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Vie d’esclave : Le grand pharaon Haroeris demande à Maya, sa fidèle conseillère, de lui présenter un esclave pour faire passer le temps. Un banquet est alors organisé en son honneur où plusieurs jeunes hommes et femmes y seront présentés. Parmi ceux-ci, Haroeris devra faire son choix. Cependant, un jeune esclave attire particulièrement son attention.

 

Frères de cœur [en correction] : Dans un institut spécialisé, Terry et Ludovic vont tout deux tenter l’expérience de faire face à leur passé. Mais le destin réserve parfois bien des surprises.

 

Jeux dangereux : June est un homme hautain qui n’a jamais connu la défaite au poker. Mais lorsque son chemin croise celui d’un adolescent fragile qui sait y faire avec les cartes, sa vie prend brusquement un tournant inattendue.

 

Cabaret Améthyste [Co-écriture] : Cabaret Améthyste, charmant nom pour un lieu où huit jeunes hommes font tourner les têtes chaque soir grâce à leur physique de rêve. Mais à l’envers du décor, le paradis ne semble pas tout à fait parfait. Lorsque chacun tente de mener sa vie privée à sa façon, tout devient brusquement bien plus compliqué. Bienvenue en enfer ! Il y a des moments où il vaut mieux rester bien au chaud dans son lit.

Histoire en co-écriture avec Sheina.

 

Pour le sourire d'un ange [Co-écriture] : En rentrant chez lui, Alexis découvre un jeune homme évanoui dans la neige. Ne pouvant l’abandonner là, il l’emmène chez lui pour le soigner. Pourtant, il ignore tout de cet inconnu qu’il désire tant aider. Histoire en co-écriture avec Sheina. 

 

Mercenaire [Co-écriture] : La rencontre entre un mercenaire et un jeune homme devenu roi beaucoup trop jeune.

Histoire en co-écriture avec Sheina.  

 

La musique pour la vie [Co-écriture] : Décidé à recommencer sa vie à zéro de la façon dont il l’entend, Sacha quitte le foyer familial avec pour seuls bagages, un sac à dos et sa guitare. Artiste épris de liberté, il ne s’attendait certainement pas à ce que sa vie change autant en rencontrant Jack, le chanteur d’un groupe de rock. Histoire en co-écriture avec Kana.

Nuits éternelles: En plein cœur de l’Angleterre, deux frères aux personnalités totalement opposées cherchent à fuir leurs origines. Lorsqu’ils trouvent refuge dans un château de l’époque, ils sont loin de se douter qu’ils devront affronter un repère de vampires. Bien mieux que tout ceux dont ils aient déjà pu entendre parler. Bien plus différent de tout ce dont on parle dans les légendes. Et si les vampires étaient bien plus semblables qu’ils ne l’imaginaient ?

Fous à lier: Johan est suicidaire. Xanders est schizophrène. Tous les deux savent que vivre peut être difficile. Lorsque ces deux adolescents se rencontrent, c'est le clash. Comprendre les intérêts de l'autre s'avère compliqué. Surtout quand on se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique pour un temps indéterminé.

Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /2008 13:43

Partie 2

 

Jack avait profité de l’occasion pour s’en aller. C’était lâche. Il devait bien se le dire. Il ne faisait plus que fuir. Fuir ce qui l’effrayait. Fuir les difficultés. Il devinait que Justin se ferait un sang d’encre incroyable. Juste parce qu’il était parti discrètement sans même l’en avertir. Sur le coup, il avait sans doute dû penser qu’il était parti aux toilettes et qu’il reviendrait. Ou alors peut-être que ce Sacha était juste parvenu à s’attirer toute son attention. Jack n’aimait pas ce gamin. Il n’aimait pas les grands airs qu’il se donnait. Il détestait encore plus sa façon de s’exprimer. Avec franchise. Avec ces mots piquants. Avec cette nonchalance détestable. Sacha semblait être quelqu’un d’imprévisible. Jack détestait les personnes imprévisibles. Justement parce qu’il ne savait dire à l’avance quel mauvais coup elles préparaient.

Alors qu’il était plongé dans ses pensées, la porte de sa loge s’ouvrit. Il pensa un instant que ce serait Justin. Justin était l’une des rares personnes à savoir qu’il passait énormément de temps ici. Cependant, il n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’il ne s’agissait pas de son meilleur ami. La démarche était lourde. Le pas lent.

-         Qu’est-ce que tu veux, Edan ? Dit-il.

-         Tu m’as reconnu ? T’es plutôt balaise.

-         Ce n’était pas bien difficile. Il n’y a que toi qui traînes ainsi les pieds.

Edan était le guitariste du groupe. Ou tout du moins bientôt l’ancien guitariste. Il était incroyablement arrogant et cynique. Mais étrangement, Jack ne se sentait pas particulièrement mal à l’aise avec lui. Il n’avait rien de fourbe. Il était franc et ne se gênait jamais pour balancer à l’un ou l’autre sa façon de voir les choses. Même si pour l’occasion, il devait se montrer blessant. Mais c’était bien mieux ainsi. C’était bien mieux lorsque les gens ne se cachaient pas derrière une fausse image attendrissante et révélaient leur véritable nature tout de suite. Même si Justin ne le supportait pas le moins du monde, Jack voyait au moins en lui qu’il ne les poignarderait jamais dans le dos. Non, s’il devait le faire, il le ferait de face.

-         On peut savoir ce que tu fais tout seul ? Reprit Edan. Justin n’est pas avec toi ?

-         Non, pourquoi ?

-         J’avais dans l’envie de lui parler.

Dans l’envie. Tu ne choisis jamais tes mots au hasard, s’abstint de lui faire remarquer Jack. Et si je te disais qu’il est en train de taper la causette avec le gars qui risque de te piquer ta place ? Ca ferait mal. Ca ferait très mal. Il n’en doutait pas un seul instant. Edan n’était pas du genre à garder facilement son sang froid. Chacun des membres du groupe le connaissait suffisamment pour le savoir. Justin le premier.

-         Depuis quand tu désires lui parler ? Demanda jack. C’est bien la première fois.

-         C’est surtout parce que je n’en dis jamais rien à personne. D’habitude, il traîne toujours avec toi, alors il n’est pas difficile à trouver.

-         Parce que moi je suis prévisible ? Tout le monde est toujours au courant de l’endroit où je me trouve, c’est ça ?

-         Pourquoi est-ce que tu poses des questions pour lesquelles tu connais déjà la réponse ? Soupira Edan. Tu te trouves pratiquement toujours dans ta loge. Même des heures après un concert. Mais j’ai beau dire ça, ça ne me dit pas ce que je veux savoir.

-         Il est parti boire un café.

-         Vraiment ?

Edan prit une expression exaspérée. Une expression qui disait qu’il n’avait aucune envie d’aller le chercher jusque dans un café. Jack se demandait en le regardant s’il ne ferait pas mieux de lui dire toute la vérité avant qu’il ne la découvre par lui-même. Toutefois, qu’importe le moment où il l’apprendrait, Edan serait dans une rage folle. Jack était hésitant. Il ne savait trop que faire. En même temps, il y avait cette petite voix en lui qui lui disait qu’il avait peut-être réellement envie de créer le scandale. Parce que peut-être cela ferait-il partir Sacha. Sacha qui ne supporterait sans doute pas de se faire attaquer par leur ancien guitariste qui n’avait même pas encore été viré alors que lui-même intégrait le groupe. Ca avait tout de quelque chose de choquant. Qu’importe le sens dans lequel on le prenait. Jack se savait méprisable s’il agissait ainsi. Il se savait également très lâche de ne pas laisser sa chance à Sacha en ayant recours à une méthode aussi minable. Et pourtant, sa conscience le poussait à tout dire sans qu’il n’en ressente aucune culpabilité. Seul le besoin de sauver sa peau était présent. La possibilité de ne pas être forcé de communiquer avec ce gamin qu’il avait déjà étiqueté comme nuisible le coupait de toute réflexion cohérente.

-         Eh, Jack ? Tu es toujours là ? S’exclama brusquement Edan.

Jack se surprit alors à s’être plongé au cœur de ses pensées. Pendant de longues minutes. Ca arrivait parfois. Edan en avait l’habitude. Comme Justin.

-         A ta place, je me méfierais, dit Jack d’une voix calme. Je protégerais mes arrières.

-         Comment ça ?

-         Eh bien… Comment te le dire… Entre Justin et toi, ça n’a jamais été l’amour fou.

-         La faute à qui ?

-         La tienne, Edan. Tu n’as jamais fait aucun effort. Reconnais-le au moins.

-         Ne commence pas à faire chier, Jack. Où tu veux en venir ?

Le ton était monté d’un seul coup. Jack déglutit, pris au piège de sa conscience. Edan pouvait être violent. Edan pouvait être détestable. Et par-dessus tout, Edan pouvait être dangereux. Est-ce que ça valait vraiment le coup de mettre en danger ce nouveau guitariste qu’il n’aimait pas. Est-ce que ce n’était pas à la fois trop risqué et particulièrement méchant ? Jack ne se donnerait-il pas le rôle d’une véritable ordure s’il parlait ? A bien y réfléchir, il s’en fichait cordialement. Justin l’avait tout autant cherché.

-         Tu ne feras bientôt plus parti du groupe, Edan. Justin comptait sans doute te l’annoncer lui-même, mais tant pis. Je me permets de le devancer.

Edan prit aussitôt une expression méprisante. Ce qu’il venait d’entendre avait immédiatement pris sa signification dans son esprit. Comme ça, il n’était pas aussi bête qu’il le paraissait. Jack aurait bien rie de son malheur si seulement il ne se montrait pas brusquement bien plus menaçant.

-         Et si je ne suis pas d’accord ? Le menaça-t-il.

Mais Jack n’était pas impressionné. Il y avait longtemps qu’il ne l’était plus. Comme si certains aspects du monde extérieur coulaient sur lui sans jamais l’atteindre. Certains aspects, oui.

-         Tu n’as pas ton mot à dire. C’est une décision définitive, déclara-t-il sans faire preuve de la moindre émotion.

Son visage n’exprimait plus rien. Aucun remord. Aucune culpabilité. Aucun sentiment ne l’atteignait. Il restait là, à regarder celui qui se tenait face à lui digérer ses paroles. Allait-il porter la main sur lui ? Allait-il juste l’insulter ? Si tel était le cas, se défendrait-il ou attendrait-il que Justin vienne le faire à sa place ? C’était si lamentable de sa part…

-         Je vois, commenta brusquement l’autre. Je pensais que tu valais mieux que lui. Je pensais que tu n’étais pas comme ce putain de Justin. Mais en réalité, vous êtes bien plus semblables qu’on ne le croirait. Aussi malhonnêtes, lâches et pervers l’un que l’autre. Ca ne te fait rien de poignarder quelqu’un que tu as connu de cette manière ?

-         Non, Edan. Ca ne me fait rien. Et ne me compare pas à Justin, s’il te plait. Tu ne connais pas suffisamment pour que je te le permette.

-         Bordel, Jack. Tu n’es vraiment qu’un pauvre con !

A ces mots, Jack sourit. Il sourit à en attraper des crampes à la mâchoire. Comme un fou l’aurait fait. Comme l’être le plus abjecte qu’il lui était possible d’imaginer. Jack souriait face au malheur d’Edan. Il se réjouissait de ne pas posséder un rôle suffisamment convenable pour ne pas se retrouver à l’état de victime. Jack se moquait d’Edan. Mais Edan ne serait pas la seule victime de ce qu’il ressentait actuellement. Et si tu avouais que tu es juste jaloux de ce Sacha. Tu ne le supportes pas parce qu’il s’en sort bien mieux que toi. Il a de l’audace, lui. Il en a bien plus que tu n’en auras jamais pour vivre. Et ça t’énerve. Jack chassa cette pensée. Qu’il se montre malin ce gamin s’il le désirait ! Serait-il au moins capable de se tirer de la merde dans laquelle il allait le pousser ?

-         Tu es le plus con de nous deux, finit-il par répondre. Pendant le temps que tu as perdu à m’insulter, t’ais-tu au moins une fois demandé ce qui se tramait dans ton dos ?

-         Comment ça ?

-         Ce que je veux dire, c’est qu’à l’instant même où tu me parles, Justin est en train d’engager un nouveau guitariste. Un gosse tout juste sorti du berceau qui se fera une joie de prendre ta place.

-         Un gosse, tu dis ? Je suis certain que vous regretterez le choix que vous êtes en train de faire.

-         Il faut pourtant croire que tu n’étais pas aussi exceptionnel que tu sembles bien le croire, renchérit Jack. Alors dis-moi, Edan, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?

-         J’aurais bien envie de te casser la gueule.

-         Et après ? Qu’est-ce que ça changerait ? J’ai plutôt l’impression que tu es en train de te tromper de cible. En ce qui me concerne, je ne fais que t’énoncer les faits. T’expliquer ce qu’il en est. Et personnellement, je te croyais plus déterminé que ça. Je pensais que tu tenterais au moins de défendre ta place. Même si tu es voué à l’échec.

Alors que Jack venait de se lever et de s’appuyer contre le mur juste derrière lui, il vit Edan se crisper de rage. Une rage qu’il avait de plus en plus de mal à contenir. Une rage qui menaçait d’exploser à tout moment. Jack s’attendait déjà à ce qu’il emploie la violence contre lui. Mais il n’en fit rien. Il se contenta de le fixer droit dans les yeux. D’un regard à la fois glacial et menaçant.

-         Où sont-ils ?! Dit-il.

-         Qui ?

-         Ne fais pas l’innocent, jack. Où se trouvent Justin et ce soit disant nouveau guitariste ?

On y était.

-         Ils boivent un verre chez Georges. Tu ne devrais avoir aucun mal à les trouver. Ils doivent sûrement encore s’y trouver.

Edan ne prit pas la peine de lui répondre. Sa colère l’empêchait de réfléchir correctement. Jack doutait qu’il se soit un instant demandé pourquoi il lui livrait toutes ses informations sans qu’il ait besoin de l’y forcer. Et alors qu’Edan sortait d’une démarche assurée de la loge, Jack le regarda claquer la porte derrière lui tout en se demandant lui-même s’il ne regretterait pas tôt ou tard son attitude.

------------

 

Sacha avait doucement l’impression d’avoir trouvé un juste milieu avec Justin. Ils n’en étaient pas encore à bien s’entendre, mais ils pouvaient désormais parler normalement. Comme des personnes civilisées. Sacha avait cessé de le provoquer et en échange, Justin se montrait sincère avec lui. Assez sincère pour que Sacha se mette à apprécier de lui parler. A un instant, il avait eu peur. Peur de mal s'entendre avec tous les membres du groupe. Mais Justin était gentil. Justin acceptait de lui donner sa chance. Et même s’il s’était d’abord montré volontairement provoquant, il ne pensait pas que jouer dans des conditions désagréables était plaisant. Loin de là.

Par contre, il se demandait s’il parviendrait un jour à adresser la parole à Jack. Le chanteur du groupe. Il émanait de lui comme une aura d’animosité à son égard. Jack ne l’acceptait pas. Sacha en avait eu le pressentiment. Il n’avait pas cherché à savoir pourquoi. Justin lui avait déjà prétendu qu’il avait besoin de temps. Qu’il avait besoin de mieux le connaître. Mais pouvait-on vraiment connaître une personne en l’évitant ? Sacha se le demandait. Tout comme il se demandait pourquoi Justin parlait aussi souvent de lui. Il semblait exister un lien étroit entre eux. Un lien qui lui échappait.

-         Pourquoi parles-tu autant de lui ? Se surprit-il brusquement à demander. Qu’est-ce qu’il est pour toi ?

Justin le regarda avec étonnement, se reprenant néanmoins bien vite.

-         Je suppose que tu veux parler de Jack ?

-         En effet.

-         Tu n’as pas ta langue dans ta poche, toi. Est-ce que tu es toujours comme ça ? Plaisanta Justin.

-         Toujours.

-         Dans ce cas, dis-toi que j’apprécie la franchise. Ca ne me dérange absolument pas que tu me poses cette question. Jack est mon meilleur ami.

Meilleurs amis, disait-il. S’inquiétait-on autant pour un meilleur ami ? Sacha n’aurait su le dire. Il ne s’était jamais retrouvé dans la situation de s’inquiéter pour quelqu’un. Ou presque… Il aurait bien évidemment voulu approfondir la question avec Justin. Mais ils ne se connaissaient pas suffisamment pour ça. Ils n’en étaient pas encore au stade de se faire mutuellement confiance. Aussi Sacha s’abstint-il d’ajouter quoique ce soit. Ce qui laissa l’opportunité à Justin de prendre la parole.

-         Tu ne me poses pas d’autre question, Sacha ?

-         Je n’en vois pas l’intérêt. A quoi ça sert de tout connaître des gens dans l’immédiat ? Je préfère attendre. Faire mes premiers pas dans votre groupe. Y trouver une expérience qui m’est propre.

-         Je suis surpris. Je m’attendais déjà à ce que tu me questionnes davantage à propos de Jack. Des autres membres aussi. Ou du moins de notre batteur. Tu ne veux pas me demander comment il est ?

-         Non. Je le découvrirai bien assez tôt.

-         Je suppose que tu as raison.

Justin sembla brusquement gêné. Il lui donnait l’impression d’avoir quelque chose à lui demander. Une faveur. Une requête bien précise. Et Sacha n’était pas du genre à faire preuve d’énormément de patience.

-         Est-ce qu’il y a quelque chose que tu essayes de me dire ? Demanda-t-il.

Sacha sentait qu’il y avait tout un tas de choses qu’il aurait finalement voulu lui demander. Justin le regardait avec un regard soudainement incertain. Il avait perdu son sourire. Ce ne fut que lorsqu’il ouvrit la bouche que Sacha comprit enfin où il voulait en venir depuis le début.

-         Finalement, tu ne sembles pas aussi impertinent que ce que tu veux bien le montrer, dit Justin.

-         Comment ça ?

-         Tu prends de m’écouter depuis plusieurs heures. Tu supportes la situation à laquelle Jack et moi-même te forçons en quelques sortes à assister sans te montrer intolérant.

-         Je ne suis pas pour autant con, Justin.

-         Je le sais. Excuse-moi, ce n’est pas ce que je voulais dire.

Justin se pinça les lèvres. Ce n’était pas la première fois qu’il faisait cette grimace. Une sorte de tic, se dit Sacha. Mais au fond, il savait déjà ce que ça signifiait chez Justin. Quelques heures suffisaient parfois pour apprendre et comprendre certains mécanismes uniques à une même et seule personne. Sacha en s’en impatienta qu’un peu plus.

-         Viens-en au fait, dit-il. Je n’aime pas que les choses traînent.

-         Pardon, répondit Justin. Je sais que tu le connais à peine. Je sais aussi que tu trouveras ce que je vais te demander certainement incongru.

-         Si seulement tu voulais bien me faire part de ta demande…

Justin n’hésita cette fois pas.

-         Joue de la guitare, Sacha. Pas seulement pour toi.

-         Qu’est-ce que tu essayes de me faire comprendre là ? Où veux-tu en venir, Justin ? Tu me parles du public qu’il y aura au moment des concerts ? De leur déroulement ?

-         Non. Pas du tout.

-         Alors quoi ?

-         Je veux que tu joues pour Jack. C’est ce que je te demande.

-         Tu te fous de moi ?

-         Non. Je suis on ne peut plus sincère. Est-ce que tu veux bien ? Est-ce que tu serais d’accord pour m’accorder cette faveur ?

Sacha comprit brusquement que Justin ne l’avait pas choisi que pour ses talents musicaux. Plus qu’un guitariste, c’était un être humain qu’il avait cherché en lui. Bien qu’il ait pu se montrer arrogant et désagréable avec lui, Justin l’avait choisi. Sacha ne savait que répondre.

Et alors qu’il se sentait pris au piège, une silhouette franchit la porte d’entrée du café dans lequel ils se trouvaient toujours. Un homme relativement viril regardait dans leur direction avec insistance.

 

Ta peur. La demande de Justin. Votre amitié si profonde. Tout aurait pu être parfait entre vous si je n’avais pas été là. Plus que tout ce que j’avais pu imaginer, ma présence te dérangeait. Et même si je ne comprenais pas le comportement de Justin à ton égard, votre amitié me paressait pourtant  imperturbable. Intouchable. Il y avait ce lien entre vous que je ne comprenais pas. Il y avait ces intentions que je n’avais jamais vraiment connues ou qui m’avaient été volées. Peut-être parce que je n’avais pas grandi dans la bonne famille. Peut-être parce que je ne savais toujours pas ce qu’était le sentiment de se sentir soutenu.

En tout cas, plus que tout, j’ignorais ce que tu pouvais ressentir en ce moment précis. Je ne te comprenais tout simplement pas…

Par Azalea - Publié dans : La musique pour la vie [Co-écriture] - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /2008 13:38

Chapitre II : Un monde différent.

