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Résumés

Vie d’esclave : Le grand pharaon Haroeris demande à Maya, sa fidèle conseillère, de lui présenter un esclave pour faire passer le temps. Un banquet est alors organisé en son honneur où plusieurs jeunes hommes et femmes y seront présentés. Parmi ceux-ci, Haroeris devra faire son choix. Cependant, un jeune esclave attire particulièrement son attention.

 

Frères de cœur [en correction] : Dans un institut spécialisé, Terry et Ludovic vont tout deux tenter l’expérience de faire face à leur passé. Mais le destin réserve parfois bien des surprises.

 

Jeux dangereux : June est un homme hautain qui n’a jamais connu la défaite au poker. Mais lorsque son chemin croise celui d’un adolescent fragile qui sait y faire avec les cartes, sa vie prend brusquement un tournant inattendue.

 

Cabaret Améthyste [Co-écriture] : Cabaret Améthyste, charmant nom pour un lieu où huit jeunes hommes font tourner les têtes chaque soir grâce à leur physique de rêve. Mais à l’envers du décor, le paradis ne semble pas tout à fait parfait. Lorsque chacun tente de mener sa vie privée à sa façon, tout devient brusquement bien plus compliqué. Bienvenue en enfer ! Il y a des moments où il vaut mieux rester bien au chaud dans son lit.

Histoire en co-écriture avec Sheina.

 

Pour le sourire d'un ange [Co-écriture] : En rentrant chez lui, Alexis découvre un jeune homme évanoui dans la neige. Ne pouvant l’abandonner là, il l’emmène chez lui pour le soigner. Pourtant, il ignore tout de cet inconnu qu’il désire tant aider. Histoire en co-écriture avec Sheina. 

 

Mercenaire [Co-écriture] : La rencontre entre un mercenaire et un jeune homme devenu roi beaucoup trop jeune.

Histoire en co-écriture avec Sheina.  

 

La musique pour la vie [Co-écriture] : Décidé à recommencer sa vie à zéro de la façon dont il l’entend, Sacha quitte le foyer familial avec pour seuls bagages, un sac à dos et sa guitare. Artiste épris de liberté, il ne s’attendait certainement pas à ce que sa vie change autant en rencontrant Jack, le chanteur d’un groupe de rock. Histoire en co-écriture avec Kana.

Fous à lier: Johan est suicidaire. Xanders est schizophrène. Tous les deux savent que vivre peut être difficile. Lorsque ces deux adolescents se rencontrent, c'est le clash. Comprendre les intérêts de l'autre s'avère compliqué. Surtout quand on se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique pour un temps indéterminé.

Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 22:49

Bonsoir à tout ceux qui viennent sur mon blog,

 

Comme vous avez pu le remarquer, je ne poste rien pour le moment. Néanmoins, ce n'est pas pour autant que j'ai laissé tomber mon blog. Loin de là. Simplement, j'enrage contre les publicités qui viennent s'incruster sur mes pages. Ca peut paraître anodin, mais j'estime que mon blog n'est pas un site de rencontres et qu'elles n'ont donc rien à faire là.

 

Je m'excuse auprès des personnes qui attendent la suite de mes histoires. Il est cependant toujours possible de me contacter par email jusqu'à ce que je trouve une solution^^'

Par Azalea
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 22:57

Partie 2

L’homme soupira. Ils perdaient leur temps tous les deux. Johan ne parlerait pas. Il continuerait à le narguer. Il ferait tout pour lui faire savoir qu’il n’était pas là de sa propre volonté. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Jusqu’à ce qu’il le laisse enfin partir. Comme les autres fois. Johan en avait juste assez.

-         Pourquoi as-tu fait cela ? Insista malgré tout le docteur Carvalo en ignorant sa dernière question.

Johan baissa les yeux sur son poignet. Une nouvelle fois. Car c’était la seconde fois qu’on lui posait la question aujourd’hui. Il tenta presque de nier l’évidence.

-         Vous ne me croirez pas si je vous dis qu’un couteau de cuisine m’a glissé des mains et m’a tranché le poignet de façon nette ?

-         Non.

-         Ca a le mérite d’être direct.

-         Sais-tu que tenter de mettre fin à ses jours est un acte grave ?

-         Oui, je le sais. Mais je sais aussi que je n’avais pas prévu de survivre à ce moment. En principe, je ne devrais pas avoir cette conversation avec vous.

Nouveau soupir du docteur Carvalo.

-         Quoiqu’il en soit, tu as un problème, Johan, et c’est mon rôle de t’aider.

-         Je n’ai pas de problème. J’ai juste un peu déconné. Juste une fois.

-         Mais il suffit d’une fois pour qu’il y en ait d’autres.

-         Ce ne sera sans doute pas le cas.

-         Sans doute ?

-         Vous avez bien compris. Mes félicitations, docteur.

Johan savait son mensonge trop grand. Il se savait être de mauvaise foi. Car il n’avait aucunement nié son geste volontaire. Ce qu’il niait en revanche, c’était qu’il allait mal. Même s’il se doutait pertinemment ne pas être comme tous les adolescents de son âge. Ces adolescents qui ne cherchaient pas à jouer avec leur vie. Tous ces jeunes de son âge qui allaient à l’école, vivaient leur vie au minimum correctement et se faisaient des amis. Mais Johan n’aimait pas l’école. Johan n’avait pas d’amis et par-dessus tout, Johan n’avait pas de vie. Il ne possédait en tout cas pas la vie qu’il souhaitait vivre. Tout l’ennuyait. Plus rien ne l’intéressait depuis bien longtemps maintenant.

-         Tu n’es pas raisonnable, lui dit le docteur Carvalo. Ne crois-tu pas qu’il serait plus simple d’admettre que tu as besoin d’aide ? Il s’agit du premier pas vers la guérison. Tu es ici dans ce but.

Johan émit un petit rire discret. Un rire jaune.

-         J’ai juste besoin de nouveaux antidépresseurs, dit-il. Rien de plus.

A l’expression que prit son vis-à-vis, il su immédiatement qu’il y aurait du changement. Celui-ci ouvrit un tiroir, prit un épais carnet noir et l’ouvrit sur son bureau. Il le feuilleta. Quelques minutes plus tard, il s’arrêta sur une page et griffonna sur un bout de papier ce qui ressemblait à un nom et un numéro de téléphone avant de lui tendre. Johan y jeta brièvement un coup d’œil.

