Partie 3
Le temps passa. A ses côtés, Ludovic restait silencieux. Trop silencieux pour ne pas être contrarié.
- Qu’est-ce que tu as ?
- Je médite.
- Sur le fait qu’on est invité et qu’il est différent de ce
qu’il est d’habitude à l’école ?
- Tu le trouves différent de l’école ?
Terry réfléchit avant de répondre.
- Bof.
- Pareil pour moi. Pour ça, il est toujours aussi cool. Non,
ce qui me dérange un peu, c’est la crainte de me retrouver avec un truc totalement inconnu dans mon assiette. Ne m’en veux pas, mais je l’imagine très mal derrière les fourneaux. Je ne saurais
pas t’expliquer pourquoi.
- Parce que tu le vois avant tout comme un
scientifique ?
- Va savoir. Mais c’est vrai que sciences et cuisine n’ont
jamais fait bon ménage à mes yeux.
Bizarrement, Terry n’avait pas cette même impression. Si Ludovic percevait le professeur de sciences qu’il avait été comme beaucoup
trop figé sur un domaine intellectuel pour savoir cuisiner un plat convenable, lui gardait en mémoire qu’il avait un jour su prendre soin de Nash et qu’il vivait avant tout ça seul dans une
maison en recul de tout. En fin de compte, ce fut l’image de Nash en train de profiter de ces nombreux traitements de faveur qui lui vint en mémoire. Il décida qu’il était peut-être temps qu’il
assouvisse sa curiosité.
- Tu m’en veux si je vais lui tenir
compagnie ?
- Tu m’en veux si je reste ici à me préparer psychologiquement
face ce qu’il pourra bien nous servir ?
Il étouffa un rire et le laissa seul en guise de réponse. A quoi bon insister ? Ludovic lui avait prouvé plus d’une fois qu’il
pouvait se montrer têtu.
L’intérieur de la cuisine était agréable au regard et bien agencée. Terry n’en revenait toujours pas de la capacité de son ancien
professeur à se faire accepter de tous. Qu’aurait dit Nash qui avait su résister à sa gentillesse comme à sa courtoisie ou encore son bon sens durant de longs mois ? Mais Nash n’était pas
là. Nash n’était pas avec lui comme il aurait dû l’être. Il alla s’installer près de la seule fenêtre présente dans la pièce. Elle était suffisamment grande pour dispenser toute la lumière dont
une cuisine avait besoin.
- J’avais espéré qu’il soit là, commenta-t-il. Avec vous. On
dirait bien que je me suis trompé.
- Tu étais venu pour lui ?
- Bien sûr que non. Egalement pour vous.
Il n’y avait même pas eu besoin de prononcer de nom pour qu’ils soient sur la même longueur d’onde. Ils pensaient à la même personne.
Ils entamaient la conversation à propos de Nash de qui ils étaient très proches, même si c’était de façon différente.
- Nash n’a pas pu venir avec moi, expliqua-t-il.
- Il a préféré rester là-bas, chez vous ?
- Non.
- Alors…, paniqua Terry.
- Nous n’avons pas rompus, rassure-toi. Je n’ai simplement pas
pu obtenir sa garde.
La nouvelle fut un choc. Il ne comprenait pas. Comment un homme comme Frédéric pouvait-il se voir refuser la garde d’un
adolescent ? Etait-ce la directrice de Sainte Bénédicte qui avait cherché à lui être nuisible ? Ou peut-être ce Marco de malheur ? Vraiment, Terry ne voyait pas ce qui n’avait pas
fonctionné correctement.
- Je vis seul, c’est pour cette raison. Il lui fallait une
vraie famille. Une famille composée d’un père et d’une mère. Pourquoi pas même d’un petit frère ou d’une petite sœur. J’ai été pris de nombreuses semaines par les papiers. Ca n’aura servi à rien
mis à part m’épuiser.
Il mesurait les répercutions qu’avaient pu avoir cette dure réalité sur chacun d’eux. Frédéric semblait fatigué, il comprenait
pourquoi. Et Nash ? Comment avait-il pris tout ça ?