 

Partie 1

Je crois que je n’ai jamais éprouvé de regrets aussi rapidement. J’avais à peine accepté de partager ton quotidien que je craignais déjà de m’être trompé. Vous étiez si étranges Justin et toi. Si secrets. Je me demandais si accepter de devenir votre guitariste avait été un bon choix. Car tu t’étais complètement rétracté. Tu rejetais ma présence sans même me connaître. Mais au fond, je crois que tu étais celui de nous deux qui avait le plus peur, Jack…

 

Sacha ne s’était pas attendu à ce qu’on l’invite à boire un verre à peine la proposition acceptée. C’était Justin qui avait fait cette démarche avec un grand sourire. Il n’aurait pas dû en être intrigué, et pourtant il l’était. Malgré la gentillesse de celui-ci. Malgré la facilité avec laquelle il semblait mettre son entourage à l’aise. L’autre ne disait rien. Comme s’il était mué. Comme si quelqu’un lui avait arraché la langue au moment même où Sacha s’était dit qu’accepter de jouer dans leur groupe était à tenter. Qu’il n’avait de toute façon plus rien à perdre. En acceptant, c’était comme s’il venait d’empiéter sur son territoire et que cela ne lui plaisait pas. Il nota d’ailleurs le regard de Justin à son égard. Un regard pénétrant. Un regard qui tentait d’absorber toutes les informations qu’il pouvait en tirer. Au bout de quelques minutes, Jack comme Justin semblèrent enfin réaliser qu’il était toujours présent dans la même pièce qu’eux. Ce fut Justin qui se manifesta, Jack ne semblant pas prêt à retrouver l’usage de la parole.

-         Je suis désolé de te demander ça alors que nous connaissons à peine, Sacha, mais ça te dérangerait de nous laisser un instant seuls ?

Sacha hésita d’abord, les observant tour à tour. Se demandant ce qui pouvait bien les pousser à agir de la sorte devant lui. Il se posait déjà des questions alors qu’il venait d’accepter de les côtoyer quotidiennement en faisant partie de leur groupe. Etait-ce fait exprès pour lui faire comprendre qu’il y avait une distance à respecter à leur propre égard, ou bien étaient-ils assez maladroits pour installer aussi rapidement le doute autour d’eux ?

-         Tu m’as entendu ? Répéta Justin.

Envisageant qu’il était toujours présent dans la loge et que les deux hommes avaient dû le fixer durant tout le temps où il s’était mis à réfléchir, Sacha finit par consentir d’un hochement de tête. Il sortit les laissant à deux comme il lui avait été demandé. Cependant, une fois dans le couloir, il se demandait s’il ne ferait pas mieux de se barrer de là en les laissant se démener avec leurs doutes. Car des doutes, lui n’en avait plus depuis qu’il était parti de chez lui. Il savait que même si cette proposition était une chance pour lui, il pourrait très bien trouver autre chose. Tôt ou tard.

------------    

 

Lorsqu'il se retourna sur Jack, Justin ne vit rien d’autre qu’un visage las et fatigué. Le visage devenu habituel de son ami. Ils devaient parler. Ils avaient quelques détails à mettre au point. Des détails importants maintenant que Sacha ferait parti de leur vie de tous les jours. Ils devaient parler de cette ambiance qui s’était créée au sein du groupe. Qu’ils avaient eux-mêmes créée.

-         Tu crois vraiment que ton attitude est la meilleure à avoir ? Tenta Justin. Je sais que cette situation n’est pas facile pour toi, mais tu devrais peut-être essayer de faire quelques efforts. Ne serait-ce que pour bien t’entendre avec lui. Rien de plus. Je ne te demande rien de plus, Jack.

Le concerné l’avait écouté parler jusqu’au bout. Sans l’interrompre à un seul moment. Il aurait pu, mais il savait que s’opposer de but en blanc n’était pas l’option la plus à saisir quant à la situation actuelle. S’il avait besoin de parler, Justin serait là. Justin était toujours là. Pour l’écouter. Pour le conseiller.

-         Que se passe-t-il ? Qu’est-ce que tu as ?

-         Je suis juste très fatigué.

-         Tu es toujours fatigué.

-         C’est justement pour cette raison que je vais rester ici pendant que tu iras boire un verre avec lui.

-         Bon sang, Jack. Tu es certain de ne pas vouloir venir prendre un verre avec Sacha et moi ?

-         Certain, Justin ...

La tête lourde reposant sur le dossier du fauteuil dans lequel il se tenait toujours, les yeux de Jack étaient éteints. Lorsqu'il était dans ce genre de phase, il lui arrivait d’écrire des textes pour le groupe. Des textes sombres et profonds. Reflétant sans aucun doute une part de malaise caché. Peut-être même ce que devait être la jeunesse parisienne chez la plupart des adolescents. Pour la plupart des Junkies aux allures dérangeantes pour la société avec leur style gothique ou bien trop coloré, leurs airs décharnés et cette touche de moquerie permanente. Moquerie pour le monde qui les entourait. Moquerie pour la vie en général. Des junkies qui vivaient selon leurs règles au fil des nuits, un joint en guise de plaisir. Le sexe pour mode de vie.

Ce qu’il ne savait pas, c’était que durant les quelques minutes où il avait laissé son esprit vagabonder en ses recoins sombres, Justin avait eu le temps de réfléchir à la position dans laquelle il le mettait en refusant de venir avec lui et Sacha. Une position double. D’abord parce que Sacha risquait fortement de se poser des questions. Ensuite parce qu’il connaissait trop bien Jack.  Un doute s'empara volontairement de lui.

-         As-tu mangé aujourd'hui ?

Jack réfléchit quelques secondes. Devait-il lui répondre ? Au fond, Justin savait déjà qu’il n'avait aucune raison de s'alimenter. Il n'en avait même pas envie, n’y ressentant aucun plaisir particulier. Il ne répondit donc pas à la question de son ami, se renfrognant dans son silence. Silence qui pesa un peu plus sur l’atmosphère si c’était encore possible. Il devinait de toute façon d’avance ce qui allait suivre. Quelles seraient les paroles de l’autre garçon.

-         Tu n'as pas mangé. Ose au moins me l’avouer.

-         Qu’est-ce que ça va changer ?

Justin ignora sa remarque.

-         Viens avec nous, lâcha-t-il. Tu manges et tu reviens ici après… S'il te plait. Ne m’oblige pas à insister.

-         Je n'aime pas la foule et tu le sais.

-         Peu importe Jack, tu viens et tu manges. Est-ce que je dois durcir le ton ?

Bien que réticent, Jack accepta silencieusement. Une nouvelle fois, il ne tentait rien contre la requête de son ami. Ne saurait-il donc jamais lui dire non ? Et pourquoi d’ailleurs ? Par respect ? Par amitié ? Peut-être même par respect de leur amitié. Il ne voulait pas d'une nouvelle dispute avec lui. Il n'en sortirait pas intact comme d’habitude, et Justin se culpabiliserait.

------------

Justin n’en disait rien, mais c’était à contre coeur qu’il lui avait pris la main juste avant de sortir de la loge. C’était aussi à contre cœur qu’ils avaient rejoint Sacha à deux. Il aurait souhaité ne pas avoir besoin d’user de la force de persuasion pour le convaincre de se nourrir. Ce n’état pas la solution. Ce n’était pas ainsi que Jack s’en sortirait. Que ferait-il s’il devait un jour disparaître ? Que ferait-il tout seul ? Justin n’osait même pas l’imaginer.

Quelques minutes plus tard, il garait sa voiture et entrait dans un petit café calme et bien éclairé. Un endroit où ils pourraient apprendre à mieux se connaître. Tranquillement. Justin souhaitait tout mettre en œuvre pour que Jack puisse prendre sur lui pour sympathiser avec Sacha. Quoique sympathiser était déjà un bien grand mot. Mais s’ils se toléraient, ce ne serait déjà pas si mal.

Alors que Jack était occupé à jeter un œil à la carte, Justin décida de s’intéresser à Sacha qui ne semblait pas être un grand bavard. Dans la voiture, il avait été très calme. A présent, il restait également silencieux, attendant sans doute qu’il l’aborde. Ce qu’il fit.

-         Qu’est-ce que tu bois ? C’est moi qui paie.

-         Je le sais, c’est généralement le cas lorsque l’on invite quelqu’un à boire un verre. Ce sera un coca.

Le ton était pertinent, mais Justin ne s’en formalisa pas. Il tourna plutôt la tête, cherchant quelqu’un du regard. Lorsqu’il trouva cette personne, il fit un signe de la main et Sacha pu enfin comprendre qu’il s’agissait du patron en personne.

-         Tu as entendu, Georges ? Deux cocas en plus ainsi qu’une bonne assiette de pâtes pour Jack.

Il avait prononcé ces paroles en affichant un grand sourire. Sourire que lui rendit tout aussi rapidement l’homme. Grand et fort mince, celui-ci donnait un peu l’impression de se tenir courbe. Néanmoins, il ne devait pas avoir plus d’une quarantaine d’années. Ce fut en tout cas l’observation personnelle qu’en tira Sacha.

-         Tu deviens bien exigent, Justin ! Plaisanta George.

-         L’exigence est la clé de toutes les réussites, rie à son tour Justin.

De son côté, Sacha n’appréciait pas trop cette confiance absolue en soi. Il n’aimait pas les personnes qui pensaient pouvoir obtenir tout ce qu’elles désiraient en agissant à leur guise. Justin avait beau être gentil, Sacha avait comme le pressentiment de s’être fait roulé. Pourtant, il avait toujours cette envie d’essayer. De tenter sa chance dans la musique. N’était-ce pas son rêve ? Ne s’était-il pas suffisamment battu pour ça ? Il jugea bon de n’émettre aucun commentaire.

Un calme plat s’installa entre eux trois, et ce ne fut que lorsque le patron revint avec leurs commandes qu’ils s’autorisèrent à prendre la parole. Pour le coup, Sacha se montra curieux. Bon moyen de tester les personnes en face de lui. Il savait d’expérience que personne n’aimait se faire questionner sur ses activités et tout ce qui les entourait.

-         Vous semblez bien proches du patron.

Justin s’étonna néanmoins à peine de ses propos. Quant à Jack, il semblait davantage absorbé par son assiette de pâtes que par ce qu’il venait de dire. Où donc était-il tombé ?

-         Le patron est un vieil ami. Je dois dire qu’on a eu de la chance de le rencontrer. Sans lui et son bar, nous n’aurions eu aucun endroit où nous produire au tout début. En fait, je crois même pouvoir ajouter qu’au fil du temps, cet homme s’est pris d’affection pour nous tous.

-         Ca fait longtemps que le groupe existe ?

-         Un peu plus d’une année entière.

-         Et il vous arrive encore de jouer ici de temps en temps ?

-         Parfois. C’est toujours gratifiant d’avoir une scène rien qu’à soi. Mais qu’est-ce qui te prend tout à coup de nous questionner comme tu le fais ? Est-ce que tu te méfies ?

-         Je ne sais pas. Peut-être un peu. Tu es venu m’aborder avec une telle facilité que j’ai un peu de mal à croire en ma chance. Et puis, ton camarade ne m’a pas l’air très bavard.

Tout deux jetèrent un coup d’œil en direction de Jack qui semblait s’obstiner à ne regarder rien d’autre que son assiette. Justin se demanda une nouvelle fois à quoi pouvait bien penser son ami en cet instant. Il lui en voulait un peu de lui laisser tout le travail avec Sacha. Car s’il avait des questions à lui poser, c’était le moment le plus propice.

-         Je crois pouvoir comprendre tes doutes, reprit-il. Ou du moins en partie. Je pense que nous devrions d’abord essayer de mieux faire connaissance. Qu’est-ce que tu en dis ?

-         Pourquoi pas ? Après tout, je te rappelle que je n’ai signé aucun document. J’ai juste dit que j’étais d’accord.

-         Qu’est-ce que je dois comprendre ?

-         Que rien ne me retient de partir quand je le désire.

Sans aucune forme de manière, il venait de poser un ultimatum. Justin fronça les sourcils. Il n’aimait pas beaucoup cette attitude. Et il devinait que Jack n’avait pas dû apprécier non plus. Tous les deux n’avaient jamais apprécié de se retrouver pris au piège. Sacha savait apparemment parfaitement ce qu’il faisait. Mais rien ne l’obligeait pour autant à perdre le cours de cette discussion. Encore moins son sourire. Justin était persuadé de pouvoir reprendre les choses en main.

-         Tu es plutôt dur en affaires, fit-il juste remarquer.

-         Je sais juste ce que tu veux.

-         Je le confirme. Personnellement, notre groupe est assez modeste. Nous sommes tous originaires de la région, à part l’un de nos membres que tu rencontreras bien vite si tu décides de rester avec nous. Nous n’avons pas grand-chose à t’apprendre sur nous. Par contre toi, Sacha, d’où viens-tu ? Nous ne savons rien à ton sujet.

-         D'ici et là. Je préfère ne pas trop en parler. J’ose supposer que tu n’y verras aucun inconvénient puisqu’il s’agit d’un groupe modeste.

Il était évident que la question gênait leur nouveau guitariste. Justin préféra ne pas insister davantage. Il était le mieux placé pour savoir que certaines questions demandaient à ne pas obtenir de réponse. Aussi, il s’abstint d’en poser d’autres qui touchaient au plan personnel. Du moins pour le moment. Il trouverait bien tôt ou tard le moment et l’endroit opportuns pour en savoir plus. En attendant, il préférait plutôt mettre toutes les chances de leur côté.

-         Tu es libre de me répondre ou non. Ce n’est pas mon genre de forcer une quelconque réponse. Mais j’aurais tout de même voulu savoir depuis quand tu fais de la musique. Je te le répète, tu m’intéresses. Ta façon de jouer de la guitare est fantastique.

-         C’est parce que j’ai commencé la musique très jeune. J'aime ce monde. Le rock. La guitare. Tout ça est fascinant. Tu n’es pas de mon avis ?

Il avait dit cela avec un large sourire. Un sourire qui sous-entendait bien des secrets. Un sourire qui se voulait de dire qu’il avait toutes les raisons de se trouver devant lui en ce moment précis.

-         C’est sans doute le cas, répondit-il.

Ils continuèrent à discuter, ne s'apercevant même plus de la présence de Jack. En l’espace de quelques minutes, Sacha était parvenu à l’envoûter avec son petit monde fascinant. A tel point que la passion et le mystère avec lesquels parlait Sacha l’avait amené à en oublier tout le reste. Suffisamment en tout cas pour qu’il ne s’aperçoive même pas que Jack venait de s'éclipser. Sous son nez. Sans qu’il ne le remarque. Sans qu’il ne tente de le retenir. La seule satisfaction à en tirer était qu’il s’était au moins un peu alimenté. Justin espéra qu’il n’était pas parti bien loin et qu’il n’aurait aucun mal à le retrouver après ça.

------------

 

Ca faisait des heures qu’ils étaient assis l’un en face de l’autre. Des heures qu’ils bavardaient. Et depuis peu maintenant, Justin semblait quelque peu inquiet. Assez pour que Sacha n’y tienne plus. Il posa la question qui lui brûlait les lèvres. Ca ne se faisait pas. Il le savait. Il allait sans doute se montrer indiscret. Mais il s’en moquait assez pour ne pas s’encombrer de la moindre hésitation. Sa curiosité piquée au vif, il ne pu s'en empêcher. Les mots sortirent tout seul de sa bouche.

-         C’est quoi son problème à l’autre ?

-         L’autre ? S’étonna Justin.

-         Je veux dire Jack. Pourquoi réagit-il ainsi vis-à-vis de moi ? Il semble éviter de m’aborder. Je t’avoue que ça m’énerve un peu.

Justin se pinça les lèvres. Il ne savait comment expliquer le comportement de Jack. Il n’était pas vraiment étonné que Sacha lui pose cette question. Il l’aurait de toute façon fait un jour ou l’autre. Le plus tôt était le mieux. Au moins, ils seraient fixés pour de bon quant à son envie de rejoindre le groupe ou non.

-         Jack n’est pas bien méchant, commença-t-il. Je ne sais pas vraiment comment formuler ça, mais disons qu’il n’a pas toujours eu la belle vie. Du coup, il est relativement méfiant.

-         Par rapport à moi ?

-         Oui. Comme de n’importe qui d’autre.

-         Je ne suis pas une menace ! S’exclama Sacha.

-         Je veux bien te croire. Mais Jack a besoin de mieux te connaître. Il a besoin de pouvoir décider si oui ou non il a envie de t’accepter.

-         Eh bien laisse-moi te dire que ce n’est pas gagné d’avance.

Sacha se laissa aller contre le dossier de sa chaise. Il avait brusquement l’air aussi désorienté que vexé. Peut-être même était-ce du découragement que Justin pouvait lire sur son visage. Il était ennuyé. Ennuyé de se rendre compte que les présentations entre Jack et lui ne se passaient pas aussi bien qu’il l’aurait souhaité. Si seulement Jack pouvait faire des efforts. Tout serait bien plus simple. Il n’aurait pas besoin de l’excuser.

-         Ecoute, j’admets qu’il donne mauvaise impression quand on le rencontre. Il paraît même très froid. C’est sa façon d’être quand on le rencontre. Mais il n’est pas quelqu’un de méchant. Il peut même être très gentil quand il se sent plus à l’aise.

-         Qu’est-ce que je dois comprendre ? Ou plutôt comment dois-je m’y prendre avec lui ? Ne m’en veux pas, mais je ne parviens absolument pas à me faire à sa façon d’être.

-         Reste juste toi-même, Sacha. Rien de plus. Il viendra de lui-même vers toi.

Sacha prit une expression davantage boudeuse. Décidément, il se posait encore et toujours la même question. Avait-il bien fait d’accepter cette proposition ? Cependant, il l’avait lui-même affirmé, il était libre de partir quand bon lui semblait. Justin lui jeta un coup d’œil qu’il lui rendit avant de se saisir de son verre de coca et d’en boire une bonne gorgée. Il avait vraiment besoin de se rafraîchir les idées.

Par Azalea - Publié dans : La musique pour la vie [Co-écriture] - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /2008 16:15

Partie 3

 

Sidned était encore sous le choc de ce que venait de lui apprendre Seth quand celui-ci s’avança un peu plus dans sa direction et le regarda de haut. De ses yeux couleur caramel desquels il était parfois difficile de se détacher. Seth s’apprêtait à le rappeler à son monde à lui. A lui faire entendre qu’il en avait déjà assez de ce cimetière. Ou alors qu’il avait trouvé un meilleur moyen de rendre le tout plus divertissant. Sidned ne le connaissait que trop bien.

-         Tu te souviens, il y a une condition pour que continues à rester plus longtemps avec moi ? Dit-il. Nous en avons parlé il y a quelques heures.

-         Tu ne m’as pas dit de quoi il s’agissait. Néanmoins, je suppose que je suis forcé de m’en souvenir.

-         Le moment est venu de me prouver que tu n’as qu’une parole, Sidned. Nous allons jouer tous les deux. En tout cas, j’ai envie de jouer avec toi.

Ce qu’il pouvait détester quand Seth prenait ce ton. Ce qu’il pouvait craindre le vocabulaire qu’il employait. La manière dont il s’entourait si soudainement de mystère. D’un mystère terrifiant. Sidned avait bien envie de lui demander ce qu’il entendait par jouer. Mais Seth ne lui répondrait pas. Ou alors, il agrémenterait sa peur de l’inconnu par quelque chose d’encore plus effrayant. Car Sidned ne doutait pas que ce serait effrayant.

-         Attends-moi ici, reprit presque aussitôt Seth. Attends-moi bien sagement.

-         Tu vas où ?

Mais Seth ne lui répondit que par l’un de ses fameux sourires sournois. Ceux qui ne promettaient jamais rien de bon. Les minutes passèrent ainsi. Sidned avait suivi Seth des yeux. Jusqu’à ce qu’il disparaisse de son champ de vision. Il se demanda au bout d’un moment s’il reviendrait. Car l’humidité du sol semblait s’imprégner sous les semelles de ses chaussures. Ses doigts se gelaient en se crispant sur la pierre de la tombe. Et Sidned sentait que même les esprits ne se retournaient plus sur sa présence en ce lieu qui était le leur.

Quand finalement Seth revint, il remarqua immédiatement que ce n’était pas les mains vides.

-         Qu’est-ce que c’est que tout ça ?

-         Tu as la mémoire courte.

Non il n’avait pas la mémoire courte. Il s’était juste senti obligé de poser la question. Dieu savait pourtant qu’il n’avait eu aucun mal à identifier le contenu qu’il avait entre les mains. Le contenu que Seth posa à même la tombe pour ensuite s’agenouiller juste en face de lui. S’agenouiller et le forcer une nouvelle fois à relever la tête.

-         Tout ça, je croyais pourtant que ça t’avait perturbé un peu plus tôt. Allez, ne fais pas semblant. Ne te cache sous de faux airs naïfs. Ca te va très mal.

Sidned remit aussitôt son masque d’inquiétude.

-         Je ne suis pas d’accord, Seth. Je n’ai pas l’intention de jouer avec le feu. C’est dangereux. Je ne suis pas comme toi. Pourquoi ?

-         J’en ai envie. Pas toi ?

-         Non.

Son regard ne lâchait plus une seule seconde le contenu de la boîte à gants à présent dispersé sur la tombe de la petite Anna. Sidned était catégorique. Il ne voulait pas de ça. Il ne voulait pas de cette poudre blanche en lui. Il ne voulait pas se perdre dans les limbes de la folie. Le sujet était récurrent aujourd’hui. Par-dessus tout, il ne voulait pas que son esprit chavire. Il ne voulait absolument pas…

-         Je ne veux pas que mon âme soit souillée par cette saloperie, dit-il.

Et Seth le corrigea illico.

-         Ce sont des conneries tout ça. Qui t’a dit que ton âme serait souillée ? Les esprits avec lesquels tu communiques ?

-         Il n’y a pas besoin de passer par les esprits pour le savoir. Il ne t’ait jamais arrivé d’allumer la télévision et de regarder le journal ? On en parle des overdoses. J’en ai déjà entendu parler. Et même si on en crève pas quelques fois bien que rarement, on n’a plus suffisamment les pieds sur terre pour réagir correctement. Je ne veux pas d’un cerveau défaillant. Je ne veux pas prendre ce risque.

