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Résumés

Vie d’esclave : Le grand pharaon Haroeris demande à Maya, sa fidèle conseillère, de lui présenter un esclave pour faire passer le temps. Un banquet est alors organisé en son honneur où plusieurs jeunes hommes et femmes y seront présentés. Parmi ceux-ci, Haroeris devra faire son choix. Cependant, un jeune esclave attire particulièrement son attention.

 

Frères de cœur [en correction] : Dans un institut spécialisé, Terry et Ludovic vont tout deux tenter l’expérience de faire face à leur passé. Mais le destin réserve parfois bien des surprises.

 

Jeux dangereux : June est un homme hautain qui n’a jamais connu la défaite au poker. Mais lorsque son chemin croise celui d’un adolescent fragile qui sait y faire avec les cartes, sa vie prend brusquement un tournant inattendue.

 

Cabaret Améthyste [Co-écriture] : Cabaret Améthyste, charmant nom pour un lieu où huit jeunes hommes font tourner les têtes chaque soir grâce à leur physique de rêve. Mais à l’envers du décor, le paradis ne semble pas tout à fait parfait. Lorsque chacun tente de mener sa vie privée à sa façon, tout devient brusquement bien plus compliqué. Bienvenue en enfer ! Il y a des moments où il vaut mieux rester bien au chaud dans son lit.

Histoire en co-écriture avec Sheina.

 

Pour le sourire d'un ange [Co-écriture] : En rentrant chez lui, Alexis découvre un jeune homme évanoui dans la neige. Ne pouvant l’abandonner là, il l’emmène chez lui pour le soigner. Pourtant, il ignore tout de cet inconnu qu’il désire tant aider. Histoire en co-écriture avec Sheina. 

 

Mercenaire [Co-écriture] : La rencontre entre un mercenaire et un jeune homme devenu roi beaucoup trop jeune.

Histoire en co-écriture avec Sheina.  

 

La musique pour la vie [Co-écriture] : Décidé à recommencer sa vie à zéro de la façon dont il l’entend, Sacha quitte le foyer familial avec pour seuls bagages, un sac à dos et sa guitare. Artiste épris de liberté, il ne s’attendait certainement pas à ce que sa vie change autant en rencontrant Jack, le chanteur d’un groupe de rock. Histoire en co-écriture avec Kana.

Fous à lier: Johan est suicidaire. Xanders est schizophrène. Tous les deux savent que vivre peut être difficile. Lorsque ces deux adolescents se rencontrent, c'est le clash. Comprendre les intérêts de l'autre s'avère compliqué. Surtout quand on se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique pour un temps indéterminé.

Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /Oct /2008 20:21

Partie 3

Le temps passa. A ses côtés, Ludovic restait silencieux. Trop silencieux pour ne pas être contrarié.

-         Qu’est-ce que tu as ?

-         Je médite.

-         Sur le fait qu’on est invité et qu’il est différent de ce qu’il est d’habitude à l’école ?

-         Tu le trouves différent de l’école ?

Terry réfléchit avant de répondre.

-         Bof.

-         Pareil pour moi. Pour ça, il est toujours aussi cool. Non, ce qui me dérange un peu, c’est la crainte de me retrouver avec un truc totalement inconnu dans mon assiette. Ne m’en veux pas, mais je l’imagine très mal derrière les fourneaux. Je ne saurais pas t’expliquer pourquoi.

-         Parce que tu le vois avant tout comme un scientifique ?

-         Va savoir. Mais c’est vrai que sciences et cuisine n’ont jamais fait bon ménage à mes yeux.

Bizarrement, Terry n’avait pas cette même impression. Si Ludovic percevait le professeur de sciences qu’il avait été comme beaucoup trop figé sur un domaine intellectuel pour savoir cuisiner un plat convenable, lui gardait en mémoire qu’il avait un jour su prendre soin de Nash et qu’il vivait avant tout ça seul dans une maison en recul de tout. En fin de compte, ce fut l’image de Nash en train de profiter de ces nombreux traitements de faveur qui lui vint en mémoire. Il décida qu’il était peut-être temps qu’il assouvisse sa curiosité.

-         Tu m’en veux si je vais lui tenir compagnie ?

-         Tu m’en veux si je reste ici à me préparer psychologiquement face ce qu’il pourra bien nous servir ?

Il étouffa un rire et le laissa seul en guise de réponse. A quoi bon insister ? Ludovic lui avait prouvé plus d’une fois qu’il pouvait se montrer têtu.

L’intérieur de la cuisine était agréable au regard et bien agencée. Terry n’en revenait toujours pas de la capacité de son ancien professeur à se faire accepter de tous. Qu’aurait dit Nash qui avait su résister à sa gentillesse comme à sa courtoisie ou encore son bon sens durant de longs mois ? Mais Nash n’était pas là. Nash n’était pas avec lui comme il aurait dû l’être. Il alla s’installer près de la seule fenêtre présente dans la pièce. Elle était suffisamment grande pour dispenser toute la lumière dont une cuisine avait besoin.

-         J’avais espéré qu’il soit là, commenta-t-il. Avec vous. On dirait bien que je me suis trompé.

-         Tu étais venu pour lui ?

-         Bien sûr que non. Egalement pour vous.

Il n’y avait même pas eu besoin de prononcer de nom pour qu’ils soient sur la même longueur d’onde. Ils pensaient à la même personne. Ils entamaient la conversation à propos de Nash de qui ils étaient très proches, même si c’était de façon différente.

-         Nash n’a pas pu venir avec moi, expliqua-t-il.

-         Il a préféré rester là-bas, chez vous ?

-         Non.

-         Alors…, paniqua Terry.

-         Nous n’avons pas rompus, rassure-toi. Je n’ai simplement pas pu obtenir sa garde.

La nouvelle fut un choc. Il ne comprenait pas. Comment un homme comme Frédéric pouvait-il se voir refuser la garde d’un adolescent ? Etait-ce la directrice de Sainte Bénédicte qui avait cherché à lui être nuisible ? Ou peut-être ce Marco de malheur ? Vraiment, Terry ne voyait pas ce qui n’avait pas fonctionné correctement.

-         Je vis seul, c’est pour cette raison. Il lui fallait une vraie famille. Une famille composée d’un père et d’une mère. Pourquoi pas même d’un petit frère ou d’une petite sœur. J’ai été pris de nombreuses semaines par les papiers. Ca n’aura servi à rien mis à part m’épuiser.

Il mesurait les répercutions qu’avaient pu avoir cette dure réalité sur chacun d’eux. Frédéric semblait fatigué, il comprenait pourquoi. Et Nash ? Comment avait-il pris tout ça ?

-         Comment va-t-il ?

L’homme délaissa l’oeuf qu’il s’apprêtait à casser dans un plat pour se tourner vers lui. Son expression était sérieuse. Quelque peu défaite.

-         Il passe de familles d’accueil en familles d’accueil tout en veillant à ce qu’il puisse bien se rendre à l’école d’art qu’il désire fréquenter.

-         Ca veut dire qu’il a réussi l’examen ?

-         Oui. Ca n’a rien d’étonnant me diras-tu. En tout cas, je le vois désormais très rarement. Je sais juste qu’il a difficilement accepté la décision du juge au début, même s’il se montre agréable avec les personnes qui veulent bien de lui.

-         Mais cette situation reste compliquée. J’imagine très bien dans quel état d’esprit il doit se trouver. Qu’est-ce que vous allez faire ?

-         Attendre. Il n’y a rien d’autre que je puisse faire. J’essaierai de le voir un maximum et il pourra toujours m’écrire.

-         Ca me fait mal au cœur. Surtout que j’aurais voulu le revoir. Ca veut dire qu’il va falloir attendre deux ans ?

-         Tu as tout compris. Le temps qu’il devienne majeur.

Terry n’était en rien ravi d’avoir aussi rapidement compris un tel détail. Alors que Frédéric retournait à son occupation initiale, à savoir les régaler comme il l’avait si bien demandé, il se sentait frustré. Frustré pour cet homme à qui on n’aurait jamais dû refuser la garde de Nash. Frustré pour Nash qui devait se sentir bien mal, trimbalé de familles en familles. D’autant plus qu’il n’était pas prêt de le revoir. Frédéric se permit de le tirer de sa triste réflexion.

-         Tu as laissé Ludovic tout seul de l’autre côté ?

-         Oui. Il n’y voyait pas d’inconvénient.

-         Va le rejoindre. Il doit se sentir seul. Ca fait un moment que tu es ici. Je dois juste m’occuper de la préparation. Ca ne prendra pas longtemps. C’est toujours la cuisson qui demande pas mal de temps avec ce genre de dessert.

Terry n’avait aucune idée du plat dont il voulait parler. Aussi préféra-t-il le laisser se concentrer dans cette cuisine si grande qu’elle lui donnait le vertige. De plus, il ne voulait pas être la cause d’une erreur de recette ou d’un ingrédient en trop parce qu’il s’était avéré être une source de distraction. Il doutait que Ludovic apprécie fortement. Il repartit donc dans le salon et reprit sa place aux côtés de son petit ami qui demeurait calme malgré l’attente.

------------

 

Des heures plus tard, ils se réunirent tous à la grande table de la salle à manger pour goûter à la spécialité qui leur était destinée. Canelés de Bordeaux, leur avait annoncé Frédéric au moment de servir à table un plat plein de ce qui devait ressembler à de délicieux petits gâteaux à la couleur si foncée qu’on les aurait cru brûlés. Mais il n’en était rien. Au contraire. Si Ludovic avait eu un doute, il découvrait à présent combien Frédéric n’était pas aussi mauvais qu’il l’avait craint en matière de cuisine. Et vu qu’il avait dit avoir été faire des courses, il fallait croire qu’il avait déjà prévu de leur faire goûter cette nouvelle recette apprise bien avant qu’ils ne lui annoncent leur venue. C’était bien joué de sa part. Si bien joué qu’il s’en léchait quasiment les babines.

-         Verdict ?

-         J’avoue que c’est très bon, fut-il forcé d’admettre.

Il aurait pu se montrer plus gentil. Ne pas jouer sur les mots. Ne pas paraître de mauvaise foi. Il se souvenait avoir été plus honnête en matière de goût à Sainte Bénédicte. Quant à Terry il se montra plus porté que lui sur les compliments.

-         Délicieux. Un vrai régal.

-         J’en suis content. J’espérais que ça vous plaise.

-         Ca nous plait beaucoup.

-         Il faudra alors que je lui fasse goûter à l’occasion.

Un clin d’œil en direction de Terry fit comprendre à Ludovic qu’il était hors sujet. Terry semblait avoir ses secrets avec Frédéric. Des secrets pour lesquels il était exclu bien qu’il se doutait avec le temps qu’ils concernaient en partie Nash. Il ne s’en formula pas. Pourquoi pas après tout ? Lui-même s’était plus d’une fois longuement confié auprès de l’homme.

Ils continuèrent à parler de tout et de rien durant de longues heures, savourant l’hospitalité toute particulière de leur hôte. S’ils ne s’étaient pas attendus à se retrouver dans un tel endroit, le voile d’ombre qui commençait doucement à peser sur les rues leur indiquait que le temps passait beaucoup plus vite qu’ils ne l’auraient souhaité. Quand Ludovic s’aperçut enfin que la soirée était toute proche, il décida de se manifester. Elea de qui il n’était pas encore parvenu à se rapprocher davantage restait sa mère. Et en tant que telle, elle s’inquièterait de les voir rentrer tardivement. Frédéric dû le comprendre. Ou peut-être même l’avait-il déjà prévu, étant une personne des plus responsables et attentives.

-         Je crois qu’il se fait tard, dit-t-il en débarrassant la table. Ta mère risque de s’inquiéter, Ludovic.

-         Hum.

Aborder les éventuelles inquiétudes de sa génitrice restait un sujet sensible. Ce hum de mauvaise foi le prouvait bien. En tout cas, Frédéric s’en apercevait-il. Cependant, loin d’avoir froid aux yeux et habitué à ce genre de réaction, il ne se gêna pas pour partager les questions qu’ils se posaient.

-         Comment ça va avec elle ? Est-ce qu’il y a du progrès ?

-         Je ne sais pas si on peut dire ça. On dirait qu’elle tente d’ouvrir le dialogue avec moi. Ca me fait un peu reculer.

-         Au contraire. Si elle tente une approche envers toi, tu dois savoir saisir l’opportunité qui t’est offerte. Tu dois tout faire pour aller lui parler. N’oublie pas ce qui fait ta motivation.

Ludovic se contenta de lui donner raison d’un hochement de tête, sachant qu’il regretterait le fait de ne pas avoir tenté sa chance tant qu’il en avait encore la possibilité. Il devait le faire. Parce que c’était la volonté de Terry. Parce que Frédéric l’y encourageait. Pour Elea qui restait sa mère. Pour lui-même qui ne voulait plus se sentir délaissé par le seul membre de sa famille dont il pourrait peut-être recevoir un peu d’amour s’il y mettait du sien. S’il n’était pas trop tard.

-         Il faut juste savoir saisir sa chance au bon moment, ajouta Frédéric.

Il ne savait qu’en penser réellement, mais il y penserait. C’était certain. D’autant plus que les vacances touchaient à leur fin. En attendant, il était grand temps de partir. Il observa Terry qui, à son grand étonnement, alla se loger une nouvelle fois dans les bras de Frédéric avec une affection qu’il ne lui avait encore jamais vu pour quiconque. Il agissait tel un enfant normal qui devait quitter une source de tendresse qui lui manquerait. Dire qu’il pensait à son propre comportement il y avait quelques minutes pour ensuite découvrir l’inimaginable chez Terry. Il eut un sourire. Un sourire qui lui avait était absent au cours de ces dernières heures. Un sourire pour Terry. Un sourire pour Frédéric qu’il risquait de ne plus revoir avant longtemps. Il n’aimait pas les au revoir. Surtout qu’ils s’étaient déjà fait au départ du professeur Armand lors de son départ de Sainte Bénédicte. Départ qui avait non seulement emporté avec lui de beaux souvenirs, mais aussi un professeur d’exception.

-         Ca m’ennuie de le redire, dit-il en s’adressant à lui d’un ton déterminé, mais vous allez une nouvelle fois nous manquer à tous les deux.

-         Nous nous reverrons. Et puis, je ne suis pas encore parti de Bordeaux. Je compte rester ici jusqu’à la semaine prochaine. Venez me voir quand vous le désirez.

-         Message reçu.

C’était cette fois Terry qui avait reprit la parole, se détachant de lui. Lui aussi en avait gros sur le cœur. Il avait des choses à dire. Beaucoup de choses. Et pourtant, il se contenta de ne confier qu’une seule petite requête.

-         Quand vous verrez Nash, dites lui bonjour de ma part. Dites lui aussi que je pense à lui.

-         Je n’y manquerai pas.

-         Je vous fais confiance pour ça. Mais le plus important, c’est que vous preniez soin de vous.

-         Vous aussi. J’ai été heureux de vous revoir.

Les bons conseils et les mots de politesse échangés, il n’y avait généralement plus rien à dire. Et c’était bien le cas. Ils avaient passé une bonne partie de la journée avec leur ancien professeur, se rappelant qu’il était bon de rester avec des personnes aussi sympathiques qu’agréables avec qui discuter d’à peu près tout. Ludovic aurait peut-être espéré un petit quelque chose de spécial comme il l’avait tant de fois connu. Il n’était pas déçu. Juste satisfait. Au point qu’un étrange bourdonnement lui vrille les tympans sans que cela ne soit véritablement gênant. Frédéric Armand. Ce cher et gentil Frédéric Armand. Etrangement, il ne pouvait se résoudre à croire au fait qu’ils ne le reverraient plus avant longtemps. Quelque chose lui disait que toute improvisation était permise dans une vie, à n’importe quel moment. Restait à savoir quand et comment. Sur un Nous espérons vous revoir, ils quittèrent ce grand immeuble dans lequel ils étaient entrés le matin même.

------------

 

L’air s’était fait un peu plus frais, mais il faisait aussi chaud que les autres jours. Tout le long du chemin du retour, Ludovic était ailleurs. Frédéric leur avait donné quelques canelés à emporter avec eux. Ils penseraient à lui en les mangeant.

Sur le chemin du retour, ils ne parlèrent pas énormément, l’atmosphère ayant prise une toute autre allure. Ludovic comme Terry se rendaient compte que les cours reprendraient dans un peu plus d’une semaine et qu’ils leur restaient quelques derniers points à régler.

-         Ca va nous changer toutes ces absences à la rentrée, fit remarquer Terry.

-         Oui. Surtout son absence.

-         Ca veut dire qu’on devra assumer tout le reste à deux.

Terry se rapprocha un peu plus de lui. Proche de Ludovic, ils se touchaient tout en marchant sans pour autant attirer les regards sur eux. Ludovic ne chercha pas à s’éloigner de lui, et ce fut satisfait qu’il continua ce qu’il disait.

-         On ne sera jamais seul, Ludovic. Jamais. N’oublie pas Yanis et Maxime. On les a peut-être un peu mis de côté pendant quelque temps, mais ils sont des amis fidèles.

-         Tu as raison.

Plus tard, ils arrivèrent non loin de la maison. Elle semblait vide de toute présence. Elea ne devait pas être là. Ils ne remarquèrent aucune voiture dans l’allée et Ludovic dû sortir ses clés.

-         Je crois qu’on va avoir la maison pour nous tout seuls.

-         C’est cool. Qu’est-ce qu’on va faire ? Tu as une idée ?

-         Non, mais ça devrait se trouver facilement. Il y a quelque chose que tu voudrais faire en particulier ?

Il y avait des tas de choses qu’il voulait faire. Mais certaines hantaient son esprit plus que d’autres. Certaines depuis ce matin et qui lui avaient donné à réfléchir tout au long de la journée. D’autres depuis plus longtemps.

-         Ecouter tous tes cd, je crois. Il y a longtemps qu’on a plus écouté de musique ensemble.

-         Adjugé.

Ludovic allait ouvrir la porte quand Terry le retint sans prévenir par le bras. Son regard était imprégné d’un sentiment intense. D’une émotion à fleur de peau. D’une envie toute particulière. Terry semblait avoir réfléchi. Il semblait avoir réfléchi durant toute cette journée qui semblait avoir été riche de réflexions quant à tout ce qui s’était déroulé jusqu’à aujourd’hui. Tout ce qui s’était également déroulé au cours des heures précédentes.

-         Il y a quelque chose que tu voudrais me demander ? S’enquit Ludovic.

Il hésitait et baissa la tête, n’osant sûrement pas lui faire part de ce qu’il ressentait aussi directement. Ludovic se demanda s’il y avait un souci quelque part. Il s’inquiéta automatiquement comme à son habitude.

-         Je…

-         Oui ? L’encouragea-t-il.

-         Est-ce que tu serais d’accord pour…

Terry se stoppa avant de tout de suite reprendre à son grand étonnement.

-         Bon sang, c’est pas facile à dire.

-         Tu sais que tu peux tout me confier.

-         Est-ce que tu voudras bien faire l’amour avec moi ?

Un silence suivit. Un silence perturbant que le jeune homme s’empressa de briser, le supportant difficilement.