- Comment va-t-il ?
L’homme délaissa l’oeuf qu’il s’apprêtait à casser dans un plat pour se tourner vers lui. Son expression était sérieuse. Quelque peu
défaite.
- Il passe de familles d’accueil en familles d’accueil tout en
veillant à ce qu’il puisse bien se rendre à l’école d’art qu’il désire fréquenter.
- Ca veut dire qu’il a réussi l’examen ?
- Oui. Ca n’a rien d’étonnant me diras-tu. En tout cas, je le
vois désormais très rarement. Je sais juste qu’il a difficilement accepté la décision du juge au début, même s’il se montre agréable avec les personnes qui veulent bien de lui.
- Mais cette situation reste compliquée. J’imagine très bien
dans quel état d’esprit il doit se trouver. Qu’est-ce que vous allez faire ?
- Attendre. Il n’y a rien d’autre que je puisse faire.
J’essaierai de le voir un maximum et il pourra toujours m’écrire.
- Ca me fait mal au cœur. Surtout que j’aurais voulu le
revoir. Ca veut dire qu’il va falloir attendre deux ans ?
- Tu as tout compris. Le temps qu’il devienne
majeur.
Terry n’était en rien ravi d’avoir aussi rapidement compris un tel détail. Alors que Frédéric retournait à son occupation initiale, à
savoir les régaler comme il l’avait si bien demandé, il se sentait frustré. Frustré pour cet homme à qui on n’aurait jamais dû refuser la garde de Nash. Frustré pour Nash qui devait se sentir
bien mal, trimbalé de familles en familles. D’autant plus qu’il n’était pas prêt de le revoir. Frédéric se permit de le tirer de sa triste réflexion.
- Tu as laissé Ludovic tout seul de l’autre
côté ?
- Oui. Il n’y voyait pas d’inconvénient.
- Va le rejoindre. Il doit se sentir seul. Ca fait un moment
que tu es ici. Je dois juste m’occuper de la préparation. Ca ne prendra pas longtemps. C’est toujours la cuisson qui demande pas mal de temps avec ce genre de dessert.
Terry n’avait aucune idée du plat dont il voulait parler. Aussi préféra-t-il le laisser se concentrer dans cette cuisine si grande
qu’elle lui donnait le vertige. De plus, il ne voulait pas être la cause d’une erreur de recette ou d’un ingrédient en trop parce qu’il s’était avéré être une source de distraction. Il doutait
que Ludovic apprécie fortement. Il repartit donc dans le salon et reprit sa place aux côtés de son petit ami qui demeurait calme malgré l’attente.
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Des heures plus tard, ils se réunirent tous à la grande table de la salle à manger pour goûter à la spécialité qui leur était
destinée. Canelés de Bordeaux, leur avait annoncé Frédéric au moment de servir à table un plat plein de ce qui devait ressembler à de délicieux
petits gâteaux à la couleur si foncée qu’on les aurait cru brûlés. Mais il n’en était rien. Au contraire. Si Ludovic avait eu un doute, il découvrait à présent combien Frédéric n’était pas aussi
mauvais qu’il l’avait craint en matière de cuisine. Et vu qu’il avait dit avoir été faire des courses, il fallait croire qu’il avait déjà prévu de leur faire goûter cette nouvelle recette apprise
bien avant qu’ils ne lui annoncent leur venue. C’était bien joué de sa part. Si bien joué qu’il s’en léchait quasiment les babines.
- Verdict ?
- J’avoue que c’est très bon, fut-il forcé
d’admettre.
Il aurait pu se montrer plus gentil. Ne pas jouer sur les mots. Ne pas paraître de mauvaise foi. Il se souvenait avoir été plus
honnête en matière de goût à Sainte Bénédicte. Quant à Terry il se montra plus porté que lui sur les compliments.
- Délicieux. Un vrai régal.
- J’en suis content. J’espérais que ça vous
plaise.
- Ca nous plait beaucoup.
- Il faudra alors que je lui fasse goûter à
l’occasion.