-         Sauf que ce sont mes conditions. Je veux qu’on se fasse un trip tous les deux. Dans ce cimetière. Oublie pour une fois d’être sage, Sidned. Tu ne vas pas passer ta vie dans la pureté, c’est bien trop ennuyant. Tu es toi-même bien trop ennuyant. A moins que tu ne préfères que je te laisse tout seul ici. Avec tous ces morts… Ca ne fera pas une trop grande différence.

-         Permets-moi de te rappeler que c’est toi qui m’as forcé à te suivre dans toutes tes conneries.

-         Et permets-moi de te dire que c’est toi qui désires désormais continuer à me suivre. Des conneries, il y en aura d’autres. Il fallait t’y attendre.

Le jeune homme aurait voulu hurler à l’injustice. A son injustice. C’était un sentiment qui le rongeait de l’intérieur. Comme un ver solitaire. Un sentiment qui lui chuchotait à l’oreille qu’il allait de toute façon finir par accepter. Mais c’était tellement difficile à encaisser. C’était tellement difficile de se dire que même si Seth avait dû le forcer à le suivre au point de départ, il lui était actuellement complètement soumis. Il était en tout cas suffisamment à ses pieds pour en oublier certaines de ses valeurs les plus fondamentales. Une de plus ou de moins, quelle grande différence ?

-         Juste un peu, Seth. Si j’accepte, je veux que ça reste dans les limites du raisonnable.

Mais Seth rie. Seth se moqua de lui. Il ne connaissait aucune limite. Il ne les connaissait pas pour ne simplement pas savoir ce qu’était la raison. Il n’en avait jamais eu.

-         Ca on verra, Sidned. On verra…

Il ne se fit pas prier plus longuement. Seth lui tendit une paille. Alors ils allaient procéder de cette manière ? Ils allaient snifer de la coke ? Sidned devinait que Seth se réservait les seringues qu’il avait pu voir pour d’autres moments plus opportuns. Et même s’il trouvait cela vaguement humiliant, il n’allait pas s’en plaindre.

Il le vit répandre la poudre sur un morceau de carton avec beaucoup d’attention. En former plusieurs lignes. C’était un travail minutieux. Il ne doutait pas que tous les camés le soient tout autant. A cause de l’argent qui coulait sous toute cette substance nocive ? Pour ne rien en perdre ? Sidned ne chercha même pas à en connaître la réponse.

-         Deux lignes chacun, lui dit Seth. A toi l’honneur. Il te suffit de placer la paille au niveau de l’une de tes narines et d’aspirer. Le plus profondément possible. C’est le seul moyen d’en apprécier le vrai goût. La vraie valeur.

Sidned tremblait. Alors que Seth avançait un peu plus le morceau de carton vers lui, il tremblait de tout son corps. Il ne cessait plus de se demander comment il en était arrivé là. Comment en était-il parvenu au stade de se droguer parce que Seth le voulait ? C’était du délire. Du délire dans toute sa splendeur. Malgré tout, il aspira. Sans chercher à réfléchir davantage. A quoi bon quand on n’était même plus maître de soi ? Quand quelqu’un d’autre vous contrôlait totalement ? Votre corps. Votre âme. Votre cœur. Toute lutte devenait inutile. Toute résistance se soldait par un échec. Inévitablement.

Sidned aspira la seconde ligne. Il se sentit aussitôt envahi par des sueurs froides. Son cerveau lui semblait brusquement surchargé. Au contraire de son corps qui lui semblait s’envoler. Sidned se sentait à la fois mal et léger. Toutefois, cela ne l’empêcha en rien de regarder Seth imiter les mêmes gestes que lui. Seth qui semblait avoir bien plus d’assurance que lui n’en aurait jamais. Seth qui avait l’habitude de se droguer. Seth qui renifla un bon coup avant de lui prêter toute son attention.

-         Ca va ? Lui demanda-t-il. Comment tu te sens ?

-         J’ai déjà connu mieux, répondit Sidned en toute sincérité.

Il porta une main à son front pour constater que son visage était en sueur. Etait-ce normal de se sentir aussi mal ? N’allait-il pas faire une overdose ? Il avait si peu l’habitude. Il n’avait jamais touché à ce genre de choses auparavant. Et Seth qui l’obligeait à en prendre en quantité considérable. Sidned espérait bien que ce serait la dernière fois.

-         Tu es une petite nature, Sidned. Ce n’est qu’un peu de coke bon marché. Ca ne fait presque pas d’effet. Quelques heures tout au plus. Tout ce que tu as à faire, c’est d’essayer de te détendre. Tout se passera alors comme ça devrait se passer.

-         Et si ça ne me fait pas…

Sidned aurait voulu pouvoir achever sa phrase. Au lieu de ça, il se sentit chavirer. Un peu trop soudainement à son goût. Un peu trop soudainement pour qu’il puisse réaliser qu’il venait de s’étendre sur la tombe d’une enfant morte. Le ciel autour de lui ne formait plus qu’un tourbillon de couleurs. Les nuages tournaient. Tout tournait. L’entièreté du cimetière autour de lui le narguait. Il se sentait juste sombrer. Dans ce délire trop profond, il ne trouva qu’une personne à appeler.

-         Seth…

Seth était là. Au-dessus de lui. Les mains posées de chaque côté de sa tête. Il le regardait avec intensité. Comment Sidned avait-il pu ne pas le remarquer plus tôt ? Néanmoins, la seule chose que son cerveau lui commanda fut d’agripper la chemise de Seth de ses longs doigts fins.

-         Je vais tomber…, parvint-il à murmurer.

Mais Seth était lui aussi dans son délire. Il n’était plus vraiment connecté à tout ce qui l’entourait. Du moins presque.

-         Tu ne risques pas de tomber bien bas, Sidned. Dans la tombe de cette gamine au pire. Juste au-dessus de son cercueil. De son cadavre.

L’idée lui fit peur.

-         Je n’ai pas envie de mourir… Je connais déjà la mort mieux que personne. Ils m’en ont déjà parlé.

-         Qui te parle de mourir ? Il n’y a pas que la mort, Sidned. Il y a aussi la vie. Là, tu vis. Putain, tu es en train de vivre pour la première fois de ton existence.

-         Ca me fait peur.

-         Ca fait toujours peur de vivre. Accroche-toi à moi.

Seth passa volontairement ses bras autour de son cou. Sidned s’accrocha davantage à lui. Au moins, il n’aurait plus l’impression de tomber. De cette manière, il avait quelque chose à quoi se soutenir. Seth avait de toute manière toujours été son soutien inconditionnel.

-         Est-ce que c’est comparable à tout ce que les morts te racontent ? Lui demanda Seth.

-         Pourquoi tu me demandes ça ?

-         Parce que tu n’as jamais les yeux retournés quand tu communiques avec eux. Il faut croire que ça te fait plus d’effet que tu ne veux bien me l’avouer.

-         J’en sais rien… Je n’aime pas ça. Seth…

Il ne s’était pas aperçu qu’il n’y voyait presque plus rien. Que le noir masquait une bonne partie de sa vue. Ca lui aurait paru abominable si seulement il ne se sentait pas planer ailleurs. Si seulement il n’était pas constamment en train de lutter pour ne pas se laisser porter par tout ce qu’il ressentait. Sidned détestait ça. Il détestait perdre le contrôle de lui-même. C’était déjà suffisamment pénible quand les cauchemars prenaient possession de son esprit. Mais pour le coup, il pouvait sentir le corps de Seth contre le sien. Il pouvait sentir son cœur battre. Avec frénésie. Contre son propre coeur. Au même rythme que le sien. Ca suffisait à le calmer. A l’apaiser. Il commençait à se sentir un peu moins mal. Il commençait à ressentir d’autres sensations. Bien plus poignantes. Bien plus agréables. Sidned se laissait doucement glisser dans un bien-être inhabituel.

-         Et toi, qu’est-ce que ça te fait ? Osa-t-il enfin demander.

Seth rie à sa question.

-         Ce que ça me fait ? Dis-toi juste que l’enfer a un goût de paradis.

-         Merde…

-         Je n’aurais pas mieux dit.

Peu de temps après, Sidned se sentit transporté par l’enfer de Seth. Un enfer fait d’extase. De plaisirs interdits. Un enfer où ils pouvaient être maîtres de tous les vices. Sans en subir les conséquences les plus désastreuses.

-         A quoi on doit ressembler, Seth ? Hein, tu crois que l’on donne quel spectacle de nous ?

La réponse fut immédiate.

-         Le spectacle de deux amants sacrifiés sur une tombe.

-         Tu plaisantes, hein ?

-         Non. Tu es le concept même de la tentation, Sidned. Si j’avais toute ma tête, j’aurais voulu savoir quel goût à ton sang. De quelle couleur il est.

-         Il doit être pareil que le tien, Seth. Mais je t’en prie, ne me parle pas de ça. Pas comme ça. Ne me parle pas de sang. Pas toi. Je ne veux pas être ton sacrifice.

-         Qu’est-ce que tu veux alors ?

-         Juste rester à tes côtés.

-         Tu as toujours voulu rester à mes côtés. Sans moi, tu n’es rien. Cependant, dis-toi bien que tu devras tout supporter. La mort de Roxane. Le fait que je sois un meurtrier. Que je serai peut-être un jour disséqué. Est-ce que tu le peux, Sidned ?

Sidned éprouvait du mal à enregistrer les paroles de Seth. Il ne savait combien de temps était passé. Il avait perdu toute notion. Du temps. De l’espace. Il sentait juste Seth contre lui. Il entendait juste Seth lui parler. Il n’y avait plus que Seth qui comptait. Lui et personne d’autre.

-         Roxane peut bien aller se faire voir, s’entendit-il dire. Je n’oublierai jamais sa souffrance. Je dramatiserai ton geste pour deux. Je veux bien être ta conscience, Seth.

-         Ma conscience est lourde à porter. Très lourde.

-         Je m’en moque.

-         Tu es vraiment en plein délire. Finalement, cette coke n’était peut-être pas si mauvaise.

Sidned ricana. D’un rire jaune.

-         Je ne parviens même plus à avoir peur. Je serais prêt à tout, là tout de suite. C’est de la démence. Qu’est-ce que tu as fait de moi ?

-         Je prends juste soin de mon petit frère à ma façon, Sidned. Je te protège.

-         Ne te fous pas de moi. Je ne délire pas encore assez pour te croire. Tu ne m’as toujours pas dit si je pouvais rester à tes côtés.

-         Si tu restes à mes côtés, ce sera jusqu’au bout.

-         Jusqu’au bout…

Pour la première fois, Sidned se sentait bien. Pour la première fois, les paroles de Seth sonnèrent justes à ses oreilles. Elles raisonnèrent en lui agréablement. Comme il le voulait. Pour la première fois, il obtenait ce qu’il voulait. Son billet aux côtés de Seth. A croire qu’il devenait maso. Mais il s’en foutait assez pour ne pas y prêter davantage attention.

-         C’est ce que tu veux ? Insista Seth.

-         Oui…

Après un temps, il serra un peu plus fort Seth contre lui. Il se pressa davantage contre son corps chaud. Il rechercha tout le confort dont il avait besoin. Tant pis si Seth ne l’aimait pas. Tant pis si Seth lui mentait sans cesse. Tant pis s’il n’était que son vulgaire chien de compagnie. Sidned serait s’en contenter. Car il se fichait de souffrir. Il se fichait de savoir ce que serait demain pourvu qu’il ne soit pas seul. Pourvu qu’il ne soit plus jamais seul.

Dans son délire, il réalisa alors seulement le ciel oranger au-dessus de leurs tête. Dans son délire, Sidned réalisa seulement qu’ils n’étaient plus tellement éloignés de ces falaises qui leur avait servi de point de repère tout au long de la route qu’ils avaient parcourue. Il se demanda si c’était encore l’effet de la drogue qui le faisait délirer ou bien si c’était son cœur qui lui hurlait que seule la mort les attendait s’ils s’en approchaient plus. Quoi qu’il en soit, Sidned ferma les yeux et préféra se concentrer sur la présence de Seth. Ils verraient plus tard. Bien plus tard. Ils avaient tout leur temps à présent.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /2008 16:12

Partie 2

 

Il l’entendait hurler. Il l’entendait hurler, mais il ne pouvait pas agir. Il ne pouvait rien faire pour elle. Il ne pouvait rien faire pour cette jeune femme qui gisait sur le sol. Elle était mal en point, il le savait. Elle était recroquevillée sur le sol. Sur l’un de ses côtés. Avait-elle seulement remarqué la tâche sombre qui s’agrandissait sous son oreille ? Avait-elle remarqué cette couleur rouge qui s’imprégnait peu à peu sur ses vêtements ? Etait-ce pour cela qu’elle hurlait ? Etait-ce la raison qui faisait qu’elle l’appelait à l’aide ? Car même si Sidned ne pouvait pas convenablement entendre ce qu’elle disait, il savait qu’elle le priait d’intervenir. Elle ne souhaitait pas mourir. Aucune personne censée ne voulait mourir. Il se décida enfin à l’approcher. Faisant un pas devant l’autre. Sans craindre ce qu’il pourrait voir. Sans se méfier. Quand il arriva à sa hauteur, il pu juste constater que plusieurs de ses os devaient être fracturés. Il pu voir combien elle saignait de plusieurs blessures. Mais par-dessus tout, il eut l’horrible vision de son crâne fendu à même le sol. Le sang y était si épais qu’il s’avérait difficile, voire impossible de faire la différence entre le carrelage et sa tête. Ce qui choqua néanmoins davantage Sidned, ce n’était pas son état. Non, ce qui le choqua au-delà de tout ça, c’était que Roxane attendait de lui un miracle. Les yeux vitreux de Roxane le fixaient en le suppliant de l’aider. De ne pas la laisser mourir.

 

Sidned se réveilla brutalement. Il inspira profondément une goulée d’air comme s’il avait cessé de respirer durant trop longtemps. Durant tout le temps où il avait été en contact avec le cadavre de Roxane. C’était bien le mot pour décrire l’état dans lequel elle se trouvait lorsqu’il l’avait vu. Etait-ce Seth qui lui avait ça ? Etait-ce une vision de la réalité qu’il avait pu entrevoir ? Sidned se le demandait sincèrement. Terrifié par cette idée, il se força à reprendre ses esprits pour ensuite tourner la tête du côté de Seth. Seth le regardait. Seth ne le quittait pas des yeux. Il souriait. De son habituel sourire moqueur. Sidned détestait ce sourire. Cependant, il lui permit de revenir complètement à la réalité. Seth le remarqua.

-         Ca y est, tu es de retour parmi les vivants ? Dit-il.

-         Je crois.

-         Tu crois ? Ce que tu es drôle, Sidned !

Seth rie sans prévenir. D’un rire discret. Comme un malade mental l’aurait fait. Comme si tout était normal. Or, rien n’était normal. L’attitude de Seth n’était pas normale. Le songe duquel il sortait n’était pas normal. Pas plus que ce voyage. Pas plus que sa présence dans cette voiture. Mais Sidned s’y accommodait. Il s’accommodait toujours de tout. Pour ne pas changer, il ignora juste la façon dont Seth le narguait pour directement lui faire part de ses pensées les plus macabres. De sa pensée la plus macabre. Encore maintenant, il ne parvenait pas à s’en défaire.

-         J’ai vu Roxane, parvint-il à articuler. Elle était aux portes de la mort. Elle me suppliait de l’aider.

Il observa un instant les traits de Seth. Espérant qu’ils changeraient peut-être du tout au tout. Espérant que Seth ressentirait quelque chose. Seul un rictus se dessina au coin de ses lèvres. Un rictus des plus mauvais. Sidned comprit que cette nouvelle ne semblait pas l’affecter plus qu’il ne l’aurait voulu. C’était comme s’il était imperméable à ce qu’il venait de dire. Comme si Roxane n’était plus morte. Comme s’il ne l’avait jamais tuée. Ou plutôt comme s’il était déjà passé à autre chose. Il n’y avait plus que leur fuite à deux qui restait témoin des derniers évènements. Seth s’humidifia les lèvres.

-         Le spectacle était-il à ton goût ? Demanda-t-il.

Sidned aurait bien eu envie de le gifler si seulement il n’y avait pas cette peur continuelle qui le retenait de faire un quelconque geste de trop envers Seth. Il se demandait parfois s’il parviendrait un jour à dépasser ses propres frayeurs. Celles liées à ses cauchemars. A ses cauchemars et à ses visions. Mais aujourd’hui, il se trouvait déjà bien assez courageux pour ne pas commencer à se faire des reproches personnels. Aujourd’hui, il osait parler plus ou moins franchement avec Seth. Bien qu’il surveillait toujours ses propos de très près.

-         Il était abominable, répondit-il sans faire preuve d’hésitation. Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle soit dans cet état ? Quel type d’arme as-tu bien pu utiliser pour qu’elle soit à ce point mutilée ?

Seth eut un léger sourire.

-         Aucune. Je n’ai pas utilisé d’armes.

-         Tu veux dire que…

-         Oui. Tu as bien compris. Je l’ai tué de mes propres mains. Comme tout homme pourrait le faire. Est-ce que tu sais ce que l’on ressent lorsqu’on entend un être fait de chair et de sang comme vous hurler pour qu’on le laisse en vie ? Est-ce que tu sais quelles sensations se propagent dans tout le corps, dans tout le cerveau, quand on s’apprête à tuer par pure vengeance ? C’est comme l’adrénaline. Ca forme un plaisir intense. Et on ne peut plus s’arrêter.

-         Arrête ça, Seth. Tais-toi. Je ne veux pas en savoir plus.

Sidned se surprit à poser ses mains sur ses oreilles. Par réflexe. Par pure réflexe. Car entendre Seth déblatérer un tel discours sur le meurtre qu’il avait commis était impitoyablement douloureux. Réaliser qu’en plus de la vengeance, il y avait eu un plaisir certain à toute cette boucherie le laissait perplexe. Seth pouvait être cruel. Seth pouvait prendre un malin plaisir à blesser. A faire mal autour de lui. Mais pour le coup, Sidned ne reconnaissait même plus celui qui avait jadis été son frère.

-         Je n’aurais jamais pensé que tu puisses être aussi corrompu.

-         Est-ce que tu penses vraiment qu’il faut être corrompu pour tuer ?

-         Oui. Enfin non… Je ne sais plus.

Ne surtout pas lui dire qu’il lui faisait peur. Ne pas lui dire. Il le savait déjà. Mais il profiterait de cette nouvelle faiblesse. Il en profiterait pour jouer avec ses nerfs. D’abord lentement. Puis il ajouterait couche sur couche. Jusqu’à le faire céder. Jusqu’à le faire craquer. Sidned décida d’ôter ses mains de ses oreilles et de se redresser sur son siège.

-         Pourquoi as-tu fait ça, Seth ? Je ne te parle pas seulement de vengeance. Je veux juste savoir ce qui a pu te pousser à franchir le pas. A avoir un tel geste. A devenir si brutal.

Sidned sentit la voiture partir sur la droite pour la seconde fois de la journée. Se garer. Le moteur se couper. Et inconsciemment, il ne pu s’empêcher de trembler. Il était si terrorisé qu’il n’osa même pas regarder autour de lui. Il fixait juste Seth. Craignant ce qu’il pourrait faire. Ce qu’il pourrait lui faire. A la place de tout ce qu’il imaginait déjà, il se retourna sur lui. Ancra ses yeux dans les siens. Avec cette lueur déterminée. Ce quelque chose qui se voulait de dire qu’il avait déjà longuement réfléchi sur ce qu’il s’apprêtait à dire.

-         Parce que c’est dans la nature de l’homme, finit-il par lui annoncer. Et parce que je ne peux pas lutter contre une telle nature.

-         La nature de l’homme ? Répéta Sidned d’une voix grave. Mais je ne suis pas comme toi, moi. Je ne pourrais jamais tuer. L’idée même me révulse.

-         Tu le pourrais, Sidned. Tout le monde le pourrait.

-         Non, je ne le pourrais pas.

-         Même pour sauver ta vie ?

-         Je te répète qu’il me serait impossible de tuer.

-         Et pour protéger une personne chère ?

-         Seth…

Il se sentait brusquement piqué au vif. Il n’avait jamais pensé à ce genre de choses. Au fait que l’on pouvait tuer pour protéger quelqu’un. Il n’avait même jamais envisagé cette possibilité. Sidned était convaincu qu’il était impossible de se prononcer là-dessus sans être directement impliqué. Tout devait aller tellement vite. Tout devait être totalement imprévisible. Il s’efforça de revenir à la réalité.

-         Dans ta situation, ce n’était pas pour protéger Roxane que tu l’as tuée.

-         Non. Tu as raison. C’était pour la garder.

-         Tu vas me faire croire au meurtre passionnel ?

-         Ce n’est pas mon intention. Je n’ai d’ailleurs aucunement l’intention de me suicider pour aller la rejoindre. Ce qui est fait est fait. Je n’éprouve même pas de regrets.

Sidned resta un instant sonné par cette révélation. Tuer était une chose. Ne pas avoir de regrets en était une autre. Seth lui apparaissait de plus en plus comme insensible. Cependant, il y avait un détail qu’il voulait savoir. Un détail essentiel à ses yeux.

-         Quand ? Quand l’as-tu tuée ?

-         Tu veux savoir si tu aurais pu ressentir sa mort ? Se moqua son frère.

Il ne pu que l’admettre.

-         Oui.

-         Tu aurais pu, lui confirma Seth. Si seulement tu n’étais pas en train de dormir.

-         Tu veux dire que ça s’est passé dans la maison ? Dans notre maison ? Dans la maison de nos parents ?

