

Ces paroles jetèrent un coup de froid sur le jeune couple. Voyant Ludovic serrer les poings, il préféra tenter de calmer le jeu avant même qu’il ne soit trop tard. Une simple parole pouvait faire entrer le garçon dans un état de colère intense. Il était bien placé pour le savoir. Pourtant, il savait que ce n’était cette fois pas de la colère. Si c’en était, elle ne lui était pas adressée personnellement. Il semblait plutôt que le jeune homme ne soit pas en accord avec lui-même. Il se reprochait certaines choses. Certains oublis. Terry se sentit mal en sachant qu’il devait brusquement se sentir mal à l’aise à cause de sa remarque malvenue. Pourquoi ne s’était-il pas contenté de son admiration pour des champs qui n’avaient plus rien d’exceptionnels quand on vivait à la campagne ?

-         Excuse-moi, Ludovic, tenta-t-il de se rattraper. C’est juste que j’aurais espéré que tu me prennes au moins la main.

-         Nous sommes à Bordeaux ici. Non loin de ma maison, osa exprimer le brun d’une voix calme.

-         Je sais que tu ne veux pas que ta mère soit mise au courant de notre relation. Mais elle n’est pas là.

-         N’importe qui pourrait nous voir.

-         Cette rue est déserte.

Terry avait raison. Pourtant, Ludovic n’avait pas l’air plus rassuré. Un détail le gênait. Un détail qu’il ne savait comment aborder. Il n’en perdait pas pour autant son envie de lui faire découvrir les environs. De lui remonter le moral par rapport à ce qu’il s’était passé la veille. Terry avait en conséquence besoin de comprendre ce qui le faisait tant hésiter. Ce qui le maintenait loin de lui.

-         Pourquoi tu te comportes ainsi avec moi ? Ca me blesse, tu sais. Je ne parviens jamais à te percevoir convenablement. Comme il le faudrait. Et c’est difficile à accepter pour moi. Je voudrais saisir tout ce qui te gêne comme tu le fais si bien avec moi.

-         Mon attitude te blesse ?

-         Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire. Disons plutôt que je voudrais te voir mettre tous tes complexes de côté pour me faire profiter des lieux comme il se doit. Si j’ai accepté de loger chez toi pendant deux mois, c’était pour être avec toi. Tu étais parti d’une bonne intention en me proposant de visiter à deux ton village. Qu’est-ce qui se passe ?

-         Je n’ai pas perdu cette bonne intention. Je veux vraiment te faire découvrir Bordeaux. Je veux partager certains de mes souvenirs avec toi. Ceux qui ont été heureux. Seulement, c’est justement parce qu’il s’agit de mon village et qu’il m’est lié que ce n’est pas évident d’aborder certains sujets.

-         Tu sais que tu peux tout me dire. Notamment ce qui provoque cette distance que tu mets volontairement entre nous.

Ludovic ne semblait pas convaincu. Terry en avait conscience. Comprenant que son petit ami n’était pas une personne qui se confiait facilement, même pour les plus petits détails, il se contenta de continuer à marcher en silence avec lui. Il ne tarderait pas à partager ce qui le chamboulait s’il savait se montrer patient. Il comprit bien vite qu’il avait eu bien fait.

-         Je ne tiens pas à revenir sur le complexe que je me fais lorsque le regard des autres se pose sur nous. Tu es bien plus important qu’eux, et j’ai fini par passer au-dessus de tout ça. Je ne fais pas semblant quand je dis t’aimer. Mais ici…

-         Ici c’est ton village, c’est ça ? Et les gens te connaissent.

-         Les gens connaissent surtout ma mère. Les rumeurs font rapidement le tour quand quelqu’un a l’opportunité de surprendre une situation compromettante ou simplement intéressante. Une petite rumeur peut se transformer en un vrai venin.

Terry resta perplexe. Comparer une rumeur à du venin lui paraissait exagéré. Ludovic devait avoir lui-même une très mauvaise opinion à la base pour penser cela. Il n’hésita pas à le lui faire remarquer.

-         Tu parles des rumeurs avec beaucoup d’exagération.

-         Pas du tout. J’en parle en connaissance de cause.

-         Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il le vit se renfermer comme il le faisait si souvent. Terry perdait patience.

-         Explique-toi, Ludovic. Si tu en parles en connaissance de cause, c’est qu’il y a une raison.