Un clin d’œil en direction de Terry fit comprendre à Ludovic qu’il était hors sujet. Terry semblait avoir ses secrets avec Frédéric.
Des secrets pour lesquels il était exclu bien qu’il se doutait avec le temps qu’ils concernaient en partie Nash. Il ne s’en formula pas. Pourquoi pas après tout ? Lui-même s’était plus d’une
fois longuement confié auprès de l’homme.
Ils continuèrent à parler de tout et de rien durant de longues heures, savourant l’hospitalité toute particulière de leur hôte. S’ils
ne s’étaient pas attendus à se retrouver dans un tel endroit, le voile d’ombre qui commençait doucement à peser sur les rues leur indiquait que le temps passait beaucoup plus vite qu’ils ne
l’auraient souhaité. Quand Ludovic s’aperçut enfin que la soirée était toute proche, il décida de se manifester. Elea de qui il n’était pas encore parvenu à se rapprocher davantage restait sa
mère. Et en tant que telle, elle s’inquièterait de les voir rentrer tardivement. Frédéric dû le comprendre. Ou peut-être même l’avait-il déjà prévu, étant une personne des plus responsables et
attentives.
- Je crois qu’il se fait tard, dit-t-il en débarrassant la
table. Ta mère risque de s’inquiéter, Ludovic.
- Hum.
Aborder les éventuelles inquiétudes de sa génitrice restait un sujet sensible. Ce hum de
mauvaise foi le prouvait bien. En tout cas, Frédéric s’en apercevait-il. Cependant, loin d’avoir froid aux yeux et habitué à ce genre de réaction, il ne se gêna pas pour partager les questions
qu’ils se posaient.
- Comment ça va avec elle ? Est-ce qu’il y a du
progrès ?
- Je ne sais pas si on peut dire ça. On dirait qu’elle tente
d’ouvrir le dialogue avec moi. Ca me fait un peu reculer.
- Au contraire. Si elle tente une approche envers toi, tu dois
savoir saisir l’opportunité qui t’est offerte. Tu dois tout faire pour aller lui parler. N’oublie pas ce qui fait ta motivation.
Ludovic se contenta de lui donner raison d’un hochement de tête, sachant qu’il regretterait le fait de ne pas avoir tenté sa chance
tant qu’il en avait encore la possibilité. Il devait le faire. Parce que c’était la volonté de Terry. Parce que Frédéric l’y encourageait. Pour Elea qui restait sa mère. Pour lui-même qui ne
voulait plus se sentir délaissé par le seul membre de sa famille dont il pourrait peut-être recevoir un peu d’amour s’il y mettait du sien. S’il n’était pas trop tard.
- Il faut juste savoir saisir sa chance au bon moment, ajouta
Frédéric.
Il ne savait qu’en penser réellement, mais il y penserait. C’était certain. D’autant plus que les vacances touchaient à leur fin. En
attendant, il était grand temps de partir. Il observa Terry qui, à son grand étonnement, alla se loger une nouvelle fois dans les bras de Frédéric avec une affection qu’il ne lui avait encore
jamais vu pour quiconque. Il agissait tel un enfant normal qui devait quitter une source de tendresse qui lui manquerait. Dire qu’il pensait à son propre comportement il y avait quelques minutes
pour ensuite découvrir l’inimaginable chez Terry. Il eut un sourire. Un sourire qui lui avait était absent au cours de ces dernières heures. Un sourire pour Terry. Un sourire pour Frédéric qu’il
risquait de ne plus revoir avant longtemps. Il n’aimait pas les au revoir. Surtout qu’ils s’étaient déjà fait au départ du professeur Armand lors de son départ de Sainte Bénédicte. Départ qui
avait non seulement emporté avec lui de beaux souvenirs, mais aussi un professeur d’exception.
- Ca m’ennuie de le redire, dit-il en s’adressant à lui d’un
ton déterminé, mais vous allez une nouvelle fois nous manquer à tous les deux.
- Nous nous reverrons. Et puis, je ne suis pas encore parti de
Bordeaux. Je compte rester ici jusqu’à la semaine prochaine. Venez me voir quand vous le désirez.