-         Seulement, il faudra que tu sois patient, hein ? Reprit-il. Je suis mort de trouille. Et je veux aussi que tu sois doux. J’en ai besoin. Je ne suis même pas sûr de ne pas regretter de te demander ça. Ludovic, je te fais confiance. J’ai pu réfléchir à tout ce que tu m’avais dit ce matin. Et Frédéric Armand a raison. Il faut savoir saisir sa chance au bon moment. J’ai envie de passer cette étape, mais j’ai peur. Ludovic…

Il ne pu continuer, plaçant une main devant sa bouche pour laisser les larmes qu’il tentait tant bien que mal de retenir de couler. En vain. Ravageant ses joues, elles indiquèrent à Ludovic qu’il devrait immédiatement le rassurer après qu’il lui ait fait une confession telle que celle-ci. Terry avait peur, et c’était bien normal. Toute personne ayant subi ce qu’il avait connu aurait peur. Mais il l’aimait suffisamment pour se montrer le plus doux, le plus tendre et le plus attentionné possible envers lui. Délaissant les clés sur la porte, il le prit dans ses bras afin de sécher ses larmes et lui prouver qu’il avait eu raison de placer sa confiance en lui. Il l’aimait plus que tout. Assez pour ne pas le décevoir.

-         Ta demande me touche. Tu ne peux pas imaginer.

Savourant cet instant, Terry se félicitait maintenant mentalement d’avoir osé faire cette demande. D’avoir osé prendre la décision de briser tout ce qui le faisait encore douter. Il se disait bien que Ludovic l’aimait assez pour ne pas lui faire le moindre mal. Que son image de la sexualité avait sans aucun doute dû être faussée par ce père à qui il ne devait plus laisser avoir le dessus. Il ferma les yeux. Il ferma les yeux et sentit Ludovic l’embrasser. Juste devant la maison et il en fut surpris. Comme si sa révélation venait de lui faire perdre la tête.

Ils auraient alors dû entrer dans la maison et se diriger à l’étage. Ludovic l’allongerait et il le déshabillerait. C’était dans la logique des choses. Et lui apprécierait de lui appartenir. Car c’était désormais ce qu’il voulait. Approfondir leur relation. Comprendre ce qui faisait toute la différence quand c’était entrepris par amour. Quand on se sentait aimé. Vraiment aimé.

Tandis qu’il ouvrait à présent les yeux en continuant d’embrasser la seule personne qu’il ait jamais aimée, il crut que tout serait simple. Que tout se ferait comme il l’imaginait. Ce qu’il n’avait alors pas prévu, ce fut cette voiture qui entrait dans l’allée pour se garer non loin d’eux. Ludovic dû l’entendre aussi, car il relâcha aussitôt ses lèvres pour se retourner. Et son expression changea du tout au tout lorsqu’il l’aperçut. De ce bonheur qui s’était peint sur son visage, il passait soudainement au tourment et à la frustration la plus totale. Non loin d’eux, Elea venait de descendre de sa voiture, l’incrédulité se lisant en chacun de ses traits.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /Oct /2008 20:19

Partie 2

Ludovic l’avait emmené dans un nouveau coin qu’il ne connaissait pas. Un coin où les rues étaient plus étroites. Où le ciel semblait plus sombre, en partie masqué par les hauts toits. Ce n’était pas ce que l’on pouvait appeler une agréable visite. Finalement, ils arrivèrent devant un haut bâtiment en marge des autres. C’était un vieil immeuble aux briques imprégnées par l’humidité, et aux tuiles menaçant de tomber. Un immeuble qui les obligeait à douter du chemin qu’ils venaient d’emprunter.

-         Tu es certain que c’est ici ? Demanda-t-il pour s’assurer qu’ils ne faisaient pas fausse route.

Ludovic observa les alentours d’un œil avisé, espérant remarquer qu’ils s’étaient trompés, mais c’était bien le bon endroit.

-         Pas de doute. Il m’a bien indiqué cette adresse.

-         Je m’attendais plutôt à un hôtel. Mais si c’est ici, ça ne peut pas être plus mal.

-         Tu rigoles ? Je trouve ça démoralisant. Tu as vu l’état de cet immeuble ?

-         Et alors ?

-         Et alors ? Ne va pas me dire que tu trouves tout ça accueillant.

-         Eh bien, c’est juste un immeuble ancien.

Pris entre l’oscillation de la voix de Terry et la façon avec laquelle il se rapprochait de lui, Ludovic décida qu’il ne leur restait plus qu’à vérifier si Frédéric restait bel et bien là, ou s’il ne s’agissait pas d’une mauvaise blague.

Ludovic n’aimait pas perdre son temps avec des interphones et autres systèmes du même genre. Aussi profitèrent-ils de l’opportunité qu’une personne sorte pour eux-mêmes entrer. Le couloir semblait bien plus grand qu’il ne l’avait imaginé, et bien plus luxueux. Bien à lui de ne jamais se fier aux premières apparences. La décoration était basée sur un style tout à fait ancien. Ca allait du tapis sur le sol au plafond sculpté. Quelques tableaux, bien qu’ils soient sans valeur, ornaient les murs tout le long de l’allée. Lorsque Ludovic envisagea le numéro de l’appartement où se trouvait Frédéric, il comprit qu’ils devraient prendre les escaliers ou l’ascenseur pour monter d’un étage. Ce ne fut que quelques minutes plus tard qu’ils arrivèrent devant la bonne porte sans trop bien comprendre ce que faisait Frédéric Armand ici. Pourquoi n’avait-il pas préféré l’hôtel pour seulement quelques jours ?

-         Tu comprends ce qu’il se passe, toi ? Le questionna Terry tandis qu’ils attendaient qu’on veuille bien leur ouvrir la porte.

-         Pas trop. On verra bien.

Au même moment, la porte s’ouvrait sur cet homme qu’ils étaient venus voir. Il arbora immédiatement un grand sourire en les voyant, son regard s’attardant davantage sur Terry. Ce dernier ne perdit d’ailleurs pas de temps. A peine l’eut-il aperçu que Ludovic le vit sourire à son tour avant de faire un bon en avant. Un bon qui l’amena tout droit dans les bras de Frédéric. Celui-ci ne pu que le serrer avec émotion, aussi surpris que lui-même l’était de le voir prendre une telle initiative. Où était donc passé le Terry renfermé d’autrefois ? Lorsqu’il se détacha de lui, Frédéric pu enfin les faire entrer dans un appartement que Ludovic savait suffisamment sophistiqué pour plaire à son ancien professeur. Il les invita à s’asseoir, leur servant immédiatement de quoi boire et grignoter.

-         Je ne m’attendais pas à ce que tu ais autant changé, Terry ! S’exclama-t-il en prenant également place sur un petit fauteuil en face d’eux. J’ai été surpris à l’instant.

Le concerné parut quelque peu gêné, tournant son verre de limonade entre les paumes de ses mains. Ludovic s’attendait presque à ce qu’il le laisse tomber.

-         Il n’y a vraiment pas de quoi l’être.

-         Oh si ! Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais tu as repris du poids et des couleurs depuis la dernière fois que je t’ai vu, ça fait plaisir à voir. Et puis, tu sembles bien plus ouvert. Bien plus heureux.

-         Merci. Je crois que je ne m’en aperçois pas complètement. Ca fait du bien de l’entendre dire.

-         Alors je te le dis, tu continus à évoluer de la meilleure façon qui soit.

Terry nota quant à lui que Ludovic ne lui avait pas menti concernant la fatigue de son vis-à-vis. Il devait avoir pris le temps de se reposer depuis qu’il était ici. Pourtant, des cernes restaient présentes sous ses yeux. Son regard était plus vitreux qu’il ne l’avait connu. Terry était prêt à parier que ça avait un rapport avec Nash. Mais il ne pouvait pas se permettre d’en toucher un mot de but en blanc. Même si sa curiosité était poussée à l’extrême. Même s’il avait envie d’avoir des nouvelles de Nash. Il se contenta donc d’écouter Ludovic se montrer bien plus direct que lui.

-         Vous pouvez nous expliquer c’est quoi cet endroit ?

-         Tu veux parler de l’appartement ?

-         Oui. Je m’attendais davantage à un hôtel.

-         Disons que j’ai eu de la chance. Je ne l’ai jamais dit, surtout pas en Espagne, mais je déteste les hôtels. C’est tellement impersonnel.

-         Mais comment ?

-         J’ai fait la connaissance d’une dame avec qui j’ai longuement parlé. Il s’est avéré qu’elle était la propriétaire de cet immeuble. Elle m’a donc proposé de rester ici le temps de mon séjour à Bordeaux. C’est l’appartement de l’un des habitants parti en vacances. On peut dire que je le garde en son absence.

-         Vous êtes vraiment bizarre ! S’exclama Ludovic en s’enfonçant au fond du canapé moelleux. Préférer un appartement à entretenir au confort de l’hôtel. Vous avez quand même bien joué la comédie en Espagne.

-         Il faut croire que je suis bon acteur.

Plusieurs sourires furent échangés avant que Terry ne se décide enfin à parler. Ce qu’il dit étonna tout le monde.

-         N’empêche, vous êtes plutôt doué pour être parvenu à convaincre cette femme de vous inviter à passer quelques jours ici. Ce n’est pas donné à tous.

-         Disons que je m’en sors bien sans pour autant être un profiteur de bas étage. Je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas pu proposer de m’occuper de l’appartement en retour. Il semblerait que son résident soit un ami proche de cette dame.

-         Un ami proche, ouais, c’est ça. Moi je dirais plutôt que vous lui avez tapé dans l’œil.

Il reçut instantanément une tape derrière la tête de la part de Ludovic pour son manque total de tact. Néanmoins, ça n’avait pas été dans son intention de se montrer impoli envers Frédéric. Il n’avait en aucun cas pensé qu’il était ce genre de gigolo profitant des bonnes intentions de femmes qu’il prenait dans ses filets. Surtout que Frédéric n’était pas attiré par les femmes. D’autant plus qu’il n’était plus un cœur à prendre. Terry était bien placé pour le savoir.

-         Je suis désolé, murmura-t-il.

-         Ce n’est rien. Je comprends ce que tu as voulu dire. Je crois juste que n’importe qui est capable de se montrer sympathique dans certains moments propices. Sans doute une question d’âge.

-         Non, riposta aussitôt Ludovic. Tout le monde n’en est pas capable. Il y en a qui restent incapables de faire preuve de la moindre courtoisie qu’importe l’âge.

Terry comme Frédéric avaient compris sans aucun mal quel sous-entendu se cachait là-dessous. Comme d’habitude, Ludovic ne pouvait s’empêcher de saisir la moindre occasion pour rabaisser Markus Lorraine au rang des moins que rien. Un rang qu’il lui jugeait digne d’intérêt. Aux yeux de Terry, ça prouvait juste qu’il était encore de temps en temps trop présent dans les esprits.

-         Quoiqu’il en soit, conclut brièvement Frédéric, je me suis installé ici et je suis bien heureux que vous veniez me rendre visite. Comment se passent vos vacances à tous les deux ?

-         Très bien, répondit Terry. Ludovic n’a de cesse de me faire découvrir de nouvelles choses. De beaux coins. Bordeaux est juste une ville superbe.

-         J’ai également cru le comprendre. Je me suis déjà un peu baladé dans les environs et ça change vraiment des grandes villes comme Paris. Surtout lorsque l’on reste toute une année à Sainte Bénédicte.

-         Mais vous ne vivez pas à Paris, fit remarquer Terry en se basant sur les échos qu’il avait eu de Nash.

-         C’est vrai. Je reste très loin en-dehors, tout près d’un bois. Mais je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’en profiter ces derniers temps. J’ai été très occupé.

Lorsqu’il se disait avoir été très occupé, Terry craignait d’en apprendre le pourquoi. Au départ de l’homme ainsi qu’à celui de Nash, il les avait imaginé vivre une vie tranquille. Il les avait imaginé trouver la solution idéale pour que tout se déroule de cette manière. Le destin s’était-il une nouvelle fois acharné sur eux ? Il commençait lentement à le redouter.

-         je crois que ça me fait beaucoup de bien de me retrouver un peu ici, poursuivit-il. Ca me permet de me détendre.

-         Vous auriez été davantage plus détendu en allant à l’hôtel, insista Ludovic.

-         Non, non, détrompe-toi. Je déteste me faire servir à longueur de journée. Je suis trop habitué à m’occuper de moi-même. En plus, je me suis mis à la cuisine depuis que je suis ici. J’en ai profité pour aller faire quelques courses et me renseigner sur les spécialités traditionnelles de Bordeaux.

L’un comme l’autre, mis à part les délicieux chocolats chauds qu’il préparait, Terry et Ludovic n’avaient jamais imaginé Frédéric Armand cuisiner. La révélation était donc en partie surprenante. Cependant, il était également un homme de goût et de finesse. A bien y réfléchir…

-         Ca vous dirait que je vous cuisine un bon dessert ?

Ils ne s’y étaient pas du tout attendu et se regardèrent perdus. Mais Frédéric avait le don d’être surprenant. C’était ce qui le rendait unique. C’était ce qui faisait de lui quelqu’un d’appréciable.

-         Ca dépend, répondit Ludovic. On n’a pas spécialement envie de vous faire perdre votre temps. Et puis, vous savez cuisiner ?

-         D’abord, vous ne me ferez pas perdre mon temps. Et ensuite, pour ce qui est de savoir cuisiner, je fais mon possible.

Ludovic parut sceptique, ce que remarqua sans tarder Terry. Lui-même n’était pas certain des capacités de Frédéric Armand derrière les fourneaux. Il ne doutait pas qu’il se débrouille très bien en ce qui concernait la cuisine traditionnelle, mais la cuisine de Bordeaux nécessitait certainement quelques différences. Toutefois, l’idée de se faire inviter par ce professeur qui avait tant fait pour lui et de passer d’autres instants avec lui était tentante.

-         On accepte.

-         Sérieusement ?

-         Oui. Régalez-nous.

Il vit Ludovic sur le point de protester. Il se ravisa à la dernière seconde.

-         Très bien. On peut bien accepter après tout.

Il n’était pas encore onze heures, mais ils se virent forcés de rester sagement assis dans le salon pendant que celui qui les avait invité entrait dans la cuisine avec un exquis sourire ornant son visage. Ca faisait du bien de se voir être le destinataire de bonnes attentions. Cruellement du bien. Terry le vivait depuis déjà deux mois avec Elea. Aujourd’hui se serait le cas avec Frédéric Armand.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /Oct /2008 20:11

sakura: Ca me fait plaisir que tu puisses te mettre à la place de mes personnages. La relation entre Terry, Ludovic et Elea continue à évoluer. Mais en attendant, voici la réponse que tu te posais précédemment quant à la relation entre Nash et Frédéric. Merci beaucoup pour ton commentaire^^


athenais: C'est vrai que Ludovic manque de tact par moments et ce de façon inconsiente. Merci à toi de continuer à me lire. J'espère que la suite te plaira.



Chapitre XCII : A découverts.

 

Partie 1

Dans le courant de la nuit, Terry s’était mis à chercher la présence de Ludovic. A passer une main sur son ventre. A tâter de ses doigts le tissu de son t-shirt. Il l’avait rejoint à peine une heure plus tard. Une heure après qu’il soit rentré seul à l’intérieur de la maison et qu’Elea l’ait consolé. Il s’était ensuite excusé pour se réfugier dans la chambre de son petit ami et s’endormir sur le lit immédiatement. Il n’avait pas pu lui demander d’explications. Il n’avait même pas cherché à le réveiller. Il s’était juste couché à ses côtés. Au-dessus des couvertures et il l’avait étreint. A présent réveillé, bien qu’il fasse encore nuit, c’était à son tour de procurer un peu de chaleur à l’autre. Malheureusement, alors qu’il s’allongeait de tout son long sur lui, deux yeux s’ouvrirent et le fixèrent avec intensité. Ludovic ne dormait plus non plus.

-         Tu as fait un cauchemar ? Fut sa première inquiétude.

Terry se culpabilisa instantanément de l’avoir laissé mariner la veille.

-         Tout va bien, s’empressa-t-il de le rassurer. Je ne fais plus aucun cauchemar depuis deux mois. Je dirais même que c’est plutôt l’inverse. Je me demande parfois si je ne rêve pas en permanence.

Il fallut un certain laps de temps à Ludovic pour saisir la totalité de ce qu’il venait de dire. Tandis qu’il émergeait pour de bon du sommeil, Terry reprit sa place initiale dans le lit. Du moins le voulut-il car deux mains le forcèrent à rester là. A ne plus bouger. Ludovic aimait à le savoir juste au-dessus de lui. Contre lui.

-         Si tu rêves, j’espère juste que je fais parti de tes songes.

-         Je suis certain que tu connais déjà la réponse.

Terry se pencha en avant, effleura ses lèvres, hésita et finit par l’embrasser à sa manière. De façon timide. Timide, mais déterminé. Il aimait sentir la salive de Ludovic se mêler à la sienne. Leurs langues délicieusement se caresser. Il n’aurait jamais pensé être capable d’apprécier ce genre de sensations des mois plus tôt.

-         Je peux te confier mes pensées actuelles ? Demanda-t-il alors, une fois qu’il détacha sa bouche de la sienne.

-         Bien sûr, va y.

-         J’ai l’impression de nager en pleine illusion. Je me sens bien ici. Ta mère m’aime bien. Je me trouve dans tes bras, et je parviens à me sentir de mieux en mieux.

-         Et hier ? Osa Ludovic.

-         Hier ? C’est déjà passé. Juste un moment de faiblesse. Une sorte de mélancolie si tu préfères. Tu m’as demandé de te rassurer par moi-même l’autre jour, alors sache que je vais mieux.

-         Parfait. Par contre, je tiens à préciser que ce que tu vis est bel et bien réel. Tu peux donc en savourer chaque instant.

-         Je vais d’abord profiter du réconfort de tes bras si tu veux bien.

Il posa sa tête sur son torse, se concentrant sur le rythme de sa respiration tout en fermant les yeux. Il était encore fatigué.

Terry se savait profiteur en ce moment même. Il fallait croire que Ludovic faisait preuve d’une grande patience avec lui. Il ne se montrait même pas envahissant avec des questions incessantes. Il aurait pourtant pu. Sans doute se disait-il qu’il n’aurait pas aimé qu’on lui en pose s’il était à sa place, et Terry en profita. Il profita de sa gentillesse pour lui faire une demande qu’il espérait depuis plusieurs jours. Il n’avait pas trouvé le bon moment. Jusqu’à maintenant…

-         Tu crois qu’il serait possible de voir Frédéric Armand demain ?

-         Demain ?! Tu aimes improviser notre emploi du temps, dis-moi.

-         Parfaitement.

-         C’est juste que je ne sais même pas à quel hôtel il réside pendant son séjour.

-         Mais tu as son numéro.

-         Tu sembles savoir ce que tu veux.

-         Je sais surtout que tu ne peux rien me refuser.

Terry se savait en effet capricieux et égoïste. Il n’était pas parfait. Il le savait. Il le savait trop bien. Tout comme Ludovic pouvait être caractériel et trop sérieux. Toutefois, il mourrait d’envie de revoir ce professeur qui lui avait tant apporté et auquel il s’était peu à peu attaché au fil de l’année scolaire. Il vit l’autre garçon respirer profondément.

-         Je ne peux pas l’appeler en pleine nuit.

-         Bien sûr que non.

-         Alors attendons quelques heures, d’accord ?

-         Oui, attendons le matin.

Il laissa cette fois le calme de la chambre l’envahir. Prendre à nouveau possession de son corps. De ses rêves. Il se sentait bien dans les bras de Ludovic. Comme ça avait pratiquement toujours été le cas.

-         Ludovic ?

-         Oui ? Sa voix se faisait un peu plus éteinte.

-         Tu es quelqu’un de bien.