-         Tu as bien compris.

-         Comment as-tu… Je croyais qu’elle comptait aussi pour toi.

Sidned avait brusquement envie de laisser ses larmes couler. Il les sentait très proches. Mais il parvint à se retenir. Il avait déjà pleuré la veille. Il n’allait pas remettre ça une seconde fois. D’autant plus que Seth continuait à le fixer. Il devait deviner sans mal sa tristesse. Et quelle tristesse. Celle de se souvenir qu’ils avaient lutté pour ne pas être obligés d’intégrer un orphelinat ou une famille d’accueil. Il ne savait comment, mais Seth était parvenu à faire en sorte qu’ils continuent à vivre dans la maison de leur enfance jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge majeur et qu’il n’y ait plus aucun obstacle à cela. Seth était encore jeune. Mais Seth était intelligent. Très intelligent. Déjà à l’époque. Sidned n’avait aucun mal à s’en souvenir.

-         Qu’est-ce qui te perturbe le plus ? L’entendit-il reprendre. Est-ce que c’est le fait de savoir désormais que j’ai tué Roxane dans la maison, ou bien le fait que tu n’ais rien pu entendre ? Tu n’as pas entendu ses cris ? Tu n’as pas senti sa pauvre âme quitter son corps en lambeaux ? Alors dis-moi, Sidned. Qu’est-ce qui te perturbe dans tout ça ?

-         Tu sais déjà ce qui me perturbe. Tu sais que tous ces éléments s’assemblent entre eux.

Et tu sais que ce qui me perturbe réellement, c’est de prendre conscience de toute l’étendue de ta folie. Je commence à le croire, Seth. Si tu n’es pas fou, tu le deviens. Quand Sidned repensait à leur discussion de quelques heures plus tôt, l’envie de rire le prenait quasiment. Il avait reproché à Seth de le faire passer pour fou à l’auberge. Il n’avait pas trouvé ça normal. Presque irrespectueux et humiliant. A présent, il se rendait compte qu’une personne malade ne se rendait pas forcément compte de son état. Ou tout du moins, elle le conceptualisait à sa manière. A sa manière la plus plaisante.

-         Néanmoins, j’admets que je m’en veux tout de même de ne rien avoir senti. Tout ce dont je me souviens, c’est de m’être levé le lendemain avec un mal de tête affreux. Et toi, tu ne m’as pas laissé beaucoup de temps avant de me traîner derrière toi.

-         Est-ce que tu serais en train de me le reprocher ?

Au contraire de lui-même qui paniquait doucement en réalisant la gravité de tout ce qui s’était passé, Seth gardait un comportement calme. En aucun cas il ne semblait être en colère. En aucun cas il ne semblait vouloir manifester le moindre signe d’impatience. Et dire qu’il avait toujours aussi peur, si pas davantage. Dire que lui-même n’osait exprimer tout ce qu’il pensait en réalité. Il en avait toujours été ainsi entre eux. Sidned avait toujours fait preuve de retenu pour ne pas risquer de le vexer. Pour ne pas risquer d’attiser sa colère.

-         De cette question là aussi, tu connais la réponse, dit-il dans un souffle. Tu sais que tu resteras toujours Seth, qu’importent les circonstances. Qu’importe ce que tu peux faire.

Et il baissa la tête, n’osant plus le regarder. Visiblement satisfait, Seth ne semblait pas vouloir accepter de lui qu’il le fuit. Même si ce n’était que du regard. Aussi, Sidned sentit-il une main lui empoigner délicatement le menton et le forcer à relever le visage. Une bouche vint se coller sur son front. Une bouche qui exprimait combien son propriétaire était satisfait de son attitude. De son obéissance. Un instant, Sidned aurait presque espéré que cette bouche se pose de nouveau sur ses lèvres. Comme la veille. Mais Seth n’en fit rien. Pas cette fois.

-         Pour te récompenser de ta loyauté, je t’ai réservé une surprise, dit-il. Ce n’est pas grand-chose. C’est même beaucoup moins bien que tout ce que tu as pu voir et visiter jusqu’à maintenant, mais je sais que tu vas aimer.

Profitant du fait que Seth avait lâché son visage, Sidned détourna son regard du sien. Envisagea les alentours. Le nouveau lieu qu’avait choisi Seth pour eux. Il ne fut que vaguement surpris de découvrir un cimetière non loin de là. Comme Seth l’avait prévenu, il n’avait pas grand-chose à voir avec tout ce qu’il avait déjà connu. Ce n’était qu’un petit cimetière. Un petit cimetière délaissé depuis apparemment des années. Si pas des siècles. Il arrivait parfois que certains édifices traversent les années en survivant plus ou moins au temps. Sidned allait pouvoir le vérifier de ses yeux. Sans se faire prier, il descendit de la voiture, imité par Seth. A deux, ils marchèrent et passèrent la grille en fer forgé. Un grille rongée autant par la rouille que la verdure. Sidned doutait fortement qu’elle puisse encore se fermer convenablement. Mais ce n’était pas sa principalement préoccupation.

A peine s’eut-il approché des premières tombes de l’allée centrale que déjà son esprit entrait en effervescence. Heureusement pour lui, il parvenait la plupart du temps à ériger l’une ou l’autre barrière mentale. Pour ne pas être envahi par les esprits dits traditionnelles. Pour limiter le passage des âmes tourmentées. C’était peut-être pour ça qu’il n’avait pas ressenti la présence d’un cimetière lorsqu’ils parlaient dans la voiture. C’était également peut-être la raison qui expliquait qu’il n’ait pas ressenti la souffrance de Roxane cette nuit-là. Il lui suffisait de faire le vide dans son esprit. Rien de plus. Soit ça fonctionnait. Soit ça échouait lamentablement.

-         Comment te sens-tu ? Lui demanda Seth.

-         Comment je devrais me sentir ? répondit-il.

-         Je ne sais pas. Dis-le-moi.

Sidned continua d’avancer dans l’allée. Fermant de moins en moins son esprit. Se laissant aller à ressentir l’atmosphère présente tout autour de lui. Ses doigts jouaient avec le vent. Il aimait les vieux cimetières. Il les aimait parce que les âmes les plus anciennes étaient toujours les plus intéressantes. Elles étaient encore pleines d’un passé inexplicable. D’un passé dont il fallait partir à la découverte. Sidned se laissa complètement aller, ne se gênant plus pour s’aventurer au-delà des mauvaises herbes et des sépultures anciennes. Derrière lui, Seth le suivait en silence.

------------

 

Seth était toujours fasciné par Sidned lorsqu’il le voyait se prendre de joie tout en allant à la rencontre d’esprits. D’esprits souvent inconnus. Sidned était surprenant quand il agissait de la sorte. Et Seth possédait alors toutes les prédispositions pour s’amuser de la situation. Pour se moquer du monde dans lequel osait se perdre son frère. De la franchise dont il faisait de temps à autres preuve. Il l’aurait bien nargué à cet instant précis. Il l’aurait bien nargué si seulement Sidned ne s’était pas arrêté devant une tombe à la pierre usée. Le temps semblait avoir pris l’assaut de cette sépulture. La croix n’en était plus une, brisée. La mousse recouvrait toute la surface de ce qu’il en restait. Toute la surface de la tombe. Et pourtant, il n’était pas difficile d’identifier quelques écritures. Les lettres avaient dû être de couleur or par le passé. Sidned parvint à enlever une partie de la mousse. Celle qui les empêcher de lire le contenu du message. A notre petite Anna que nous avons aimé et que nous continuerons d’aimer. Ta mort sera pour nous le plus pénible des chagrins, mais nous continuerons de penser à toi à travers les années qui passent. Puisses-tu continuer à vivre à travers nous tous. Seth ne se permit pas de prendre la parole, laissant ce devoir à Sidned. Après tout, c’était son domaine, pas le sien.

Sidned sembla se concentrer. Communiquait-il  avec l’esprit de la fillette ? Car de toute évidence, le message était adressé à un enfant.

-         Il s’agissait d’une petite fille, commenta-t-il. Une petite fille malade. Ca remonte à très loin. Elle est morte il y a longtemps. Ses parents ont eu beaucoup de peine. Ils ont énormément pleuré.

-         C’est elle qui t’apprend tout ça ? Demanda Seth.

-         Ses souvenirs. Ils m’expliquent que c’était en période de famine. C’était une mauvaise époque. Une époque de pauvreté. Dans un petit village de la région. Non loin d’ici.

-         Bon sang, Sidned. Tu te rends compte de ce que tu es en train me dire ?

Seth se rendit rapidement compte que si lui ne ressentait pas grand-chose, Sidned n’était pas indifférent à tout ce qu’il venait de lui raconter. Au drame de cette famille qui avait apparemment perdu leur enfant. A la tristesse d’une gamine qui avait ressenti celle de ses parents. Il dû poser une main sur son épaule pour le tirer de ces sinistres souvenirs, s’il s’agissait vraiment de souvenirs. Quand il respira un bon coup plus profondément, Seth comprit qu’il avait fallu au moins ça pour le tirer de son petit manège. Sidned se tourna alors vers lui, se laissant choir sur la tombe. Etrangement, cette manifestation des esprits en lui parvenait à le déstabiliser. A le vider de son énergie. Il lui fallut d’ailleurs plusieurs minutes pour se reprendre convenablement avant de se décider à lui répondre.

-         Est-ce que ça te déplait que je te parle de ça ?

-         Ce n’est pas vraiment ça. Pour tout te dire, je m’en fiche complètement. Assez en tout cas pour observer la situation.

-         Et ?

-         Et je me dis que tu es peut-être réellement fou. Va raconter ça à des psychiatres et ils t’enfermeront dans leur hôpital, se moqua Seth.

Pour la première fois depuis longtemps, Sidned eut du courage et de la répartie.

-         Crois-tu que le sort qu’ils réservent aux meurtriers soit plus avantageux ?

Seth retrouva aussitôt son sourire de tous les jours. Celui qui ne le quittait pratiquement jamais. Qu’il bâtissait sur une bonne dose d’amertume et de cynisme.

-         D’après toi ?

-         Je n’en ai pas la moindre idée.

-         Ils les gardent en vie, Sidned. Ils les gardent en vie et ils les bourrent de médocs. Pour leurs tests personnels. Pour qu’ils puissent ensuite être disséqués une fois morts. Est-ce que tu sais le prix qu’ils mettraient pour obtenir le corps de quelqu’un comme moi ? Est-ce que tu imagines un peu ce que pourrait représenter mon cerveau pour eux ?

Devrait-il s’en sentir flatté si un jour ça lui arrivait ? Se sentait-on simplement suprême en sachant ce que l’on représentait pour la science uniquement parce que l’on était un tueur ? Pouvait-on être comblé de savoir son intelligence recherchée ? Seth se disait bien de toute façon que si ça devait arriver un jour, il ne serait plus là pour le voir. Il préféra donc laisser cette idée de côté, voyant Sidned déglutir du sien. Il ne devait pas s’être attendu à un tel traitement de faveur à l’égard des plus grands meurtriers. Mais Seth avait mieux à faire que de se préoccuper de ce qu’il pouvait bien ressentir. Sidned lui devait quelque chose. Quelque chose de bien plus amusant que de communiquer avec les esprits.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /2008 16:07

Chapitre II.

 

Partie 1

 

Jamais Sidned n’avait été plus amorphe. D’habitude, il lui arrivait de parler un peu. Même si ce n’étaient que quelques mots. A peine une phrase complète. Mais pour le coup, il était silencieux. Juste silencieux. Il n’avait pas non plus beaucoup dormi. Quelques heures tout au plus. Seth avait fini par se détacher de lui. Il l’avait délaissé aussi rapidement qu’il l’avait embrassé. Il avait même quitté la chambre l’espace de quelques instants. Et Sidned avait finit par s’endormir peu après. Comme s’il avait espéré pouvoir trouver un peu de repos. Comme s’il avait espéré que cette nuit dans un lit autre que le sien serait bénéfique. Ca avait été tout simplement stupide et naïf. D’ailleurs, il se demandait s’il parviendrait encore un jour à passer une nuit entière sans ses tourments quotidiens. Sans être dérangé par un quelconque esprit. Sans être réveillé par Seth. Sans être hanté par les images d’une Roxane morte et que son imagination lui laissait entrevoir. C’était facile d’imaginer la mort. Très facile. Surtout lorsqu’elle concernait une personne connue. Cependant, c’était également terriblement blessant. Et si seulement Seth s’était arrêté là. Si seulement…

-         Je pensais bien que tu m’en voudrais un peu, mais de là à faire la tête durant des heures entières, ça m’étonne de toi, commenta d’ailleurs Seth. Qu’est-ce qui ne va pas depuis ce matin ?

Sidned tenta de se détendre. De lui faire part calmement de son opinion sur la question.

-         Tu t’attendais à quoi franchement, Seth ? Tu t’es joué de moi jusqu’au bout. Comment as-tu pu mentir sur mon compte ? Comment as-tu pu profiter de mon absence pour me dégrader comme tu l’as fait ?

-         Ah, tu parles de ça ! S’exclama Seth. Pourquoi faire toute une montagne de rien ?

-         Parce que pour toi, mentir à propos de son frère n’est rien ? Mais venant de toi, évidemment…

-         Tu es en colère ?

-         D’après toi ?

-         Non, je voulais dire es-tu furieux, Sidned ?

Sidned se crispa. Il connaissait ce genre de question. Il savait ce qu’elle cachait derrière. En réalité, Seth le testait. La véritable question était tout autre. Est-ce que tu as le courage de me défier ? C’était juste irrésistiblement amusant pour Seth de jouer avec ses peurs les plus profondes. Sidned n’aimait pas ça, mais il continua sur sa lancée.  

-         Est-ce que tu sens l’exaspération s’imprégner dans tout ton corps ? Est-ce que tu as envie de t’énerver contre moi ? Ce serait bien la première fois. Tu es d’habitude si peu réactionnel…, dit-il.

Il faisait tout pour le mettre dans l’embarra. Sa voix était calme. Posée. Contrairement à la sienne qui lui semblait parfois éraillée. Il suffisait d’un mot, d’une remarque, pour qu’il se rappelle que s’adresser à Seth comme il l’entendait pouvait s’avérer risqué. Pourtant, il s’était réellement senti hors de lui lorsqu’il lui avait expliqué un peu plus tôt par quels moyens il leur avait obtenu une nuit gratuite dans cette auberge. Il lui avait révélé tout ce qu’il avait bien pu raconter le concernant. Combien il s’était servi de lui. Inconsciemment, Sidned avait été blessé. Blessé de devoir considérer que les seuls états d’âme de Seth à son égard se limitaient à quelques mensonges.

Sidned était perdu face à un tel comportement. Il se prit la tête entre les mains, replaçant quelques unes de ses mèches indisciplinées en arrière. Il détestait quand Seth prenait ainsi tout à la légère. Pour une fois qu’il se sentait suffisamment en colère pour l’affronter. Pas entièrement, certes. Juste un peu. C’était au moins ça. Mais Seth était imperturbable. Il ne manquait jamais de saisir la moindre occasion qui se présentait à lui. Surtout si elle pouvait lui permettre d’anticiper quelques reproches. Bien qu’il s’en moquait.

-         Tu as menti au barman, hier. Tu lui as dit que j’étais fou. Est-ce que tu te rends au moins compte de ce que ça représente ?

-         Ce n’est pas une insulte. Après tout, ce serait triste si tu étais parfait, Sidned. Tu l’es déjà un peu trop à mon goût. Tu n’as pas envie d’oublier tes stupides valeurs pour profiter un peu de la vraie vie ? Ca serait déjà ça de gagné pour nous deux.

N’étaient-ce pourtant pas ses stupides valeurs qui lui permettaient justement de ne pas devenir fou pour de bon ? Il y avait des mots, des aveux, que Sidned ne parvenait toujours pas à se sortir de la tête. Ces images qui lui traversaient l’esprit.

-         Tu es un menteur, Seth, dit-il. Un menteur et un manipulateur. Tu as manipulé le barman comme ça t’arrangeait. Même si tu savais que je n’apprécierais pas ta façon de faire. Et en plus…

Tu m’as annoncé sans le moindre remord que tu avais assassiné Roxane. Sidned ne dit cependant rien. Il ne poursuivit pas. Il ne voulait pas revenir sur ce fait. Même s’il le hantait. Mais si c’était ce qui l’avait principalement empêché de dormir la nuit dernière. Ses yeux le piquaient. C’était une brûlure intense. Une brûlure qui faisait mal. Celle des dernières larmes qu’il avait versées. Celle de la peur qui s’insinuait un peu plus depuis la veille dans chacune des particules de son corps. Qui coulait à toute allure dans son sang. Sa tête lui faisait également mal. Comme s’il avait reçu des coups de marteau au cours de la nuit dernière. Quand il sentit que la voiture virait sur la droite avant de se stationner, son cœur se mit à battre un peu plus vite. Il avait peur. Brusquement très peur. Et si cette franchise qu’il avait un instant eu à l’égard de Seth lui valait le résultat d’être puni par celui-ci ? Et si Seth avait décidé de lui remettre les idées en place ? Est-ce qu’il allait le frapper ? Sidned se surprit à fermer les yeux, attendant qu’un premier coup ne vienne. Mais au lieu de ça, une voix normale et dépourvue du moindre signe de violence parvint jusqu’à ses oreilles.

-         Dans ce cas, envoie-moi me faire foutre, Sidned. Fais-moi taire.

-         Quoi ?!

-         Si vraiment tu penses ne plus pouvoir me faire confiance, demande-moi de partir. Je le ferai.

-         Pour aller où ? C’est ta voiture. Je suis dans ta voiture, et tu as tous les droits en ce moment. Celui-là même de me laisser ici et de continuer sans moi.

-         Si je faisais ça, plus rien n’aurait de sens. Surtout pas le fait que j’ai un matin décidé de t’emmener avec moi. Je te demande de ne pas contrarier mes plans. Rien d’autre.

Et de ces plans, je suppose que je suis un élément inclus en dernière minute. Une pièce de ton échiquier. Sidned ne doutait pas que Seth le mène une nouvelle fois par le bout du nez. Il était doué. Doué pour se moquer des autres. Comme il s’était amusé à titre d’exemple avec le barman de cette auberge qu’ils avaient un peu trop rapidement quitté à son goût. Vraiment, Seth était doué quand il s’agissait de faire entrer les autres dans son jeu. Et lui-même ne faisait pas exception à la règle. Car Sidned se savait faible. Il savait qu’il ne pourrait jamais avoir la force de lui résister. Peut-être même cela le perdrait-il un jour. Inlassablement, Sidned était le prisonnier d’un destin bâti sur la perversité d’un être sans scrupule. Un peu plus, et il lui aurait demandé si ce n’était pas parce qu’il le sentait doucement échapper de la partie qu’il ne s’était pas montré aussi moqueur que d’habitude. Mais il savait aussi que cette question ne servirait qu’à dramatiser un peu plus la situation actuelle.

-         Tout ce que je désire pour le moment, c’est savoir pourquoi tu as si subitement décidé d’aller vers l’ouest ? Se contenta-t-il de répondre.

-         Ca t’intrigue ?

-         Disons que tu ne prends jamais aucune décision au hasard. Et pour le coup, tu as l’air particulièrement sûr de toi.

-         Pour une fois, c’est parti sur le coup d’une envie subite.

Espèce de sale menteur, pensa aussitôt Sidned, épargne-moi tout ce suspens et réponds-moi tout de suite. Je t’en prie.

-         Je le sens mal, ne parvint-il qu’à émettre.

-         Qu’est-ce que tu sens mal ?

-         Cette soudaine envie…

Mais Seth ne l’écoutait déjà plus. A la place, il avait les yeux rivés sur la boite à gants. Ce détail n’échappa pas à Sidned. Il se demandait déjà ce qu’il pourrait bien lui demander, car il savait que dans ces moments, Seth avait une idée en tête. Et les idées de Seth le rebutaient toujours au plus haut point.

-         Est-ce que tu m’écoutes ?

-         Passe-moi le joint qu’il y a là-dedans, dit-il.

-         Mais Seth… Tu conduis et…

-         Ta gueule et passe-moi ce foutu joint, Sidned !

Sidned soupira et s’exécuta. Lorsqu’il ouvrit la boite à gants, la vision de tout ce qu’il aurait voulu ignorer s’offrit à lui. Il n’y avait pas qu’un joint, il y avait également deux ou trois sachets d’une poudre d’une blancheur impeccable. D’une blancheur à faire peur. D’une blancheur telle que devait l’être la mort. Et si seulement il n’y avait pas eu ce couteau et ces seringues pour accompagner le tout, Sidned aurait juré avoir ouvert une porte définitive sur l’enfer.

-         Comment as-tu fait pour te procurer tout ça ?

-         Dis-toi que j’ai quelques bons contacts, répondit Seth en lui arrachant ce qu’il voulait des mains.

Sidned savait également d’expérience que les contacts de Seth étaient à éviter pour le peu qu’il ait eu l’occasion de les rencontrer. Il était déjà arrivé qu’il invite quelques unes de ses connaissances à la maison. Sidned les entendait alors rire. Plaisanter sans raison valable. Sidned s’enfermait dans sa chambre. Et il ne dormait pas, guettant chaque bruit. Il ne lâchait jamais la porte du regard comme si elle aurait pu s’ouvrir à tout moment. Il arrivait même parfois que l’une ou l’autre bouteille d’alcool vienne se fracasser contre celle-ci. Mais Sidned ne paniquait pas pour autant. La panique n’avait jamais mené à rien. Elle laissait envisager toutes sortes d’idées saugrenues. Elle embrouillait l’esprit. Elle faisait miroiter une fausse réalité. Car celle qui avait vraiment lieu était déjà suffisamment pénible pour qu’on en rajoute une couche.