-         Je n’ai pas envie d’aborder un sujet désagréable autant pour toi que pour moi. Je n’aurais pas dû en dire tant. Je suis désolé.

-         Un sujet désagréable pour moi ? Comment pourrais-je être mêlé à tout ça ? A moins que…

-         Oui, c’était à propos de notre père.

Ludovic poussa un léger soupir avant de reprendre. Maintenant qu’il avait commencé, il n’avait plus qu’à achever.

-         Tout le monde a fini par savoir qu’il avait quitté ma mère. Qu’ils n’étaient plus ensemble. Ce n’était pas difficile à savoir me diras-tu. Mais il lui arrivait de revenir dans la région pour venir me voir, ce que je n’appréciais que très peu.

-         Et alors ?

-         Alors, quelques personnes se sont montrées un peu trop curieuses. Trop mauvaise langue. Les rumeurs ont commencé. Elles ont circulé. Quand elles sont revenues jusqu’aux oreilles de ma mère, elles disaient qu’il cherchait à la reprendre pour la tromper de nouveau.

-         Mais c’était faux.

-         C’était faux. Malheureusement, une rumeur est bien plus facile à provoquer qu’à briser. Ma mère en a beaucoup souffert. C’est pourquoi je ne souhaite pas que quiconque s’aperçoive que nous entretenons plus qu’une simple amitié. Tout d’abord parce que je ne veux pas que ma mère apprenne la vérité de cette façon si elle doit tout de même un jour l’apprendre, et deuxièmement, je ne veux pas non plus voir les sentiments que nous nous portons se détériorer à cause des racontars de quelques imbéciles.

-         Je comprends. Excuse-moi d’avoir insisté.

Il comprenait maintenant ce qu’il avait pris le temps de lui avait expliquer. C’était vrai. Il n’aurait juste pas imaginé que les rumeurs puissent se manifester aussi durement pour se transformer rapidement en mensonges et dégrader à ce point la vérité. C’en était effrayant.

-         Tu n’as rien à te faire pardonner, mon ange. J’aurais dû t’expliquer avant que nous ne quittions la maison. Je m’en veux de ne pas l’avoir fait et de t’avoir fait croire que je me montrais distant envers toi pour d’autres raisons.

-         Ca n’a rien de bien dramatique. En fait, je suis même content que nous soyons parvenus à parler et à nous comprendre. Autrefois, nous nous serions disputés. Peut-être même déchirés. Aujourd’hui, ça prouve bien que nous évoluons dans le bon sens.

-         Tu as sans nul doute raison.

Terry ne disait rien, mais il s’étonnait parfois de voir Ludovic rester aussi calme envers lui. Depuis qu’il était revenu de l’hôpital, ils n’en étaient plus jamais venus à se disputer à en perdre le contrôle. Ludovic faisait des efforts pour ne plus se laisser aller à la colère lorsqu’ils tombaient sur un malentendu, lui-même tentait de ne plus fuir. C’était leur façon d’aller de l’avant. De ne plus commettre les mêmes erreurs. Ensemble, ils devenaient plus forts.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Vendredi 5 septembre 2008

meroko: Tu sais que tes retours me font toujours très plaisir^^ J'ai hâte de savoir ce que pense la grande meroko une fois que tu auras lu la suite de mes chapitres.

sakura: Encore une fois, merci pour tes commentaires. Pour ce qui est de savoir si la relation entre Ludovic et sa mère s'arrangera, je te laisse le découvrir dans la suite. Sinon, pour ce qui est de Vie d'esclave, je compte bien continuer cette histoire autant que les autres.

Chapitre LXXXIV : De faiblesse en faiblesse.

 

Partie 1

Tout avait été la conséquence d’un malencontreux geste. Un malencontreux geste dont Terry aurait tout fait pour éviter s’il l’avait pu. La journée s’était pourtant pour le mieux annoncée. A cette période des vacances, il en était à son second livre sur les vampires. Un livre qui l’inspirait un peu moins parmi tout ce qu’il avait pu lire. C’était un ancien ouvrage ancien du style de Dracula. Il semblait qu’après avoir lu Ames perdues, il s’était familiarisé avec le vampirisme moderne. A tel point de s’être lassé d’une époque trop ancrée sur les longues capes de velours et les cercueils préconçus pour accueillir leurs propriétaires chaque nuit. Même l’ail et les crucifix avaient perdu de leur charme. Les temps étaient révolus tout autant que les inspirations.