-         Qu’est-ce que c’est ?

-         Le numéro de l’un de mes collègues de travail.

-         Et alors ? Vous allez m’annoncer que vous ne voulez plus de moi comme patient ?

Sa joie fut de courte durée.

-         Il tient un centre. Un centre d’aide aux personnes qui ont besoin d’aide mais qui ne veulent pas l’admettre. Je te le répète, mais ce que tu as fait est grave, Johan. Je ne peux pas risquer de te laisser sortir de mon bureau sans surveillance.

La réaction de Johan fut immédiate.

-         Je n’ai pas l’intention d’intégrer ce centre si c’est que vous essayez de me dire.

-         Je ne t’en laisse pas réellement le choix. Tu es mineur, la décision revient donc à ta mère.

Johan commença à paniquer.

-         Si c’est à cause de ce que j’ai fait, je peux tout expliquer, dit-il.

-         Non, tu ne le peux pas. Je t’ai demandé de m’expliquer ton geste au début de la séance et tu n’as pas été en mesure de le faire.

-         Mais maintenant…

-         Je pense que le psychologue de ce centre saura te comprendre. Bien mieux que moi. Je t’avoue être dépassé.

-         Etes-vous certain de ne pas plutôt être en train de vous débarrasser de moi ?

-         Je te donne une chance, Johan. Celle de t’en sortir.

Le jeune homme considéra ces paroles avec une extrême attention. Attendait-on de lui qu’il coopère sans émettre la moindre protestation ? Attendait-on son accord pour le placer entre quatre murs jusqu’à la fin de ses jours ? Car Johan connaissait parfaitement ce type de lieu où on voulait le placer. Il avait entendu parler de ces centres dans lesquels on enfermait les gens dans le but de les soigner. Il connaissait leur réputation.

-         Vous osez prétendre me donner une chance ? Cracha-t-il brusquement. Quelle chance ? Celle de m’enfermer dans un hôpital psychiatrique ?! Vous voulez m’enfermer dans un hôpital avec les fous !

-         Ce n’est pas ce que j’ai dit.

-         Je ne suis pas fou !

-         Je le sais.

-         Non, vous en doutez. Sinon, vous ne seriez pas en train de me proposer ce centre. Mais je ne suis pas fou !

-         Très bien, tu n’es pas fou, Johan. Mais admets que ce que tu as fait n’est pas normal. Ce n’est pas normal de vouloir attenter à sa vie.

-         Avez-vous seulement une idée de ce qui est normal ?

-         J’y travaille à longueur de journée. Depuis des années.

-         Alors dites-moi, qu’est-ce que la normalité d’après vous ? Une vie semblable à toutes les autres ? Se lever, travailler, manger, dormir ? Je n’en veux pas ! Tout comme je ne veux pas de votre foutu centre !

-         Calme-toi, Johan.

-         Non !

Non il n’avait pas envie de se calmer. Non il ne se tiendrait pas tranquille. Il n’avait pas pour habitude de passer d’un état de calme à celui de colère, mais il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Il ne voulait pas se voir enfermé dans l’un de ces bâtiments lugubres. Il ne voulait pas passer sa vie sous médicaments à attendre qu’on lui dise quoi faire et où aller. A tenter de convaincre chacun qu’il était sain d’esprit. Sain et apte à vivre en société. Que la seule chose dont on pouvait bien l’accuser était d’avoir un infime problème avec lui-même. Etait-on donc fou lorsque l’on voulait juste mourir ?

Ca semblait être la conviction du docteur Carvalo. Médecin imbu et perfide qui semblait prêt à remuer terre et ciel pour l’enfermer. Le coteur Carvalo était juste prêt à le faire enfermer. Johan se le disait brusquement. Faute de ne pouvoir guérir un adolescent en dépression, mieux valait créer un fou. Mieux valait lui chercher un véritable problème. Un problème qui pourrait être traité sans qu’il n’y ait besoin de cacher son échec. Car les maladies mentales ne trouvaient jamais de réelle fin. On ne se remettait jamais d’une démence. Et on voulait faire de lui ce genre de personne. Le docteur Carvalo voulait faire de lui un fou, faute de ne pouvoir retrouver en lui le jeune homme équilibré qu’il avait été autrefois.

-         Nous voulons juste t’aider, Johan. Je t’assure.

-         Non. Non, vous ne voulez pas m’aider. Vous voulez juste m’enfoncer un peu plus profondément dans mon mal-être.

-         Alors tu admets enfin ne pas te sentir en accord avec toi-même ?

-         Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai peut-être quelques petits problèmes, c’est vrai. Mais rien qui ne vaille la peine de me placer dans un hôpital psychiatrique.

-         Tu t’égares, Johan. Sincèrement. Tu devrais nous laisser la possibilité de t’aider. Accepter le fait que nous puissions faire quelque chose pour toi.

-         Vous ne pouvez rien pour moi. Absolument rien. Car je vais bien. Je ne suis pas malade.

L’homme se mordit la lèvre inférieure. Johan compara ce tic à un mauvais présage. La suite ne s’annonçait pas des plus réjouissantes pour lui. Il le savait. Il le sentait.

-         Ecoute-moi, reprit le docteur Carvalo. Je vais maintenant appeler ta mère et nous allons en parler ensemble. Nous allons lui demander ce qu’elle en pense.

Elle sera d’accord. A tous les coups, elle signera n’importe quel papier pourvu que ce soit ce charlatan qui lui en explique les conséquences. Du moment qu’il choisit les bons mots, elle se montrera favorable. Il baissa la tête. Serra les points. De la frustration. De la frustration et de la colère à son état le plus pure. Johan se sentait énervé. C’était sans parler de l’angoisse qui s’insinuait peu à peu en lui au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient.

-         Vous ne pouvez pas faire ça, tenta-t-il une nouvelle fois. Vous n’en avez pas le droit. Je ne supporterai pas cet endroit. Vous le savez très bien. Mieux que personne.