- Message reçu.
C’était cette fois Terry qui avait reprit la parole, se détachant de lui. Lui aussi en avait gros sur le cœur. Il avait des choses à
dire. Beaucoup de choses. Et pourtant, il se contenta de ne confier qu’une seule petite requête.
- Quand vous verrez Nash, dites lui bonjour de ma part. Dites
lui aussi que je pense à lui.
- Je n’y manquerai pas.
- Je vous fais confiance pour ça. Mais le plus important,
c’est que vous preniez soin de vous.
- Vous aussi. J’ai été heureux de vous revoir.
Les bons conseils et les mots de politesse échangés, il n’y avait généralement plus rien à dire. Et c’était bien le cas. Ils avaient
passé une bonne partie de la journée avec leur ancien professeur, se rappelant qu’il était bon de rester avec des personnes aussi sympathiques qu’agréables avec qui discuter d’à peu près tout.
Ludovic aurait peut-être espéré un petit quelque chose de spécial comme il l’avait tant de fois connu. Il n’était pas déçu. Juste satisfait. Au point qu’un étrange bourdonnement lui vrille les
tympans sans que cela ne soit véritablement gênant. Frédéric Armand. Ce cher et gentil Frédéric Armand. Etrangement, il ne pouvait se résoudre à croire au fait qu’ils ne le reverraient plus avant
longtemps. Quelque chose lui disait que toute improvisation était permise dans une vie, à n’importe quel moment. Restait à savoir quand et comment. Sur un Nous espérons vous revoir, ils quittèrent ce grand immeuble dans lequel ils étaient entrés le matin même.
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L’air s’était fait un peu plus frais, mais il faisait aussi chaud que les autres jours. Tout le long du chemin du retour, Ludovic
était ailleurs. Frédéric leur avait donné quelques canelés à emporter avec eux. Ils penseraient à lui en les mangeant.
Sur le chemin du retour, ils ne parlèrent pas énormément, l’atmosphère ayant prise une toute autre allure. Ludovic comme Terry se
rendaient compte que les cours reprendraient dans un peu plus d’une semaine et qu’ils leur restaient quelques derniers points à régler.
- Ca va nous changer toutes ces absences à la rentrée, fit
remarquer Terry.
- Oui. Surtout son absence.
- Ca veut dire qu’on devra assumer tout le reste à
deux.
Terry se rapprocha un peu plus de lui. Proche de Ludovic, ils se touchaient tout en marchant sans pour autant attirer les regards sur
eux. Ludovic ne chercha pas à s’éloigner de lui, et ce fut satisfait qu’il continua ce qu’il disait.
- On ne sera jamais seul, Ludovic. Jamais. N’oublie pas Yanis
et Maxime. On les a peut-être un peu mis de côté pendant quelque temps, mais ils sont des amis fidèles.
- Tu as raison.
Plus tard, ils arrivèrent non loin de la maison. Elle semblait vide de toute présence. Elea ne devait pas être là. Ils ne remarquèrent
aucune voiture dans l’allée et Ludovic dû sortir ses clés.
- Je crois qu’on va avoir la maison pour nous tout
seuls.
- C’est cool. Qu’est-ce qu’on va faire ? Tu as une
idée ?
- Non, mais ça devrait se trouver facilement. Il y a quelque
chose que tu voudrais faire en particulier ?
Il y avait des tas de choses qu’il voulait faire. Mais certaines hantaient son esprit plus que d’autres. Certaines depuis ce matin et
qui lui avaient donné à réfléchir tout au long de la journée. D’autres depuis plus longtemps.
- Ecouter tous tes cd, je crois. Il y a longtemps qu’on a plus
écouté de musique ensemble.
- Adjugé.
Ludovic allait ouvrir la porte quand Terry le retint sans prévenir par le bras. Son regard était imprégné d’un sentiment intense.