Terry était installé dans les bras d’un Ludovic pensif comme chaque soir depuis qu’ils en avaient pris l’habitude. Profitant du sentiment de sécurité qu’il lui offrait, il ne parvint pas à se rendre tout de suite compte qu’il s’adressait à lui.

-         Excuse-moi, qu’est-ce que tu disais ?

Ludovic bougea légèrement tandis qu’il refermait le livre. Il lui prouvait qu’il était fin prêt à écouter ce qu’il avait à lui dire.

-         Je te demandais où tu avais mis ton violon.

-         Mon violon…

Terry réagissait perpétuellement de la même façon quand Ludovic abordait ce sujet avec lui. Il le remarquait seulement maintenant alors que c’était déjà arrivé plus d’une fois à Sainte Bénédicte dès qu’ils étaient parvenus à s’entendre sur le sujet. Il prenait à présent conscience que son petit ami n’avait pas cherché à l’ennuyer avec ça depuis le début de ces vacances.

-         Il est au fond de mon sac, parvint-il à articuler.

-         Tu n’as toujours pas défait toutes tes affaires ? Je t’ai pourtant fait de la place dans une armoire.

-         Ce n’est pas ça. Mes affaires sont rangées avec les tiennes. Par contre, je ne savais pas où mettre le violon. J’avais peur que ta mère entre subitement dans la chambre et tombe dessus. J’ai préféré le laisser dans le sac.

-         Ma mère n’entrera pas ici. Tout comme elle ne vérifie pas chaque soir que tu occupes bien la chambre qui t’est normalement réservée.

-         Elle ne se doute de rien ? Je suis tout de même surpris.

-         Surpris de quoi ?

-         Je pensais qu’elle se montrerait plus autoritaire. Qu’elle vérifierait que j’occupe bien cette chambre. Je l’entends seulement y aller pour changer les draps.

-         C’est parce qu’elle a confiance.

Terry ne pensait que c’était le cas. Il se sentit brusquement honoré de cette confiance. Mais mentir à cette femme si gentille le culpabilisait un peu. Ce n’était pas vraiment juste. En même temps, il se voyait mal aller vers elle et lui annoncer qu’il préférait dormir dans les bras de son fils parce qu’il se savait aimé et loin de tout cauchemar probable en étant seul dans une pièce sombre la nuit.

-         Va chercher ton violon.

La voix de Ludovic le fit revenir à la réalité, et il s’empressa de se lever pour se précipiter vers son sac qu’il avait posé dans un coin de la pièce et se saisir de l’instrument. Lorsqu’il revint sur le lit, il le posa devant eux.

-         Je crois que je me suis habitué à sa vue, avoua le brun.

-         Je suppose qu’il te rappelait des mauvais souvenirs ?

-         Je ne sais pas si on peut dire ça. Je revois surtout mon père quand je pose les yeux dessus. C’est pour ça que j’aimerais un jour t’entendre en jouer. Inconsciemment, j’ai sans doute besoin de te voir prendre sa place.

-         Ca n’a rien de simple. En tout cas, je ne me sens toujours pas prêt à tenter l’expérience.

Tentant néanmoins de se convaincre du contraire, il ouvrit l’étui, dévoilant une nouvelle fois la beauté du violon. Celui-ci semblait resplendir de toute une histoire personnelle. D’un vécu qui les entraînait inlassablement dans ses profondeurs. Ce qui permit à Terry de garder pieds afin de ne pas se replonger dans de mauvais souvenirs furent les quelques feuilles qu’il avait glissées là. Elles avaient toute leur valeur.

-         Qu’est-ce que c’est ?

Il était vrai que Ludovic ignorait tout de celles-ci. Il s’en saisit pour ensuite délicatement les lui tendre.

-         Fais attention. Ce sont des dessins de Nash. Il me les a donné avant de partir.

Il le vit les déplier avec beaucoup de précaution. Son regard se fit rapidement admiratif.

-         C’est toi.

-         Oui. C’était sa façon de m’imaginer en train de jouer du violon. Quelque part, ça m’a encouragé. Je ne voulais en aucun cas les abimer et je les ai donc glissé dans l’étui avec le violon. Il y avait suffisamment de place.