-         C’est justement parce que je le sais mieux que personne que je prends cette décision. Ma profession m’indique qu’il s’agit du meilleur choix à faire te concernant. C’est ce qui peut t’arriver de mieux, mon garçon. Je ne doute pas un instant que ce centre pourra t’éclairer sur ce que tu vis en ce moment. J’en suis persuadé car je sais que tu as besoin de changer d’environnement pour quelque temps. Ne plus voir ta famille. Tes amis. Ce qui fait ta vie actuellement. Tu verras que tu pourras y voir plus clair par rapport aux zones d’ombres qui hantent ta vie au quotidien.

Et quel environnement ! Johan dû se retenir de ne pas crier. De ne pas hurler combien son injustice lui semblait grande. Finalement, il ne se contenta que de quelques mots prononcés avec une tranquillité qui le déconcerta. Une quiétude qui démontrait d’avance à quel point il avait déjà cessé de lutter contre ce qu’il savait être inévitable à présent. L’hôpital psychiatrique. Son enfermement tout proche.

-         Vous faites partie d’une secte, n’est-ce pas ? Je suis tombé entre les mains de fanatiques. Je suis le sacrifice dans cette histoire. C’est ça ? C’est bien ça ?

Johan menaçait d’éclater de rire d’un instant à l’autre. Un rire qui prouverait à quel point il était perdu. Condamné. Pris au piège de son propre délire. C’était certain, il allait devenir fou. On l’avait promis à une fin certaine. Décidée selon les règles du diable. Le docteur Carvalo se contenta de le regarder sans réagir. Peut-être le prenait-il déjà pour un malade mental. En tout cas, Johan pouvait lire à travers lui. Il pouvait parfaitement imaginer son cerveau bouillonner de plaisir. Les connexions de son esprit lui procurer l’adrénaline nécessaire à sa satisfaction personnelle. Johan aurait voulu disparaître de son champ de vision. Ne plus être une pauvre victime à ses yeux.

-         Il n’y a plus rien que nous puissions ajouter. L’un comme l’autre, dit l’homme.

Après un temps, on fit entrer sa mère. La grande Meredith Robin fit son entrée en scène. Elle s’installa à côté de lui, son fils. Son cher et tendre fils tant aimé. Et dès que le docteur Carvalo ouvrit la bouche, elle but ses paroles. Elle les absorba. Les toléra. Johan se désespéra. Il avait envie de pleurer. Il avait envie de vomir. De rejeter hors de son corps, de son âme, ce désespoir tel un poison qui coulait désormais en lui. Il parvint cependant à se contenir. Il ne voulait en rien donner ce plaisir supplémentaire au docteur. Il voulait faire son maximum pour garder une image honorable de lui-même. La seule qu’il lui restait. Sa fierté propre. Même s’il ne s’en sortirait pas indemne.

-         Est-ce que vous comprenez ce que j’essaye de vous dire ?

-         Bien entendu. Je ferai ce qu’il faut. Tout ce qu’il faut pour qu’il aille mieux.

Des bribes de phrases. Sa mère signa les papiers de son accord. Demain elle contacterait le collègue du docteur Carvalo. Demain… Demain serait un autre jour. Johan se sentit mal.

-         Pourquoi ? Pourquoi, maman ? Parvint-il néanmoins à murmurer. Pourquoi me fais-tu cela ? A moi ? A ton propre fils ?

-         Parce qu’il le faut, Johan. Parce que je veux ton bien.

-         Ce n’est pas mon bien que tu veux… C’est ma perte.

Johan n’écouta pas la suite de ce qu’on lui dit. Il ne suivit pas les évènements suivants. Il se déconnecta. Il rompit le lien avec le monde présent pour le reste de l’entretien. A quoi bon lutter quand on ne possédait pas les armes nécessaires ? A quoi bon quand on était de toute façon mineur ?

Plus tard, il se souviendrait des remerciements de sa mère envers le docteur Carvalo. Plus tard, il ôterait enfin ce masque d’indifférence pour pouvoir pleurer. Plus tard, Johan garderait à l’esprit qu’il venait d’être trahi. Et dans plusieurs jours, l’enfer lui ouvrirait ses portes. Johan laisserait sa vie s’effondrer pour de bon.

Bientôt, il entrerait dans l’un des plus grands hôpitaux psychiatriques de la région. Le prestigieux centre de Paris.

Mes pieds se sont juste dérobés du monde, tenta de se rassurer Johan. J’ai juste été emporté par le large. Il faut simplement que je songe à respirer. Tôt ou tard, on peut toujours  espérer remonter à la surface. Tôt ou tard…Qui sait ?

Il faut juste que je respire.

Il pleura malgré tout. Durant cet instant présent qui ne serait de toute façon bientôt plus qu’un souvenir, Johan versa quelques larmes.

Par Azalea - Publié dans : Fous à lier
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 22:50

Chapitre I.

 

Partie 1

Une heure, six minutes et quarante-trois secondes. Johan attendait depuis exactement plus d’une heure assis sur une chaise bancale qui menaçait de s’écrouler sous son poids. Dans un couloir sordide dénué de couleurs et qui le déprimait davantage encore qu’il ne l’était déjà actuellement. C’était un état d’esprit auquel il aurait pourtant dû être habitué. Un quotidien qui le suivait depuis maintenant des années. Même s’il n’en donnait pas l’impression, Johan était triste. Assez triste en tout cas pour se retrouver à attendre le moment où on l’appellerait pour l’un de ses innombrables rendez-vous. L’un de ceux avec le psychologue qui s’occupait de son cas. Et le jeune homme savait d’avance à quoi s’attendre. Il se doutait pertinemment qu’aujourd’hui serait encore pire que les autres jours.

Johan soupira de défaite avant même l’affrontement, et une voix se fit alors entendre. Faible. Fragile. Aussi fragile que lui-même pouvait l’être.

-         Mon chéri, dit-elle avec incertitude, tu sais que nous n’avons pas d’autre choix que de nous trouver ici. Tu en as conscience ?

-         Je le sais, répondit-il. Je le sais car tu me le dis à chaque fois. Avant chaque séance avec ce psychologue qui ne sert strictement à rien.

-         Ne parle pas ainsi, Johan. Je n’aime pas t’entendre parler de cette façon.

-         Parce que tu préférerais que je t’annonce que je vais mieux ? Ca servirait à quoi de mentir ?