Sonné, le concerné dû à peine comprendre le sens de ses mots. Lui ne saisissait pas réellement ce qu’il avait voulu dire. Il mit cela sur le compte de la fatigue. Mais parfois il n’y avait même plus besoin de parler pour se comprendre. Juste de sentir la présence de l’autre. Il lui confiait ses envies, et Ludovic acceptait. Cependant, juste avant de rejoindre un tout autre monde, il crut entendre celui-ci lui murmurer quelques mots au creux de l’oreille. Il n’eut que le temps d’en saisir le sens avant de se rendormir. Quand je pense que cette nuit tu me demandes de le revoir. Tu fuyais tout le monde au tout début. Est-ce que tu te rends compte de tes progrès ?  Ses progrès… Ils l’amèneraient à revoir Frédéric Armand dès le lendemain. Même si d’autres sentiments se mêlaient petit à petit à ses songes. Terry finit par s’endormir sur ces quelques pensées.

------------

 

Au petit matin, pendant qu’il prenait sa douche, il crut entendre la voix de Ludovic qui riait derrière le combiné du téléphone. Si Elea était dans la cuisine et l’entendait, elle devait rudement être surprise. Depuis quand Ludovic se montrait-il si joyeux de si bon matin ? Quant à lui-même, il stoppa le jet d’eau et sortit de la cabine pour se retrouver face à un grand miroir. Miroir qui reflétait son image. Il se rendait compte que durant toutes ces vacances, il avait quelque peu fuit celle-ci. A quand remontait la dernière fois où il avait pris le temps de s’observer ? Sans doute aux instants où Ludovic prenait soin de lui en l’aidant à se laver. A ces infimes minutes où sa maigreur lui sautait aux yeux comme une abomination. Un terrible fardeau témoin de ses blessures les plus profondes. A présent, il se voyait moins maigre. Moins pâle. Bien sûr, il était toujours émacié. Ses os ressortaient encore sous sa peau. Mais il devenait un peu moins faible. Sur deux mois de temps, il était parvenu à reprendre du poids. Pourtant, était-ce vraiment suffisant pour qu’il parvienne à s’accepter tel qu’il était désormais ? Alors qu’il allait détourner le regard du miroir, deux coups furent frappés à la porte, suivis par une voix. La voix de Ludovic.

-         Il est d’accord pour qu’on aille le voir. Il m’a donné l’adresse d’où il se trouvait. Est-ce que tu es bientôt prêt, Terry ?

-         Presque.

Sa voix apparaissait comme troublée. Elle était restée à moitié bloquée au fond de sa gorge sans qu’il ne s’en aperçoive. Etait-ce le fruit de l’émotion ?

-         Est-ce que tout va bien ? S’inquiéta aussitôt la voix derrière la porte.

-         Oui… Oui. Tu peux même entrer si tu le désires.

Il ne s’apercevait même plus qu’il était nu et trempé. Quand Ludovic entra dans la pièce, il le comprit seulement à la gêne visible sur son visage. Automatiquement, celui-ci attrapa une serviette de bain et s’approcha de lui pour l’en entourer les épaules. Il ne devait pas s’être attendu à ce qu’il lui permette d’entrer dans ces conditions.

-         Tout va réellement comme tu le veux ? Tu vas attraper froid si tu restes comme ça.

Il malaxa l’essuie sur ses épaules afin de le sécher. Terry se laissait faire. Il était étonnant qu’il puisse se montrer nu devant lui sans plus aucun complexe. Ludovic était un peu perdu. La veille il l’avait empêché d’aller trop loin dans ses actes à son égard, alors qu’aujourd’hui il l’autorisait à le voir nu et même à le toucher du moment que ses gestes restaient dans la limite du raisonnable.

-         Quand j’étais incapable de me déplacer seul et que tu devais m’aider, commença-t-il en se regardant de nouveau dans le miroir, tu m’as fait comprendre par tes gestes que tu te moquais de ma maigreur et de tous ces coups qui rendaient mon corps répugnant au regard.

-         Terry, tu crois vraiment que tu es répugnant à regarder ? Tu crois que c’est ce que je pense ? Tu as peur du regard que je porte sur toi ?

-         Nash m’a déjà dit que j’avais une apparence fragile et que c’était beau.

-         Je ne te parle pas de Nash, là. Je me fous de son avis. Je veux savoir le tien.

Une certaine mélancolie se dessina sur son visage.

-         C’était moins difficile à envisager quand tu ne montrais aucun désir physique pour moi. Je croyais que ça m’avait passé. Qu’il n’y avait plus aucun problème avec ça. Mais depuis quelques jours…

-         Depuis quelques jours tu prends conscience que nous passerons peut-être à quelque chose de plus profond.

-         Je me rends compte que tu auras peut-être atteint tes limites. Que tu ne voudras plus m’attendre. Notre relation ne peut pas entièrement se construire uniquement sur des sentiments platoniques.

-         Je te rappelle que nous sommes jeunes et que nous avons tout notre temps.

-         Et que tu te sens prêt. Plus prêt que je ne le suis.

Sans un mot de plus, Ludovic acheva de l’essuyer en prenant garde à chacun de ses gestes. Comprenant qu’ils devraient en parler sérieusement, Terry s’empressa de s’habiller sous ses yeux, masquant maigreur, coups et cicatrices sur son bras. Il se sentait bien mieux sous cette épaisse couche de tissu qui masquait chacun de ses défauts. Suite à quoi, il suivit Ludovic dans sa chambre, s’asseyant sur son lit près de lui. Terry ne prendrait pas la parole le premier et Ludovic le savait pertinemment.

-         J’ai du mal à croire que tu ais une aussi mauvaise opinion de toi-même, constata-t-il pour débuter la conversation sur le problème. Je ne m’y attendais pas car tu ne m’en as jamais rien dit. En même temps, je ne t’ai jamais posé la question. J’aurais dû.

-         Ce n’est pas ta faute. Certains changements s’effectuent en moi. Des changements qui m’ont échappés et je m’en rends enfin compte. Ce n’est pas seulement au niveau de mon corps quand j’y réfléchi bien. C’est moi tout entier. Intérieurement, je grandi en même temps que notre relation. J’ai envie que tu me désires, mais il y a toujours un détail qui me bloque. Ma peur. L’aspect de mon corps. Le fait que je sois de mauvais caractère. J’y pensais encore cette nuit. Je suis quelqu’un de capricieux et égoïste. Je ne dois pas être à la hauteur de nous deux.

En l’entendant s’exprimer de la sorte, Ludovic eut l’impression de refaire un saut en arrière. Durant leurs vacances en Espagne. Il revoyait Maxime se faire un complexe vis-à-vis de Yanis. Ca avait été tellement voyant qu’il aurait espéré que leur camarade soit là pour leur filer un coup de main. Mais c’était aussi le but de ces deux mois de vacances. Se retrouver à deux et affronter les problèmes à deux. Si l’on pouvait appeler cela un problème. Et puis, il y avait ces paroles qui lui avaient fait plaisir. J’ai envie que tu me désires. L’ancien Terry n’aurait jamais tenu de tels propos auparavant.

-         Serais-tu en train d’essayer de me dire que l’idée que nous puissions passer à l’acte t’effleure peu à peu l’esprit ?

-         J’ai peur, Ludovic.

-         Rien n’empêche d’imaginer.

Terry baissa la tête, mort de honte. Ludovic dû faire un effort considérable pour comprendre ce qu’il murmura ensuite entre ses dents.

-         Même si c’était le cas, je ne veux pas t’infliger ça… Ce corps.

Il décida alors qu’il était plus que temps de mettre un terme à ces idées stupides que se faisait son petit ami. Il le força à relever la tête, habitude qu’il avait prise quand Terry se sentait honteux.

-         Moi je l’aime ce corps, dit-il. S’il n’est pas agréable à tes yeux, il l’est aux miens. Je rajouterais même que si tu ne peux pas l’accepter, je suis prêt à le faire pour deux. Tu es beau, Terry. Je te trouve beau.

-         Et pour ce qui est de ma peur constante ?

-         Ce n’est pas toi qui voulais vaincre tes dernières peurs ?

-         Si, bien sûr.

-         Alors je serai là. Prends tout temps. Je sais que je me répète, mais viens me voir dès que tu te sentiras prêt. Je serai toujours là. Même si c’est dans cinquante ans.

Terry se dit que s’il existait un record de la stupidité, Ludovic en serait indubitablement le grand vainqueur. Comment pouvait-il être aussi patient ? Comment pouvait-il tout accepter de lui ?

-         Qu’est-ce que tu comptes faire en attendant ? Demanda-t-il après mûre réflexion.

-         En attendant ? Répéta Ludovic. Qu’est-ce que tu dirais d’accepter la main que je te tends, de sortir de cette maison, de marcher ensemble sur le même trottoir et d’aller voir Frédéric ?

Joignant le geste à ce qu’il venait de dire, il lui tendit une main que Terry accepta sans plus réfléchir. Si Ludovic avait décidé d’accepter tous ses défauts et de l’attendre, ce n’était là que la preuve de ses sentiments. Peut-être pouvait-il alors laisser tomber les pensées encombrantes et se faciliter la vie. Il n’y avait que ça de vrai au fond. S’accordant une pause passagère, il imita son petit ami et le suivit une nouvelle fois.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 13:39

Partie 3

Ludovic l’embrassa dans le cou. Juste à l’intersection de la clavicule, ce qui le fit trembler de plaisir. Le frisson qui l’avait parcouru ne dû pas passer inaperçu, car encouragé par cette réaction, son petit ami répéta l’opération, s’aventura par occasion à l’extrémité de sa gorge. Lui qui aimait les vampires il y avait des années devait sans doute se rendre compte de toute l’attirance que ceux-ci avaient pour la chair fraîche. Le sang lourd des pulsions les plus exquises. De cette substance bouillant le long des veines. Et Ludovic devait être tenté. Il devait être tenté de transpercer de ses dents la fine peau de son cou. Terry dû d’ailleurs fermer les yeux quelques instants pour garder les pieds sur terre. Que lui arrivait-il pour qu’il se mette à s'enthousiasmer de la sorte sous les lèvres de cet autre garçon qui le faisait délirer. Il fallut qu’il sente Ludovic passer une main sous son sweet-shirt pour réagir. En sentant ses doigts d’abord frôler, puis caresser ses côtes, il se souvint de l’effet que ça faisait de faire l’amour avec quelqu’un. Non, pas faire l’amour. Ce que lui faisait son père, ce n’était pas par amour. C’était un viol. C’était un acte tout ce qu’il y avait de plus barbare.

-         Doucement, Ludovic. Doucement.

En s’apercevant que ses tremblements n’étaient plus dus au plaisir mais bien à la peur, l’autre garçon se stoppa immédiatement, se soulevant sur ses coudes pour le laisser souffler. Il ne devait pas aller trop vite. Ne pas se laisser entraîner par ses propres envies. Respecter celles de Terry.

-         Excuse-moi. J’oubliais… Je ne me suis même pas aperçu de ce que je faisais.

-         C’est moi qui suis désolé de ne pas pouvoir t’accorder tout ce que tu désirerais.

S’apercevant de son trouble, Ludovic baissa légèrement la tête jusqu’à recouvrir ses lèvres des siennes. Le rassurer. Juste le rassurer.

-         Je t’ai promis d’attendre le temps qu’il faudra. Je ne veux pas être le seul à vouloir.

-         Merci.

C’était un merci sincère. Un merci qui voulait dire qu’il regrettait de ne pas être prêt. Un merci qui lui renvoyait tout l’amour qu’il ressentait en guise de compensation. Un baiser furtif les força à passer à autre chose.

------------

 

Une heure plus tard, ils se sentaient plus détendus. Allongés sur la même couverture tout en se tenant la main, ils observaient ensemble le ciel au-dessus de leurs têtes.

-         Il y avait quelque chose que je voudrais savoir, demanda Ludovic en brisant le silence de la soirée.

-         Quoi ?

-         Tu connais d’autres étoiles que la Grande Ours ?

-         La Petite Ours.

Terry eut un rire étouffé, entraînant Ludovic dans cette tranche d’humour. Néanmoins, son compagnon redevint rapidement sérieux. Il ne pouvait pas lui demander de perdre certains aspects proprement nuisibles de lui-même en si peu de temps. D’autant plus qu’il l’aimait tel qu’il était.

-         Sérieusement, je connais aussi la constellation d’Orion. Je peux la reconnaître rien qu’en la voyant. Mais j’admets ne m’être jamais spécialement intéressé aux étoiles avant de te connaître.

-         Aujourd’hui, tu aimes les étoiles ?

-         Elles me font planer.

-         Planer ?

-         Oui. Quand je les regarde, j’ai l’impression de toucher des doigts l’infinie et de devenir immortel.

-         C’est une étrange pensée.

Ca l’était certainement lorsque l’on savait qu’il avait attenté à sa propre vie. Se sentir immortel alors qu’il avait frôlé la mort plusieurs mois auparavant.

-         Ca te semble étrange malgré tout ce qu’on a vécu tous les deux ? Chercher un coin de paradis et se sentir libre, c’est pas tellement incompatible avec nos personnalités. Avoue-le, toi aussi tu planais à l’instant.

-         Je dois dire que le mot liberté me parle davantage. Quand il était là, j’aimais plus que tout me retrouver avec mon télescope à cet endroit.

-         Tu vois…

Ludovic serra un peu plus sa main dans la sienne. Ce n’était pas la première fois. Et depuis le temps, Terry devinait facilement qu’il se préparait à lui annoncer une vérité à sa manière. Une vérité qui les percuterait probablement tous les deux. Il était prêt à entendre tout ce qu’il lui dirait.

-         Tu sais, j’ai repensé à tout ce que tu m’avais dit sur le destin à ton arrivée ici.

-         Je croyais que tu pensais que tout était faux.

-         Faux… Je ne suis surtout pas prêt à y croire. Mais je veux bien faire certaines concessions.

Terry tourna d’un seul coup la tête de son côté, tout sourire.

-         Quelques concessions, voyez-vous ça. J’ai hâte de les entendre.

-         Eh bien. Je ne suis pas prêt à penser qu’on vit tous selon un destin tout tracé, mais je veux bien admettre que le hasard existe. Tout ce que nous avons traversé ensemble, c’était peut-être voulu. Nous devions peut-être nous rencontrer. Vivre tout ce que nous avons vécu.

-         Qu’est-ce que tu entends par vivre tout ce que nous avons vécu ? Questionna Terry en fronçant les sourcils.

Il avait du mal à suivre son raisonnement.

-         Ce que tu as vécu avec Markus Lorraine. Ce qu’il m’a à moi-même fait subir. Le fait que nous soyons demi-frères. Que nous nous soyons retrouvés dans la même chambre à Sainte Bénédicte. Que je t’aime et que tu sois avec moi maintenant. Tout ça… Je crois qu’il fallait tout ça.

Terry retira sa main de celle de Ludovic. Avait-il bien compris ? Avait-il peur de comprendre ? Bien sûr que non. Ludovic ne pensait pas de cette façon.

-         Tu veux dire qu’il a fallu que je me fasse battre et violer. Que tu sois conditionné par lui. Que nous nous rendions malades pour une histoire de demi-frères pour en arriver à nous aimer ? Tu veux dire que toutes ces horreurs devaient forcément se trouver sur notre chemin pour que nous puissions être un peu heureux ? Tu te fiches de moi…

-         Non. Pas exactement. Evidemment, il fallait qu’on connaisse ça. Enfin…

-         Enfin tu m’expliques que tu ne crois pas au destin, mais que rien ne doit jamais être trop facile dans la vie. Il fallait obligatoirement que des obstacles se dressent sur notre chemin pour que nous en arrivions là.

Il s’était complètement redressé, suivi de près par Ludovic. Deux mains se posèrent sur ses épaules. Deux mains réconfortantes qui s’en voulaient déjà de s’être mal exprimées. Décidément, cette soirée avait le don d’être mouvementée. Il les préférait bien plus calmes.

-         Je ne voulais pas dire ça.

-         Alors explique-moi. Arriverons-nous un jour à nous comprendre ? A chaque fois que nous parlons, il faut forcément que nous tombions sur un désaccord.

-         Et il y a d’autres fois où nous vivons de merveilleuses choses. Tu sais que si j’en avais la possibilité, j’aurais tout fait pour que ça se soit passé autrement. Pour que nous puissions nous aimer sans nous dire que nous avons vécu tout ça derrière. Pourtant, je suis convaincu que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Tu n’es pas d’accord avec moi ?

-         C’est difficile à dire. T’aimer tout court, ça me convient très bien à moi.

-         Moi aussi. C’était juste une constatation.

-         Sauf que je ne veux plus jamais avoir à penser à ça. Comprends-moi, on peut me demander d’aller mieux. De passer au-devant de tout ça. De vivre une vie normale. Mais pas de me forcer à me souvenir de ça. Ca restera toujours en moi. C’est comme ça. A chaque fois qu’on me parlera de lui et de ce qu’il s’est passé, je ne pourrai jamais m’empêcher de revoir toutes ces soirées et ces nuits durant lesquels il entrait dans ma chambre. Bordel de merde, je n’en veux pas de ces souvenirs ! Je ne veux pas avoir à me dire qu’il fallait que je vive ça pour que nous nous rencontrions !

Terry était à présent debout devant Ludovic, les yeux brillants. Saisi par ce soudain énervement, Ludovic restait assis à le regarder se débattre avec ses démons. Cette lutte qu’il menait contre ses peurs le fatiguait incessamment. Il en avait bien l’exemple, et il comptait bien ne pas le laisser dans cet état dans les jours à venir. Finalement, ces vacances ressemblaient plus à une thérapie qu’à toute autre chose.

-         Pourquoi faut-il que nous nous disputions comme ça ? Les vrais couples ne se font pas ainsi la guerre.

-         Nous ne sommes pas en train de nous disputer. Nous nous sommes fait la guerre quand je ne te connaissais pas assez et que tu ne savais rien de moi. Quand nous ne savions pas comment réagir l’un par rapport à l’autre. Aujourd’hui, je t’évoque une pensée personnelle et tu me dis ne pas la supporter. Alors je peux comprendre si tu m’expliques. Acceptons d’être des humains en besoin de communication.

-         Comme des écorchés vifs ?

-         Moi je le suis. Je le sais. D’ailleurs, je te demande pardon pour ma maladresse. Parce que je n’ai pas envie de rester sur cette incompréhension. Je veux nous accepter tels que nous sommes. Tu es en colère ?

-         Non.

-         Tu veux continuer à planer sous ce ciel avec moi ? Nous touchons doucement à la fin de nos cauchemars depuis que nous nous connaissons.

-         Je sais.

-         Alors viens, s’il te plait.

Terry s’attarda sur cette main tendue devant lui. Il n’en voulait pas à Ludovic. Ils ne s’étaient pas disputés. Mais étrangement, tout ce qu’il avait dit avait remué pas mal de choses en lui. Comme toute cette soirée entière. Il l’aimait, mais ce n’était pas dans ses bras qu’il avait envie de se réfugier cette fois. Il venait seulement de s’apercevoir à quel point une personne lui manquait. Ca lui faisait défaut cette fois. Terriblement défaut. Et Ludovic n’était pas cette personne. Les bras de sa mère lui manquaient. Il retenait difficilement ses larmes.

-         Terry ? S’inquiéta Ludovic.

-         Je veux ma mère… Elle me manque.

Aussi soudainement, Ludovic ne savait que dire ou que faire. Il n’était pas cette mère qui manquait tant à son petit ami. Il ne possédait pas la même présence. Pour avoir ses propres problèmes familiaux, il ne savait que trop bien que tout était différent. Et Terry lui fit comprendre d’un regard qu’il avait besoin d’être seul. Pour ressasser cette adolescence dont il n’avait jamais voulu et qu’il lui avait inconsciemment durement rappelé. Il n’en aurait pas douté plus tôt. Les quelques rechutes de Terry étaient rudes ces derniers temps. Combien de temps durerait encore son mal-être ? Il y avait des progrès depuis le jour de leur première rencontre, mais y aurait-il un jour où il pourrait parler de guérison ?