-         Je dois avouer qu’il est très doué. Tu es magnifique sur ces dessins.

-         C’est parce que ça fait partie intégrante de lui-même. Nash ne peut pas se passer de l’art. Elle exprime toute sa personnalité.

Ludovic sembla sceptique l’espace de plusieurs minutes. Nash et lui n’avaient jamais été de très bons amis. Aussi le voir prendre une expression étrange ne le rassurait jamais. Il fut soulagé lorsqu’il lui rendit calmement les dessins.

-         Il te manque ? Lui demanda-t-il.

-         Beaucoup. Je ne crois pas me tromper en disant qu’il est devenu mon meilleur ami. Je pense très souvent à lui. Je me demande même ce qu’il devient. Il voulait intégrer une école d’art en quittant Sainte Bénédicte.

-         Tu ne devrais pas te faire autant de souci. Il y arrivera sans problème. Il a le talent pour ça.

-         Je ne doute absolument pas de ses capacités. C’est juste que ce n’est pas forcément facile d’envisager la suite de ma scolarité sans lui. Mais je crois que ce n’est pas plus mal.

-         Pourquoi dis-tu ça ?

-         Parce que je me rends compte que j’ai souvent délaissé Yanis et Maxime alors qu’ils étaient dans la même classe. Ce n’était pas bien de ma part.

Terry vit aussitôt un sourire se dessiner sur le visage de Ludovic. Il ne comprenait pas ce qu’il y avait de drôle dans ce qu’il venait de dire. Délaisser certains de ses amis n’était jamais amusant.

-         Tu ne devrais pas autant t’inquiéter pour eux !

Il était presque en train de rire. Terry se vexa.

-         Tu deviens offensant. Je parlais sérieusement.

-         Moi aussi. Depuis le temps, je croyais que tu les connaissais suffisamment. Je ne sais pas pour Maxime, mais Yanis a dû en être enchanté. Possessif comme il est, ça n’a pas dû lui poser énormément de problèmes de pouvoir garder Maxime pour lui tout seul. Tant qu’ils sont à deux, ils sont heureux. Dire que tu t’inquiètes pour si peu.

-         Ce n’est quand même pas drôle.

Boudeur, le jeune homme tourna le dos à son compagnon, lui faisant comprendre que la plaisanterie n’était pas à son goût.

-         Tu ne vas pas faire la tête, Terry ? Si ?

Il ne lui répondit pas.

-         J’aurais pourtant bien aimé que tu tentes une nouvelle approche avec ton violon.

-         Je te l’ai dit, je n’en ai toujours pas le courage !

La réponse avait été catégorique. Ludovic ne laisserait cependant pas tomber en si bon chemin. Maintenant qu’il avait le violon sous les yeux, il comptait bien le forcer à autre chose que le regarder sans bouger.

-         Les dessins de Nash sont très beaux. Tu me forces même à involontairement le complimenter alors que je ne le supporte pas. Mais ce que j’aimerais avant tout, c’est voir ce qu’ils pourraient donner en réalité.

-         Tu es sérieux ?

-         Je n’en ai pas l’air ?

-         Bien sûr que si, mais je ne m’y attendais pas.

Séduit par les efforts que faisait le brun en parlant de Nash de façon plus que convenable, il accepta de lui prêter une oreille plus attentive. De se montrer plus tolérant. Ludovic prenait sur lui pour se montrer un peu plus agréable, il pouvait bien à son tour se montrer plus ouvert.

-         Tu doutes du fait que je puisse te demander ça, mon ange ? Je rêve de t’entendre jouer du violon. Je te l’ai déjà dit, non ?

-         Tu me l’as dit, bien sûr. Je suis forcé de l’admettre. Ca me fait même très plaisir. Mais ce que tu me demandes, Ludovic…

-         Essaye.

D’un mouvement de bras, Terry attira le violon jusqu’à lui et en ouvrit l’étui. La vue de l’instrument lui faisait toujours le même effet. Il réveillait interminablement en lui les mêmes émotions. Crainte. Tristesse. Envie. De cette main qu’il avait tendue un instant plus tôt, ses doigts se crispèrent à quelques centimètres de celui-ci. Le voyant réagir aussi mal, Ludovic s’aperçut de son erreur.

-         Je ne veux t’obliger à rien. Libre à toi de franchir le pas ou non. Si tu le fais, je veux que ce soit avec ta volonté et non pas parce que je t’y ai forcé.