-         Je ne te demande pas de me mentir. En aucun cas. Simplement de faire quelques efforts. Juste d’essayer de penser de façon plus positive. La vie ne s’est pas arrêtée, sais-tu. Tu le sais, n’est-ce pas ? Elle continue.

Johan baissa les yeux. Se détourna un instant de celle qui comptait énormément pour lui. Il ne voulait pas lui faire de mal. Il ne voulait en aucun cas la rendre malheureuse. Pire, la voir à nouveau pleurer. Ce n’était pas normal de la voir se mettre dans cet état pour lui. Johan en avait déjà bien assez de sa propre tristesse pour supporter la sienne par-dessus. Mais il y avait un moment où il fallait être logique. Il y avait un moment où il fallait affronter la réalité de pleine face. Il faut qu’elle l’accepte, pensa-t-il un instant. Il faut qu’elle se fasse à l’idée qu’il n’y a rien à faire.

-         Pourquoi essayes-tu absolument de me faire revenir à la raison quand tu sais que c’est impossible ? Dit-il. Ce qu’il s’est passé ces derniers jours… Ce que j’ai fait… Bon sang, tu t’en es rendu compte toi aussi.

-         Laisse-moi au moins le droit d’espérer, Johan. Laisse-moi croire que je n’ai pas définitivement perdu mon fils, s’il te plait.

-         Arrête, maman ! Je t’en prie, n’en rajoute pas une couche. C’est déjà assez difficile.

Car il faut que tu saches. Il faut que tu te rendes enfin compte que je ne serai plus jamais le même. Cette situation est devenue invivable. Admets-le. Par pitié, accepte d’ouvrir les yeux sur celui que je suis devenu. Mais elle continua. Elle fit une nouvelle tentative.

-         Le docteur pourra certainement t’aider. Si tu fais un effort de ton côté, je suis persuadée que tout peut s’arranger.

-         Non.

Johan se voulait catégorique. Elle insista. Car elle n’était pas du genre à abandonner facilement. Sa mère n’était pas du genre à baisser les bras rapidement. Elle l’avait prouvé tout au long de ces dernières années. Elle l’avait suffisamment prouvé sans se relâcher. Et cela faisait tout son mérite. L’attachement que Meredith Robin lui portait faisait d’elle une femme extraordinaire. Incomparable. Johan jugeait alors que le moindre des respects était de se montrer honnête envers elle.

-         Tu sais que rien ne s’arrangera jamais, maman. Tu sais que je me sens mal. Ce n’est bien entendu pas par rapport à toi. C’est moi. C’est moi qui ne tourne plus du tout rond ces derniers temps.

-         Mais le docteur…

-         Il ne peut rien pour moi. Je ne peux pas revenir en arrière. Il ne pourra pas m’aider.

-         C’est un psychologue, Johan. C’est son rôle. Il sait ce qu’il fait. Tu n’es pas le premier à aller lui rendre visite. Tu n’es pas le seul adolescent déprimé à aller le voir. S’il a pu les aider, il saura également le faire pour toi.

-         Je ne suis pas comme tout le monde, clama-t-il.

-         Il peut te guérir de ta souffrance. Il peut te soigner. Les derniers antidépresseurs qu’il t’a prescris n’ont pas fait d’effets, je le conçois, mais il suffit que tu lui en parles.

-         Je ne suis pas atteint d’une maladie que l’on soigne avec des médicaments. Ce n’est pas quelques pilules qui me feront oublier. Ou plutôt, ce n’est pas ce genre de pilules.

Johan s’était attendu à une certaine résistance de sa mère. Peut-être même à ce qu’elle n’accepte définitivement pas de l’écouter déblatérer le malheur qu’était celui de s’entendre dire qu’il n’irait jamais mieux. En tout cas, Johan n’était pas prêt à accepter l’idée qu’elle puisse s’imaginer un quelconque miracle de sa part par le biais de quelques médicaments. C’était sans parler de la façon dont elle vantait les mérites de ce docteur en qui elle avait placé toutes ses espérances. Johan comparait toute cette fausse comédie à une secte dans laquelle il s’était retrouvé dans le rôle de la pauvre victime. Ca ne pouvait pas continuer sur cette voie.

-         Ce putain de psychologue ne peut rien pour moi ! Finit-il par cracher.

Silence. Elle ne savait plus que dire. Johan s’en sentait à moitié soulagé. Fort heureusement, la salle d’attente était vide. Aussi pourrie pouvait-elle être, elle accueillait généralement davantage de monde. Des personnes aussi mal que lui-même pouvait l’être et qui s’entassaient sur les chaises si peu solides qu’on leur proposait pour prendre place et patienter. Mais aujourd’hui était exceptionnel. Johan avait rendez-vous exceptionnellement. Parce que son cas demandait urgence. Selon sa mère. Selon le psychologue qu’il devrait supporter dans les prochaines minutes à venir.

Il se redressa sur sa chaise. Crut une nouvelle fois qu’il allait tomber. Ou peut-être était-ce sa conscience qui menaçait de s’écrouler. Il se reprit, s’efforçant de relever la tête. Avec horreur, il découvrit les yeux tristes de sa mère qui le fixaient, attendant sans aucun doute qu’il revienne sur ses paroles. Meredith Robin allait pleurer. Meredith Robin, cette femme exceptionnelle, allait perdre de sa suprématie. Comme toujours, Johan ne s’en remettrait pas. Il ne se le pardonnerait pas. Or, la question qu’elle lui posa brusquement l’assaillit en totalité de remords avant même qu’il n’ait eu à cœur d’éviter la catastrophe.

-         Est-ce que c’est de ma faute, mon chéri ? Est-ce que c’est de ma faute si tu vas si mal ? J’ai mal agi avec toi ? Est-ce que je suis une mauvaise mère ?

Loin de le nier, Johan savait qu’elle se posait cette question depuis longtemps. Depuis le début sans jamais oser en parler. Il s’en culpabilisait énormément. Son cœur se compressait contre sa poitrine, il avait mal.

-         Maman, tu n’es pas responsable, articula-t-il avec difficulté.

Sa voix était comme éteinte dans sa gorge. Il étouffait.

-         Dans ce cas, dis-moi. Dis-moi pourquoi tu as fait ça, Johan. J’ai besoin de savoir. C’est insupportable pour moi de ne rien pouvoir faire. De rester spectatrice de ton mal-être.