-         Un petit ami ne console pas de toutes les peines, exprima-t-il.

Il ne chercha pas à le contredire. Il ne chercha pas non plus à le retenir lorsqu’il partit en direction de la maison. Il avait besoin d’être seul. Ou peut-être avait-il besoin d’une autre personne.

------------

 

Elea était debout dans le salon lorsqu’il entra. Il ne lui suffit que d’un regard pour identifier une certaine tristesse sur son visage. Il releva à peine la tête, et lorsqu’il se dirigea droit vers elle, elle ne fit aucun geste. Encore moins lorsqu’elle le sentit passer deux bras autour de sa taille et enfuir sa tête contre sa poitrine pour y pleurer. Elea lui caressa les cheveux d’une main réconfortante.

-         Qu’est-ce qu’il y a, mon ange ? Tu as besoin de me parler ?

Elle le sentit hocher la tête. Se dirigeant avec lui jusqu’au fauteuil, elle le força à se détacher d’elle quelques instants pour qu’ils puissent s’y asseoir. Lui relevant le visage, elle passa un pouce sur une larme dans le but de la faire disparaître. Malheureusement, la trace de son chagrin était bel et bien présente. Elle s’en sentit touchée.

-         Pourquoi pleures-tu, mon chéri ?

Terry n’avait pas encore exprimé la raison de son chagrin que ses larmes redoublèrent considérablement. Elle passa une main rassurante dans son dos. Il pouvait la sentir passer sur chacun des coups présents comme un baume réparateur.

-         Je ne veux plus de toute cette souffrance, parvint-il seulement à articuler. Je veux pouvoir dire que je suis comme tout le monde. Je veux sortir la tête de l’eau une bonne fois pour toute.

-         Te sortir de quelle souffrance, Terry ?

Pour la première fois, le jeune homme avait envie de vider son sac. De se libérer de tout. De livrer un combat ultime contre lui-même. Ludovic lui avait en fin de compte ouvert une porte. Il l’avait aidé à constater ses vraies faiblesses. A mettre le doigt sur son mal permanent. Il crevait d’envie de se débarrasser de toute cette surcharge de douleur en trop.

-         J’ai mal. C’est comme si on m’avait arraché les membres un à un et qu’il ne me restait plus rien d’autre que mes lamentations.

-         Qu’est-ce qu’on t’a réellement arraché ? Dis-le-moi.

-         Ma vie. Mon enfance. La possibilité que je puisse grandir sereinement.

-         Ton enfance ?

-         Oui. J’ai l’impression d’être à l’état d’un zombi. Je vais dans la vie en oubliant l’essentiel derrière moi. Mis à part Ludovic et mes amis, je n’ai plus personne. Elle n’est plus là aujourd’hui.

-         De qui parles-tu ? Qui n’est plus là ?

-         Ma mère.

Jamais elle n’avait vu gamin plus affecté que lui. Jamais elle ne se serait crue confrontée à un enfant si triste. Un enfant qui avait tant besoin d’elle. Pourtant, c’était bien sa chaleur que recherchait Terry. C’était bien contre son corps qu’il se serrait. C’était bien dans son cou qu’elle pouvait sentir ses larmes couler.

-         Où est-elle maintenant ?

-         En hôpital psychiatrique.

-         Oh mon chéri.

Elle embrassa furtivement Terry. Il avait des choses à dire, elle l’y encouragea. Des secrets bien gardés depuis qu’il avait mis les pieds dans sa maison. Pour la première fois, Terry avait décidé de lui confier toutes ses peines.

-         Elle est devenue folle parce que mon père me faisait mal. J’ai été maltraité… et abusé.

Elea due se maîtriser pour ne pas montrer sa compassion comme sa rage pour ce qu’elle apprenait. L’attendrissement pour ce garçon l’atteignait en plein cœur. 

-         Tu n’en as jamais parlé à personne avant ?

-         Juste aux personnes auxquelles je fais confiance. A Ludovic et à quelques autres amis.

Elea comprit qu’il la considérait elle aussi comme une personne de confiance. Elle en fut flattée. Flattée au point de lui laisser la parole. Mais au lieu de cela, elle le vit plutôt se décaler d’elle pour relever l’une des manches de son sweet-shirt. De fines cicatrices apparurent sous ses yeux. Nombreuses. Trop nombreuses sur ce bras si fin.

-         Je vous l’ai caché, Elea, commenta-t-il. Tout ce que je ressentais. J’ai fait abstraction de tout ça pour ne pas le montrer, mais ces cicatrices sont bien présentes. Elles sont la preuve de ce que je vis au quotidien. Même si je vais bien mieux grâce à Ludovic.

-         Mon chéri… Je ne trouve même pas les mots pour te consoler. Je suis surtout surprise. Je ne m’attendais pas à tant de souffrance.

-         Je suis désolée de vous infliger mes malheurs. Je voudrais qu’ils n’aient jamais existés… Pardon… De tout cœur.

-         Ne t’excuse pas, je suis heureuse que tu m’en ais parlé.

Terry avait plus d’une fois été consolé. Depuis pratiquement un an il se lamentait ou se disputait avec Ludovic pour une blessure ou l’autre. Pour un mal-être permanent. Un mal-être qui lui pourrissait sans cesse l’existence. Plusieurs personnes étaient déjà parvenues à le serrer dans leurs bras. Nash. Frédéric Armand. Ludovic. Il avait même vu un psychiatre. Mais jamais il ne s’était laissé aller à se confier auprès de celle qui était la mère de Ludovic. Et Elea acceptait ses maux alors qu’elle aurait très bien pu les rejeter. Elle n’avait posé aucune question jusqu’alors. Et maintenant, il se surprenait à se laisser bercer entre ses bras. Comme un enfant dans les bras d’une mère. Comme lui-même l’avait été dans les bras de sa mère. Ca lui manquait.

-         Tu veux bien répondre à une question, Terry ? Demanda-t-elle en continuant à le serrer contre elle.

-         Laquelle ?

-         Qu’est-ce que Ludovic représente pour toi ? Quel rôle a-t-il joué ?

La réponse ne se fit pas attendre.

-         Il m’a sauvé.

Son étreinte s’accentua davantage. Elle maintint Terry contre elle. Sans plus y mettre la moindre limite. Si son fils avait choisi de donner à ce jeune homme une chance de s’en sortir, cela signifiait qu’il avait une grande importance. Et puis, il avait assez souffert. Il avait été victime des pires atrocités que pouvait subir un enfant. C’était abominable de l’apprendre, et elle ne souhaitait pas en connaître les détails. De toute façon, elle comptait bien laisser Terry en parler de lui-même.

-         N’hésite plus jamais à venir me parler, se contenta-t-elle d’évoquer. Ou même à pleurer dans mes bras si ça te fait du bien. Je suis là, Terry. Nous sommes là. Ludovic et moi.

Inconsciemment, il ferma les yeux. Elea le protégeait. Elle s’en rendait compte. Elle aimait Terry comme une mère. Elle s’y était particulièrement attachée. Oui, comme une mère.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 13:37

Partie 2

Une boule dans la gorge, Ludovic prit sur lui, respira un bon coup et rejoignit Terry. Terry qui l’attendait sagement, assis sur l’une des couvertures et qui fixait déjà le ciel obscur en son absence. A quelques mètres de lui, il resta sur place sans bouger. Sans faire le moindre geste. Il le trouvait à la fois beau et innocent. Et il se moquait pas mal qu’il n’y connaisse rien aux étoiles. Qu’il soit là simplement pour lui. Pour être avec lui. Car il était là, et c’était tout ce qui comptait. Quand il repensait au fait que sa mère ait pu lui parler sans qu’il ne se fâche et entre en crise, il avait une drôle d’impression. Comme une certaine nostalgie au fond du cœur. Peut-être que tout n’est pas totalement désespéré se dit-il. Et peut-être n’était-ce pas totalement faux. Peut-être n’était-il plus forcé de partir dans ces crises quotidiennes pour réussir à s’exprimer. Même si la colère restait bien ancrée en lui et refaisait parfois surface bien qu’il la contrôle. Terry s’aperçut enfin de sa présence quand il bougea un pied, faisant crisser l’herbe sous la semelle de sa chaussure. Il eut immédiatement un sourire.

-         Qu’est-ce que tu attends ? Viens me rejoindre. La Grande Ours est sublime ce soir.

C’était sans aucun doute l’une des seules étoiles que Terry parvenait à reconnaître. La Grande Ours. Etoile plus brillante parmi toutes les autres. Constellation dotée de toute une histoire.

-         Excuse-moi, je rêvassais, dit-il en s’asseyant près de lui. Tu veux la voir de plus près ?

-         Oui.

Ludovic s’agenouilla alors devant le télescope, en régla la position et la vue. La Grande Ours y apparaissait plus belle que jamais. D’un signe de la main, il consentit à Terry de s’approcher, et le jeune homme prit sa place sans la moindre hésitation. Il aimait voir tout ce qu’il pouvait bien lui montrer, il le savait.

-         Je n’arrive toujours pas à croire que ce soit toi qui ais réussi à construire ce télescope. C’est tellement précis.

-         Détrompe-toi. Ca ne vaut franchement pas un vrai télescope.

-         Tu trouves ? Pourtant la netteté de l’image est impressionnante. Et je ne dis pas ça pour te complimenter.

-         Je le sais, Terry.

Mais il n’avait brusquement plus l’esprit au ciel et à ses trésors cachés. A toutes ces perles d’or qu’il offrait et qu’il se faisait d’habitude une joie de déceler. Non, son esprit était ailleurs. Lorsque Terry délaissa le télescope, il vint instinctivement se coller à lui, discernant certainement en lui une pointe de tourment. Mais ce n’était pas du tourment. C’était autre chose. Autre chose qu’il ne pouvait expliquer. Pas avec des mots en tout cas. C’était comme si sa vie lui échappait brusquement. Comme s’il se rendait comptait de tout le chemin parcouru à deux. Tout au long de cette année entière. Depuis qu’il avait rencontré Terry. Depuis qu’ils avaient en commun le même père. Les mêmes douleurs. Des souffrances provoquées par un seul homme et qu’ils parvenaient ensemble à surmonter avec le temps. Au fil des jours. Il y avait toujours quelques progrès. Il prit la main du jeune homme et la porta contre son cœur, la serrant de toutes ses forces à en faire mal à celui-ci. Comme pour ne pas le laisser fuir. Comme si ce geste lui certifiait qu’il le garderait éternellement auprès de lui. C’était de la possession dans son état le plus pur. Les malheurs rapprochaient les personnes entre elles, c’était bien connu. Ce soir, il avait besoin de se confier.

-         Je crois que je pourrais peut-être m’y faire à cette vie, lança-t-il sans but fondamental.

Terry se décolla légèrement de lui.

-         Qu’est-ce que tu dis ?

-         Je dis que je pourrais vivre ici pendant quelques années encore avec quelques efforts.

-         Qu’est-ce que tu racontes ? Il s’est passé quelque chose ?

-         Elle m’a parlé normalement et je ne me suis pas mis en colère.

Il était comme sonné par cette révélation car elle lui permettait de réaliser ce qu’il s’était passé l’espace de quelques minutes auparavant. Il en était perturbé, ne sachant même plus où était passé sa rancune. Il oubliait temporairement sa colère pour ne laisser la place qu’à un silence reposant. Un vide béant en lui.

-         On peut dire que ça t’a fait un choc, commenta Terry.

-         Un peu. Je ne m’y attendais pas. Je ne comprends même pas pourquoi elle s’est subitement mise à me parler gentiment.

-         Peut-être qu’elle en a aussi marre que toi de vos disputes.

-         Peut-être. Je ne sais pas.

Terry jeta un regard vers la maison sans parvenir à y voir quoi que ce soit à l’intérieur. La cuisine et le salon étaient allumés, mais il était trop loin pour distinguer une présence. Pourtant, il se demandait ce qui avait bien pu pousser Elea à aborder son fils de façon plus sympathique. Ca devait bien se faire un jour, Terry n’en doutait pas, mais il ne s’attendait pas à ce que ça se fasse aujourd’hui. A ce qu’Elea fasse d’elle-même le premier pas sans en avertir.

-         Après tout, je ne serais pas spécialement étonné qu’elle veuille tenter une réconciliation.

-         Ah oui ? Et pourquoi ça ?

-         Parce que c’est ta mère et qu’elle t’aime malgré tout. Pour quelle autre raison ?

Ludovic souffla d’agacement afin de lui signaler qu’il en avait déjà trop dit. Après des années à s’ignorer, il n’était pas prêt à accepter cette explication. Il était d’une complexité infernale, passant de nouveau d’une humeur à une autre. Quand il le regardait cogiter ainsi, Terry aurait voulu pouvoir saisir tout ce qui se passait sous cette boîte crânienne et qui menaçait de surchauffer dans les minutes à venir. Il préféra d’ailleurs reprendre la parole avant de le voir s’énerver.

-         Au risque de te décevoir, je ne peux pas deviner ce qui t’empêche de te réjouir de cette avancée entre vous si tu ne me le dis pas. Il faut que tu me parles.

-         Te le dire ? Tu n’as pas l’air de saisir, Terry. La dernière fois que j’ai voulu aller vers elle, elle s’est montrée particulièrement froide. Et aujourd’hui, elle se montre gentille avec moi comme s’il ne s’était jamais rien passé. Ca me perturbe. Je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou m’en offusquer.

-         Elle a dû regretter de ne pas avoir su saisir sa chance la dernière fois.

-         Et je devrais accepter de lui parler comme si de rien n’était ?

-         Y en a marre à la fin, Ludovic ! A quoi tu joues ? Un jour elle ne veut pas accepter toute tentative de ta part, et le lendemain tu agis de la même façon. Vous n’y arriverez jamais de cette façon si l’un de vous n’accepte jamais le geste de l’autre.

Terry était à la fois déçu et démotivé par les réactions de Ludovic. Il ne se gênait plus pour le montrer, ce que Ludovic perçut avec mauvaise foi.

-         Tu sous-entends que je m’y prends mal dans mes démarches envers elle ? Que je devrais me comporter comme un bon petit garçon après toutes les erreurs qu’elle a commises autant que moi ?

-         Non. J’entends que vous vous enfoncez dans un cercle vicieux. Il te suffirait juste de mettre ta fierté de côté deux minutes et d’aller lui parler. Là tout de suite. Je suis certain qu’elle se trouve dans la cuisine ou le salon et qu’elle n’attend que ça.

-         Tu ne manques pas de pertinence pour me dire ça. Mais dis-moi quand t’ai-je vu affronter tes problèmes pour de vrai la dernière fois ?

-         Quand j’ai décidé de rester dans ce cinéma pour regarder ce film qui m’avait fait mal jusqu’au bout, répondit-il tout en sentant que cette discussion risquait de mal se terminer.

Il ne savait pourquoi, mais il avait pris l’habitude quant aux colères parfois imprévues de Ludovic. Il avait appris à les prédire. A les prévoir comme une averse en plein soleil. Ludovic pouvait se montrer méchant. A la limite du détestable. Malgré tout, il avait beau le savoir, cela ne l’empêchait en rien de se sentir blessé à chaque fois. Encore une fois, il s’était montré heureux pour ensuite se vexer à la moindre contradiction dont il lui faisait part. 

-         Avant de te mêler de mes affaires de famille, reprit celui-ci comme pour l’enfoncer tout en se défendant, tu ferais peut-être mieux de surpasser tes dernières peurs. Je parle bien entendu de la façon dont tu évites de montrer les coupures de ton bras. Il ne me semble pas t’avoir vu te balader une seule fois en t-shirt à manches courtes depuis le début de ces vacances !

-         Tu es dégelasse de me dire ça alors que tu connais les raisons de toutes mes hésitations…

Terry préférait immédiatement abréger cette discussion avant qu’elle ne dégénère de trop. Malgré ses efforts, Ludovic ne parvenait pas toujours à se contrôler. Il lui arrivait encore d’avoir ses faiblesses. Même si elles se faisaient plus rares, elles n’en restaient pas moins difficilement supportables pour les autres. Il crut rapidement entendre un désolé, mais il avait déjà tourné le dos. Si Ludovic était déjà en train de s’excuser de son caractère lunatique, cela lui prouvait bien qu’il s’était juste laissé emporter durant un court instant. Il l’entendit finalement se laisser aller à complètement s’allonger sur le dos à ses côtés. Après quelques secondes, une main vint se placer autour de sa taille et un visage se colla à son dos.

------------

 

Terry eut l’impression que plusieurs heures s’étaient écoulées avant que Ludovic ne se redresse sur ses coudes et passe ses lèvres dans son cou. Il ne chercha pas à se dégager. Il le laissa faire de lui le prisonnier de ses baisers. A quoi bon résister quand on se sait condamné ? Irrémédiablement, il se laissa aller à cette tendresse, cédant lorsqu’il le tourna vers lui pour qu’ils puissent se faire face.

-         Je suis désolé, dit-il. J’ai été une nouvelle fois méprisable. Ca va tellement vite quand je me laisse emporter.

Terry ne réfléchit même pas.

-         Excuses acceptées.

-         Aussi facilement après ce que je t’ai dit ?

-         Tu t’es excusé, non ?

-         Oui. Mais comme tu l’as dit, j’ai été dégelasse. Je ne peux pas m’empêcher d’être méchant quand je me mets en colère.

-         Ca m’a surtout prouvé que tu n’étais pas insensible à ce que je t’ai dit. C’est plutôt favorable. Et puis, je sais que ce n’est pas pour autant que tu m’aimes moins. Tu pourrais même me frapper que je te pardonnerais.

Une main se posa instantanément sur sa joue en une douce caresse.

-         Ne dis pas ça. Je ne me le pardonnerais pas si je venais à te frapper. D’autant plus que tu t’es déjà pris suffisamment de coups pour toute une vie.

-         Il n’est plus là pour porter la main sur moi désormais.

-         Raison de plus pour que je ne prenne pas la relève.

Mais Terry savait que Ludovic était incapable de le brutaliser. Malgré les mots qu’il lui crachait parfois au visage et qui le faisaient souffrir, il le savait doux et attentionné. Il avait confiance en ses sentiments comme en les siens. Il se fichait donc pas mal de se prendre quelques coups supplémentaires. Pourvu qu’ils n’aient pas la même signification. Pourvu que ce soit lui. Terry se demanda s’il ne virait pas au sadomasochisme en réagissant de cette manière. Lui qui avait peur de la violence était désormais capable de tout accepter de celui qu’il aimait.

-         Je me demandais, reprit Ludovic tout en se redressant, est-ce que tu comptes continuer à jouer du violon ?

-         C’est un désir personnel ?

-         Evidemment ! Et puis, je veux que tu continus ce que tu avais commencé. Ce n’était pas mal du tout.

-         Tu rigoles ? Il y avait plein de fausses notes.

Ludovic eut un sourire. Alors qu’il plissait les yeux, Terry pu y déceler une certaine grisaille. Un sentiment qui l’enivra et le força à se redresser lui aussi. A poser sa main sur la sienne. A sentir sa présence sous ses doigts comme pour lui signifier que Ludovic ne s’était pas évaporé. Qu’il était toujours le même.

-         Quelle mauvaise habitude tu gardes ! Le vit-il s’exclamer. Y aura-t-il un moment où tu comprendras qu’il n’est plus là pour te juger ? Tu joues formidablement bien. Pour ce qui est des quelques malheureuses fausses notes présentes, à toi de travailler à ton rythme pour les éliminer.

-         Ne te fiche pas de moi, je dois avoir perdu la main avec le temps. Je le sais bien.