-         Je ne veux plus reculer. Pourtant, j’ai beau faire tout mon possible, je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur. C’est comme ça. Ce violon réveille trop de mauvais souvenirs en moi.

-         Alors va y doucement. Etape par étape. C’est ton violon maintenant. Le tien. Ne précipite rien. Commence d’abord par t’habituer à lui. A ta manière. Ce n’est plus l’âme de ton père qui se déversera dans chaque note que tu joueras. Ce sera la tienne. Personnalise-le à ta façon. Tu en es capable.

Les doigts consentirent à se poser sur le bois de l’instrument. Terry se sentait encouragé. Oui, encouragé à toucher un violon. C’était la première fois qu’il ne le faisait pas en étant poussé par des cris et des mots d’humiliation.

-         Ce que tu dis es beau.

-         Je le pensais juste très fort. Prends-le. Va y. Essaye au moins de le prendre dans tes mains.

-         D’accord…

Terry le sortit de cet étui de velours dans lequel il reposait désormais depuis si longtemps. La sensation de tenir cet objet précieux et symbolique qui avait fait la gloire d’un autre homme le saisissait de tout son être. Il le porta à son épaule. Avec une grâce qu’il lui était impossible de se soupçonner. Mais il le faisait. Ludovic le regarda avec une lueur indéchiffrable.

-         Tu es bien mieux que sur les croquis.

-         Je ne sais pas quoi dire.

Peut-être aurait-il justement voulu dire qu’il était touché par cette intention. Par tous ces compliments qu’il n’avait jamais reçu. Car ce n’était pas qu’à travers ses dires qu’il les ressentait, c’était aussi à travers les traits de son visage.

Il aurait alors pu se saisir de l’archet. De cet archet dont son père l’avait tant de fois prié de tenir correctement. Non, menacer. Menacer était le terme plus exact. Ses mains se mirent brusquement à trembler. Trembler d’angoisse. D’une angoisse qui le saisissait en même temps que de souvenirs qu’il ne parviendrait sans doute jamais à oublier.

Ludovic dû délicatement lui enlever le violon des mains pour le remettre à sa place. Les cris de son père raisonnaient à nouveau dans son esprit.

-         Ca va aller ? S’inquiéta Ludovic. Tu n’as pas à te forcer si c’est trop tôt pour toi.

Juste le temps de réaliser que deux bras protecteurs l’entouraient comme c’était à chaque fois le cas quand il se sentait mal. Juste l’espace d’un moment pour réagir et retrouver le temps présent en se collant à ce corps chaud. Les battements d’un cœur qui le firent revenir à la réalité et réaliser qu’il n’était pas parvenu à aller plus loin dans sa démarche. Celle qui consistait à tenter de briser les dernières entraves qui le retenaient infatigablement prisonnier de son cauchemar.

-         Je n’ai pas réussi, dit-il déçu par lui-même.

-         Ce n’est pas grave.

-         Je dois y arriver, Ludovic. Je ne veux pas qu’il gâche ma vie plus longtemps. Il continue à hanter mon esprit.

-         Tu y arriveras. C’était juste un peu trop tôt.

-         Je suis encore trop fragile. Il me faut plus de force pour y parvenir.

-         Tu la trouveras. Je serai là pour t’y aider.

Comme à chaque crise de détresse qui se manifestait parfois lorsqu’il manquait impitoyablement de confiance en lui, Ludovic était là. Il le soutenait mentalement. Terry ne pleurait désormais plus. Il avait cessé de pleurer. Cela prouvait certainement qu’il devenait plus fort de jour en jour. Mais pas suffisamment à son goût. Aujourd’hui, il se sentait comme dans une mauvaise phase. Depuis quelques jours, il avait la nette impression de se retrouver plus fragile qu’il ne l’était d’ordinaire. Préférant ne pas se contrarier plus longuement avec ses lamentations personnelles, il s’abandonna totalement contre Ludovic, espérant que ce mal-être passager passerait bien vite. Mais il savait que ce serait le cas comme pour toutes les autres fois où il avait été victime de ses sombres pensées. De son passé qui refaisait surface sans prévenir. Baissant la garde sur tout le reste, il se concentra sur les battements de ce cœur qu’il aimait tant entendre et qui le rassuraient inéluctablement.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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