Johan savait exactement à quoi elle faisait référence. Il jeta juste un coup d’œil à son poignet. Baissa pour la seconde fois les yeux.

-         Tu sais très bien pourquoi.

Il n’avait pas envie de partir dans des explications faramineuses. Il n’avait pas non plus envie de tenter de se répéter auprès de ce fichu psychologue qui ferait bientôt tout pour lui tirer les vers du nez. Il n’avait même pas envie d’essayer. Ce qu’il avait fait était grave. Il irait certainement en enfer pour ça. Personne n’avait le droit de se prendre pour Dieu. Pas même envers lui-même. Pas même quand la souffrance prenait le dessus. Johan attendit alors les reproches. Le désespoir de sa mère. Mais rien ne vint. Pas un mot. Et quand il se tourna vers elle, il comprit seulement qu’elle pleurait. Une larme cherchait son chemin le long de sa joue. Sillonnait son beau visage.

-         Maman…, s’entendit-il aussitôt murmurer.

-         Ce n’est rien. Ce n’est pas grave, mon chéri.

Il avait envie de la consoler. De cette tristesse, il avait envie de tout faire disparaître. Tout, y compris lui-même. Il était sur le point de tendre une main vers elle. Il voulait au moins tenter un geste. Il l’aurait sans doute fait si une porte ne s’était pas ouverte à ce moment précis et si un homme n’était pas apparu devant eux, laissant sortir de son cabinet l’un de ses patients apparemment fatigué de la vie. Comme lui aussi pouvait l’être. Même si je n’ai que dix-sept ans, ajouta-t-il mentalement. Même si ce n’est pas normal de traîner autant de problèmes derrière moi à mon âge. Johan se leva alors, tandis que le docteur envoyait un regard compatissant en direction de sa mère qui tentait tant bien que mal de cacher ses larmes. Il n’y avait pas besoin de mots dans ces moments-là. Pas besoin d’explications.

-         Tu viens, Johan ?

Johan suivit l’homme, comprenant par-là qu’il valait mieux laisser la tristesse là où elle se trouvait. Ne pas trop remuer le couteau dans la plaie. C’était déjà assez douloureux comme ça.

Comme la salle d’attente, le cabinet du docteur n’était pas glorieux. Du papier peint beige sale. Une moquette de la même couleur et à l’aspect douteux. Tout comme le bureau de bois sombre et la chaise totalement inappropriée sur laquelle il s’assit. Au moins, celle-ci est plus solide que les autres, nota-t-il au passage. La seule chose dont Johan ne se plaignait pas, c’était que l’homme refusait que sa mère l’accompagne. Ce n’était pas une thérapie de groupe. Johan devait être seul pour que chaque entretien porte ses fruits. Quelle connerie ! Mais c’était tout ce qu’il y avait à savoir.

Aujourd’hui, il démarra la séance de but en blanc.

-         Je suppose que tu sais pourquoi tu es ici, dit-il en remontant ses lunettes sur son nez pointu. C’est exceptionnel que tu viennes me voir en pleine semaine, Johan.

-         Ouais, je suppose aussi.

Ce n’était pas la réponse la plus intelligente qu’il aurait pu donner et apparemment, elle vexa son destinataire.

-         Tu supposes ?

-         Oui.

-         Venons-en au fait, Johan. Pourquoi penses-tu être ici ?

Johan fit mine de réfléchir. Les raisons de sa venue ici, il les connaissait parfaitement. Etre assis devant cet homme lui déplaisait suffisamment pour qu’il ne sache pas pourquoi il avait droit à un entretien supplémentaire en sa compagnie. Compagnie qu’il n’appréciait guère, il fallait bien se le dire.

Le docteur Carvalo était un vieil homme à qui il ne restait plus que quelques années avant la retraite forcée. Car cet homme, aussi vieux soit-il, aimait sa profession. Non pas parce qu’il était là pour aider quiconque, mais plutôt parce qu’il devait apprécier les atouts que lui procurait la psychologie. Les psychologues au pouvoir. Johan avait déjà vu ce slogan quelque part. Ou peut-être l’avait-il juste imaginé. Quoiqu’il en soit, le docteur Carvalo prenait un plaisir malsain à exercer ses compétences très moyennement. En tout cas, c’était de cette façon que Johan le concevait. Car en cette année 1964, la France était envahie par l’effervescence dans le domaine sociale. Paris était bien entendu la première touchée, étant la capitale.

Johan finit par concevoir que celui qui lui faisait toujours face le regardait dans l’attente d’une réponse. Et Johan ne fit pas de manières.

-         Vous êtes le médecin ici. En tant que tel, je crois que ça va être à vous de me répondre. Pourquoi ai-je fait cela, docteur ?

-         Je ne suis pas exactement médecin, Johan. Je suis avant tout psychologue. C’est à deux que nous allons tenter de répondre à tes interrogations.

Quelle différence ? En ce qui me concerne, je reste sans nul doute le patient idéal. Dans les deux cas.

-         Je n’ai pas envie d’en parler. Je crois que la situation est suffisamment claire pour qu’il n’y ait pas besoin de déblatérer dessus.

-         Justement. Je pense au contraire que la situation n’est pas suffisamment claire. Si tu es ici, c’est parce que tu en as besoin.

-         Non. Si je suis ici, c’est parce que ma mère voulait que je vienne vous voir. Voyez l’avantage, docteur. Plus vous perdrez votre temps avec mon cas, mieux elle vous paiera. Ce sont votre femme et vos enfants sains d’esprit qui risquent d’être contents. Avez-vous des enfants, docteur ?

Par Azalea - Publié dans : Fous à lier
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 13:43

Partie 2

 

Jack avait profité de l’occasion pour s’en aller. C’était lâche. Il devait bien se le dire. Il ne faisait plus que fuir. Fuir ce qui l’effrayait. Fuir les difficultés. Il devinait que Justin se ferait un sang d’encre incroyable. Juste parce qu’il était parti discrètement sans même l’en avertir. Sur le coup, il avait sans doute dû penser qu’il était parti aux toilettes et qu’il reviendrait. Ou alors peut-être que ce Sacha était juste parvenu à s’attirer toute son attention. Jack n’aimait pas ce gamin. Il n’aimait pas les grands airs qu’il se donnait. Il détestait encore plus sa façon de s’exprimer. Avec franchise. Avec ces mots piquants. Avec cette nonchalance détestable. Sacha semblait être quelqu’un d’imprévisible. Jack détestait les personnes imprévisibles. Justement parce qu’il ne savait dire à l’avance quel mauvais coup elles préparaient.