Il sentit la main sous la sienne lui échapper pour venir se poser dans ses cheveux et les ébouriffer. Dans un réflexe pour y échapper, il bascula en arrière et se retrouva de nouveau allongé. Ludovic en profita pour le bloquer sous son poids. Le bout d’un doigt vint taquiner son nez. Son compagnon semblait tout à coup d’humeur jouette.

-         Quel grand stressé tu fais, dit-il. Moi je suis certain que tu seras un grand violoniste d’exception. Il me suffit de t’entendre jouer pour le savoir. Ce n’est pas ce que tu veux ?

-         Oui, admit-il sans même prendre le temps de réfléchir.

-         Ca ne te fait pas envie de reprendre ton violon encore, encore et encore pour me faire rêver ?

-         Oui.

-         Et dans l’avenir de faire récital sur récital ? D’être reconnu comme un grand violoniste ? D’obtenir tout le mérite qui te revient pour ton travail ?

-         Oh oui.

Il y était parvenu. Il était parvenu à le projeter dans un avenir baignant dans la musique et le perfectionnisme. Dans un avenir fait de grandeur et de passion. Dans un avenir où son talent serait reconnu. Où sa fragilité comme sa sensibilité seraient mises à contribution. Dans un avenir fait pour lui. Dans son avenir.

-         Tu es surprenant. Tu me fais rêver de ce que j’ai toujours voulu. Je veux vivre ça… La vie de violoniste. Je veux que ce soit ma vie. Ma vie à moi. Rien qu’à moi. Comment fais-tu ?

-         Ce n’est pas compliqué. Nous vivons dans le même monde, Terry. Nous respirons le même air. Nous ressentons les mêmes sensations. Les mêmes envies. Celle de créer un avenir qui nous convient. Tous les deux, nous voyons les mêmes choses… Le même ciel.

Terry manqua de laisser échapper un sursaut de bonheur. Bonheur construit sur l’assurance que lui donnait depuis des mois Ludovic et qu’il venait de consolider un peu plus de ses paroles uniquement faites pour lui. Mais il y avait des jours où il valait mieux savourer la douceur des sentiments qui tournoyaient en soi. Les savourer jusqu’à en connaître la sensation poussée à l’extrême. Jusqu’à ne faire qu’un avec et se sentir prêt à affronter tous les maux et toutes les hésitations possibles. S’humectant les lèvres, il entoura ses épaules de ses bras, l’attirant plus près de son corps. Toujours plus près. Presque comme s’ils s’emboîtaient l’un dans l’autre.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 13:28

sakura: Ton dernier commentaire m'a particulièrement fait plaisir. Je suis contente que tu suives l'évolution avec Ludovic et sa mère avec autant d'attention. D'ailleurs, ce chapitre est un peu plus centré sur Elea. Quant à savoir si tout va bien entre Nash et Frédéric Armand, je te laisse le découvrir au fur et à mesure de l'histoire. Encore merci de continuer à lire mon histoire^^

Chapitre XCI : Comme une mère.

 

Partie 1

Deux jours plus tard, Louis n’avait pas levé la tête lorsqu’il l’avait entendu entrer dans la cuisine. Il savait qu’il s’agissait d’elle. Elle venait parfois le voir quand elle ressentait le besoin de se changer un peu  les idées. Elea s’était déjà assise à table lorsqu’il l’avait rejoint avec une tasse de café. Elle devait lui apparaître comme soucieuse car il ne prit pas immédiatement la parole, la laissant prendre ses marques chez lui. Si Elea était là, c’était qu’elle devait avoir une bonne raison.

Au bout d’un moment, elle parla néanmoins d’elle-même.

-         Je suis désolée de venir ainsi à l’improviste. Je suppose que tu dois avoir du travail avec les vignes.

Louis s’offusqua gentiment.

-         Il y a toujours du travail avec les vignes. Mais tu sais que tu viens quand tu veux. D’autant plus que ça n’a pas l’air d’aller.

-         J’ai juste la tête ailleurs.

Elle se prit soudainement le visage entre les mains, les paumes contre les tempes, sentant ses pulsations cardiaques se débattre dans son crâne. La migraine la menaçait de près.

-         Je ne parviens à remettre un minimum de cohérence dans ce qu’il se passe pour le moment dans ma vie. Même à mon âge on peut s’encombrer d’évidences et ne pas parvenir à les comprendre.

-         Il n’y a pas d’âge pour se prendre la tête. Raconte-moi ce qui te fait souci. Je devine que tu n’es pas venu ici uniquement pour boire une tasse de café.

Louis plissa le front et une ligne s’y dessina tout le long. Une ligne d’expression qui laissait amplement deviner qu’il se doutait que ce n’était pas facile à dire. Elea ne lui avait jamais confié ses soucis avec Ludovic. Elle n’avait jamais fait savoir qu’il était caractériel. C’était à peine si Louis était au courant des motifs de son divorce il y avait de cela des années maintenant. Mais Louis était quelqu’un de confiance. Quelqu’un à qui elle pouvait parler de tout ça. De tout ce qui restait pour elle sans réponse. Après tout, il connaissait parfaitement Ludovic et ne jugerait en aucun cas la situation.

-         Est-ce que tu es certain que ça ne t’ennuie pas d’écouter une femme comme moi te raconter une bonne partie de sa vie ? Parce que c’est ce qu’il va se passer.

-         Une femme exceptionnelle, Elea.

Louis l’avait souvent complimenté. Non pas par courtoisie. Plutôt pour bien lui faire comprendre qu’il fallait avoir du courage pour élever seule un enfant. Un enfant tout aussi exceptionnel qu’elle l’était. Louis aimait énormément Ludovic. Il ne s’en cachait pas. C’était ce qui expliquait qu’Elea ait durant longtemps évité de lui en parler. Aussi hésitait-elle encore. Mais pas assez pour rester là et se taire.

Elle relata les faits. Elle lui parla sans faire la moindre pause. Elle expliqua à Louis tout ce qu’il devait savoir. Le comportement de Ludovic. La présence de son ami Terry. Les changements qu’elle ne comprenait pas. Le pourquoi son fils tentait subitement une approche envers elle. Une approche qu’elle refusait d’accepter sans avoir la moindre certitude de ce qu’il attendait d’elle. Elle ne le comprenait tout simplement plus du tout.

-         Je crois surtout que ton fils grandi.

-         Qu’il grandi ? S’étonna-t-elle.

-         Oui, qu’il grandi. Je ne m’attendais pas à ce que tu me m’annonces qu’il est caractériel. Il est tellement adorable quand il vient ici. Mais d’après tout ce que tu m’as dit, j’ai bien l’impression qu’il commence à réagir comme un adulte. Il se remet en question et il tente une approche avec toi. C’est un brave gamin, ton fils.

-         Il n’a que dix sept ans. J’ai du mal à croire qu’il grandisse comme tu le dis.

-         Qu’est-ce que tu crains, Elea ? Il est très intelligent et il a toujours été très à l’avance sur les autres enfants sur le plan de la maturité.

Elea vida sa tasse de café d’une seule traite. Elle sentait qu’elle aurait besoin d’une bonne dose de caféine pour parvenir à admettre tout ce qui se dirait. Pour intégrer certaines informations. Son fils grandissait. Elle le savait, mais elle était une mère. De ce fait, elle n’acceptait pas tout. Elle n’acceptait pas que Ludovic puisse trouver la maturité nécessaire pour aller vers elle. C’était au-dessus de ses forces. Elle ne comprenait pas ses réactions à son égard. Elle ne voulait pas les comprendre.

-         Tu ne crois pas qu’il est peut-être temps que tu lui fasses confiance ? S’enquit Louis. Je comprends ta méfiance après tout ce qu’il s’est passé. Mais c’est ton fil, et tu te dois de ne pas repousser ses tentatives pour se rapprocher de toi.

-         Si seulement c’était aussi simple. J’ai surtout l’impression de ne plus avoir le même Ludovic en face de moi.

-         Tu t’attendais à ce qu’il reste le même ? Ton fils change, Elea. C’est normal. C’est tout à fait logique. Il ne peut pas éternellement rester un enfant.

Elle s’avouait que ça aurait été plus simple. Plus simple de parler à un enfant et non à un jeune homme qui continuait à évoluer sous ces yeux sans qu’elle puisse y changer quoi que ce soit. Du haut de ses dix sept ans, Ludovic devait un être incompréhensif pour elle. Elle était dépassée par les évènements. Davantage depuis que Terry vivait chez elle.

-         Il y a autre chose dont tu voudrais me parler ?

Il fallait croire qu’il était possible de lire en elle comme dans un livre ouvert. C’était ce que Louis faisait depuis des minutes.

-         Je crois que ce garçon, Terry, exerce une certaine influence sur lui.

-         Le petit qui était avec lui la dernière fois ?

-         Oui. Il est très particulier. Il semble plutôt fragile, et j’ai l’impression à chaque fois que je les vois tous les deux que Ludovic le protège. Ca me trouble un peu. Et puis, il y a quelque chose dans les yeux de Terry qui m’efforce à penser qu’il ne m’est pas totalement inconnu. Je ne saurais l’expliquer.

Tout comme elle, Louis avait eu le temps de porter un peu son attention sur ce gamin. L’unique fois où il l’avait vu lui avait laissé le temps de penser de façon identique. De voir ce garçon avoir peur et Ludovic prendre soin de lui. Mais contrairement à Elea, il n’avait pas trouvé cela étrange. Il avait même salué Ludovic pour son courage. Prendre soin de quelqu’un rendait une personne admirable. De par son expérience personnelle, il savait de quoi il parlait.

-         Je vais te dire, déclara-t-il en leur resservant à tout deux une nouvelle tasse de café, ce n’est pas facile de prendre soin de quelqu’un. C’est un stress continuel. On a sans cesse peur qu’il arrive quelque chose à la personne. On connaît ses faiblesses par cœur et on sait comment réagir en conséquence. Ca devient une habitude féroce. Je pense que pour agir ainsi avec lui, ton fils doit énormément y tenir. Cet ami, il doit vraiment le chérir. Quand c’est comme ça, on ne peut jamais prévoir ce qui peut arriver demain et on se fait un sang d’encre en permanence.

Elea avait compris qu’il parlait en rapport avec sa propre situation. De ce qu’il avait vécu en perdant sa femme et ses enfants. En particulier le dernier fils qu’il lui restait. Celui pour qui il aurait damné son existence rien que pour le voir sourire.

-         Ce que tu as vécu est différent, Louis. Ludovic n’a que dix-sept ans.

-         Ce n’est pas tellement différent. Il n’y a pas d’âge pour vouloir prendre soin de quelqu’un. Toi-même tu es une mère, tu dois comprendre ça.

Elea fut forcée d’opiner, et Louis en profita pour continuer à louer les agissements de Ludovic. En quelques mots, il lui enlevait presque tous les torts. Elle ne lui en voulait pas. Elle savait que Louis adorait Ludovic. Peut-être même le considérait-il comme ce fils qu’il n’avait désormais plus.

-         En tout cas, il devient un homme. Il faut être un homme pour protéger quelqu’un de cher. Et s’il a décidé de se rapprocher de toi, tu ne devrais pas réduire ses efforts à néant. Essaye au moins de t’ouvrir à lui. Parle-lui gentiment. Offre lui l’un de tes plus beaux sourires. Je sais que tu en es capable. Tu es une bonne mère, Elea. Tu as élevé Ludovic seule durant toutes ces années. Ce serait dommage d’abandonner maintenant.

-         Je vais essayer, Louis. Je vais essayer. Par contre, je ne te garantie pas d’y parvenir.

-         Tu y arriveras, je suis confiant.

Elea consentit à se dire que Louis devait être un homme bien pour l’avoir ainsi écouté et lui avoir fait part de son expérience. L’expérience d’un père qui avait aimé sa famille et l’avait perdu à cause de la guerre. En ce qui la concernait, elle n’avait pas encore tout perdu. Pas encore. Elle devrait donc faire de son mieux pour réparer ce qui pouvait encore l’être.

------------

 

Quand Elea revint à la maison, il faisait noir. Elle ne s’était pas aperçue qu’elle s’était si longtemps imposée chez Louis. Lui parler lui avait fait du bien. Un bien fou. A présent qu’elle ouvrait la porte et traversait les différentes pièces pour se diriger tout droit vers la cuisine et se servir un verre d’eau, elle pu apercevoir Terry et Ludovic à l’entrée du jardin, transportant le télescope de ce dernier. Ils se dirigèrent vers un coin éloigné du jardin, et bientôt, l’obscurité l’empêcha de les distinguer. Elle savait cependant que l’un ou l’autre reviendrait. Une bouteille de citronnade était posée sur la table avec deux verres, et elle devinait sans mal qu’ils se l’étaient réservée pour cette soirée. Une soirée à observer les étoiles. Ca faisait déjà plusieurs jours qu’ils passaient de nombreuses heures dans le jardin. Mais cette fois, ils veillaient à ne plus y passer la nuit entière.

Ce fut Ludovic qui revint et entra dans la cuisine. Quand il croisa son regard, elle vit qu’il était sur le point d’ouvrir la bouche pour lui parler. Il se ravisa à la dernière minute, détournant la tête. Elle tenta alors sa chance. Elle pouvait au moins essayer plutôt que de le laisser en permanence faire le premier pas.

-         Vous comptez observer les étoiles ce soir ?

-         Comme chaque soir.

L’ambiance s’était brusquement fait lourde et gênante. La discussion serait difficile à démarrer. Ils ne se comprenaient plus suffisamment. Mais Elea ne fléchit pas pour autant. Ludovic était là devant elle et ne tentait pas de fuir. Encore moins de se montrer désagréable. Il était davantage mal à l’aise.

-         Tu ne te lasseras jamais de regarder les étoiles, n’est-ce pas ? L’astronomie te permet de vraiment te centrer sur autre chose.

-         Pourquoi tu me dis ça maintenant ? Pourquoi aujourd’hui ? Tu aurais voulu que ce ne soit jamais le cas ?

Elea soupira profondément. Pourquoi fallait-il qu’il se mette sur la défensive dès la première tentative ? Etait-ce un cercle sans fin ? Ne parviendraient-ils jamais à trouver le moment propice pour se parler normalement ? Elea repensa à cette époque où Ludovic acceptait encore de l’écouter innocemment. Cette époque où il se laissait prendre dans ses bras. Où étaient passés tous ces instants où il était gentil avec elle ? Ne pouvaient-ils donc pas réécrire toute leur histoire pour en reprendre uniquement les bons moments ? Et elle repensa à son fils plongé dans ces nombreux bouquins d’astronomie qu’elle lui avait offerts.

-         Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis rassurée quand je te vois aussi passionné. Ce sont les seuls moments où tu sembles réellement heureux. Encore plus quand Terry est avec toi pour tout partager.

-         Terry n’y connaît rien à l’astronomie…

Avec ces mots, elle savait être parvenue à le toucher. Ludovic aurait pu se mettre en colère. Il aurait pu partir dans l’une de ses crises habituelles. L’envoyer balader en même temps que toutes ces paroles. Mais il n’en fit rien. Il resta là sans rien dire. Les minutes s’égrenèrent. Le temps passa dans le calme. Ludovic était juste plongé en pleine réflexion, saisi par ce soudain élan de gentillesse dont elle venait de faire preuve à son égard. Il était déstabilisé. Juste déstabilisé.

-         Tu devrais le rejoindre, dit-elle pour combler le vide. Il doit t’attendre.

Sans même lui répondre, il se rappela qu’il tenait toujours la bouteille de citronnade d’une main et les deux verres de l’autre. Tout en restant silencieux, il tourna le dos et s’en alla dans le jardin d’une démarche particulièrement lente. Comme s’il avait envie de rester un peu plus longtemps. Comme s’il avait eu envie d’ouvrir la bouche pour parler sans qu’aucun mot ne sorte. Elea en eut le cœur serré sans trop savoir pourquoi.

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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /Sep /2008 14:36

Partie 2

Lorsqu’ils sortirent de la salle et du cinéma, Ludovic se retint de pousser un soupir de soulagement. S’il s’avouait ce film comme ayant été malgré tout pourvu d’une belle fin comme d’une bonne moralité, il n’en fut pas moins soulagé de retrouver l’air frais. Il envisagea Terry pour s’apercevoir qu’il en était de même pour lui. Néanmoins, le jeune homme semblait ravi. Plus ravi que lui d’avoir pu voir la projection dans son entièreté. Sa joie était inscrite sur son visage comme tatouée à même sa peau. Et ce n’était pourtant pas un masque. Non, ce n’était pas un masque. C’était bien la réalité. Malgré ce qu’il avait dû éprouver à un moment bien précis. Malgré qu’il lui avait fallu sentir sa présence à ses côtés. Ludovic aurait voulu en parler avec lui dans l’immédiat. Lui demander ce qui l’avait fait rester malgré qu’il fût lui-même là à ses côtés. Mais il ne pouvait assurément pas se mettre à lui poser des questions au beau milieu de la rue. Au beau milieu des gens. Il savait qu’il leur restait quelques heures avant qu’Elea ne vienne les rechercher. C’était largement suffisant pour qu’ils aillent manger un morceau dans un petit restaurant pas trop cher du coin et qu’ils parlent à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes.

-         Viens…

Un seul mot qui arracha Terry à son petit monde merveilleux, et ils se retrouvèrent quelques minutes plus tard assis à une table en train de passer commande. Juste un hamburger pour chacun d’eux et un paquet de frites qu’ils se partageraient. Leur repas de la journée n’avait rien de sain quand il osait poser les yeux sur la graisse présente sur ses doigts. Mais tant pis. Au moins ils étaient au calme, et ils pourraient parler dans la plus grande tranquillité.

-         Tu es tout de même parvenu à le regarder jusqu’au bout, commença-t-il de but en blanc.

Dans sa bonne humeur restée présente, Terry n’eut aucun mal à comprendre de quoi il voulait parler. Evidemment qu’il était parvenu à tout regarder du film qu’il lui avait laissé choisir. Jusqu’à la dernière minute. Et il en était fier. Si fier qu’il préféra même passer au-dessus de l’instant où son cœur avait raté un battement pour se concentrer sur ce qui avait éveillé ses émotions. D’autres sentiments plus agréables.

-         C’était fantastique ! S’exclama-t-il avec entrain. La façon dont ils se sont retrouvés était fascinante. C’était comme s’ils avaient été unis par des fils invisibles alors que des années entières les avaient séparés.

-         Terry…, tenta-t-il. Ce que je voulais dire…

-         … Et leur étreinte, elle m’a presque fait pensé à la notre.

-         Elle était fabuleuse, c’est vrai. Mais Terry, tu ne crois pas que ce serait bien que nous parlions un peu de ce qu’il s’est passé tous les deux ?

Mais Terry ne voulait pas en parler. Terry ignorait pratiquement ce qu’il pouvait bien dire. Et en espérant qu’il laisserait tomber l’affaire, il continua à parler de tout et de rien. Tant qu’ils n’abordaient pas le sujet fatidique, tout irait pour le mieux. Il n’aurait pas à y repenser. Ludovic savait que ça n’avait rien d’évident pour lui. Qu’il avait tout de même été plus troublé que ce qu’il voulait lui faire croire. C’était ce qui l’avait poussé à immédiatement crever l’abcès pour qu’il puisse en parler et se soulager d’un poids. Car Frédéric Armand avait raison, il avait beau se montrer fort, il pouvait aussi avoir ses faiblesses. Ludovic n’était pas encore prêt à croire qu’il pouvait être ressorti de cette salle en effaçant certaines images qu’il avait vu et qui l’avait fait revenir soudainement en arrière. A un temps qu’il voulait absolument oublier.