D’une émotion à fleur de peau. D’une envie toute particulière. Terry semblait avoir réfléchi. Il semblait avoir réfléchi durant toute cette journée qui semblait avoir été riche de réflexions
quant à tout ce qui s’était déroulé jusqu’à aujourd’hui. Tout ce qui s’était également déroulé au cours des heures précédentes.
- Il y a quelque chose que tu voudrais me demander ?
S’enquit Ludovic.
Il hésitait et baissa la tête, n’osant sûrement pas lui faire part de ce qu’il ressentait aussi directement. Ludovic se demanda s’il y
avait un souci quelque part. Il s’inquiéta automatiquement comme à son habitude.
- Je…
- Oui ? L’encouragea-t-il.
- Est-ce que tu serais d’accord pour…
Terry se stoppa avant de tout de suite reprendre à son grand étonnement.
- Bon sang, c’est pas facile à dire.
- Tu sais que tu peux tout me confier.
- Est-ce que tu voudras bien faire l’amour avec
moi ?
Un silence suivit. Un silence perturbant que le jeune homme s’empressa de briser, le supportant difficilement.
- Seulement, il faudra que tu sois patient, hein ?
Reprit-il. Je suis mort de trouille. Et je veux aussi que tu sois doux. J’en ai besoin. Je ne suis même pas sûr de ne pas regretter de te demander ça. Ludovic, je te fais confiance. J’ai pu
réfléchir à tout ce que tu m’avais dit ce matin. Et Frédéric Armand a raison. Il faut savoir saisir sa chance au bon moment. J’ai envie de passer cette étape, mais j’ai peur.
Ludovic…
Il ne pu continuer, plaçant une main devant sa bouche pour laisser les larmes qu’il tentait tant bien que mal de retenir de couler. En
vain. Ravageant ses joues, elles indiquèrent à Ludovic qu’il devrait immédiatement le rassurer après qu’il lui ait fait une confession telle que celle-ci. Terry avait peur, et c’était bien
normal. Toute personne ayant subi ce qu’il avait connu aurait peur. Mais il l’aimait suffisamment pour se montrer le plus doux, le plus tendre et le plus attentionné possible envers lui.
Délaissant les clés sur la porte, il le prit dans ses bras afin de sécher ses larmes et lui prouver qu’il avait eu raison de placer sa confiance en lui. Il l’aimait plus que tout. Assez pour ne
pas le décevoir.
- Ta demande me touche. Tu ne peux pas imaginer.
Savourant cet instant, Terry se félicitait maintenant mentalement d’avoir osé faire cette demande. D’avoir osé prendre la décision de
briser tout ce qui le faisait encore douter. Il se disait bien que Ludovic l’aimait assez pour ne pas lui faire le moindre mal. Que son image de la sexualité avait sans aucun doute dû être
faussée par ce père à qui il ne devait plus laisser avoir le dessus. Il ferma les yeux. Il ferma les yeux et sentit Ludovic l’embrasser. Juste devant la maison et il en fut surpris. Comme si sa
révélation venait de lui faire perdre la tête.
Ils auraient alors dû entrer dans la maison et se diriger à l’étage. Ludovic l’allongerait et il le déshabillerait. C’était dans la
logique des choses. Et lui apprécierait de lui appartenir. Car c’était désormais ce qu’il voulait. Approfondir leur relation. Comprendre ce qui faisait toute la différence quand c’était entrepris
par amour. Quand on se sentait aimé. Vraiment aimé.
Tandis qu’il ouvrait à présent les yeux en continuant d’embrasser la seule personne qu’il ait jamais aimée, il crut que tout serait
simple. Que tout se ferait comme il l’imaginait. Ce qu’il n’avait alors pas prévu, ce fut cette voiture qui entrait dans l’allée pour se garer non loin d’eux. Ludovic dû l’entendre aussi, car il
relâcha aussitôt ses lèvres pour se retourner. Et son expression changea du tout au tout lorsqu’il l’aperçut. De ce bonheur qui s’était peint sur son visage, il passait soudainement au tourment
et à la frustration la plus totale. Non loin d’eux, Elea venait de descendre de sa voiture, l’incrédulité se lisant en chacun de ses traits.
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