-         Par quelques contacts, tu veux parler des types que tu ramenais autrefois à la maison ?

Seth s’étonna de sa question. Sans doute pensait-il qu’il était trop jeune pour s’en souvenir. Car en réalité, ces soirées qui s’étendaient jusqu’au beau milieu de la nuit ne s’étaient produites qu’à deux ou trois reprises. Et Sidned n’était encore qu’un enfant à cette époque. Ils avaient perdu leurs parents depuis quelques années seulement.

-         Tu croyais que j’avais oublié ? Insista-t-il. Tu devais avoir à peine quatorze ou quinze ans.

Seth mit un temps pour analyser ses paroles, se forçant certainement à revenir en arrière. A cette époque où ils n’habitaient plus qu’à deux. Rapidement, son visage changea du tout au tout. Il passa soudainement de l’étonnement à la moquerie la plus totale.

-         Quelle mémoire, Sidned ! On dirait bien que cette époque t’a marqué. Est-ce que tu n’aurais pas été traumatisé, dis-moi ?

Sidned prit un air plus concerné. Peut-être même froissé.

-         Pourquoi fais-tu ça, Seth ? Pourquoi t’en prends-tu à moi ?

-         Parce que ça m’amuse de te voir te débattre de mes plaisanteries incessantes. Mais pourquoi cherches-tu tant à le savoir ? A quoi ça te servirait de trouver une répondre franchement ?

A te comprendre. A comprendre pourquoi tu fais tout ça. Mais Sidned savait qu’à ce stade il en avait déjà trop dit. Et qu’y pouvait-il ? Depuis leur départ, ils n’étaient pratiquement plus qu’à deux. La plupart du temps dans la BMW de Seth. Il était difficile de ne pas s’intéresser à l’autre. Ou tout du moins, il était difficile pour Sidned de ne pas s’intéresser à Seth. A ce frère qui ne semblait même pas en être un. C’était sans compter que l’intérêt qu’il lui portait ne devait pas lui être retourné. Il réalisa alors qu’il devait se fatiguer inutilement. Si Seth ne lui prêtait pas attention, à quoi bon insister ? Ne jouait-il pas avec le feu ?

-         Excuse-moi, dit-il.

-         De quoi ?

-         De reparler de tout ça. Est-ce que tu m’autorises toujours à rester avec toi ?

La réponse ne se fit pas attendre. Sidned savait qu’en posant cette question, il lui donnait une nouvelle opportunité de le contrôler. En s’excusant, il venait de lui montrer l’une de ses faiblesses. Il était fragile. Sidned se savait fragile. Tout comme Seth le savait aussi.

-         A une condition…

Et quelle ne serait pas cette condition. Toutefois, Sidned n’avait plus vraiment le choix. Seth était capable de tout. Seth lui apparaissait brutalement comme quelqu’un de mauvais. Même s’il s’agissait de son frère. Même s’il avait besoin de lui.

-         Quelle condition ?

-         Tu le sauras bien assez tôt. Contente-toi d’accepter si tu ne veux pas avoir à continuer à pieds.

Forcé, Sidned acquiesça.

-         D’accord.

 Il entendit vaguement Seth lui parler de quelques idées qui lui venaient à l’esprit. De cette petite pause qu’ils pourraient faire dans quelques heures. Il attendait de lui sa participation. Il voulait juste qu’il fasse tout ce qu’il lui demanderait. Seulement alors il continuerait à l’accepter comme étant son chien de compagnie pour ce très long voyage.

Sidned se sentait tout à coup assommé. Par la fumée qui émanait du joint de Seth et se répandait dans toute la voiture. Par sa condition actuelle. Par tout ce qui s’était passé ces derniers temps. Par le meurtre de Roxane. Ca faisait beaucoup trop d’informations en une seule fois. Sidned sentait son cerveau entrer en ébullition. Il avait brusquement très chaud. Et alors que Seth continuait à le narguer, il ferma les yeux, guidé par sa conscience. Une conscience qui le mènerait peut-être sur des sentiers un peu plus calmes.

------------

 

Seth observa Sidned fermer les yeux. Il l’observa glisser dans les limbes du sommeil. Même s’il savait que ce n’était pas le cas. Il connaissait cet état dans lequel pouvait parfois se mettre son frère. Il savait qu’il s’agissait d’un refuge tout particulier. D’un refuse qui pouvait parfois se retourner contre lui. Seth s’en moquait malgré tout suffisamment pour le tirer de son état. Malgré qu’il n’ait pas envie de faire le voyage seul. Car si Sidned passait énormément de temps dans son petit monde, il ne pourrait jamais rien tirer de lui. Et ça, ça ne lui plaisait pas beaucoup contrairement à tout le reste.

Depuis l’horizon, il pouvait apercevoir les falaises qui les avaient déjà accompagnés depuis les bois. Elles paraissaient à la fois si proches et si lointaines. Tel un mirage. Seth se souvenait encore des paroles d’Hadrien. De cette façon qu’il avait eu de l’avertir d’un quelconque danger. La question de Sidned lui revint alors à l’esprit. Pourquoi avait-il choisi la direction de l’ouest sans faire preuve de la moindre hésitation ? Il n’avait pas désiré lui répondre simplement pour ne pas s’engager dans une longue conversation. Mais Seth se connaissait suffisamment pour affirmer que c’était justement cette menace qui l’attirait le plus. Il aurait de toute façon pris cette direction, qu’importent les raisons. A présent, il était juste plus que jamais certain de l’attrait qu’il pourrait en tirer.

Un gémissement le força à jeter un œil sur le côté sans pour autant quitter la route du regard. Apparemment, le petit monde de Sidned semblait une nouvelle fois être la proie de quelques esprits malins. Il l’entendait s’en plaindre. Il pouvait voir ses paupières bouger. Son corps tenter de se caler avec force contre le siège. Ce n’était pas la première fois que ça arrivait. Ce ne serait pas la dernière. Sidned se retrouvait souvent le prisonnier de ses cauchemars. Jusqu’à ce qu’il le réveille. Ou jusqu’à ce qu’il en sorte par lui-même.

Une interprétation venimeuse franchit la barrière des lèvres de Seth.

-         Pauvre petit frère, victime de ta propre folie, commenta-t-il. Est-ce que tu es sûr que je suis vraiment un menteur ? Est-ce que tu es certain de ne pas devenir fou pour de vrai tôt ou tard ?

Il avait prononcé ces mots comme pour lui-même. Sans espérer que Sidned les entendrait. A vrai dire, tout cela l’amusait. Sa souffrance l’amusait. C’était ce qui expliquait qu’il ne ressentait nullement l’envie de le réveiller. Nullement l’envie de le tirer de ses souffrances. C’était sans compter sur le fait qu’il sentait son estomac se nouer peu à peu. Il dû ouvrir la fenêtre de la voiture pour remettre le peu que contenait son estomac. Sans doute même les restes de whisky de la veille. Car ils étaient partis précipitamment ce matin. Il n’avait aucunement ressenti le besoin de tenir compagnie à Hadrien plus longtemps. Cette herbe qu’il venait de fumer devait être mauvaise. Ou alors, il n’y était plus du tout habitué. Quoiqu’il en soit, l’estomac vide, elle l’avait rendu malade. Quand il se sentit un peu mieux, il reporta une partie de son attention sur Sidned.

-         Je te réserve une surprise, dit-il en pensant presque qu’il pouvait encore l’entendre cette fois. J’ai pour toi un cadeau qui devrait te plaire.

Et il tourna le bouton de la petite radio, remettant en marche le cd de 30 seconds to mars. Dans quelques heures, Sidned reviendrait de nouveau sur terre. Dans quelques heures, ils pourraient enfin jouer. Tous les deux. En attendant, il se satisferait parfaitement de quelques paroles chantées pour seule compagnie. Et les heures défileraient. Inexorablement.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /2008 12:39

Coucou tout le monde! Je poste cet article car j'ai essayé de répondre directement aux derniers commentaires reçus, mais over-blog ne l'a pas forcément signalé >-< Donc, voilà, je tenais à remercier toutes les personnes qui ont eu la gentillesse et la patience de lire Frères de coeur jusqu'au bout. Tous les commentaires que j'ai reçu pour cette histoire m'ont fait très plaisir.

D'ailleurs, je remercie particulièrement Sasu, Sakura et Meroko qui m'ont beaucoup soutenue. J'espère simplement que la suite de mes écrits vous plairont tout autant. En tout cas, merci beaucoup à vous.

Gros bisous,

Aza

Par Azalea
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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 22:33

Partie 3

L’homme devenait un peu trop insistant au goût de Sidned qui s’était reculé, mettant le plus de distance possible entre eux. Il ne voulait pas créer de scandale. Cependant, il ne semblait pas vouloir comprendre. Il ne voulait visiblement pas le laisser en paix. Sidned était forcé de supporter la vulgarité de ses paroles en plus des attouchements qu’il lui faisait sous la table. Un peu plus, et il risquait de quitter celle-ci sous les yeux de tous. Sous les yeux de ce salaud qui risquait de vouloir le retenir malgré ses protestations. Et que ferait Sidned si cela mettait en colère Seth ? Que ferait-il si son comportement était déplacé ? Seth n’apprécierait pas.

-         Tu ne veux toujours pas me dire ton prénom, mon mignon ?

Et l’homme insistait. Sans se lasser. Sans s’apercevoir qu’il en avait définitivement assez du nombre incalculable de fois où il le relançait depuis plusieurs minutes. Espérant qu’il daignerait s’intéresser à lui. Imaginant qu’il pouvait tout obtenir par la force. Sidned menaçait de perdre son sang froid d’un moment à l’autre. Il ne désirait plus qu’une chose. Se lever et quitter la table le plus rapidement possible. Aussi rapidement qu’il avait quitté Seth. Depuis combien de temps attendait-il ? Depuis combien de temps étaient-ils entrés dans cette auberge ? Combien de temps tiendrait-il encore dans ces conditions ?

Alors que Sidned tentait de faire le vide en lui, il sentit une main se poser sur la sienne. Une main chaude. Une main couverte de sueur. L’alcoolique venait de le toucher. Il caressait ses doigts des siens boudinés. Sidned se recula en arrière d’un coup bref. Ce simple contact le répugnait. Lui donnait envie de vomir.

-         Ne me touchez pas ! Cracha-t-il.

L’homme prit un air décontenancé. Cependant, il se reprit presque aussitôt et se mit à rire. D’un rire gras et rauque.

-         Allons mon beau. Pourquoi jouer aux effarouchés ? Je ne suis donc pas assez beau pour tes doux yeux ?

-         Ce n’est pas la question.

La voix de l’homme était défaillante. A ce stade de la soirée, Sidned se demandait combien de grammes d’alcool devaient être contenus dans son sang. Pire, pourquoi en était-il arrivé à répondre aux questions de quelqu’un qui ne devait même plus saisir tout le sens de ce qu’il disait ? Sidned était juste agacé. Tellement agacé qu’il jeta un nouveau coup d’œil en direction de Seth. Il priait intérieurement pour qu’il fasse vite. Pour qu’il l’autorise à le rejoindre au bar. Pour ne plus avoir à supporter cet espèce d’ivrogne non loin de lui. Il se crispa alors brusquement sur sa chaise. Seth ne se trouvait plus au bar. S’il n’était plus à cet endroit, où se trouvait-il ? Il envisagea chaque recoin du lieu. Examinant tout avec précision. Sans le trouver du regard. Mais Seth n’était pas parti. Il ne pourrait jamais partir en le laissant là. Sans lui. Tandis qu’il allait décider de quitter la table une bonne fois pour toute, deux mains se posèrent sur ses épaules. Il sursauta, mais se ravisa rapidement en sentant deux bras s’enrouler autour de son cou. Bientôt, quelques mèches noires coulèrent sur son front.

-         Seth ? S’étonna-t-il.

-         On dirait que je t’ai manqué, chéri. Ne me dis pas que tu comptais te faire cette chose répugnante dans peu de temps ?

Le ton était toujours aussi désinvolte et moqueur. Les paroles qu’ils prononçaient de mauvais goût.

-         Tu ne vas quand même pas croire que c’était dans mes intentions ? Se vexa légèrement Sidned.

-         Et pourquoi pas ?

-         Jamais je ne ferais ça, tu le sais très bien.

-         En effet, je le sais. Mais j’avais bien le droit d’imaginer que tu aies pu changer en si peu de temps.

-         Tu es malade, Seth.

-         Là, je rectifie. Tu es malade.

-         Comment ça je suis malade ? Je ne vois pas pourquoi je le serais.

-         Je t’expliquerai plus tard si tu veux bien.

Il n’insista pas, considérant le regard que posait désormais sur eux l’homme qui leur faisait toujours face. Seth le remarqua aussi et le fixa droit dans les yeux comme il savait si bien le faire. Parfois, Sidned l’enviait d’être capable de se montrer à ce point impressionnant. Lui-même n’était pas capable d’effrayer quiconque lui cherchait des misères. Pour le coup, l’alcoolique sembla visiblement offusqué. Une grimace de colère se dessina sur son visage.

-         Un problème ? Demanda Seth avec amusement.

-         T’es qui toi ?

Quelqu’un contre qui tu ferais mieux de ne pas émettre beaucoup de résistance. Je ne connais pas moi-même toute l’étendue de ce à quoi il est capable. Quoique j’en aie ma petite idée, pensa Sidned. Seth le serra pourtant juste un peu plus fort contre lui avant de répliquer.

-         Ca t’intéresse vraiment de le savoir ?

-         Evidemment ! Je te signale que celui que tu tiens était destiné à être ma prochaine proie.

-         Voyez-vous ça. Ta prochaine proie ? Est-ce que tu lui as demandé son avis au moins ? Est-ce que tu crois vraiment que Sidned aime ce que tu envisages déjà de lui faire ? Il n’est pas un coup d’un soir. Il n’a pas envie de baiser avec toi.

-         Ainsi il s’appelle Sidned, s’étonna l’ivrogne. Vous vous connaissez ?

En une fraction de seconde, Sidned en venait à se demander comment il pouvait avoir souhaité retrouver la présence de Seth à ses côtés. Seth près de lui, la suite menaçait de se corser. Il le sentait plus manipulateur que jamais. Il émanait de lui cette espèce d’aura qu’il détestait tant. Qui lui faisait peur. Une aura meurtrière.

-         Nous nous connaissons même très bien. Je connais très bien, Sidned. Bien mieux que tu ne le connaîtras jamais… Il s’agit de mon cher et tendre petit frère.

-         On ne peut pas dire que vous vous ressembliez pour des frères. Tu n’essayerais pas de m’entourlouper par hasard ?

-         Si c’était le cas, il y aurait déjà longtemps que je serais parvenu à mes fins, susurra Seth.

-         Quelle prétention !

-         Ce n’est pas que prétentieux, c’est également véridique. Il va falloir t’y faire.

Les yeux de Sidned passaient de l’un à l’autre. Terrifiés. C’était vrai que Seth et lui ne se ressemblaient pas le moins du monde. C’était vrai que si Seth était particulier, lui avait tout de banal avec ses cheveux bruns coupés courts et ses yeux bleus manquant de la nuance subtile qui brillait sans arrêt dans ceux de son frère. Etrangement, il appréhendait le moindre geste de Seth. Il craignait de le voir agir à sa façon. Et ses doutes se confirmèrent lorsqu’il sentit des lèvres se poser dans sa nuque. Parcourir son cou. Remonter jusqu’au lobe de son oreille. Quelque chose humidifiait sa peau. Des mains caressaient son torse. Sidned se surprenait presque à apprécier ce traitement. Si bien qu’il se laissa complètement aller en arrière. Entre les bras de celui qui se tenait juste derrière lui.

L’homme se manifesta par un reniflement. Il n’appréciait manifestement pas le spectacle qui s’offrait à lui.

-         Plutôt proches pour des frères.

-         Ca pose un problème ?

A la question. A sa façon de la prononcer, Sidned sentait que Seth devenait un autre. Il le sentait frémir tout contre lui. Il sentait son cœur battre plus rapidement sous son oreille. Le sang fuser à une vitesse folle au travers de ses veines. Seth était transporté dans un état d’excitation intense. Il aimait ce qui se passait maintenant. Tous ses sens étaient aux aguets. Comme s’il attendait un quelconque signal pour sauter à la gorge de l’autre. Comme si cette possibilité lui plaisait particulièrement. L’homme bafouilla quelques mots sans trop parvenir à former une phrase correcte. Lui aussi avait remarqué ce brusque changement. A présent, il se méfiait. Mais Seth n’enchaîna que plus belle.

-         Je vais être clair. Ce gamin m’appartient. Il est à moi. Si tu continues à le harceler, cela signifiera que tu t’attaques à ma possession. Dans ce cas, je te laisse deux possibilités. Soit tu te casses d’ici avant que je ne me charge de ton cas pour de bon, soit je te laisse l’éventualité de participer à nos petits jeux malsains. Mais une fois de plus, je te préviens. J’aime le sexe. J’aime aussi le sang. Mieux, j’aime quand les deux ne forment plus qu’un. Et je ne suis jamais contre un bon trip s’il peut égayer la partie. Malheureusement, c’est très difficile de contrôler ses instincts dans ces moments-là…

-         Des instincts ? Quels instincts ? De quoi tu parles ?

-         Tu ne comprends donc pas ? Je pensais avoir été suffisamment précis en abordant de cette façon l’instinct de l’homme à proprement parlé. Son instinct le plus naturellement enfui en lui. Le plus abominable.

Seth n’avait pas lâché du regard celui qu’il avait en face de lui. Il avait ancré pour de bon ses yeux dans les siens sans jamais ciller. Et il continuait à toucher Sidned. Sidned qui était tout autant tétanisé. Jamais il n’aurait osé stopper Seth au beau milieu de cette petite démonstration de pouvoir. Il était si effrayant. Si réaliste…

-         C’est de la folie, ne pu que murmurer l’homme.

-         De la folie ? Releva Seth. Pourquoi es-tu encore là dans ce cas ? A moins que l’effet de l’alcool ne ralentisse bien trop le fonctionnement de ton cerveau pour que tu puisses réagir en conséquence ?

Il bouscula un instant le corps collé au sien pour se saisir de la bouteille de bière posée sur la table. Il la tourna entre ses doigts, l’examina sous tous les angles et finit par prendre une mine des plus railleuses.

-         Le pire, c’est que ça a l’air dégueulasse ! S’exclama-t-il.

Il n’en fallut pas plus pour que l’autre se lève et se dirige vers le coin opposé de l’auberge. Il n’avait même pas pensé à emporter sa bière qui avait pourtant fini par retrouver sa place d’origine sur la table. Sidned devinait qu’il ruminerait sans aucun doute jusqu’à la fin de la nuit. Jusqu’à ce que le petit matin apparaisse de nouveau et qu’il oublie tout, terrassé par un mal de tête affreux.

En attendant, Sidned se sentait quelque peu lui-même terrassé par les propos qu’avait tenu son frère. Le barman regardait dans leur direction. Il n’avait rien pu entendre de la discussion à cette distance, mais il devait sans aucun doute se poser tout un tas de questions. Et dire que Sidned aurait pu se rebeller. Dire qu’il aurait pu faire savoir qu’il n’appréciait que moyennement le discours qu’il avait tenu précédemment. Malheureusement, il ne dirait rien. Car il n’osait tout simplement rien dire. D’ailleurs, quand Seth lui ordonna de le suivre tout en se levant, il s’exécuta en silence. Mais au moins, il y aurait eu cette étreinte passagère dont il avait pu profiter.

------------

 

Il ne su pas comment il s’était retrouvé dans cette chambre. Décidément, il n’était pas au bout de ses surprises. Et Dieu seul savait que la fin de la nuit n’en serait que plus mouvementée en révélations. Une pièce étroite. Un lit pour deux. Tout laissait aller aux confidences les plus intimes.

-         Comment se fait-il que nous nous trouvions dans cette chambre ? Commença Sidned. Je croyais que tu avais oublié ton portefeuille.

-         C’est bien le cas.

-         Alors comment as-tu payé cette chambre ? Ou plutôt, comment comptes-tu la payer ?

-         Ca t’inquiète ?

-         Quand même. Je n’ai pas envie de voir les problèmes surgir dès mon réveil.

-         Dans ce cas, dis-toi que tu n’as rien à craindre. J’ai déjà tout arrangé.

-         Et aurais-tu l’obligeance de m’expliquer comment tu t’y es pris ?

Pour la première fois depuis le début de ce voyage, Sidned sentait qu’il commençait à perdre son sang froid. Il craignait Seth. Il l’avait toujours craint. Mais cette façon qu’il avait de tout mener à sa manière l’exaspérait au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient. Seth était juste insupportable. Il s’amusait de tout, même de lui. Mais Sidned en avait assez. Assez d’assister à tout ce qui se passait autour de lui sans jamais agir. Seth sembla le pressentir.

-         Disons simplement que ce cher Hadrien, le barman qui nous a si gentiment accueilli dans son auberge, s’est montré très compréhensif, dit-il.

-         Qu’est-ce que tu lui as raconté pour ça ?

-         Tu me soupçonnes de ne pas avoir été honnête avec lui ?

-         Je te connais suffisamment, Seth.