-         Est-ce que tu crois que nous pourrions tenir des années entières nous aussi si nous étions séparés ? L’entendit-il déballer sur un ton empressé. Est-ce que tu viendrais me chercher ? Et qu’est-ce que tu ferais alors ? Est-ce que…

Il y avait trop de questions. Trop de rêves envisagés au mauvais moment comme au mauvais endroit. Des rêves qui masquaient une réalité qu’il jugeait sans doute trop inquiétante, mais dont il voulait entendre Terry exprimer.

-         Ecoute-moi bon sang, Terry ! Ecoute-moi !

Le jeune homme calma aussitôt son flot intarissable de paroles. Il était surpris de l’entendre hausser le son de sa voix. Surpris qu’il se montre si autoritaire. Si cassant. Ludovic avait ses raisons. Et quelles raisons ! Des raisons qui le concernaient autant que lui.

-         Pourquoi faut-il absolument que tu fasses semblant de rien ?

-         Je ne comprends pas.

-         Tu comprends très bien. Pourquoi ne veux-tu pas simplement parler de ce qu’il s’est passé à l’intérieur du cinéma ? Peut-être que tu es réellement parvenu à surmonter l’épreuve, mais je m’inquiète quand même. Et j’attends de toi que tu me rassures en me disant simplement que tu vas bien si tel est le cas. Sincèrement.

-         C’est le cas.

-         Plutôt court comme réponse. Tu n’as donc ressenti que le besoin de ma présence à ce moment ? Maintenant c’est déjà passé ? Tu ne désires même pas en parler ?

-         Non. Parce que je vais bien mieux que tu le penses. Et même si ça n’allait pas, tu sais que je désire juste me prouver que je peux surmonter tous les obstacles.

-         Tu sais que je suis heureux de te voir aller bien mieux. Mais quand j’ai accepté d’être un soutien pour toi, je pensais que tu me parlerais également. Que tu ne rechercherais pas uniquement une étreinte ou un baiser pour t’encourager à continuer ta lutte personnelle. Nous sommes deux désormais, Terry.

Terry plissa légèrement le front. Il ne s’agissait là que des inquiétudes de son petit ami, et il pouvait parfaitement le comprendre. Pourtant, il savait que l’heure n’était plus à ses problèmes à lui. Ces derniers temps, ils parlaient davantage de ceux de Ludovic. Pas des siens, et c’était ce qui le poussait à rester plus discret sur les quelques tourments qui revenaient à la charge de temps en temps, même si c’était de moins en moins souvent.

Il y avait une pensée qu’il accordait alors parfaitement à l’autre garçon. Quelques mots qu’il lui avait confiés pas plus tard que dans la journée.

-         Tu as raison, quand on aime, on devient vraiment con !

Un court silence passa. Mais au bout d’un temps, Ludovic ne pu s’empêcher un petit rire. Ce n’était pas un rire heureux. Juste une façon de se forcer à bien prendre les choses.

L’ambiance ayant remonté d’un cran grâce à cela, Terry s’empressa de le rassurer.

-         Le viol de cette femme m’a fait repenser aux nombreuses fois où j’avais moi-même été violé, je ne te le cache pas et tu t’en doutes. J’aurais pu sortir de cette salle et me dire que nous aurions dû aller voir un autre film. Malheureusement, ce n’est pas aussi simple.

-         Tu préférais rester là et te sentir plus fort ?

-         Ouais, je crois bien. Si j’étais parti, je l’aurai laissé gagné. Surtout que ce film me plaisait et que je voulais en connaître la fin. Ca aurait été à la fois lâche et bête de partir, tu ne crois pas ? De plus, ta présence est parvenue à me rassurer. Alors oui, je me sens parfois encore un peu pris au piège par certains mauvais souvenirs, mais ça ne m’empêche d’aller bien. Parce que j’ai laissé tout ça derrière moi. Grâce à toi.

-         Il avait raison…

Ludovic n’avait pu s’empêcher de repenser à ce que lui avait dit Frédéric Armand en même temps que son petit ami se confiait à lui. Ils avaient humainement besoin l’un de l’autre pour continuer à vivre. Pour se soutenir. Il nota la mine d’incompréhension qu’affichait Terry.

-         Qui est ce il ?

Ludovic décida qu’il était plus que temps de le mettre au courant.

-         Frédéric Armand. C’est lui que j’ai vu la semaine derrière.

-         Merde ! Tu veux dire que Frédéric Armand est passé dans la région ? J’aurais voulu venir moi aussi.

-         Il y est sans doute encore.

-         Je veux le voir !

Catégorique, Terry ne lui laisserait aucunement le droit de protester. Frédéric était aussi important à ses yeux qu’il ne l’avait été pour lui. Il voulait donc saisir cette chance qu’il avait de le revoir, et c’était bien normal.

-         Il faudra s’arranger avec lui, répondit-il en gardant quand même en mémoire que l’homme désirait rester à Bordeaux dans le but de prendre un peu de repos. Je ne peux pas lui demander une nouvelle fois de le voir sur un simple coup de tête.

-         Il ne s’agit pas de n’importe quel coup de tête. Qu’est-ce que ça t’a fait ?

Ludovic ne comprit pas immédiatement. Terry avait un don pour passer d’une question à l’autre pour le peu qu’il en posait.

-         De quoi ?

-         De le revoir. Qu’est-ce que ça t’a fait ?

-         Rien de particulier. Il n’avait pas l’air d’être au mieux. Il était même plutôt fatigué.

-         Il t’a parlé de Nash ?

Il se retrouva brusquement là, assis à cette table, occupé à répondre aux questions de Terry. Non, il ne lui avait pas parlé de Nash Lorenz. Pourquoi le ferait-il ? Ludovic avait pu se douter d’un quelconque lien entre Frédéric et lui, mais rien qui puisse l’intéresser. Pour tout dire, il s’en fichait pas mal.

-         Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? Demanda-t-il néanmoins surpris.

-         Frédéric et lui sont juste assez proches. Je voulais donc savoir.

-         Il ne m’a parlé de lui.

Le jeune homme prit automatiquement une expression déçue. L’une de celles que détestait Ludovic. Parce que cette fois, il n’avait aucune raison de s’en faire pour si peu. Mais après tout, il y avait des choses qu’il ne pouvait pas comprendre.Comme son amitié avec Nash…

------------

 

Les heures étaient radicalement passées. Plus vite que prévu. Ils parlaient. Ils échangeaient des avis différents sur certains faits qu’ils jugeaient intéressants. Et Ludovic mangeait. Il venait de se commander un troisième hamburger qu’il entamait à présent à pleines dents. Il avait faim.

-         Je n’arrive pas à croire que je parvienne à manger ce truc ! S’exclama-t-il en désignant l’aliment dans lequel il mordait une nouvelle fois.

Terry ne savait s’il avait envie de rire ou de s’offusquer de son attitude. Il répliqua toutefois sans hésiter.

-         Ne va pas me dire que ça te dégoûte, ça fait déjà le troisième que tu engloutis.

-         Je satisfais juste mon appétit, c’est tout.

-         Bien entendu… ton appétit. Et après ?

-         Après ? Rien.

Et il continua à se nourrir. Inlassablement, Terry ne pouvait faire autrement que de le regarder. Lui-même s’était contenté d’un seul hamburger. Un hamburger à la viande cuite à point et à la sauce andalouse qui l’avait régalé. Terry aimait ces moments qu’ils passaient à deux. Durant ces deux mois, il ne s’était pas lassé une seule seconde de tout ce qu’ils avaient partagé. Que ce soient les bons moments comme les mauvais. Les disputes auxquelles il avait dû assister. Le marchand de glace chez lequel il l’avait emmené. La découverte du passé de son petit ami. Ou encore ce cinéma qu’il avait voulu lui faire découvrir. Tout lui avait fait plaisir. Tout l’avait inextricablement rapproché de Ludovic. Il avait appris à le connaître. A oser lui parler plus librement que jamais.

Mais aujourd’hui, à peu de la nouvelle année scolaire, il s’interrogeait. Il se demandait si ça pouvait vraiment durer. Si l’avenir s’animerait de ces mêmes joies et peines. Aujourd’hui, la réalité le frappait de pleine face. Ludovic semblait moins y réfléchir. Beaucoup moins. Mais il l’aimait. Il n’en doutait nullement.

-         Ca ne va pas ? Lui demanda-t-il subitement.

Il fit semblant de rien.

-         Aucun problème.

-         Tu en tires une drôle de tête.

-         Ca va bien, je t’assure.

Ayant avalé la dernière bouchée de son repas, Ludovic repoussa juste son plateau au centre de la table, ne voulant nullement partir à la recherche de ce à quoi il pouvait bien penser. Il lui en parlerait s’il le désirait.

-         On sort d’ici ? J’ai terminé.

Terry acquiesça et ils se levèrent pour sortir. Il n’était pas loin de vingt et une heures. L’heure à laquelle devrait bientôt venir les chercher Elea. Il tourna la tête pour le regarder. Pour s’assurer que tout allait pour le mieux, et que ce petit bonheur qu’ils entretenaient était bien réel. Qu’ils rentreraient à Sainte Bénédicte en étant toujours les mêmes. En vivant toujours la même chose. Cette journée avait juste été une journée ordinaire. Une journée comme tant d’autres. Il n’avait pas de raison de s’inquiéter. Tout allait bien. Ils avaient vécu tout un tas de belles choses durant ces vacances. Ca lui réchauffait sincèrement le cœur. Il se sentait réellement bien. Réellement aimé. Davantage depuis qu’il avait appris que Frédéric Armand se trouvait à Bordeaux.

Pourtant il avait bien une mauvaise mine. Il était bien contrarié. Et ce sentiment s’accentua dès l’instant où ils mirent les pieds dans la rue et que son regard croisa celui d’Elea non loin d’eux. Elle les attendait dans la voiture. Elle les observait attentivement. Peut-être plus attentivement que d’habitude. Mais Terry se faisait peut-être des idées. Peut-être. En tout cas, il ne devait s’agir que d’une journée passée à deux en toute innocence, quoi qu’on en dise. Des journées comme celle-ci passaient toujours trop vite. Beaucoup trop vite à son goût. Mais il le sentait. Il sentait comme un changement soudain dans le regard d’Elea. Et il se disait brusquement qu’il pouvait très bien se passer un quelconque évènement, même à plusieurs jours de Sainte Bénédicte.

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Depuis le volant de sa voiture, elle les observait. Elle regardait ces deux jeunes hommes rire aux éclats. Se sourire mutuellement. S’échanger les mêmes pensées. Aujourd’hui plus que jamais, ils lui semblaient unis. Comment n’avait-elle pas remarqué cela avant ? Ludovic s’était enfin trouvé un ami. Ludovic avait changé grâce à lui. Grâce à Terry, ce garçon qu’elle apprenait de jour en jour à connaître et à apprécier. Son fils n’était plus le même et elle daignait de le voir. Elle daignait de croire qu’il pouvait s’être remis en question. Elle craignait de s’attendre à ce qu’il soit de plus en plus gentil. Qu’il fasse de plus en plus d’efforts. Surtout si c’était pour redevenir le même aussitôt après.

Pourtant, sa conscience lui disait quelque part de faire confiance à Terry. De le laisser prendre son enfant par la main et de le ramener jusqu’à elle. Car elle voyait clair en eux. Ils faisaient des progrès ensemble. Ils passaient la plupart de leur temps ensemble. Ne se quittaient pratiquement jamais. Juste l’espace de quelques minutes en toute une journée.

Et Elea pria intérieurement. En voyant ces deux jeunes s’avancer vers la voiture. En croisant le regard réconfortant de Terry. Elle pria pour que tout aille bien. Pour que tout aille de mieux en mieux.

Quand les deux garçons arrivèrent jusqu’à la voiture, elle vit Ludovic ouvrir la portière arrière de celle-ci. De son rétroviseur, elle le vit lui effleurer la nuque du bout des doigts. Elle le vit tendrement le délaisser pour prendre à son tour place dans la voiture. Et de cette amitié, elle commença à se poser certaines questions qu’elle jugea rapidement comme inutiles.

Mais Elea se réconfortait. Elle se réconfortait de garder l’espoir que les choses pourraient un jour s’arranger. Car auprès de Terry, auprès de lui, Ludovic devenait quelqu’un de bien. Quelqu’un de fidèle et de protecteur. Quelqu’un qu’elle découvrait au fur et à mesure des jours sans jamais oser aborder ce qu’il en était avec lui. Intérieurement, Elea continua à espérer. Juste intérieurement sans jamais risquer de le montrer. C’était trop tôt. C’était dangereux.

Elle se contenta de régler son rétroviseur et de mettre le contact. Elle vit alors Terry poser la tête contre le dossier du siège. Elle le vit fermer les yeux. Elle le vit doucement s’endormir puis basculer contre Ludovic qui ne bougea pas et le laissa faire. Cette amitié était juste plus précieuse que tout ce qu’elle avait imaginé. Bien plus encore. C’était une amitié basée sur une relation de confiance. Une amitié plus pure que tout ce qu’elle avait vu. Et elle en prenait seulement conscience. Elle se demandait si Ludovic avait un jour tenu à quelqu’un de cette manière ou si c’était la première fois que ça arrivait.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /Sep /2008 14:25

sakura: Merci d'être là à chaque chapitre. Le fait que tu apprécies le retour de Frédéric Armand me réjoui, et j'espère que tu aimeras également la suite. D'ailleurs, je te crois quand tu me dis être sincère et aimer mon histoire. Chacun de tes commentaires m'ont fait très plaisir.

Chapitre XC : Perception.

 

Partie 1

Ce n’était pas très loin et c’était relativement un petit bâtiment. Mais en ce samedi fin d’après-midi, le petit coin touristique de Bordeaux regorgeait davantage de monde. Si bien que sa mère avait bien du mal à circuler librement. Les gens étaient insouciants. Ludovic la vit presser un bon coup le klaxon dans l’espoir de faire comprendre aux gamins qui se trouvaient au beau milieu de la route qu’elle risquait de les écraser s’ils ne se retiraient pas de là. Les accidents étaient trop vite arrivés, et elle ne voulait certainement pas être celle qui en provoquerait un si ça devait arriver. Ludovic préféra se caler confortablement contre son siège dans l’attente qu’elle trouve bientôt un endroit où les déposer. Du coin de l’œil, il pouvait parfaitement voir Terry qui, contrairement à lui, s’agitait sur son siège. Il était impatient. Impatient de voir où il l’emmenait aujourd’hui. Ludovic sourit et laissa son regard vagabonder au loin. Terry et lui-même ne diraient rien avant d’être bien certains de se retrouver à deux. Ils ne diraient rien afin de laisser Elea se concentrer sur la route. Pourtant, le jeune homme brûlait d'un empressement qui faisait plaisir à voir. L’idée de savoir ce qu’il allait encore bien pouvoir découvrir le mettait dans un état d’enthousiasme soudain.

Au bout de dix longues minutes qui parurent durer une éternité, Elea trouva enfin un endroit non loin de là où se garer. Elle ne les accompagnerait pas jusque là. Même s’il y avait du monde. Ils étaient à deux, et elle faisait confiance à Ludovic pour qu’ils se montrent prudents.

-         A quelle heure je passe vous rechercher ? Se contenta-t-elle de demander à son fils en les voyant tout deux descendre de la voiture.

-         Disons vers vingt et une heures.

-         Ludovic…

Inconsciemment, elle utilisa une voix plus froide pour marquer son désaccord. Ludovic le remarqua, réfléchit quelques secondes, mais n’en fit pas la moindre remarque. Pas aujourd’hui. Pas question de gâcher cette journée.

-         Très bien, dix-neuf heures. Il fera encore clair.

-         Je vous attendrai à la même place.

-         Merci.

-         Soyez prudents.

Et il referma la portière en faisant bien attention de ne pas la claquer trop brutalement. Une nouvelle semaine était passée. Une semaine depuis qu’il avait vu Frédéric Armand. Une semaine durant laquelle il n’était pas parvenu à trouver tout le courage et la détermination qui lui seraient nécessaires pour l’aborder. Pour lui faire part de ces soucis intérieurs qu’il s’était dit au moins essayer de lui confier. Injustement, il ne lui restait pas énormément de temps. Quoique si tel avait été le cas, il doutait fortement que cela ait changé quoi que ce soit. Il n’en aurait que davantage freiné toute tentative de discussion.

Il avisa les environs, regarda la voiture partir et reporta son attention sur Terry. Celui-ci ne cessait plus de tourner la tête en tout sens, devant chercher où il l’emmenait. Et Ludovic avait été clair à l’égard de lui-même. Pas question de céder s’il lui demandait où il l’emmenait. Il avait tenu durant plusieurs heures à partir de l’annonce de cette sortie, il tiendrait bien jusqu’à la dernière minute. Quand ils arrivèrent devant le bâtiment et qu’ils entrèrent à l’intérieur d’un petit hall, Terry comprit seulement.

-         C’est un cinéma ?

-         Bien vu.

-         C’est génial ! Je ne pensais même pas qu’il y en avait un à Bordeaux.

-         Il y en a bien un, mais il n’est pas très grand.

-         Je dois le reconnaître, mais ça ne reste pas moins un cinéma.

Il était aussi excité qu’un enfant découvrant un nouveau jouet. Ludovic l’était lui-même. Car si Terry n’avait jamais mis les pieds dans un cinéma, il en était de même pour lui. Il ne cacha d’ailleurs pas sa propre joie.

-         J’ai hâte de connaître la sensation qu’on éprouve en regardant un film en écran géant. De plus plongé dans le noir. Alors qu’est-ce que tu préfères ? Comédie ? Romance ? Science-fiction ? Ou peut-être horreur ? Qui sait ?

-         Oublie tout de suite les films d’horreur !

Ludovic eut un rire. Le concerné envisagea les affiches qui recouvraient les murs autour de lui. Elles se voulaient de présenter les films qui se jouaient ces temps-ci sans qu’il n’y ait pour autant de résumé. Le choix était difficile. Il allait devoir faire son choix à partir d’une simple image. Une image avec quelques personnes. Des acteurs tous différentes les uns des autres. Des personnes qui offraient des avis différents d’une affiche à l’autre. Il désigna un film qui lui avait l’air appréciable.

-         Une romance ? Ca te ressemble bien.

Aucun d’eux ne connaissait la romance en question qui devait sans doute ne plus être d’actualité. Ludovic demanda deux places au guichet de ce film apparemment peu connu. Celui-ci n’avait pas protesté. La projection qu’ils allaient voir ne semblait des plus appréciables à son goût. C’était une romance, et il aimait parfois les romances quand elles étaient bien construites. Mais là, il s’agissait plutôt d’une histoire à l’eau de rose comme les aimait tant Terry. Ludovic ne protesta pas. Il aurait tout de même préféré un tout autre genre, mais il se contenta de rejoindre la salle en compagnie de son petit ami sans faire le moindre commentaire. Après tout, s’ils étaient là, c’était uniquement parce qu’il avait voulu lui faire plaisir.

------------

 

Terry eut un regard admiratif pour tout ce qui l’entourait. Ca allait des sièges en tissu aux grandes marches éclairées par de petites lumières qui permettaient d’y accéder. Mais ce qui le fascinait le plus, c’était bien cet immense écran qui donnait sur toute la salle. A ses côtés, Ludovic le força à revenir sur terre. Il le tira de sa contemplation l’espace de quelques minutes.

-         Tu veux quelque chose ?

-         Quelque chose ?

-         Eh bien, oui. A boire ? A manger ? Du pop-corn peut-être ?

Il ouvrit de grands yeux émerveillés au grand étonnement de Ludovic. Qu’avait donc de si extraordinaire sa question ?

-         Je n’imaginais pas que c’était exactement comme dans ces films américains que l’on voit à la télé.

-         Exactement je ne sais pas. Mais le pop-corn doit sûrement être universel.