Alors qu’il était plongé dans ses pensées, la porte de sa loge s’ouvrit. Il pensa un instant que ce serait Justin. Justin était l’une des rares personnes à savoir qu’il passait énormément de temps ici. Cependant, il n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’il ne s’agissait pas de son meilleur ami. La démarche était lourde. Le pas lent.

-         Qu’est-ce que tu veux, Edan ? Dit-il.

-         Tu m’as reconnu ? T’es plutôt balaise.

-         Ce n’était pas bien difficile. Il n’y a que toi qui traînes ainsi les pieds.

Edan était le guitariste du groupe. Ou tout du moins bientôt l’ancien guitariste. Il était incroyablement arrogant et cynique. Mais étrangement, Jack ne se sentait pas particulièrement mal à l’aise avec lui. Il n’avait rien de fourbe. Il était franc et ne se gênait jamais pour balancer à l’un ou l’autre sa façon de voir les choses. Même si pour l’occasion, il devait se montrer blessant. Mais c’était bien mieux ainsi. C’était bien mieux lorsque les gens ne se cachaient pas derrière une fausse image attendrissante et révélaient leur véritable nature tout de suite. Même si Justin ne le supportait pas le moins du monde, Jack voyait au moins en lui qu’il ne les poignarderait jamais dans le dos. Non, s’il devait le faire, il le ferait de face.

-         On peut savoir ce que tu fais tout seul ? Reprit Edan. Justin n’est pas avec toi ?

-         Non, pourquoi ?

-         J’avais dans l’envie de lui parler.

Dans l’envie. Tu ne choisis jamais tes mots au hasard, s’abstint de lui faire remarquer Jack. Et si je te disais qu’il est en train de taper la causette avec le gars qui risque de te piquer ta place ? Ca ferait mal. Ca ferait très mal. Il n’en doutait pas un seul instant. Edan n’était pas du genre à garder facilement son sang froid. Chacun des membres du groupe le connaissait suffisamment pour le savoir. Justin le premier.

-         Depuis quand tu désires lui parler ? Demanda jack. C’est bien la première fois.

-         C’est surtout parce que je n’en dis jamais rien à personne. D’habitude, il traîne toujours avec toi, alors il n’est pas difficile à trouver.

-         Parce que moi je suis prévisible ? Tout le monde est toujours au courant de l’endroit où je me trouve, c’est ça ?

-         Pourquoi est-ce que tu poses des questions pour lesquelles tu connais déjà la réponse ? Soupira Edan. Tu te trouves pratiquement toujours dans ta loge. Même des heures après un concert. Mais j’ai beau dire ça, ça ne me dit pas ce que je veux savoir.

-         Il est parti boire un café.

-         Vraiment ?

Edan prit une expression exaspérée. Une expression qui disait qu’il n’avait aucune envie d’aller le chercher jusque dans un café. Jack se demandait en le regardant s’il ne ferait pas mieux de lui dire toute la vérité avant qu’il ne la découvre par lui-même. Toutefois, qu’importe le moment où il l’apprendrait, Edan serait dans une rage folle. Jack était hésitant. Il ne savait trop que faire. En même temps, il y avait cette petite voix en lui qui lui disait qu’il avait peut-être réellement envie de créer le scandale. Parce que peut-être cela ferait-il partir Sacha. Sacha qui ne supporterait sans doute pas de se faire attaquer par leur ancien guitariste qui n’avait même pas encore été viré alors que lui-même intégrait le groupe. Ca avait tout de quelque chose de choquant. Qu’importe le sens dans lequel on le prenait. Jack se savait méprisable s’il agissait ainsi. Il se savait également très lâche de ne pas laisser sa chance à Sacha en ayant recours à une méthode aussi minable. Et pourtant, sa conscience le poussait à tout dire sans qu’il n’en ressente aucune culpabilité. Seul le besoin de sauver sa peau était présent. La possibilité de ne pas être forcé de communiquer avec ce gamin qu’il avait déjà étiqueté comme nuisible le coupait de toute réflexion cohérente.

-         Eh, Jack ? Tu es toujours là ? S’exclama brusquement Edan.

Jack se surprit alors à s’être plongé au cœur de ses pensées. Pendant de longues minutes. Ca arrivait parfois. Edan en avait l’habitude. Comme Justin.

-         A ta place, je me méfierais, dit Jack d’une voix calme. Je protégerais mes arrières.

-         Comment ça ?

-         Eh bien… Comment te le dire… Entre Justin et toi, ça n’a jamais été l’amour fou.

-         La faute à qui ?

-         La tienne, Edan. Tu n’as jamais fait aucun effort. Reconnais-le au moins.

-         Ne commence pas à faire chier, Jack. Où tu veux en venir ?

Le ton était monté d’un seul coup. Jack déglutit, pris au piège de sa conscience. Edan pouvait être violent. Edan pouvait être détestable. Et par-dessus tout, Edan pouvait être dangereux. Est-ce que ça valait vraiment le coup de mettre en danger ce nouveau guitariste qu’il n’aimait pas. Est-ce que ce n’était pas à la fois trop risqué et particulièrement méchant ? Jack ne se donnerait-il pas le rôle d’une véritable ordure s’il parlait ? A bien y réfléchir, il s’en fichait cordialement. Justin l’avait tout autant cherché.

-         Tu ne feras bientôt plus parti du groupe, Edan. Justin comptait sans doute te l’annoncer lui-même, mais tant pis. Je me permets de le devancer.

Edan prit aussitôt une expression méprisante. Ce qu’il venait d’entendre avait immédiatement pris sa signification dans son esprit. Comme ça, il n’était pas aussi bête qu’il le paraissait. Jack aurait bien rie de son malheur si seulement il ne se montrait pas brusquement bien plus menaçant.

-         Et si je ne suis pas d’accord ? Le menaça-t-il.