Seth soupira. Allongé à côté de lui sur le lit, Sidned savait d’avance qu’il ne lui confierait certainement pas les mensonges dont il avait fait preuve au cours de cette soirée pour obtenir gain de cause. Et Sidned se le demandait. Il se demandait à quel jeu s’était encore livré Seth pour parvenir à ses fins. Il aurait pu insister, mais il y avait toujours cette peur sans nom qui lui soufflait à l’oreille qu’il ne devait jamais trop insister. Sous peine de s’attirer certaines colères. Il s’allongea alors à son tour de tout son long, posant la tête sur l’un des deux oreillers du lit. Après ce qu’il s’était passé au cours de ces dernières heures, il se demandait brusquement si Seth n’était pas déjà furieux.

-         Est-ce que tu es fâché ? Demanda-t-il.

-         A quel propos ?

-         A propos de ce soir.

-         Tu veux parler de ce mec qui t’a dragué ?

Il acquiesça en silence, attendant une quelconque réaction.

-         J’étais bien plus amusé qu’en colère. C’est rare que quelqu’un s’intéresse à toi plutôt qu’à moi. Ca change. Cependant, il ne méritait sans doute pas que tu t’intéresses à lui en retour.

Sidned se sentit involontairement de nouveau piqué par cette possessivité qu’avait clairement fait entendre Seth plus tôt dans la soirée. Il avait espéré que ce n’étaient que des paroles en l’air. Sans grand intérêt.

-         Tu ne crois pas que j’ai le droit de décider tout seul de qui mérite ou non mon attention ?

-         Tu la lui aurais donnée ?

-         Bien sûr que non.

-         J’ai donc eu raison d’intervenir.

-         J’aurais pu me débarrasser de lui sans que tu t’en mêles.

-         J’ai pu le constater, le nargua Seth sur un ton ironique. Mais dis-moi, est-ce que tu ne serais pas en train de te rebeller contre moi ?

Sidned ferma les yeux un instant, ce qui laissa à Seth tout le temps nécessaire pour se tourner et venir s’installer juste au-dessus de lui. Quand il rouvrit les paupières, le regard de Seth était plongé dans le sien. Son corps était pressant au-dessus du sien. Son souffle caressait sa joue.

-         Pourquoi sommes-nous ici ? Osa-t-il enfin demander pour de vrai. Pourquoi me suis-je laissé embarqué dans cette voiture sans même essayer de protester ?

-         Pourquoi te poses-tu toutes ces questions seulement maintenant ?

-         Parce que je me demande si je n’ai pas fait une erreur en ne tentant rien pour ne pas te suivre.

-         Ta conscience te fait mal, Sidned ?

-         Et la tienne, Seth ? M’embarquer dans tes aventures sans lendemain à travers toute l’Angleterre, tu trouves ça réjouissant ?

Seth eut un petit rire. Le prenait-il pour un idiot ? Se moquait-il du courage qu’il avait de lui poser toutes ces questions ? De lui faire part de son avis ? Quoiqu’il en soit, il avait toujours la réponse à tout.

-         Tu préférais la monotonie de tes longues soirées seul dans ta chambre ? Ah non, excuse-moi, j’oubliais qu’il t’arrive de parler avec les esprits. Mais sois franc, tu ne trouves pas ça excitant de ne pas savoir de quoi sera fait demain ?

-         Ca n'a rien à voir. J’ai surtout l’impression que tu caches quelque chose. D’ailleurs, pourquoi c’est moi qui t’accompagne et pas Roxane ?

Roxane était la petite amie de Seth pour laquelle il avait déjà eu une pensée plus tôt dans la soirée. Petite amie très particulière avec ses cheveux rouges et ses tenues aguichantes qui faisaient tourner la tête de tous les hommes qui croisaient son chemin. Sidned n’aurait jamais su dire si Seth était amoureux d’elle. Il ne la respectait pas plus qu’il ne le respectait lui. Mais Roxane était malgré tout gentille. Gentille et patiente. Elle supportait le caractère désagréable de celui qui était son compagnon sans jamais se plaindre.

-         Tu tiens vraiment à le savoir ? Obtint-il pour réponse. Je te sens bien curieux. Dans ce cas, dis-toi que Roxane est dans l’impossibilité d’effectuer ce voyage avec nous.

Alors qu’il prononçait ces mots, Seth posa une nouvelle fois ses lèvres dans son cou. C’était la seconde fois en peu de temps. Une de ses mains s’était également posée sur l’une de ses hanches, lui interdisant le moindre accès. Il ne pouvait plus bouger. Il était comme fait prisonnier de son étreinte. Et il se mit à réfléchir. Longuement. Il se remémora tout ce qui s’était passé depuis leur départ. Ce doute qu’il avait eu à plusieurs reprises et qui revenait soudainement en force. Roxane était provocante. Et si… ? Non, c’était impossible. Alors, pourquoi les paroles de Attack lui revenaient de manière aussi foudroyante en mémoire. Pourquoi s’en répétait-il inlassablement les mêmes mots ? I would have kept you forever. But we had to server. It ended for both of us. Faster than a... Kill off this thinking. Sa tête menaçait à tout moment d’exploser. Il ne pouvait définitivement pas garder ces doutes pour lui tout seul. Il avait besoin d’en parler. Même si pour l’occurrence, il s’agissait de Seth.

-         J’ai compris, dit-il. Je crois avoir compris.

-         Vraiment ? répondit Seth. Et qu’est-ce que tu as compris ?

-         Pourquoi Roxane n’est pas avec nous. La raison de ce voyage si inattendu. Pourquoi tu ne le dis pas simplement, Seth ? Pourquoi tu ne m’avoues pas que tu as fuit la région où nous vivions ?

-         Pourquoi j’aurais fait ça d’après toi ?

Il voulait lui faire cracher le morceau. Sidned savait qu’il voulait l’entendre révéler ce qu’était la vérité. De sa propre bouche. Parce que c’était douloureux à avouer. Parce que ça l’écorcherait. Il voulait qu’il puisse expliquer pourquoi ils vivaient l’instant présent de cette manière et pas autrement. Seth ne cherchait même as à nier.

-         Parce que tu as des choses à te reprocher.

-         Je n’aurais pas dit ça en employant de tels mots. J’ai surtout été imprudent.

-         Pourquoi, Seth ? Pourquoi tu as fait ça ?

Sidned se surprit en train de pleurer. Il aimait bien Roxane. Il pouvait parler avec elle. Elle était douce. Elle ne lui reprochait jamais rien. Elle l’écoutait sans jamais se moquer.

-         Cette salope me trompait, avoua enfin Seth. Elle n’avait pas le droit. Elle en a juste payé le prix fort. Celui de mes sentiments.

-         Tu l’as tuée ?

-         Tu es perspicace. Plus perspicace que je le pensais.

-         Tu te rends compte de ce que ça représente ? Merde, tu l’as tuée, Seth. Et tu m’as embarqué dans tes conneries. En fuyant avec toi, je suis devenu ton complice. Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu m’as fait ça à moi ?

Sidned se rendait finalement compte de toute l’étendue dont était capable son frère. Alors qu’il pleurait, lui souriait. Alors qu’il se souciait de ce que l’avenir pourrait bien désormais leur réserver, lui envisageait les jours à venir sur base d’un plan déjà bien établi d’avance. Un plan qu’il exécutait en se servant de lui comme d’un pion. Comme d’une pièce d’échec. Seth ressentait-il seulement autre chose que de l’amusement ? Sidned se le demandait.

-         Qu’est-ce que tu vas faire maintenant, Sidned ? L’entendit-il murmurer.

-         Qu’est-ce que je peux faire ? Répondit-il d’une voix tremblante. Tu es un meurtrier. Et moi, je voyage avec un meurtrier. Je n’ai pas un meilleur rôle.

Il aurait très bien pu le dénoncer. Peu importe le lieu où ils se trouvaient. Peut-être Seth le tuerait-il comme il avait tué Roxane, mais au fond, il devait savoir qu’il ne représentait pas une menace. Qu’il ne chercherait même pas une occasion pour partir loin de lui. Sidned resterait à ses côtés. Qu’importe les circonstances. Comme un brave chien trop attaché à son maître. Ses larmes redoublèrent. Il perdait tout contrôle de lui-même. Il aurait voulu disparaître. Echapper à ce terrible destin qui venait de lui être offert sur un plateau d’argent. Il aurait souhaité que Seth l’oublie. Que tout cela n’ait été qu’un affreux cauchemar. Cependant, comme pour lui prouver le contraire, il sentit qu’on lui écartait les mains. Mains qu’il était parvenu à dégager pour se couvrir le visage. Pour masquer la honte qu’il ressentait de se laisser aller de la sorte. Les traits de Seth lui apparurent. Il n’était pas inquiet. Il continuait de sourire. De le regarder intensément. Avec tendresse. C’était la première fois qu’il le regardait avec tendresse. Et Sidned le soupçonnait de vouloir endormir sa méfiance.

-         Demain, nous irons vers l’ouest, dit-il. Tu ne veux pas essayer de prendre tout ça comme un fabuleux et interminable voyage ?

-         Je ne sais pas… C’est impossible. Je ne peux pas. Tu me demandes d’oublier le meurtrier que tu es devenu.

-         Rien n’est jamais impossible, Sidned. Tu le sais.

Il aurait voulu répliquer. Lui demander d’arrêter de mentir. De lui mentir. A lui, son frère. Celui qui partageait son sang. Il aurait voulu lui dire de cesser de l’attendrir. Mais alors qu’il allait s’y risquer, deux lèvres se posèrent sur les siennes. Deux lèvres l’empêchèrent d’exprimer une quelconque protestation. Sidned prenait enfin conscience que le malheur était tout proche. Un mauvais pressentiment l’assaillit. Toutefois, cela ne l’empêcha en rien de passer ses bras autour du cou de Seth. Plus que jamais, il avait besoin de soutien. Même s’il s’agissait du soutien de la seule personne dont il devrait se méfier à l’avenir.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 22:29

Partie 2

Seth prit un air des plus détendu en s’installant sur un tabouret. Il souriait également. Bien que Sidned n’était pas dupe. Il n’était jamais dupe de ses supercheries. Il y avait toujours quelque chose de sournois dans les sourires de Seth. Tout comme dans l’éclat de ses yeux. Sentant sans aucun doute le regard insistant qu’il posait sur lui, le barman, un homme grand et maigre dont les cheveux blonds semblaient faits de paille, s’adressa à lui.

-         Vous désirez, monsieur ?

-         Servez-moi ce que vous avez de plus fort. Quand au jeune homme à côté de moi, il prendra volontiers une eau gazeuse.

Sidned le prit sous la forme d’une moquerie. Il ne dit cependant rien. Après tout, il n’avait jamais nié détester l’alcool. Même si Seth aurait pu lui demander son avis au lieu de le ridiculiser comme il aimait tant à le faire. Quelques minutes plus tard, il se retrouvait avec son verre d’eau devant lui. Verre dont il but une gorgée tout en écoutant parler son frère.

-         Plutôt pas mal ce petit bar, dit Seth. Quant à ce qui est de le trouver… Vous êtes bien éloigné de la région, dites-moi.

-         Je n’ai pas la prétention de faire de mon auberge un endroit des plus réputés. Pour tout dire, vous êtes bien le premier à en vanter les qualités. A en croire ce que vous dites, vous vous fichez de moi.

Ou peut-être essaye-t-il juste de t’embobiner malgré toi. Sidned n’avait pu s’empêcher cette remarque mentale. Seth se pencha brusquement un peu plus en avant afin que le barman se sente davantage en intimité avec lui. De façon à l’absorber dans son monde. Ne plus lui laisser aucune possibilité de fuite. Le faire prisonnier du plan qu’il venait sans nul doute d’élaborer de toutes pièces. Un plan à suivre dans l’absolu.

-         Est-ce qu’il vous ait déjà arrivé de rester bloqué dans les bois pendant plus de deux heures entières ?

-         C’est ce qui vous ait arrivé ?

-         Affirmatif. C’est pour cette raison que votre auberge est un véritable havre pour moi. Enfin… pas seulement pour moi. En particulier pour mon frère.

-         Votre frère, pourquoi donc ? Je ne vois pas le rapport. Il semble bien jeune. Plus jeune que vous.

-         Il a à peine dix-sept ans.

-         A cet âge, on est à la recherche d’aventure. De sensations fortes. Se perdre dans les bois n’est qu’un petit frein sans importance.

-         Pas pour lui… Croyez-moi, il déteste perdre son temps inutilement.

-         Je ne vous suis plus. Il n’a que dix-sept ans, voyons ! Quel gosse de cet âge craint de voir le temps s’écouler ? Je me souviens encore de mes dix-sept ans, j’étais narcissique au point de me croire immortel.

Seth haussa un sourcil accusateur. Le sourire qu’il gardait affiché depuis leur entrée en ce lieu ne s’accentua qu’un peu plus.

-         Et aujourd’hui, que savez-vous à propos de l’immortalité ? L’êtes-vous toujours ? Est-ce que ça a changé votre vie ?

Le barman sembla quelque peu dérouté.

-         Bien sûr que non, je l’affirme.

-         Vous l’affirmez ?

-         Evidemment !

-         Qui pourrait se venter d’être immortel, n’est-ce pas ? Si j’y croyais, je dirais que seul Dieu a ce pouvoir. Et pourtant, ça ne m’a jamais empêché de me dire qu’il existe peut-être des êtres capables de jouir de l’éternité. Peut-être même en toute tranquillité.

-         C’est une drôle d’idée.

-         Je suppose.

Seth eut un rictus plus prononcé encore. Cependant, il le transforma rapidement en une expression déçue, ce qui éveilla tout l’intérêt de l’homme en face de lui.

-         Que se passe-t-il ? S’inquiéta-t-il. Ai-je dit quelque chose qui vous aurait déplu ?

-         Ce n’est pas vraiment ça.

-         Qu’est-ce que c’est alors ?

Sidned écoutait toujours d’une oreille attentive sans pour autant se mêler à la conversation. Il n’y avait tout simplement pas sa place. Pas quand Seth s’amusait des autres comme il le faisait actuellement. Alors qu’il venait de se convaincre que tout se passerait comme d’habitude, Seth tourna le visage vers lui. Un visage sur lequel s’inscrivait une fausse tristesse.

-         Petit frère, est-ce que tu ne voudrais pas aller m’attendre plus loin ? Je dois parler sérieusement avec ce charmant homme.

-         Je ne vois pas pourquoi, protesta-t-il.

-         Parce que c’est moi qui te le demande.

Il ne chercha pas à ajouter quoi que ce soit, se levant pour se diriger plus loin. Vers une table libre. Là où personne ne viendrait l’ennuyer. Là où il serait le seul témoin des agissements de Seth. Des agissements qu’il redoutait sans vraiment savoir pourquoi. Mais n’était-ce pas à chaque fois pareil ? Les évènements ne se passaient-ils pas à chaque fois de façon imprévisible ?

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Sidned leva la tête vers le ciel. A travers les vitres sales, il pouvait parfaitement voir la lune se dessiner au centre d’une toile faite de noir. Il n’aimait pas beaucoup cet endroit. Plus la nuit avançait, et plus il pressentait mal tout ce qui se passait pour le moment. Déjà qu’il n’appréciait que très légèrement ce voyage, voilà qu’il se sentait à présent étranger à ce décor. Il se sentait de trop aux côtés de Seth. Comme un animal de compagnie qu’on emportait avec soi pour ne pas être seul. Pour compenser à sa solitude. Quelque part, tout ça lui disait que Seth ne devait pas être facile à vivre à côté de lui. Surtout pour qu’il ne se soucie de lui que pour seule compagnie. Maintenant qu’il y réfléchissait, Seth n’avait-il pas une petite amie avant ce voyage ? Il ne se souvenait pas les avoir vu rompre. Dans ce cas, pourquoi n’était-ce pas elle qui l’accompagnait ? Depuis qu’ils étaient dans les bois, Sidned avait des doutes quant aux intentions de ce voyage qu’avait entreprit Seth.

De sa table, il pouvait l’observer faire des gestes élégants. Des gestes qui lui allaient bien. Des gestes qui lui donnaient une impression mystérieuse. Et le barman qui se laissait peu à peu avoir entre ses filets. Mais il était difficile de ne pas s’y laisser prendre. Très difficile. Sidned en savait quelque chose.

Alors qu’il détournait de nouveau son attention vers la fenêtre, quelqu’un vint s’asseoir en face de lui. Du coin de l’œil, il distingua la présence d’un homme d’environ la quarantaine. Peut-être mal rasé et dont l’hygiène laissait à désirer de par les effluves d’alcool qui émanaient de lui, mais un homme qui était pourtant loin d’être repoussant. C’était du moins ce qu’aurait dit Seth à sa place. Car lui, il refusait tout bonnement de lui accorder son attention.

-         Bonjour, commença-t-il sans la moindre gêne. Même s’il ne le regardait pas. Tu es nouveau ici. Je ne t’avais encore jamais vu avant. Je viens pourtant tous les soirs.

Sidned n’était pas étonné. Il préféra faire la sourde oreille. Surtout ne pas le regarder maintenant. Ne pas croiser son regard. Si par malheur ses pupilles rencontraient celles de l’autre, il se ferait piégé. L’homme croirait qu’il était parvenu à attirer son attention. Il ne le lâcherait alors plus du tout.

-         Tu n’es pas très bavard à ce que je vois. Je peux très bien faire la conversation pour deux, tu sais. Ca ne pose pas le moindre problème.

Silence de la part de Sidned. Une nouvelle fois. Il entendit l’homme boire sa bière d’une seule traite. Il l’entendit de par le bruit que fit le verre lorsqu’il le reposa ensuite sur la table. Un son creux. Le vide.

-         Faudrait-il encore que tu me regardes quand je te parle, insista-t-il.

Mais Sidned était obstiné. Sidned ne voulait pas avoir à discuter avec un alcoolique. Pourquoi avait-il fallu que Seth lui demande de le quitter pour quelques instants ? Pourquoi fallait-il qu’il lui tourne le dos ? Et pourquoi ce barman qui pouvait parfaitement voir la scène d’où il se trouvait n’intervenait pas ? Sidned n’aimait pas être la cible des autres. Encore moins des alcooliques. Non, vraiment, la situation laissait à désirer.

Tandis qu’il cherchait à éloigner son esprit de l’auberge où il se trouvait actuellement, tandis que son regard se perdait à travers le paysage qu’il examinait depuis maintenant un long moment, il ne s’attendit certainement pas à sentir une main lui attraper le menton pour l’obliger à tourner la tête. Sidned pu alors faire face à deux yeux injectés de sang. Un regard pervers. Au moins, Seth ne laissait jamais rien entrevoir de ses pensées. Même des plus mauvaises. Au moins, lui savait être discret et réfléchi. Il se recula brutalement sans pour autant lâcher l’homme du regard. C’était maintenant trop tard. Et quand c’était trop tard, il ne restait plus qu’à faire face.

-         Tu n’es pas mal du tout, reprit son vis-à-vis. D’ailleurs, maintenant que tu daignes bien vouloir me regarder, tu ne voudrais pas répondre à mes questions ?

-         Je n’ai rien à vous dire.

-         Au contraire. Je pense justement que nous avons beaucoup de choses à partager. Est-ce que tu es seul ?

-         Peut-être. Et j’aimerais le rester.

Sidned aurait très bien pu lui parler de Seth. Lui dire quel genre d’homme il était. Qu’il ne valait mieux pas le contrarier. Il aurait pu lui dire qu’il était si particulier qu’il hantait son esprit jour et nuit. Et pour cause… Mais l’alcoolique semblait bien se foutre de ses pensées. Il ne semblait pas prêt à le lâcher. Sidned pouvait voir son visage se refléter dans le regard de l’autre. Son expression d’inquiétude. Son propre regard apeuré. Car sans Seth, il se sentait démuni de quelque chose. Quelque chose d’essentiel. Sans Seth, il était la proie de tous.

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Seth était particulièrement fier de lui. En un rien de temps, le barman s’était mis à n’avoir plus d’yeux que pour lui. Il buvait ses paroles. Chacun de ses mots. Oubliant quasiment de servir ses autres clients. C’était tellement jubilant de prendre ce genre de type au piège. Il en aurait presque rie à gorge déployée s’il n’avait pas dans la certitude de se voir accorder quelques faveurs. En plus de s’amuser. A force, il avait même fini par apprendre son nom. Hadrien. D’ailleurs, Hadrien servit un whisky à un ivrogne avant de revenir le voir. Un ivrogne parmi tant d’autres. Il n’y avait que ça ici.

-         C’est souvent comme ça ? Demanda Seth.

-         Tous les soirs.

-         Et ça ne te fait rien que ton auberge puisse risquer de se transformer en véritable foutoir ?

-         Je devrais m’en inquiéter, je suppose. Mais plus ils boivent, mieux je termine ma soirée. Tu n’imagines pas un seul instant combien je gagne grâce à eux.

-         Oh si, j’imagine très bien.

Il était jeune, c’était ce qui expliquait que la valeur de l’argent prenne le dessus sur la maturité. En tout cas, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Seth s’abstint de tout commentaire. Hadrien le fixait à nouveau.

-         Tu ne m’as pas dit d’où tu venais.

-         D’un peu partout, mentit-il.

-         D’un peu partout ? C’est vague.

-         Disons que je voyage surtout pour Sidned. Il en a davantage besoin que moi.

-         Ton petit frère ? Il a l’air très calme pourtant. Il n’a même pas dit un mot depuis que vous êtes arrivés. Alors l’imaginer voyager ainsi…

-         Détrompe-toi. Ca a tout de bénéfique pour lui. Et puis, est-ce que tu ne m’as pas dit qu’on était à la recherche d’aventure à dix-sept ans ?

-         Ton frère et toi êtes un vrai mystère pour moi, Seth. Je ne te suis plus une nouvelle fois.