Ils échangèrent aussitôt un rire, et Ludovic comprit qu’il n’avait même plus besoin d’attendre une réponse pour aller en chercher. Terry était attachant quand il agissait de la sorte avec cette naïveté qui lui était propre. Une ignorance qu’il lui aimait simplement. Pendant qu’il alla chercher de quoi les régaler, il jugea bon de faire la file seul, se doutant pertinemment que celui-ci n’apprécierait pas la foule. Etant à l’avance, la salle était encore à peu près vide, et il lui demanda juste de choisir leurs places et de l’attendre. Il n’en aurait pas pour longtemps.

Pour preuve, il revint environ dix minutes plus tard et le retrouva assis tout en haut de la salle.

-         Tu aimes la hauteur ? Lui demanda-t-il en lui tendant son paquet.

-         Je me suis surtout dit que ça devait être plus agréable vu d’ici.

Ludovic le lui accorda. Tandis que lui-même prenait place, il le vit se saisir d’un pop-corn avant de le porter à sa bouche. A l’expression qu’il fit, il comprit sans mal qu’il devait trouver ça délicieux. Il n’en exposa pas pour autant sa joie, se contentant d’un sourire dont il ne se contenta que de plus belle.

-         J’y pense seulement maintenant, se rendit soudainement compte le jeune homme, mais je ne t’ai pas demandé si tu aimais aussi ce genre de film.

Ludovic ne pu s’empêcher de se montrer franc en mimant une grimace, mais s’abstint de lui faire penser qu’il s’attendait à s’ennuyer tout au long de l’histoire. Terry n’avait pas besoin de se soucier de ces détails sans intérêt.

-         On peut encore changer si tu veux.

-         Non. Je veux que cette journée te soit uniquement consacrée.

Terry parut contrarié. Ce fut à son tour de grimacer, n’appréciant pas un tel choix. Un choix dirigé dans son seul intérêt.

-         Pourquoi ? Pourquoi tu ne penses pas parfois un peu plus à toi ? Ou simplement à nous et pas seulement à moi ?

-         Je suppose que l’on devient un peu con quand on aime. Je voulais avant tout te faire plaisir, ce qui signifie que nous ne changerons pas de salle.

Les paroles de son petit ami le touchèrent, et Terry dû faire un effort inhumain pour se retenir de pleurer. Quel garçon était-il donc ? Quel adolescent de son âge et de sexe masculin pourrait à ce point aimer les romances et se mettre à pleurnicher à la moindre petite attention ? Il pouvait bien faire un effort de temps en temps. Il était bien trop sensible quand il le voulait.

Finalement, il parvint de justesse à ne pas laisser une larme lui échapper. Il aurait voulu répliquer quelque chose de gentil lui aussi, mais il n’en eut pas le temps. La salle fut soudainement plongée dans le noir, et l’écran s’alluma.

------------   

 

L’avantage du cinéma était sans nul doute qu’une fois plongés dans le noir, personne ne pouvait les voir. Ils s’étaient placés dans un coin, bien à part des autres personnes. Le film qui se jouait racontait l’histoire d’une jeune femme qui avait survécu aux désastres de la guerre. Les images étaient tantôt dures, tantôt émouvantes. Elle avait vu plusieurs de ses proches succomber aux armes des soldats. Dans sa quête pour fuir sa propre mort, elle avait pu rencontrer un jeune homme engagé dans l’armée de son peuple qui l’avait secouru, puis aidé. Evidemment, elle en avait immédiatement eu le coup de foudre. Malheureusement, elle avait dû quitter le pays, et bien des années après, maintenant que la guerre était terminée, elle se souvenait encore de lui.

Quand Ludovic jeta un coup d’œil à sa gauche, il s’aperçu que Terry était totalement absorbé. Ses yeux brillaient et il devait sans doute vivre l’histoire en même temps que les personnages. En même temps que cette jeune femme tout aussi romantique que lui. Comme il l’avait redouté, lui-même n’était pas très attentif. La lutte d’une femme amoureuse n’avait rien qui puisse l’attirer si elle n’était pas écrite dans un livre. Il aimait les romances lui aussi, mais peut-être pas des romances pareilles à celle-ci pour un premier film au cinéma. Pas de la même façon que Terry. Non, pas de la même façon. Il envisageait tout avec beaucoup plus de difficultés que sur un écran géant. Il se montait de toutes pièces diverses émotions qui lui étaient personnelles et dont il ne parlait jamais quand il les lisait. Ca devait être les seules émotions qu’il acceptait. Car en-dehors des pages et des mots, il s’angoissait de tout et pour tout. Ca ne concernait pas seulement Terry pour lequel il s’inquiétait sans arrêt. Ca concernait tout ce qui l’entourait. Tout ce qui faisait sa vie. Tout ce qui lui faisait se souvenir que sa vie n’était pas un paradis. Ca concernait la plupart du temps la relation conflictuelle qu’il vivait avec sa mère. Au moins, quand il était à Sainte Bénédicte, il n’était pas forcé d’y penser. Mais ici… Un tremblement le parcouru. Un tremblement qui ne sembla pas échapper aux yeux de Terry. Doucement, il se pencha sur lui jusqu’à ce que ses doigts effleurent les siens sur l’accoudoir qui les séparait. Jusqu’à ce que sa tête vienne se loger au creux de son épaule, non loin de son oreille.

-         Est-ce que tu as froid ?

-         Un peu, mentit-il. Ca va passer.

Comment Terry pouvait-il croire que l’on pouvait avoir froid en plein été en se trouvant dans une salle de cinéma ? C’était absurde. Néanmoins, il avait appris qu’il existait des personnes plus frileuses que d’autres. Des personnes qui parvenaient à frissonner même en plein soleil. En ce qui le concernait, n’était-ce pas plutôt son cœur qui avait froid ? Ne craignait-il pas de devoir retourner à Sainte Bénédicte sans parvenir à résoudre ses problèmes ? Il savait que cette sortie serait sans doute la dernière que Terry et lui-même effectueraient. Il y pensait. Il y pensait sans se mentir.

Devant eux, il pouvait voir des couples s’embrasser. Des couples hétéros bien entendus. Ludovic n’était pas suffisamment stupide pour s’adonner aux mêmes pratiques. Il n’aimait pas faire comme tout le monde. Il n’était pas aussi romantique que Terry. De plus, celui-ci semblait être déjà de nouveau absorbé par le film. Aussi se calla-t-il au fond de son siège et tenta-t-il de se concentrer comme son voisin sur la raison de leur présence dans cette salle.

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Le temps passait lentement. Les minutes semblaient durer une éternité. Mais Ludovic tentait au maximum de s’intéresser à l’histoire. Il tentait de se concentrer sur les répliques des acteurs. De découvrir ce qui faisait que Terry paraissait aussi captivé. Il lui arrivait par moments de penser qu’il aurait très bien pu se montrer égoïste. Aussi mauvais que son père autrefois. Il se répétait sans cesse mentalement les mêmes paroles. Les mêmes mots qui le faisaient culpabiliser.

Pourquoi je m’emmerde ici ? Je pourrais très bien demander à ce que l’on s’en aille ou que l’on change de salle. J’aurais en tout cas pu le faire au tout début. Alors pourquoi ? Et involontairement, sa conscience lui répondait à chaque fois la même chose. Parce que tu l’aimes trop pour lui faire le moindre mal. Et il se surprenait à retenir ses larmes. Il se surprenait à repenser aux paroles de Frédéric Armand qui lui disait qu’il ne serait jamais comme son père. Jamais il ne deviendrait un être violent et sans respect. Décidément, aimer rendait réellement con.

Ludovic allait retourner à sa contemplation du film lorsqu’il sentit la main de Terry effleurer la sienne. C’était d’abord hésitant. Juste une caresse du bout des doigts. Une caresse qui lui demandait s’il pouvait oser s’aventurer un peu plus. Il ne fit pas le moindre mouvement de recul, lui faisant savoir qu’il pouvait saisir ses doigts dans les siens en toute liberté. Terry ne se fit pas prier, plaçant sa main au dessus de la sienne. La sensation de sa paume chaude sur sa peau lui envoya des frissons dans tout le corps. C’était une sensation étrange qui lui forçait à se souvenir qu’il désirait toujours autant ce garçon qu’au premier jour. Peut-être même un peu plus fort depuis quelque temps. Suffisamment en tout cas pour le pousser à imaginer une relation plus approfondie. Toutefois, il savait pertinemment que Terry ne serait certainement pas prêt pour ça. Pas comme lui.

Terry n’abordait jamais le sujet avec lui. Malgré tous les efforts qu’il faisait pour vaincre ses peurs, il restait très discret là-dessus. Mais Terry ne posait jamais beaucoup de questions. D’ailleurs, il n’avait même pas cherché à savoir qui il avait vu ou plutôt pourquoi il était sorti des heures le jour où il avait revu Frédéric Armand. Ludovic ne savait si cela était dû à une confiance absolue qu’il avait placée en lui, ou bien s’il n’attendait pas plutôt le moment propice pour en parler. Il y avait des fois où Terry pouvait s’avérer difficilement discernable.

Tout aurait pu très bien se passer durant cette séance. Tout aurait pu se limiter à ces pensées. Mais rapidement, Ludovic s’en voulu davantage de ne pas avoir davantage parlé de ce film qu’ils regardaient à deux. De ne pas avoir opté de lui-même pour une comédie qui leur aurait plu à tous les deux. Rapidement, il eut peur que tout ne tourne au drame. L’héroïne du film s’était faite attrapée par plusieurs soldats. L’héroïne du film criait, le tirant de sa réflexion. L’héroïne se débattait. Et l’héroïne se faisait violer. La main de Terry se referma nerveusement sur la sienne.

Ludovic considéra son petit ami d’un œil inquiet. Il n’avait pas quitté l’écran des yeux. Avait-il peur ? Avait-il mal ? Cette scène de viol qui était interprétée par des acteurs sans qu’il n’y ait rien d’indécent le forçait-t-elle à revivre ce que lui-même avait connu ? Ressentait-il toute la douleur et le déchirement intérieur de l’héroïne ? Une nouvelle fois… Terry supporterait-il de considérer ce qu’était le viol sur une personne, les conséquences qu’il engendrait ? N’aurait-il pas préféré oublier ?

-         Terry ? Appela-t-il dans un murmure.

-         Je vais bien. Je vais bien, Ludovic.

Sa réponse ne s’était pas faite attendre. Terry semblait s’être formé une carapace. Une carapace où il ne voulait plus laisser aucune faiblesse filtrer. Plus rien ne devait l’atteindre. Il devait être fort.

-         Je sais que tu es courageux, Terry. Vraiment. Je ne dis pas ça au hasard. Mais si ça te fait du mal…

Ludovic déglutit. Il bloquait sur les mots à utiliser. Il devrait choisir ceux-ci avec un soin particulier pour ne pas donner au jeune homme l’impression de ne pas prendre ses efforts au sérieux. Pire, pour ne pas lui faire croire qu’il le jugeait comme n’étant pas assez fort pour réaliser l’exploit de ne pas faiblir face à une scène qu’il avait lui-même vécue. Qu’il avait dû ressentir comme un coup de couteau au plus profond de son âme. Comme une ultime humiliation. Un évènement qui l’avait persécuté pendant des mois, lui bouffant les entrailles jusqu’à l’en rendre malade.

-         On peut sortir quand tu le désires… Tu pourrais respirer un bon coup pour faire passer tout ça, et…

-         Est-ce que tu veux bien me tenir contre toi ? Le coupa-t-il le plus simplement du monde.

Ludovic comprit qu’il ne voulait en aucun cas sortir de cette salle. Ce serait à ses yeux pire qu’un échec. Un terrible manque de détermination. Il voulait juste faire face aux fantômes de son passé. Juste leur prouver qu’il pouvait lui aussi les narguer à grands coups de courage.

-         Bien sûr.

Il retira juste sa main de son emprise pour pouvoir passer un bras autour de ses épaules. Malgré la courte distance qui les séparait, Terry parvint à longer sa tête au creux de son épaule. Il n’était pas dans une position des plus confortables à cause de l’accoudoir, mais il se sentait rassuré. Au moins suffisamment pour pouvoir continuer à regarder ce film qui l’avait troublé durant quelques minutes. Mais c’était déjà passé. C’était déjà oublié. En tout cas, Terry voulait que ça le soit. Il voulait pouvoir se dire qu’il était parvenu à vaincre cette peur. A passer au-dessus de toute cette souffrance.

Ludovic n’émit plus la moindre protestation. Il ne tenta pas de lui demander s’il tenait bon, et il lui en était reconnaissant. Le reste du film s’en était suivi comme s’il ne s’était jamais rien passé. Comme si le viol lui avait semblé être comparable à une scène peu importante du film. Comme s’il la percevait avec le même dégoût que tous, mais sans en éprouver une quelconque douleur. Comme s’il était anesthésié de chacun de ses souvenirs.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 21:56

Partie 2

Ils avaient choisi de marcher un peu dans les rues alentoures. Des rues désertes qui respiraient la quiétude. Une quiétude à travers laquelle Ludovic savait qu’il lui serait simple de se retrouver un peu avec ce professeur qu’il respectait tant. Mais Frédéric Armand n’était plus un professeur, il était Frédéric. Juste Frédéric. Il l’avait dit lui-même.

-         Vous avez l’air fatigué, fit-il remarquer sur un ton qui ne se voulait ni trop curieux ni totalement indifférent.

-         Je suis exténué.

Ludovic fut surpris de la réponse de celui qu’il avait connu pour être doué d’un positivisme à toute épreuve. Apparemment, tout le monde avait un jour droit à son lot de malheur, et lui non plus n’avait pas été épargné.

-         Tout ne va pas comme vous le souhaiteriez ? Insista-t-il.

-         Je dirais plutôt que rien ne va dans le sens que je l’aurais voulu, mis à part peut-être quelques détails.

Ludovic était tenté de directement lui demander quels étaient ces détails. Mais aussi tout ce qui n’allait pas dans ce sens voulu au sujet duquel il n'en disait pas plus. Il préféra néanmoins se montrer plus subtil. Il fallait parfois savoir se montrer discret dans sa demande, ne pas précipiter les informations que l’on voulait obtenir. Après tout, il fallait dire qu’il s’avouait devenir curieux. Même un peu trop à son propre goût, mais il assumait. Il laissa quelques minutes passer, observant les paysages alentours. Des paysages qu’il finissait par connaître par cœur tant ils se ressemblaient tous. Au bout d’un moment, il reprit simplement d’une voix posée.

-         Sainte Bénédicte n’est plus la même école sans vous.

-         Tu es gentil, mais ne me flatte pas de cette façon. Une école peut parfaitement se passer de l’un de ses professeurs.

-         Je ne disais pas ça dans le but de vous flatter. Je le disais parce que vous étiez le seul professeur valable. J’en connais même un qui me soutiendrait en faisant la comparaison avec le professeur Morel.

Frédéric rie à cette remarque. Avait-il compris qu’il parlait de Maxime ? Peu importait.

-         Que comptez-vous faire maintenant que vous avez quitté Sainte Bénédicte ? Est-ce que vous comptez enseigner dans une autre école ?

La réponse fut immédiate et ponctuée par un geste de recul de la main de celui-ci. Ludovic comprit avant même qu’il lui ait répondu que l’idée était à éloigner de son esprit.

-         Oh non ! C’est fini pour moi l’enseignement. J’étais venu à Sainte Bénédicte dans un but exclusif. Aujourd’hui, je n’y vois plus aucune motivation.

-         Alors ?

-         Alors je vais redevenir éducateur dans quelques semaines.

-         Pourquoi pas immédiatement ?

Il le vit prendre une expression ennuyée. Il y avait comme une hésitation dans son regard. Une sorte de pressentiment qui n’avait pas lieu d’être.

-         Je pourrais si je n’avais pas cette peur malsaine de ne plus parvenir à retrouver ma place d’autre fois. Un rôle fait pour moi. Ca fait tellement longtemps.

Il a aidé Terry mieux que quiconque. Il est parvenu à trouver les mots justes. Il s’est attiré sa confiance. Et par-dessus tout, il est resté à ses côtés durant tout son séjour à l’hôpital. Et il pense ne plus avoir sa place après tout ça ?… C’est insensé. Il est insensé pour ne pas avoir compris dans l’immédiat que sa place se trouvait là. Auprès de tous ces adolescents en difficulté. Il les comprend mieux que quiconque. Encore aujourd’hui il me l’a prouvé. Au fond, il n’a jamais cessé d’être éducateur.

-         Vous vous faites des cheveux blancs inutilement !

Frédéric eut un nouveau petit rire. Un rire qui cacha sa gêne et chassa son appréhension en à peine quelques secondes. Il verrait bien. Il verrait ce qu’il en serait une fois qu’il aurait repris son ancien boulot. Un travail qu’il avait toujours voulu exercer et qu’il avait de nombreuses fois regretté d’avoir quitté. Même si c’était pour le bien d’une seule personne. Même si c’était pour Nash. Même si ça avait été pour le retrouver.

-         Sans doute. Sans doute que je m’inquiète pour rien.

C’était dit comme sous forme de confession. Il n’en parlait jamais à personne. Il ne disait jamais ce qu’il ressentait, et il avait eu raison de faire le déplacement pour voir Ludovic. Un Ludovic qui s’ouvrait un peu plus aux autres. Un Ludovic plus attentif que jamais et à l’écoute comme il l’avait été à Sainte Bénédicte. Un garçon raisonnable sous un caractère imprévisible. C’était ce qui le rendait attachant sans qu’il ne s’en rende compte. Ils continuèrent à marcher tout en discutant.

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Arrivés près des vignes de Louis, Ludovic décida de ne pas trop s’en approcher. De se faire le plus discret possible. Il aimait beaucoup Louis, mais il était avec Frédéric et c’était avec Frédéric qu’il voulait parler. Peut-être même passer sa journée. Il ne s’inquiétait pas de laisser Terry seul pendant tout ce temps. Sa mère saurait s’occuper de lui comme il se devait. Elle l’avait déjà suffisamment prouvé au point qu’il en soit jaloux. Semblant lire dans ses pensées, son ancien professeur le rappela à la réalité.

-         Comment va-t-il ? Tu as de ses nouvelles ?

Il n’avait même pas eu besoin de prononcer son prénom pour qu’il s’en souvienne. La preuve que le garçon était devenu le plus important dans sa vie.

-         Il va bien. Je l’ai invité à passer les vacances chez moi, répondit-il.

-         Tu as omis de me faire part de ce détail tout à l’heure.

-         Disons que c’est lui qui m’a poussé à aller vers ma mère. A comprendre dans quelle situation je m’étais mis. Et aussi que j’avais besoin d’aide.

Ludovic le vit froncer les sourcils. Son front se souligna d’un trait bien marqué. S’il pensait que Terry devait se sentir mal dans cette ambiance de conflit, il se hâta de le rassurer.

-         Je ne vous mens pas quand je dis qu’il va bien. En fait, il va même très bien. Il ose de plus en plus aller de l’avant. Récemment, il a pris la décision de vaincre toutes ses peurs.

-         Je te crois, Ludovic. Rassure-toi. Tu sais que je ne peux pas m’empêcher de me faire du souci. Surtout en ce qui le concerne. Il a tout de même traversé de rudes épreuves. C’est bien qu’il veuille vaincre ses peurs, j’espère juste qu’il ne se précipite pas.

-         Je l’ignore. Je ne peux pas être sans cesse attentif. Il lui est arrivé d’avoir quelques faiblesses, c’est vrai. Mais il est entouré. Il se sent pleinement aimé et ça doit beaucoup l’aider.

-         Et il te parle de ce qu’il ressent ?

Ludovic eut un rire nerveux.

-         Il m’encourage même à me confier ! A prendre le même mouvement que lui. Il est devenu fort. Vraiment très courageux.