Mais Jack n’était pas impressionné. Il y avait longtemps qu’il ne l’était plus. Comme si certains aspects du monde extérieur coulaient sur lui sans jamais l’atteindre. Certains aspects, oui.

-         Tu n’as pas ton mot à dire. C’est une décision définitive, déclara-t-il sans faire preuve de la moindre émotion.

Son visage n’exprimait plus rien. Aucun remord. Aucune culpabilité. Aucun sentiment ne l’atteignait. Il restait là, à regarder celui qui se tenait face à lui digérer ses paroles. Allait-il porter la main sur lui ? Allait-il juste l’insulter ? Si tel était le cas, se défendrait-il ou attendrait-il que Justin vienne le faire à sa place ? C’était si lamentable de sa part…

-         Je vois, commenta brusquement l’autre. Je pensais que tu valais mieux que lui. Je pensais que tu n’étais pas comme ce putain de Justin. Mais en réalité, vous êtes bien plus semblables qu’on ne le croirait. Aussi malhonnêtes, lâches et pervers l’un que l’autre. Ca ne te fait rien de poignarder quelqu’un que tu as connu de cette manière ?

-         Non, Edan. Ca ne me fait rien. Et ne me compare pas à Justin, s’il te plait. Tu ne connais pas suffisamment pour que je te le permette.

-         Bordel, Jack. Tu n’es vraiment qu’un pauvre con !

A ces mots, Jack sourit. Il sourit à en attraper des crampes à la mâchoire. Comme un fou l’aurait fait. Comme l’être le plus abjecte qu’il lui était possible d’imaginer. Jack souriait face au malheur d’Edan. Il se réjouissait de ne pas posséder un rôle suffisamment convenable pour ne pas se retrouver à l’état de victime. Jack se moquait d’Edan. Mais Edan ne serait pas la seule victime de ce qu’il ressentait actuellement. Et si tu avouais que tu es juste jaloux de ce Sacha. Tu ne le supportes pas parce qu’il s’en sort bien mieux que toi. Il a de l’audace, lui. Il en a bien plus que tu n’en auras jamais pour vivre. Et ça t’énerve. Jack chassa cette pensée. Qu’il se montre malin ce gamin s’il le désirait ! Serait-il au moins capable de se tirer de la merde dans laquelle il allait le pousser ?

-         Tu es le plus con de nous deux, finit-il par répondre. Pendant le temps que tu as perdu à m’insulter, t’ais-tu au moins une fois demandé ce qui se tramait dans ton dos ?

-         Comment ça ?

-         Ce que je veux dire, c’est qu’à l’instant même où tu me parles, Justin est en train d’engager un nouveau guitariste. Un gosse tout juste sorti du berceau qui se fera une joie de prendre ta place.

-         Un gosse, tu dis ? Je suis certain que vous regretterez le choix que vous êtes en train de faire.

-         Il faut pourtant croire que tu n’étais pas aussi exceptionnel que tu sembles bien le croire, renchérit Jack. Alors dis-moi, Edan, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?

-         J’aurais bien envie de te casser la gueule.

-         Et après ? Qu’est-ce que ça changerait ? J’ai plutôt l’impression que tu es en train de te tromper de cible. En ce qui me concerne, je ne fais que t’énoncer les faits. T’expliquer ce qu’il en est. Et personnellement, je te croyais plus déterminé que ça. Je pensais que tu tenterais au moins de défendre ta place. Même si tu es voué à l’échec.

Alors que Jack venait de se lever et de s’appuyer contre le mur juste derrière lui, il vit Edan se crisper de rage. Une rage qu’il avait de plus en plus de mal à contenir. Une rage qui menaçait d’exploser à tout moment. Jack s’attendait déjà à ce qu’il emploie la violence contre lui. Mais il n’en fit rien. Il se contenta de le fixer droit dans les yeux. D’un regard à la fois glacial et menaçant.

-         Où sont-ils ?! Dit-il.

-         Qui ?

-         Ne fais pas l’innocent, jack. Où se trouvent Justin et ce soit disant nouveau guitariste ?

On y était.

-         Ils boivent un verre chez Georges. Tu ne devrais avoir aucun mal à les trouver. Ils doivent sûrement encore s’y trouver.

Edan ne prit pas la peine de lui répondre. Sa colère l’empêchait de réfléchir correctement. Jack doutait qu’il se soit un instant demandé pourquoi il lui livrait toutes ses informations sans qu’il ait besoin de l’y forcer. Et alors qu’Edan sortait d’une démarche assurée de la loge, Jack le regarda claquer la porte derrière lui tout en se demandant lui-même s’il ne regretterait pas tôt ou tard son attitude.

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Sacha avait doucement l’impression d’avoir trouvé un juste milieu avec Justin. Ils n’en étaient pas encore à bien s’entendre, mais ils pouvaient désormais parler normalement. Comme des personnes civilisées. Sacha avait cessé de le provoquer et en échange, Justin se montrait sincère avec lui. Assez sincère pour que Sacha se mette à apprécier de lui parler. A un instant, il avait eu peur. Peur de mal s'entendre avec tous les membres du groupe. Mais Justin était gentil. Justin acceptait de lui donner sa chance. Et même s’il s’était d’abord montré volontairement provoquant, il ne pensait pas que jouer dans des conditions désagréables était plaisant. Loin de là.

Par contre, il se demandait s’il parviendrait un jour à adresser la parole à Jack. Le chanteur du groupe. Il émanait de lui comme une aura d’animosité à son égard. Jack ne l’acceptait pas. Sacha en avait eu le pressentiment. Il n’avait pas cherché à savoir pourquoi. Justin lui avait déjà prétendu qu’il avait besoin de temps. Qu’il avait besoin de mieux le connaître. Mais pouvait-on vraiment connaître une personne en l’évitant ? Sacha se le demandait. Tout comme il se demandait pourquoi Justin parlait aussi souvent de lui. Il semblait exister un lien étroit entre eux. Un lien qui lui échappait.

-         Pourquoi parles-tu autant de lui ? Se surprit-il brusquement à demander. Qu’est-ce qu’il est pour toi ?

Justin le regarda avec étonnement, se reprenant néanmoins bien vite.

-         Je suppose que tu veux parler de Jack ?

-         En effet.