-         C’est bien normal. Il y a tellement de choses que tu ignores sur nous deux… Du moins un terrible secret si j’ose l’exprimer ainsi. Je n’en parle pratiquement à personne pour tout t’avouer.

-         Je ne te force pas à m’en parler.

Seth regarda Hadrien avec cette touche de folie qui s’installait peu à peu en lui quand il se savait parvenir au fur et à mesure à ses fins. Toutefois, il mit un point d’honneur à paraître suffisamment blasé pour qu’Hadrien ne se doute de rien.

-         Sidned est très malade, dit-il. Les médecins ne parviennent même pas à trouver de quoi il souffre.

-         Il n’a pourtant pas l’air si malade.

-         Tu ne comprends pas, Hadrien. Il n’est pas malade comme tout le monde le serait. Dans son cas, tout se passe dans sa tête.

-         Tu veux dire qu’il s’invente des maux, c’est ça ? Comme un malade imaginaire le ferait ?

Quel idiot était-il donc pour ne pas immédiatement comprendre ? Seth s’en contraria légèrement sans pour autant abandonner la partie. Ce n’était pas grave. Si Hadrien ne saisissait pas le sens de ses mots dans l’immédiat, il allait s’expliquer plus clairement. Il allait doucement le faire glisser sur le chemin qu’il lui avait destiné. Car Seth avait la prétention de vouloir modifier son destin à sa guise. Il voulait qu’il marche comme il l’entendait.

-         Ce n’est pas ce que je voulais dire. C’est d’ailleurs pour cette raison que je ne voulais pas en parler devant Sidned. Pour ne pas le mettre mal à l’aise par rapport à tout ça. Le fait est que… Sidned perd parfois la tête, soupira Seth.

-         Tu me fais marcher, c’est ça ?

-         Pas du tout. C’est triste à dire, mais c’est malheureusement la vérité. Tu ne trouves pas que cette façon qu’il a d’être aussi calme est toute particulière ?

-         Assez, je l’admets. J’étais le premier à en être surpris.

-         Je m’inquiète beaucoup pour lui. Dernièrement, il me disait même communiquer avec les esprits des défunts. C’est pour ça que j’ai voulu faire une halte ici. Pour qu’il puisse se reposer. Il est suffisamment imprévisible pour que je me risque à continuer de voyager dans ces conditions.

Hadrien sembla enfin comprendre. Tout du moins à un détail près.

-         S’il est malade, pourquoi te risques-tu tout simplement à voyager avec lui ?

Seth répondit sans hésiter une seule seconde.

-         Pour lui faire plaisir. Voyager a toujours été son rêve. Je veux qu’il puisse en profiter un maximum. Après tout, il n’a pas choisi d’être ainsi. C’est déjà assez triste comme ça.

-         Tu es donc prêt à te sacrifier pour lui ?

-         Si c’est le prix à payer, je le ferai. Je ferais n’importe quoi pour lui.

-         N’importe quoi, vraiment ? C’est courageux. Tu es quelqu’un de noble, Seth.

-         Je t’en remercie. Mais ce n’est pas grand-chose à côté de ce qu’il doit ressentir au quotidien. D’ailleurs, évite d’aborder le sujet avec lui quand il reviendra. D’accord ?

-         Tu as ma parole.

-         Merci beaucoup.

Hadrien sortit de derrière son bar pour venir s’asseoir à ses côtés et partager un verre avec lui. Ne jamais boire devant les clients. C’était la règle. Mais l’auberge commençait peu à peu à se vider. Soit les dits clients s’en allaient, soit ils prenaient un escalier pour accéder à l’étage. Seth les regardait faire depuis un moment.

-         Est-ce qu’il est possible de passer la nuit dans ton auberge ? Demanda-t-il.

-         Bien entendu. C’est ce que tu désires ?

-         Je crois bien. Mais je n’ai pas beaucoup d’argent sur moi. Je ne peux pas me permettre de le dépenser comme je le voudrais.

La mine défaite, il prit un visage ennuyé, se pinçant les lèvres au passage.

-         Où comptez-vous vous rendre après ? Le questionna Hadrien.

-         En direction de l’ouest. Nous voyageons sans vraiment savoir où nous allons. Nous sommes à la recherche de l’inconnu si tu préfères.

-         Vers l’ouest, tu dis ?

Ce fut au tour du barman de se montrer sous un jour ennuyé. Quelque chose n’allait pas dans ce qu’il venait de dire. Seth s’en rendait compte. Depuis le début, jamais encore Hadrien n’avait pris une expression aussi confuse.

-         Est-ce qu’il y a un problème ?

-         Alors tu n’es pas au courant ?

-         Je devrais être au courant de quelque chose ?

-         Eh bien… Comment dire ? Il y a pas mal de rumeurs ces derniers temps. Des voyageurs auraient pris le chemin vers l’ouest pour ne jamais en revenir.

-         Ils ont sans doute dû continuer leur chemin.

-         Des voyageurs de la région, Seth. Ils auraient dû revenir. Ils auraient dû et ce n’est pas le cas. Tout laisse à présager qu’il se passe des choses étranges de ce côté de l’Angleterre.

-         De toute façon, soupira Seth, je n’ai pas vraiment le choix. Si je ne peux pas passer la nuit ici, il faut que je me remette en chemin. Ton auberge est peut-être sympathique, mais m’y éterniser n’est pas la solution.

-         Ecoute, hésita Hadrien, reste au moins jusqu’à demain matin. Tu me plais bien et je suis prêt à t’offrir un abri pour cette nuit. Uniquement celle-ci.

Seth sourit. Au fond, n’était-ce pas ce qu’il recherchait ? Se voir offrir tout ce qu’il désirait ? Hadrien était suffisamment naïf pour être tombé dans le panneau. Bientôt, il pourrait lui demander de se plier à ses pieds sans qu’il émette la moindre résistance. Il savait comment s’y prendre. Peut-être pourrait-il même penser à passer cette nuit avec lui. Mais dans ce cas, il y aurait quelque chose à payer. Il y avait toujours quelque chose à payer. Seth ne partageait jamais son lit avec quelqu’un. Pas gratuitement en tout cas. Plus maintenant.

-         Tu es certain que ça ne te dérange pas ? Répondit-il.

-         Je te le propose.

-         Dans ce cas, encore merci.

Mais alors qu’il allait se réjouir d’avoir gagné la partie, Hadrien s’était levé et affichait désormais une expression soucieuse.

-         Je crois que tu ferais par contre mieux d’aller voir ton frère, dit-il. Il a l’air d’avoir quelques soucis.

Seth se retourna. Une colère sans fin se peignit brusquement sur chacun de ses traits.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 22:20

Me revoici avec une nouvelle histoire. Je ne sais pas si elle plaira, mais ça faisait déjà un moment que je l'avais en tête. Donc voilà^^ J'espère quand même qu'elle attirera un peu l'intérêt.

Chapitre I.

 

Partie 1

Il existe dans la destinée de chacun un moment où l’ont désire s’acquérir de toutes les richesses du monde. Peut-être même espère-t-on toucher l’éternité par ses propres moyens. Même si c’est en se trouvant juste derrière le volant d’une caisse pourrie. Il en était ainsi de Seth. Plus Sidned le regardait, plus Seth lui donnait l’impression d’agir avec cette idée chevillée à même le corps. Comme s’il émanait de tout son être une onde de mépris. D’audace. Audace témoignée au monde qui les entourait. A la société à laquelle ils cherchaient par tous les moyens à échapper.

C’était un jour d’automne. L’un de ces fameux jours où le vent est si froid qu’il parvenait à passer sous vos vêtements jusqu’à caresser votre peau. Telle une lame de rasoir. Il pleuvait ce jour-là. Il pleuvait et ils étaient malgré tout sur la route.

Sidned se laissait peu à peu bercer par la musique qui provenait du poste radio de la vieille BMW américaine que conduisait Seth. C’était le même groupe qui défilait depuis des heures. Au rythme des paysages qui changeaient sans cesse sous ses yeux. 30 seconds to mars. Un groupe qu’ils aimaient tous les deux. Seth davantage que lui, c’était vrai. Mais Sidned ne se lassait jamais d’entendre les mots que Jared Leto prononçait faire office d’écho à travers la voix de son frère. Découler de Seth comme s’il les avait chantés toute sa vie durant. Il en connaissait les paroles par cœur.

-         Tu peux m’expliquer ce que je fais là ? Le questionna Sidned de but en blanc.

-         Pas maintenant, tu veux. Laisse-moi profiter de la musique un peu plus longtemps encore.

-         Je ne plaisante pas. Tu auras tout le temps de l’écouter ta musique une fois que tu m’auras répondu.

-         Avant, réponds à ma propre question.

-         Quelle question ?

-         Comment trouves-tu continuellement le moyen de gâcher les meilleurs moments ?

-         Tu fais exprès de changer de sujet pour ne pas avoir à me répondre.

-         Peut-être.

Malgré son mécontentement actuel, Sidned se surprenait parfois lui aussi à murmurer les paroles tout bas. Il n’aimait pas manifester tout haut ses émotions. Car en plus du problème actuel par lequel il se sentait submergé, cette chanson, Attack, celle qui défilait en boucle depuis un bon moment, avait le don de le mettre dans tous ses états. A ses côtés, Seth n’avait aucun mal à le sentir. Comme une atmosphère présente dans la voiture depuis le début de leur voyage. Comme une ambiance particulière qui les titillait tous les deux.

-         Chante avec moi, dit-il.

-         Que je chante avec toi ?

-         Eh bien, oui. C’est si dérangeant de se laisser aller ?

-         Non.

Seth ne faisait déjà plus qu’un avec les paroles tout en haussant la voix. Sidned n’hésita alors pas à entrer dans son monde. A chaque fois que Seth chantait, il se sentait emporté. A chaque fois que Seth était là, il lui faisait suffisamment confiance pour se laisser transporter par son univers. Un univers froid. Glacial. Parfois empli de violence et de noirceur. Un univers fait pour Seth.

-         I would have kept you forever. But we had to server. It ended for both of us. Faster than a... Kill off this thinking.

Sidned murmurait ces mots. Il voulait rester discret à côté de Seth. Ne pas briser le monde démoniaque qu’il créait tout autour de lui. Ne pas risquer de trop s’introduise dans un monde trop plein de sens. Un monde qui n’était pas le sien. Mais le principal concerné ne semblait pas être du même avis. Ses doigts serraient nerveusement le volant. Ils se crispaient dessus comme tout le reste de son corps. Finalement, peut-être que Seth n’était pas aussi détendu qu’il le pensait. Le refrain avait commencé, et déjà il lui hurla d’augmenter le son. De ne pas s’enfermer de nouveau dans sa bulle comme il le faisait continuellement.

-         Plus fort, Sidned ! Je veux entendre ta putain de voix ! Clamait-il.

Sidned obéit. Il chanta plus fort. Toujours plus haut. S’accordant à Seth. S’accordant à sa voix. Quand vint le refrain, il se mit à hurler lui aussi. Comme pris de frénésie.

-          Run away, run away, I'll attack ! Run away, run away, go chase yourself !

Sidned pensait se briser la voix à tout moment. Il aurait pu se stopper, mais il continua malgré tout. Jusqu’à parvenir à rivaliser avec Seth. Jusqu’à atteindre son niveau.

-         Run away, run away now ! I'll attack, I'll attack, I'll attack !

Et les paroles prirent tout leur sens. Il comprit enfin ce que signifiait cette chanson. Pourquoi Seth aimait tant à l’entendre et à la clamer haut et fort. Ce qu’elle représentait pour lui. Attack évoquait purement et simplement une rupture. L’envie de tout briser autour de soi. De détruire ce qui faisait mal. De détruire la personne qui faisait mal.

Sidned aurait voulu lui exposer ces faits. Il l’aurait sans doute fait si une peur sans nom ne le tiraillait pas de l’intérieur. Il n’avait tout simplement pas les tripes d’avouer à Seth qu’il avait enfin compris. Il n’avait pas envie de le mettre en colère. Encore moins de l’affronter. Il ne savait déjà même plus comment il s’était retrouvé dans cette voiture avec lui. A chanter. A déconner alors que sa conscience lui indiquait de se méfier. Parce qu’il connaissait son frère. Il savait de quoi il était capable. Il savait qui il était. Ce qu’il faisait au quotidien.

Quand la chanson se termina enfin, il sentit sa gorge lui brûler. Il dû tousser pour pouvoir se ressaisir complètement. La chanson terminée, ils se firent mutuellement comprendre qu’ils avaient envie d’un peu de calme. Seth baissa le volume de la radio tandis que lui-même s’enfonçait plus confortablement au fond de son siège. Peut-être dormirait-il un peu. Peut-être était-il fatigué.

-         Tu ne comptes quand même pas t’endormir maintenant ?

-         Il fait presque nuit, Seth.

-         Quel rapport ?

-         En principe, les gens dorment à cette heure. Tu ne veux pas t’arrêter un peu et en faire de même ?

-         Seulement en principe. Nous ne sommes pas comme eux. Nous ne l’avons jamais été.

-         Tu pourras dire ce que tu voudras, spéciaux ou pas, moi je ne tiens plus du tout avec les yeux ouverts.

-         Donc, tu me lâches cette nuit pour te reposer ? Je te signale que je conduis depuis plus de dix heures d’affilées.

-         Normal puisque tu es le seul à savoir conduire. Et puis, ce ne sera que pour quelques heures.

Sidned avait besoin de sa dose de sommeil sur une journée. Il ne demandait jamais grand-chose. Juste de quoi le remettre d’aplomb. Juste de quoi lui remettre les idées en place. Il en avait de toute façon bien besoin avec Seth. Il n’avait de cesse de l’entraîner dans presque tous ses délires. Tous ses voyages. Sans jamais le prévenir à l’avance. A dix sept ans, Sidned se demandait combien de fois il allait encore redoubler parce qu’il n’était pas assez présent à l’école. Il se demandait quand est-ce que Seth comprendrait qu’il n’était pas toujours disponible pour lui. Malheureusement, il avait bien vite compris que la seule raison pour laquelle il l’entraînait à chaque fois dans ses aventures n’était due qu’au fait qu’il n’osait jamais rien lui refuser. Seth lui faisait peur. Il était capable du pire. Comme de lever la main sur lui. Il ne l’avait encore jamais fait, mais la probabilité qu’il le fasse un jour s’il lui refusait quoi que ce soit n’était pas à mettre de côté. Il avait en tout cas la capacité terrible d’écraser tout le monde sous le poids de son assurance. De sa trop grande fierté. D’une intelligence hors du commun. Sidned faisait partie de tout le monde.

-         Je te réveille dans deux heures précisément. Pas une minute de plus. C’est bien compris ?

-         Deux heures seulement ? Tu rigoles, c’est ça ?

-         Est-ce que j’ai une tête à rire pour ce genre de chose ?

Il ne répondit pas. Seth s’en contenta. Ca signifiait juste qu’il avait une fois de plus eu le dessus sur lui.

Lentement, Sidned laissa le sommeil le guetter. Il laissa son corps s’engourdir doucement. Cependant, juste avant de fermer les yeux pour de bon, il contempla la silhouette de celui qui se tenait tout proche de lui. Des cheveux noirs retenus en arrière par un simple élastique qui menaçait de les laisser s’échapper à tout moment. Un profil fier. Un nez aquilin. Et surtout, ces deux yeux marrons clairs qui regardaient droit devant lui mais dont il en devinait toute l’intensité. Toute l’assurance. Sidned ferma les yeux, se mémorisant les traits de son visage.

Les mouvements bruts de la voiture le bercèrent tandis qu’il se laissait doucement aller entre les bras de Morphée.

------------

 

Seth jura tout en conduisant. Il détestait quand Sidned se permettait de prendre un peu de bon temps quand lui-même conduisait. Il détestait encore plus ce silence qui s’était installé dans la voiture au fur et à mesure que les kilomètres défilaient sur le compteur. Le calme lui permettait de réfléchir. Il le faisait généralement en permanence. Mais pour le coup, ce n’était pas ce qu’il voulait. Il avait surtout envie de faire le vide dans son esprit. Il jeta un coup d’œil à Sidned pour constater que celui-ci dormait déjà profondément, calé contre son siège, la tête reposant contre la fenêtre. Il remarqua qu’il s’était mis à pleuvoir. Ce n’était pas vraiment étonnant. C’était une éventualité qu’il avait envisagée. Non, ce qui l’ennuyait le plus était qu’il sentait le sol devenir boueux sous les pneus de la BMW. Il voyait le ciel s’obscurcir. Il aurait apprécié cette atmosphère sinistre si seulement il n’était pas coincé à l’intérieur d’une voiture. Limité dans ses faits et gestes.

Il savait que ça ne faisait même pas une heure que Sidned dormait. Il le savait fatigué. Ecrasé par le poids des derniers évènements. Seth se demandait même s’il avait compris pourquoi il l’avait traîné jusqu’à sa voiture plus de dix heures plus tôt. Il ne lui avait même pas expliqué, et à présent, ils se retrouvaient tous les deux proches de Londres. Ils avaient quitté Edimbourg pour se retrouver en un lieu inconnu. De plus, Seth avait fait plus d’un détour. De quoi brouiller les pistes. Mais au moins, ils se trouvaient toujours en Grande-Bretagne. Il se souvenait que Sidned lui avait un jour dit rêver d’aller à Paris. Seth y avait à un moment pensé, puis il s’était ravisé. Ils devraient traverser la Manche pour espérer arriver en France. Il n’avait pas les moyens de payer le transport de sa voiture, et il n’avait pas non plus envie de se séparer de celle-ci. Leurs possibilités réduites, il valait mieux choisir un lieu des plus touristiques où les gens ne pensaient même pas à se montrer observateur, trop absorbés par Londres et tout ce dont cette région regorgeait. Une ville mystifiante au bord des rives, pensa-t-il. Il rêvait déjà d’en déguster le meilleur poisson tout juste sortis de la mer du nord. Néanmoins, quand il s’efforçait d’envisager les paysages alentours, il se sentait loin du milieu touristique. Il était entouré de bois. Uniquement de bois. Le seul changement qu’il pouvait encore noter était ces falaises qui apparaissaient loin à l’horizon. Peut-être aurait-il plus de chances en jetant un œil à la carte qu’il gardait en cas de problème à l’arrière de sa voiture. Tout en maintenant le volant d’une main, il secoua brutalement Sidned de l’autre. Le jeune homme gémit d’abord dans son sommeil. Mais lorsqu’il le bouscula un peu plus fort, il se réveilla en sursautant.

-         Pourquoi tu me réveilles maintenant ? Emit-il d’une voix ensommeillée. Je suis certain que ça ne faisait même pas une demi-heure que je dormais.

-         Ce n’est pas mon problème. Plus important, nous sommes perdus.

Ces mots eurent l’effet escompté sur Sidned, car il se redressa d’un seul coup pour regarder dehors. Il afficha ensuite un air sceptique. Une expression qui se voulait de signifier qu’il sentait mal l’endroit. D’autant plus que la nuit était pratiquement tombée.

-         Comment se fait-il que nous nous trouvions ici ? Comment as-tu pu t’aventurer dans un coin pareil ?

-         Ferme-là, Sidned ! Tu te rendrais plus utile en prenant la carte posée sur le siège arrière.

Le jeune homme s’exécuta sans broncher. Seth commençait peu à peu à changer d’humeur. Et quand Seth changeait d’humeur, il n’avait pas réellement envie de se faire remarquer. Il n’en connaissait que trop bien les conséquences.

-         Tu as un point de repère à me donner ? Demanda-t-il tandis qu’il cherchait le chemin qu’ils avaient dernièrement parcouru.

-         Aucun. Débrouille-toi pour retrouver une route plus convenable. Je commence franchement à m’impatienter.

Sidned ne répondit pas, tentant un maximum de se concentrer sur ce croquis fait entièrement de lignes qu’il percevait avec difficulté de par la faible luminosité. Il lui fallut plusieurs minutes avant de retrouver la dernière autoroute qu’ils avaient prises. Apparemment, Seth avait raté le dernier tournant, ce qui expliquait à présent qu’ils se retrouvent perdus au milieu des bois. Mais il comprit également rapidement que s’ils continuaient encore un peu, ils pourraient peut-être trouver une petite auberge ouverte de nuit.

-         Alors ? S’impatienta Seth.

-         Alors, on n’a pas beaucoup le choix. Il faut que tu continues tout droit jusqu’à ce que nous puissions sortir de ce bois.

-         Super ! J’espère qu’il n’y en aura pas pour des heures entières !

-         Si j’ai bien calculé, deux heures tout au plus.

Quand il sentit la voiture s’engager un peu plus brutalement sur le petit chemin de terre, Sidned préféra s’abstenir d’en ajouter davantage. Ce serait risquer de mettre Seth un peu plus en colère. Et si Seth était définitivement de mauvaise humeur, ce serait lui qui en pâtirait. Ca pourrait même devenir dangereux. Plus dangereux que l’on pouvait l’imaginer.

Désespéré de se retrouver pris au piège à l’intérieur de cette voiture dans laquelle il avait été forcé de monter, il se laissa tomber en silence contre le dossier de son siège. Peu après, Sidned ferma les yeux sans trop espérer que Seth le laisse se rendormir.

------------

 

Finalement, il pu tout de même somnoler un peu. Quand il le réveilla, ce fut pour qu’il puisse librement constater qu’ils étaient sortis des bois. Ca faisait un bien fou de ne plus voir un seul arbre autour de soi. L’espace d’un instant, il avait même eu l’impression de s’être retrouvé dans un monde de ténèbres étranges. Il avait presque craint que les branches des arbres se refermeraient sur eux. Les broieraient en un rien de temps. Ca ressemblait vaguement à un cauchemar trop réel.