-         Et il lui faudra encore beaucoup de courage. Comme pour toi. Tâchez d’être présents l’un pour l’autre. Ce n’est pas le conseil d’un éducateur qui va bientôt reprendre du service que je te donne là. C’est celui d’un ami. De quelqu’un qui sait de quoi il parle.

-         Je m’en souviendrai. Vous pouvez compter sur moi. Je suis bien placé pour savoir que ce sont les personnes les plus fortes qui cachent le mieux leurs faiblesses.

Il fut d’accord avec lui, et il en enchaîna.

-         Sinon, qu’est-ce que vous comptez faire d’ici là ?

-         Je crois que je vais rester dans la région. Bordeaux me plaît. Je n’ai jamais pris énormément de temps pour moi.

-         Alors profitez-en. Il y a beaucoup de beaux endroits à visiter.

Frédéric sourit. D’un sourire sincère. De ceux que Ludovic aimait car ils mettaient rapidement en confiance. Il le vit un instant regarder sa montre.

-         Je crois que je commence à avoir faim et le temps semble passer vite dans le coin. Ca te dit de manger un morceau avec moi avant qu’on ne se sépare ?

Il accepta.

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Il sembla à Ludovic que les heures avaient défilé sans qu’il n’ait pu voir le temps passer. C’était surprenant de voir comme des retrouvailles pouvaient divinement être satisfaisantes. Elles ne pouvaient que l’être avec Frédéric Armand, et il avait été des plus heureux en apprenant qu’il comptait rester dans le coin. Il pourrait le revoir avant la fin des vacances. Et pourquoi pas en faire profiter Terry ? Il en parlerait tôt ou tard au jeune homme.

Frédéric s’engagea rapidement sur un sujet qui le fascinait autant que lui. Sur l’espace et ses galaxies. Sur ses étoiles et ses constellations. Sur tout ce qu’il aimait à partager avec lui. Qui lui faisait penser qu’il pourrait très bientôt envisager de ressortir son télescope en compagnie de Terry. La période ne pouvait être meilleure pour observer le ciel.

En attendant, il profita encore un peu de la présence de cet homme qui lui avait tant appris avec cette envie que d’autres n’étaient pas parvenus à lui transmettre. Un homme qu’il avait toujours jugé exceptionnel que ce soit en tant que professeur ou éducateur. Un homme qui s’était fait une vraie place auprès de Terry et lui-même. Il lui demanda où il en était des livres qu’il lui avait donnés. Il le mit en garde quant à d’éventuels excès concernant son apprentissage. Il lui expliqua d’autres théories tout en dégustant un bon vin de la région. Il lui dit tout ce qu’il avait envie de savoir, chassant pour quelque temps ses pensées actuelles.

Cependant, même s’il ne pensait plus à tout ce qui le tracassait, son esprit ne pouvait parfois s’empêcher de vagabonder jusqu’à Terry. Que faisait-t-il ? Allait-il bien ? S’ennuyait-il de lui ? Si tel était le cas, Ludovic le prendrait dans ses bras lorsqu’il rentrerait. Il se coucherait ensuite à ses côtés et lui raconterait tout ce qu’il avait appris au long de cette journée. Il lui conterait combien les étoiles étaient belles ces derniers jours et combien il avait envie de les voir se refléter dans ses grands yeux avec une intensité qu’il lui enviait. Mais avant tout, il se concentra de nouveau sur ce que lui disait Frédéric Armand. Il l’écouta avec une attention sans pareille.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 21:50

sakura: Je me répète sans cesse à chaque fois, mais encore une fois, merci de prendre le temps de me lire. Comme tu l'as dit, une réconciliation s'envisage doucement entre Ludovic et sa mère. D'ailleurs, je te laisse découvrir la suite dans ce chapitre^^

Chapitre LXXXIX : Oser parler.

 

Partie 1

C’était en une matinée douce qu’ils s’étaient donnés rendez-vous. Dans un coin à la fois retiré et agréable de Bordeaux. Ludovic connaissait les environs sur le bout des doigts, et s’était en conséquence efforcé de guider l’homme en un lieu facile d’accès. A présent, il l’attendait. Il était à l’avance. Seul. Sans Terry. Il avait expliqué au jeune homme qu’il avait besoin de se retrouver un peu avec lui-même. Qu’en aucun cas il ne devait s’inquiéter. Etait-ce vraiment un mensonge ? S’il était venu jusqu’ici, s’il l’avait contacté, c’était pour trouver une solution à ses problèmes. Une vraie solution.

Il alla s’asseoir sur un banc non loin de là. Il se trouvait aux abords d’un parc. En cette saison d’été, tout autour de lui était fleuri. La nature était pleinement éclose au plaisir des yeux. Et il attendit. Il ne su dire combien de temps à partir du moment où il posa son regard sur les passants. Il voyait parfois un vieil homme profitant du bon temps pour faire une promenade matinale. Parfois une femme qui promenait son chien. Parfois même des couples. Lui aussi aurait pu emmener Terry ici. Celui-ci se faisait tellement joyeux à l’idée de faire de nouvelles découvertes qu’il ne doutait pas qu’il aurait apprécié l’endroit.

Ce ne fut qu’un bon quart d’heure plus tard que la raison de sa présence se présenta devant lui. Lui aussi était légèrement à l’avance. Moins que lui, mais Ludovic lui connaissait la bonne habitude d’être ponctuel.

-         Ludovic ?

Il acquiesça à l’entente de son nom. Celui qu’il avait en face de lui avait les traits tirés. Il paraissait bien plus fatigué. Presque comme s’il avait pris le poids de plusieurs années entières sur les épaules.

-         Professeur Armand, dit-il enfin au bout de plusieurs minutes. Je ne pensais pas que vous accepteriez de venir.

-         Tu en es encore à m’appeler professeur ? Rie-t-il sans hésiter. Maintenant c’est Frédéric pour tout le monde.

Il n’avait néanmoins rien perdu de sa bonne humeur. Ludovic en fut rassuré. Rassuré parce que ce qu’il avait à lui confier n’était en rien facile à dire. Mais Frédéric en avait déjà entendu d’autres. Certainement bien pire. De plus, il avait également été là pour Terry. Il ne l’avait jamais laissé tomber. En aucun cas.

-         Tu voulais me parler, c’est pour cette raison que j’ai accepté de venir. Ca avait l’air important.

-         Ca l’est, confirma-t-il.

-         Je suis prêt à t’aider si tu le désires toujours.

Ludovic réfléchit. Il avait encore le temps. Il pouvait encore revenir en arrière. Décider de ne rien dire. De continuer à affronter la situation à sa façon. Cependant, il savait ne pas y parvenir. Pas sans aide. Pas tout seul. Et Terry ne pouvait pas non plus l’aider. Il ne possédait pas les compétences nécessaires pour y parvenir. C’était pour cette raison qu’il avait appelé Frédéric Armand. Maintenant qu’il en était arrivé là, il n’avait plus le droit de reculer.

-         Je veux en parler, dit-il.

-         Dans ce cas allons ailleurs. Dans un endroit plus tranquille.

Il approuva. Il ne se voyait pas déballer une bonne partie de sa vie dans un parc, là où tout le monde pourrait l’entendre parler. Les rumeurs iraient bon train !

Quelques minutes plus tard, ils avaient fait le voyage en voiture et se retrouvaient aux abords d’un petit bar chic. Communément, ils optèrent pour une table en coin dépourvue de monde aux alentours. En homme généreux qu’il était, Frédéric leur offrit à tout deux leurs consommations. Un thé froid le concernant, et un café pour lui-même. Ludovic se demandait comment on pouvait aimer le café. Il avait déjà eu l’occasion de plonger ses lèvres dans cette substance amère qu’il avait détestée. Dans ce liquide noir qu’il avait bien eu vite fait de mentionner comme étant de mauvais goût. Et dire que la plupart des personnes en buvaient même en été ! Il préféra de loin son thé glacé.

-         De quoi voulais-tu donc me parler ? Dit l’homme à son adresse, attendant sans doute qu’il daigne bien vouloir commencer son récit. Récit qu’il avait déjà conté à Terry.

Ludovic appréciait qu’il ne leur fasse pas perdre de temps inutile. Il était direct et c’était mieux. Bien mieux ainsi. Il lui raconta tout sans omettre le moindre détail. Il lui parla de ce père qui l’avait conditionné. Des nombreuses difficultés qu’il avait éprouvées à se lier avec quelqu’un. De cette relation qui s’était dégradé avec sa mère. Tout ça au fur et à mesure des années. Frédéric l’écouta jusqu’au bout sans jamais l’interrompre, se faisant sans doute une opinion personnelle des évènements. Quand il eut terminé et qu’il but une nouvelle gorgée de thé, il comprit qu’il venait de se livrer à lui sans concession parce qu’il en avait éprouvé le besoin. Plus qu’il ne l’avait imaginé.

-         Tout ça me semble bien compliqué. Je te savais caractériel, mais j’ignorais en revanche que tu le vivais de cette manière.

-         Avec injustice ?

-         En quelque sorte.

-         Vous jugez mon comportement mauvais ?

-         Oh mon Dieu, je ne suis pas là pour ça ! Ce n’est pas mon rôle. Je crois même qu’il s’agit là de ton jugement propre.

Frédéric Armand s’efforçait de garder un visage ouvert à tout ce qu’il pourrait dire ensuite. Mais Ludovic le voyait, lui-même voyait sa situation sous un angle qui était tout sauf envieux. Sa situation était compliquée. Il ne s’était pas gêné pour le faire remarquer. Et il avait raison. Ludovic savait qu’il voyait juste. Car ce qu’il lui demandait à travers son appel à l’aide, c’était de rattraper des années de conflits entre deux êtres. Des années d’incompréhension entre une mère et son fils qui ne parvenaient plus du tout à se parler comme il le fallait. D’autant plus que la situation s’était dégradée au cours de ces vacances. Etait-il alors possible de renouer certains liens ? Du moins, son comportement le lui permettrait-il ?

-         Qu’est-ce que tu attends réellement de moi ? Lui demanda brusquement Frédéric. Je ne comprends pas vraiment. J’ai du mal à envisager ce que tu attends de cette discussion.

-         Je ne le sais même pas moi-même, souffla-t-il au bord du désespoir. Je voulais justement vous parler parce que je me sens complètement perdu. Je ne sais même plus ce que je veux moi-même.

-         Retrouver cette mère qu’elle était auparavant pour toi ?

-         Non, sûrement pas ! La mère qu’elle était auparavant était avant tout une femme privée de tous ses rêves qui ne vivaient que pour mon bonheur personnel. Je ne veux plus la voir m’offrir tout ce que je désire uniquement parce que j’en serais heureux.

-         Tu veux donc tout changer ? Reconstruire tout depuis zéro ?

-         Tout depuis zéro… Je ne sais pas. Je ne sais plus.

-         Qu’est-ce que tu ne sais plus, Ludovic ? Qu’est-ce qui te perturbe à ce point ?

Le jeune homme se laissa tomber en arrière contre son siège, plaquant le dos de sa main devant ses yeux. Il n’osait même plus regarder celui qui lui faisait face. Il avait brusquement honte de lui-même. Honte de ce qu’il allait dire. Honte de tout ce que cela évoquait.

-         Dis-le moi. Il y a quelque chose qui te freine. Je le vois. Tu ne peux pas me le cacher. Je dirais même que tu as besoin de l’exprimer une bonne fois pour toute. Qu’est-ce qui t’étouffe ?

-         Je ne parviens pas à lui pardonner, finit-il par lâcher. Non… Je ne parviens pas à me pardonner tout ce que je lui ai fait. C’est tellement plus facile de tout lui reprocher. Même mes fautes. Pourtant, c’est bien moi qui ai porté la main sur elle. C’est bien moi qui l’ai frappé. Je dois ressembler à mon père pour avoir fait ça. Si ça continu ainsi, il y aura bien un jour où je serai suffisamment en colère pour faire du mal à Terry. Je finis par me faire peur à moi-même.

Frédéric était perplexe, mais au moins il venait de lui permettre de saisir toute l’étendue du problème. Jamais il n’avait vu Ludovic perdre son sang froid de cette façon. Jamais il ne l’avait vu lâcher tout ce qu’il avait sur le cœur avec cette facilité déconcertante. Frédéric comprenait la nature de ses blessures. Il comprenait par quoi avait été dirigé son comportement tout au long de cette année à Sainte Bénédicte. Pourquoi il avait été si sérieux. Si bon élève. Ce n’était pas qu’une question de passion. Ludovic se faisait silencieusement du mal à longueur de temps, ce qui s’avérait radicalement plus dangereux à long terme.

-         Je t’avoue que j’aurais trouvé étrange que tu n’ais aucun remord.

-         Que j’en ai ou pas, ce que j’ai fait reste abominable. Autant que le fait qu’elle m’ait laissé tomber dans les moments plus difficiles de mon existence.

-         Ecoute-moi, Ludovic. Ca ne sert plus à grand-chose de revenir sans cesse sur ce qui s’est passé. Tu auras beau retourner tout ça dans ton esprit de mille façons différentes, rien ne changera. Tu te sentiras toujours abandonné à ce moment-là et tu t’en voudras toujours d’avoir porté la main sur elle.

-         Qu’est-ce que je dois faire alors ? Oublier tout ce qu’il s’est passé ?

-         Trouver le moyen de vous pardonner ces erreurs qui ne doivent plus faire partie du présent. Est-ce que ce n’est pas ce que tu désires au fond de toi-même ? Est-ce que tu ne veux pas cesser de continuer à vivre sans être forcé de te culpabiliser à longueur de temps quand tu la vois ?

-         Comment le pourrais-je ? Je ne suis même pas sûr de ne pas être à nouveau capable de me montrer violent. Je suis détestable. Mes colères font de moi quelqu’un de détestable !

Ludovic avait fini par enlever cette main qui masquait sa vue pour révéler à celui qui l’écoutait attentivement ses larmes. Des larmes de souffrances. Des larmes de crainte. Des larmes de culpabilité. Une tristesse qui le rongeait depuis des années. Un côté de son caractère qui le faisait lui-même trembler.

-         Est-ce que je vais être caractériel toute ma vie ? Ajouta-t-il dans un souffle.

-         Je l’ignore. Sincèrement, je n’ai pas la réponse à cette question. Mais ce que je sais, c’est que tu n’es pas comme ton père.

-         Comment pouvez-vous l’affirmer ?

-         J’en ai la certitude, tu peux me croire. Je le sais parce que je serais prêt à parier que ton père ne se culpabilisait jamais du mal qu’il faisait autour de lui. Il ne devait jamais se mettre dans le même état que toi actuellement. Il ne devait jamais regretter amèrement ce qu’il avait fait. Il en avait l’habitude. Il ne devait même pas en ressentir la moindre émotion. Ce n’est pas ton cas, Ludovic. Tu es peut-être caractériel, mais tu es avant tout humain.

-         Humain, je me le demande parfois. Je me demande si je suis encore humain.

-         Ce que je sais personnellement, c’est qu’il faut l’être pour avoir aidé comme tu l’as fait Terry. Et il faut davantage l’être pour avouer ses torts comme tu le fais. Crois-moi, tu n’as pas besoin de t’inquiéter à propos de tels bêtises. Tu n’as rien à craindre.

Ludovic se calma lentement. Analysant ce qu’il venait de lui dire. Ce qu’il pouvait peut-être envisager d’être. De devenir. Quelqu’un de bien. Il le deviendrait peut-être s’il s’accordait au moins le droit de changer. De voir ce qui l’entourait autrement. Sous une perspective toute nouvelle. Pourtant…

-         Même si j’avais envie de réparer mes erreurs pour de vrai et de lui donner une chance, elle ne veut plus rien entendre de moi. Elle pense à chaque fois que je lui adresse la parole que c’est pour la contrarier.

-         Tu ne t’y prends peut-être pas comme tu le devrais.

-         Qu’est-ce que vous voulez dire ?

-         Est-ce que tu as essayé d’envisager l’état d’esprit dans lequel elle doit se trouver ? Ce qu’elle doit ressentir ? Après autant d’années, il ne serait pas surprenant qu’elle attende autre chose de ta part.

-         Je ne comprends pas, admit-il.

Car oui, il ne comprenait plus cette mère de laquelle il s’était éloigné. Qui était-elle ? Qu’attendait-elle de lui ? Il avait grandi et elle avait vieilli au travers des années sans plus rien partager. C’était difficile d’envisager ce qu’elle ressentait maintenant qu’elle était devenue comparable à une étrangère. Elle avait fait des efforts vis-à-vis de lui. Des efforts qu’il devait reconnaître mais qu’il avait repoussés. Comme elle le faisait elle-même aujourd’hui. A force de se tourner incessamment le dos à tour de rôle, ils s’étaient perdus de vue.

-         Pourquoi tu ne lui dis pas à elle tout ce que tu viens de me dire ? Elle reste ta mère ! Tu crois vraiment que tu peux un instant envisager un avenir plus enviable avec elle sans même essayer de lui parler en toute sincérité ?

Ludovic accusa le coup. Il n’avait pas envisagé cette possibilité pour la simple raison que livrer tout ça à la principale concernée lui semblait impossible. Comment pouvait-on faire part de sa peur de devenir violent à celle que l’on avait frappée ? Merde ! C’était impossible. Vraiment impossible. De plus, il lui en voulait toujours. Chaque jour un peu plus.

Mais Frédéric Armand avait un don inouï lorsqu’il s’agissait de frapper fort. En quelques conclusions, il parvenait à lui faire prendre conscience que s’il n’essayait pas un peu de faire part à sa mère de ce que lui-même ressentait, il n’arriverait à rien. Il en resterait au même stade. A savoir celui de tenter de temps à autres de glisser un mot ou un geste gentil sans obtenir de résultat convainquant.

-         Ce n’est pas facile, n’est-ce pas ?

Son regard se posa une nouvelle fois sur lui. Sur cet homme qui voyait toujours tout avant les autres. Qui comprenait sans aucune difficulté les problèmes des autres. En particulier les problèmes des adolescents.

-         Ce n’est pas facile de se dire que l’on va devoir aborder des années de souffrance avec quelqu’un à qui l’on tient.

Il avait touché ses faiblesses, et il le savait.

-         Mais je pense que tu t’en sortiras très bien. Car au fond, tu ne veux pas que tout ça continu. Après tout, tu détestes assez ton père pour ne pas le laisser emporter la partie même maintenant qu’il est mort. Personnellement, ça me dérange de me rendre compte de l’effet qu’il a encore aujourd’hui sur toi.

Ce père qui lui avait fait tant de mal. Frédéric Armand percevait tout parfaitement bien. Et il savait qu’il s’agissait aussi de celui de Terry, il n’était que plus convaincu de sa haine à son égard. Avec un peu d’espoir, Ludovic avait dû le convaincre que dans ce bas monde, il était possible de parvenir à rejeter ce sentiment au-delà des limites de la mort. De le faire transparaître au-delà de toute impossibilité physique. La haine n’avait pas de limite quand on le voulait véritablement.

-         Je suppose qu’il y a des expériences qui restent gravées en chacun de nous. Des expériences qu’on n’oublie pas.

-         Peut-être.

Oui, peut-être. Et peut-être que Frédéric Armand était bien placé pour le savoir. Peut-être qu’il devinait juste parce que certaines périodes de sa vie n’avaient pas toujours été roses. Et peut-être qu’il connaîtrait encore les problèmes tout comme lui pour quelque temps. Le temps d’y trouver une solution. Le temps de tout stabiliser. Quoi qu’il en dise, il avait d’autres questions à lui poser. Il voulait savoir où en était arrivé Frédéric Armand dans sa vie. Il était brusquement très curieux.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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