-         On est où ? Osa-t-il demander.

-         Aucune idée.

-         Et tu roules sans savoir où on va ?

-         Où je vais. Permets-moi de le préciser.

-         Alors qu’est-ce que je fais là ?

-         J’avais envie d’avoir un peu de compagnie. Et puis, tu pourras toujours te rendre utile. D’une manière ou d’une autre.

Menteur, pensa aussitôt Sidned. Tu ne sais plus quoi inventer pour que j’évite de te poser des questions. Et pourtant, Dieu sait combien tu as de la ressource. Il ne releva pas, changeant de sujet. Il faisait désormais nuit, et il ne se sentait pas particulièrement rassuré. Rouler quand il faisait noir ne lui avait jamais plu. Ce n’était pas prudent. De plus, Seth fatiguait lui aussi. Mais pas seulement…

-         Tu sembles brusquement ailleurs, lui fit-il remarquer avec dédain.

Sidned détestait lorsqu’il prenait ce ton pour s’adresser à lui.

-         Je pensais, c’est tout.

-         A quoi ?

-         A rien de particulier.

-         A quoi, Sidned ?

La voix redevenait déjà agressive. Sidned s’y était préparé. Néanmoins, même s’il ne se savait pas capable d’affronter celui-ci, il n’éprouvait aucune envie de confier ses pensées actuelles. Elles étaient trop ambiguës. Bien trop tourmentées.

Malgré tout, il connaissait suffisamment son frère pour savoir qu’il insisterait envers et contre tout ce qu’il pourrait dire. Quand il le vit se préparer à répliquer, Sidned balaya une mèche de cheveux brune de son visage, se préparant mentalement.

-         Sommes-nous observés d’après toi ?

-         Je n’en sais rien.

-         Au contraire, justement. Tu le sais très bien.

Il laissa échapper un petit rire rauque. Rire qui ne plu pas particulièrement à l’autre garçon.

-         Ne plaisante pas avec ça, Seth.

-         Je plaisante si je le désire. Alors, est-ce que c’est un esprit ? A moins que tu puisses sentir une quelconque présence humaine. Mais personnellement, j’en doute. Dis-moi, Sidned.

-         Pourquoi ne m’as-tu pas posé cette question lorsque nous nous trouvions encore dans les bois ?

-         Parce que c’est bien plus intéressant maintenant.

Sidned suivit le regard de Seth. Il s’aperçut seulement alors qu’ils venaient de mettre les pieds en des lieux bien plus civilisés. S’il en croyait ses yeux, ils allaient peut-être pouvoir trouver un endroit où passer la nuit. Un endroit bien au chaud.

-         Depuis quand sommes nous ici ?

-         Depuis environ quelques minutes. Tu ne m’as toujours pas répondu. As-tu ressenti une présence ?

-         Il y avait plusieurs esprits dans les bois, répondit-t-il. En particulier ceux d’animaux qui y sont morts.

-         Et ici ?

-         Je ne sens rien du tout. Même pas un esprit néfaste.

-         Tu m’en diras tant…

Seth savait tout comme lui que les esprits néfastes étaient ceux qui manifestaient les ondes les plus fortes. Sidned avait la capacité de les ressentir. Depuis tout petit. Seth en parlait comme d’un don tout en s’en moquant. Par contre, lui-même voyait le fait de ressentir et parfois de voir les fantômes comme une malédiction. Malédiction parce que cette capacité s’était développée juste après la mort de leurs parents. Il avait été en mesure de communiquer avec eux. Il n’avait que sept ans à l’époque. Aujourd’hui âgé de dix sept ans, ses dispositions en matière d’occultisme s’étaient considérablement développées.

Il revint à la réalité en repérant une petite fermette sur sa droite.

-         Arrête-toi là, dit-il à Seth. Je crois que c’est une auberge.

Seth analysa le lieu avec ennuie. Il était las. Tout comme lui.

-         Je suppose qu’au point où nous en sommes, nous n’avons pas beaucoup le choix. Je dois reconnaître que j’aurais bien besoin de passer la nuit dans un bon lit. Même si ça a l’air miteux.

Sidned devait convenir que l’endroit n’avait pas l’air d’être des plus accueillants. La toiture semblait vouloir s’écrouler d’un moment à l’autre, et les murs n’avaient rien de bien épais. C’était sans parler des fenêtres sur le bord desquelles reposait une épaisse couche de crasse. Cependant, ils étaient fatigués. Bien trop fatigués pour continuer leur route et espérer trouver une auberge plus convenable. D’un commun accord, ils se garèrent, sortirent de la voiture et poussèrent la porte de la misérable habitation. Aussitôt, une odeur de tabac leur enserra la gorge. Ils ne furent alors pas étonnés de voir planer une épaisse fumée bleuâtre dans toute la pièce. Sidned détestait cette odeur. Elle s’accrocherait à ses vêtements en plus d’être mauvaise pour la santé. Vraiment, qu’y avait-il d’avantageux à fumer ? Il se le demandait souvent quand il voyait Seth sortir une cigarette et la porter à ses lèvres. C’était rare, mais ça arrivait de temps à autres à son frère. Il lui avait un jour expliqué que la cigarette ne serait jamais assez malsaine pour venir à bout de lui. Il était bien trop résistant. Bien trop infect pour qu’on l’extermine d’une manière aussi peu intelligente.

-         Je préférerais encore passer la nuit dans la voiture, lâcha Sidned avec dégoût.

Seth ne prit même pas la peine de l’écouter, s’étant déjà aventuré jusqu’au bar. Il le suivit sans grande envie. Allait-il encore sortir son grand numéro ? Allait-il une nouvelle fois embobiner les autres pour son propre compte ? Sidned était curieux de le voir à l’œuvre. Pour une fois, il ne serait pas directement impliqué.

Par Azalea - Publié dans : Nuits éternelles - Communauté : Lawful Drug
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /2008 20:42

Partie 3

Ce n’était plus la première fois que Ludovic se retrouvait en un tel endroit. Ce n’était plus la première fois qu’il posait les yeux sur Terry dans une telle ambiance. Cependant, il voulait assister à chacun de ses récitals. Il aimait à le regarder jouer du violon sans jamais se lasser. Et Dieu savait que le violon n’avait jamais été ce qui attirait le plus son attention. Mais Terry avait cette magie en lui. Il manipulait l’instrument comme lui-même reconnaissait chacune des étoiles qu’il observait. Terry avait cette grâce naturelle. Cette grâce et ce plaisir de jouer qui le distinguait de ce qu’avait été leur père à tous les deux. Avec le temps, Ludovic s’était parois demandé si Markus Lorraine ne s’était pas vengé sur Terry pour tout ce que lui-même avait refusé à ce père qu’il détestait tant. Terry n’avait-il pas souffert pour le simple caprice d’un homme qui ne voulait de l’amour que d’un seul de ses fils ? Mais il avait rapidement préféré oublier cette idée. Car même si ça avait été le cas, cet homme avait finalement tout perdu. Tout jusqu’à la vie.

Il se leva pour applaudir le talent de Terry. Ses applaudissements se mêlèrent à ceux des autres personnes de la salle, manifestation de l’appréciation générale. Terry était doué. Doué au point d’en être devenu célèbre. Célèbre en parvenant à se défaire de l’image de celui qui était monté sur les planches de la scène bien avant lui. Il avait su prouver qu’il n’avait rien à voir avec lui. Il avait su prouver que ce qu’il faisait n’était autre qu’une partie de son âme qu’il mettait à découvert à chacun de ses morceaux. Et le public appréciait.

Comme à chaque fin de récital, Ludovic rejoignit Terry dans sa loge. Pour le complimenter. Pour le soutenir. Pour lui prouver sa présence. C’était devenu une habitude qu’ils partageaient. Après, ils iraient manger quelque chose ensemble. Dans un bon restaurant. En tête-à-tête. Juste eux deux.

-         Tu proposes quoi aujourd’hui ? Demanda Terry tout en se changeant.

-         Le restaurant italien juste au coin de la rue.

-         On n’a jamais été là.

-         Raison de plus.

Terminant à peine de boutonner sa chemise, il passa une veste par-dessus et se saisit de son violon.

-         Il n’y aura pas trop de monde ?

-         Ne t’inquiète pas pour ça. Je nous ai réservé une table hier. Elle sera bien à l’écart afin que personne ne vienne nous déranger.

-         Je te reconnais bien là.

Ils échangèrent un baiser avant de rejoindre la voiture et de se mettre en route. Ce soir encore, ils passeraient un peu de bon temps ensemble. Loin du stress. Loin du bruit. Ils profiteraient juste de la présence de l’autre.

------------

 

L’endroit était tout simplement luxueux. Une nouvelle fois, Ludovic n’avait pas résigné sur les moyens. Il savait comment lui faire plaisir. Un serveur vint rapidement les accueillir. Très souriant, il les guida rapidement jusqu’à leur table. Terry n’était pas dupe. Il savait que son grand sourire n’avait d’autre raison que le grand violoniste qu’il était devenu. Or, ce lieu devait être habitué à côtoyer du grand monde. Il n’en doutait pas une seule seconde.

-         Tu as très bien joué ce soir. Tu me semblais encore plus inspiré que les autres fois, commenta Ludovic une fois qu’ils furent installés et qu’ils eurent passés leur commande.

-         C’est ce que tu as pensé en m’écoutant ?

-         Absolument.

-         Il faut croire alors qu’on ne cesse jamais de progresser.

-         En tout cas, tout le monde était en admiration pour ce que tu faisais.

-         Je suis certain que tu exagères.

-         Non, je le pense.

Les compliments troublaient énormément Terry. Il en avait été ainsi dès le moment où il s’était fait une bonne image dans le milieu de la musique. Pour preuve, il ne lisait jamais les critiques qui passaient dans le journal. Il ne voulait pas savoir ce que les autres pensaient de ce qu’il faisait. Il jouait du violon parce qu’il aimait ça. Parce que selon lui, il n’aurait pu s’imaginer faire autre chose. Et Ludovic le savait. Mais Ludovic était également sincère avec lui. Il lui disait toujours s’il avait aimé ou pas. Il lui faisait part de son point de vue. En toute circonstance.

-         Je t’en remercie. Mais pour moi, le principal est que tu sois là, finit-il par conclure.

Comme pour chasser le sujet de la conversation, il repensa au courrier qu’ils avaient reçu ce matin. A leur domicile. Une enveloppe pourpre. Une enveloppe qui l’avait intrigué et dont il n’avait pu se retenir bien longtemps d’ouvrir. Ludovic n’était pas là à ce moment, travaillant chaque jour de la semaine en laboratoire, et il avait exprimé sa joie tout seul. Il était désormais grand temps de la partager.

-         J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, dit-il.

-         Ah oui ?

-         Oui. Evan et Nathan nous invitent à leur mariage.

L’expression de Ludovic se transforma du tout au tout. Avec les années, Evan et lui n’avaient cessé de se voir en bons amis. Ils s’appréciaient toujours autant qu’à Sainte Bénédicte et ça faisait plaisir à voir. Ca faisait plaisir de constater que certaines amitiés résistaient au poids des années. Comme pour Nash et lui.

-         Il m’en avait déjà parlé, dit Ludovic. En tout cas, il m’avait déjà confié qu’il avait dans l’idée de se marier avec Nathan. C’était quelque chose qu’il désirait vraiment. Mais pour le coup, j’avoue que je ne m’attendais pas du tout à ça.

-         Parfois, j’ai l’impression qu’il fallait juste attendre. Prendre le temps de savourer les années qui passent. Je crois que Sainte Bénédicte avait finalement un côté magique.

-         Un côté magique ?

-         Oui. Il y a des fois où je ne parviens pas à réaliser la chance qu’elle a été pour chacun de nous. Est-ce que tu te rends bien compte que nous avons fait la connaissance de personnes formidables ? Des personnes avec lesquelles nous restons en contact encore aujourd’hui.

-         Je dois bien le dire. Quelque part, c’est comme si nous étions tous intimement liés par les souvenirs d’une école qui nous a vu mener nos propres combats.

On leur servit leurs plats et ils commencèrent à manger, se nourrissant des souvenirs de cette époque. Se rappelant des exploits et des coups durs de chacun. Il était parfois appréciable de revenir sur les bons moments de sa jeunesse. Sur les premières amitiés. Les premières confidences. Les premières fois. Terry aimait ça.

-         Il faudrait peut-être bientôt aller rendre visite à Elea, suggéra-t-il en finissant son assiette.

-         Tu y tiens vraiment ?

-         Evidemment. Pourquoi ? Il y a un problème ?

-         Aucun. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai la vague impression qu’elle devient très secrète depuis quelques temps. Ne me dis pas que tu n’as rien remarqué.

-         Ca dépend sur quel point de vue on se base. Si tu veux parler de son manque d’intérêt passager à notre égard, tu devrais comprendre pour quelle raison. Ou du moins, je croyais que tu avais compris.

Ludovic le fixa sans vraiment comprendre. Parfois, Terry interprétait bien plus rapidement que lui les évènements du quotidien. Il le vit d’ailleurs sourire.

-         J’hallucine, Ludovic. Alors tu n’as vraiment pas compris ?

-         Qu’est-ce que je devrais comprendre ?

-         Qu’Elea pense à quelqu’un d’autre qu’à nous.

-         Tu veux dire qu’elle a rencontré quelqu’un ?

Terry acquiesça tout en se retenant de rire. Ludovic réalisait seulement cette éventualité. Comment n’avait-il pu simplement rien voir ? C’était évident. Où avait-il donc l’esprit ? Il prit un air contrarié.

-         Je ne comprends pas comment j’ai pu ne rien voir. Comment tu as su ?

-         Disons que les yeux ne mentent pas. Elle a l’air d’être particulièrement heureuse ces derniers temps.

-         Je dois bien l’admettre. J’espère au moins que c’est un homme bien.

-         Tu t’inquiètes ?

-         Je ne voudrais pas que quelqu’un lui fasse du mal.

-         Et si tu lui faisais confiance ? Elle est assez grande pour savoir ce qu’elle fait.

Ludovic était forcé de lui donner raison. Sa mère avait toujours été une femme de raison. Pourtant, malgré cela, était-on réellement rationnel en amour ? Il craignait pour elle. Il l’avait trop longtemps connue sans personne, et l’imaginer à présent en compagnie d’un autre homme lui donnait une impression étrange. Mais il devrait bien s’y faire si cet homme était quelqu’un de convenable. Quelqu’un qui l’aimait et la chérissait comme elle le méritait. Car au fond, c’était tout ce que Ludovic lui souhaitait.

Alors qu’ils entamaient le dessert, Terry prit une mine ennuyée. Il avait une demande à lui faire sans vraiment savoir comment s’y prendre. Ludovic le voyait bien, mais il préférait le laisser s’aventurer à son rythme sur un terrain sans doute plus délicat que tout le reste. Que tout ce dont ils avaient abordé jusqu’à maintenant.

-         Il y a quelque chose d’important dont j’aimerais te faire part, lui confia-t-il au bout de quelques minutes. Quelque chose qui me tient à cœur depuis un moment.

-         Qu’est-ce que c’est ?

-         Eh bien, je ne sais pas si tu te souviens, mais nous avions un jour eu une discussion quand j’étais allé chez toi pendant deux mois entiers. Devant le cimetière.

-         Je m’en souviens très bien. Je n’ai rien oublié de ce que nous nous étions dits ce jour-là. Comme de tous les autres jours.

Ludovic croisa ses doigts juste devant lui. Non, il n’avait pas oublié ce qu’ils s’étaient dits. Il n’avait pas non plus changé d’avis quant à ce que lui avait demandé Terry cette fois-là. Et il le suivrait aujourd’hui si tel était son choix.

-         Tu te sens prêt, c’est bien ça ?

-         Je crois, oui.

-         Alors nous nous y rendrons. Demain.

Terry approuva. De toute façon, loin de lui l’idée d’y aller en fin de soirée. Il préférait attendre qu’il fasse bien clair. Il aurait au moins le temps de s’y préparer mentalement. En attendant ce moment, il profita du reste de la soirée pour voguer sur des instants plus joyeux en compagnie de celui qui partageait sa vie.

------------

 

Le jour. La matinée n’était pas très avancée, mais déjà le soleil tapait sans retenu. Ce serait une journée agréable. Quoiqu’on en dise. Ils marchèrent entre les allées, le pas quelque peu hésitant. Quelque peu lent. L’un et l’autre avaient besoin de le faire. Ils le savaient, et c’était l’unique raison qui les poussait à continuer à avancer. Ils n’avaient pas le droit de revenir en arrière. Ils avaient attendus dix ans avant de pouvoir trouver le courage de faire définitivement leur deuil de toute cette histoire. Même s’ils étaient passés à autre chose depuis bien longtemps. Ils ne voulaient pas avoir de regrets. Ils ne voulaient pas vivre dans le sentiment d’avoir oublié de faire ce geste. Au moins une fois dans leur vie.

Ils marchèrent ainsi quelques minutes. Quelques minutes durant lesquelles ils appréhendaient l’instant. Quand finalement ils s’arrêtèrent devant ce qu’ils avaient tant redouté, ce fut pour se rendre compte que la pierre était déjà bien rongée par l’âge. Que des mauvaises herbes la recouvraient en partie. C’était triste. Triste de constater que la tombe d’un homme qui avait fait tant de mal à ses proches avait été délaissée. Etait-ce sa punition ? Etre oublié ? Ludovic prit la main de Terry dans la sienne.

-         C’est vraiment ce que tu veux ?

-         Oui. J’ai besoin de lui dire. Comme s’il était en face de moi.

-         Quoi ?

-         Je veux lui dire qu’il a perdu. Qu’il n’est pas parvenu à faire de nos vies un malheur. Que nous sommes toujours debout. Que nous nous tenons devant sa tombe avec fierté. Parce qu’il n’est plus rien.

Il se tourna cette fois pour de bon vers la tombe en question, ancrant son regard sur la petite photo restée voyante malgré la verdure qui en recouvrait la plus grande partie.

-         Est-ce que tu te rends compte de ça ? Dit-il. Est-ce que tu réalises que tu n’es plus rien pour personne ? Même ton fantôme n’existe plus. Tu ne parviendras plus jamais à nous faire de mal.

-         Terry…, tenta Ludovic.

-         Tu crois qu’il nous entend ?

-         Je l’ignore. Peut-être. Peut-être qu’il nous écoute.

Le jeune homme se tourna vers lui. Ludovic se serait attendu à le voir pleurer, et pourtant, il n’en était rien. Terry était devenu résistant. Bien plus résistant encore qu’auparavant. Assez en tout cas pour tenir tête à son père. Même défunt.

-         Alors dis-le, Ludovic. Dis-le que nous nous sommes reconstruits tous les deux. Que nous sommes heureux.

Ludovic serra davantage sa main dans la sienne. Il ne le disait pas, mais il avait rêvé pendant des années de cracher au visage de son père combien il l’avait détesté. Le fait que Terry l’ait enfin fait pour eux deux le soulageait énormément. Sans qu’il ne puisse vraiment l’avouer. Alors, il se contenta d’adresser à son compagnon les mots qui lui revenaient de droit.

-         Nous sommes tous les deux plus forts, mon ange… Plus forts que lui.

-         Et on le restera jusqu’au bout.

-         Jusqu’au bout.

Prouvant ses dires, Ludovic se prit le culot de l’embrasser au beau milieu du cimetière. Ils se moquaient bien de ces quelques personnes qui les regardaient. Ils se moquaient bien de se trouver dans un lieu des plus inappropriés, devant une tombe. Car ce dont ils se moquaient le plus n’était autre que de leur père dont l’esprit les espionnait peut-être. Intimement, ils l’espéraient presque.

-         Je crois que nous ne pouvons être plus clair, murmura Ludovic.

-         Je voulais au moins qu’il le sache. J’espère qu’il le sait maintenant. D’où il est.

-         J’en suis certain.

Mais déjà Ludovic en avait assez de se trouver ici. Il ne voyait déjà plus l’intérêt de se souvenir d’un homme qui n’en valait plus la peine depuis longtemps. Il savait néanmoins que Terry en avait eu besoin. Il avait eu besoin de vider son sac sur cette tombe. Bien plus que lui.

-         Allons-y, murmura-t-il en libérant ses lèvres. Nous n’avons dorénavant plus besoin de perdre notre temps ici. Nous n’avons plus besoin de savoir qu’il a un jour existé. Moi, je veux l’effacer de ma mémoire pour de bon. C’est tout ce qu’il mérite. Et toi ?

-         C’est ce que je veux aussi.

-         Alors viens.

En accord, ils firent demi-tour pour quitter ce cimetière dans lequel ils venaient d’exprimer pour la dernière fois tout leur ressenti. Ils se savaient libérés des dernières entraves qui les retenaient jusqu’à présent. Ils ne reviendraient plus en ce lieu. Plus jamais.

Leurs pas raisonnèrent à travers cette journée d’été. Leurs mains ne se lâchèrent jamais. Leurs doigts s’emmêlèrent. Ils se moquaient désormais de leurs malheurs passés. Ils étaient ensemble et ils se moquaient de tout. Car Frères de sang ou de cœur, ils avaient décidé de passer le reste de leur vie à deux. En se suffisant l’un à l’autre. Ils étaient suffisamment liés pour affronter tous les nouveaux obstacles qui se dresseraient devant eux.

Ils marchèrent ainsi ensemble. Main dans la main. Sans plus se soucier de rien.

Ils marchèrent ensemble vers l’avenir.

Et ils disparurent dans la fraîcheur d’un beau matin.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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