-         Tu n’as pas ta langue dans ta poche, toi. Est-ce que tu es toujours comme ça ? Plaisanta Justin.

-         Toujours.

-         Dans ce cas, dis-toi que j’apprécie la franchise. Ca ne me dérange absolument pas que tu me poses cette question. Jack est mon meilleur ami.

Meilleurs amis, disait-il. S’inquiétait-on autant pour un meilleur ami ? Sacha n’aurait su le dire. Il ne s’était jamais retrouvé dans la situation de s’inquiéter pour quelqu’un. Ou presque… Il aurait bien évidemment voulu approfondir la question avec Justin. Mais ils ne se connaissaient pas suffisamment pour ça. Ils n’en étaient pas encore au stade de se faire mutuellement confiance. Aussi Sacha s’abstint-il d’ajouter quoique ce soit. Ce qui laissa l’opportunité à Justin de prendre la parole.

-         Tu ne me poses pas d’autre question, Sacha ?

-         Je n’en vois pas l’intérêt. A quoi ça sert de tout connaître des gens dans l’immédiat ? Je préfère attendre. Faire mes premiers pas dans votre groupe. Y trouver une expérience qui m’est propre.

-         Je suis surpris. Je m’attendais déjà à ce que tu me questionnes davantage à propos de Jack. Des autres membres aussi. Ou du moins de notre batteur. Tu ne veux pas me demander comment il est ?

-         Non. Je le découvrirai bien assez tôt.

-         Je suppose que tu as raison.

Justin sembla brusquement gêné. Il lui donnait l’impression d’avoir quelque chose à lui demander. Une faveur. Une requête bien précise. Et Sacha n’était pas du genre à faire preuve d’énormément de patience.

-         Est-ce qu’il y a quelque chose que tu essayes de me dire ? Demanda-t-il.

Sacha sentait qu’il y avait tout un tas de choses qu’il aurait finalement voulu lui demander. Justin le regardait avec un regard soudainement incertain. Il avait perdu son sourire. Ce ne fut que lorsqu’il ouvrit la bouche que Sacha comprit enfin où il voulait en venir depuis le début.

-         Finalement, tu ne sembles pas aussi impertinent que ce que tu veux bien le montrer, dit Justin.

-         Comment ça ?

-         Tu prends de m’écouter depuis plusieurs heures. Tu supportes la situation à laquelle Jack et moi-même te forçons en quelques sortes à assister sans te montrer intolérant.

-         Je ne suis pas pour autant con, Justin.

-         Je le sais. Excuse-moi, ce n’est pas ce que je voulais dire.

Justin se pinça les lèvres. Ce n’était pas la première fois qu’il faisait cette grimace. Une sorte de tic, se dit Sacha. Mais au fond, il savait déjà ce que ça signifiait chez Justin. Quelques heures suffisaient parfois pour apprendre et comprendre certains mécanismes uniques à une même et seule personne. Sacha en s’en impatienta qu’un peu plus.

-         Viens-en au fait, dit-il. Je n’aime pas que les choses traînent.

-         Pardon, répondit Justin. Je sais que tu le connais à peine. Je sais aussi que tu trouveras ce que je vais te demander certainement incongru.

-         Si seulement tu voulais bien me faire part de ta demande…

Justin n’hésita cette fois pas.

-         Joue de la guitare, Sacha. Pas seulement pour toi.

-         Qu’est-ce que tu essayes de me faire comprendre là ? Où veux-tu en venir, Justin ? Tu me parles du public qu’il y aura au moment des concerts ? De leur déroulement ?

-         Non. Pas du tout.

-         Alors quoi ?

-         Je veux que tu joues pour Jack. C’est ce que je te demande.

-         Tu te fous de moi ?

-         Non. Je suis on ne peut plus sincère. Est-ce que tu veux bien ? Est-ce que tu serais d’accord pour m’accorder cette faveur ?

Sacha comprit brusquement que Justin ne l’avait pas choisi que pour ses talents musicaux. Plus qu’un guitariste, c’était un être humain qu’il avait cherché en lui. Bien qu’il ait pu se montrer arrogant et désagréable avec lui, Justin l’avait choisi. Sacha ne savait que répondre.

Et alors qu’il se sentait pris au piège, une silhouette franchit la porte d’entrée du café dans lequel ils se trouvaient toujours. Un homme relativement viril regardait dans leur direction avec insistance.

 

Ta peur. La demande de Justin. Votre amitié si profonde. Tout aurait pu être parfait entre vous si je n’avais pas été là. Plus que tout ce que j’avais pu imaginer, ma présence te dérangeait. Et même si je ne comprenais pas le comportement de Justin à ton égard, votre amitié me paressait pourtant  imperturbable. Intouchable. Il y avait ce lien entre vous que je ne comprenais pas. Il y avait ces intentions que je n’avais jamais vraiment connues ou qui m’avaient été volées. Peut-être parce que je n’avais pas grandi dans la bonne famille. Peut-être parce que je ne savais toujours pas ce qu’était le sentiment de se sentir soutenu.

En tout cas, plus que tout, j’ignorais ce que tu pouvais ressentir en ce moment précis. Je ne te comprenais tout simplement pas…

Par Azalea - Publié dans : La musique pour la vie [Co-écriture] - Communauté : Lawful Drug
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 13:38

Chapitre II : Un monde différent.

 

Partie 1

Je crois que je n’ai jamais éprouvé de regrets aussi rapidement. J’avais à peine accepté de partager ton quotidien que je craignais déjà de m’être trompé. Vous étiez si étranges Justin et toi. Si secrets. Je me demandais si accepter de devenir votre guitariste avait été un bon choix. Car tu t’étais complètement rétracté. Tu rejetais ma présence sans même me connaître. Mais au fond, je crois que tu étais celui de nous deux qui avait le plus peur, Jack…

 

Sacha ne s’était pas attendu à ce qu’on l’invite à boire un verre à peine la proposition acceptée. C’était Justin qui avait fait cette démarche avec un grand sourire. Il n’aurait pas dû en être intrigué, et pourtant il l’était. Malgré la gentillesse de celui-ci. Malgré la facilité avec laquelle il semblait mettre son entourage à l’aise. L’autre ne disait rien. Comme s’il était mué. Comme si quelqu’un lui avait arraché la langue au moment même où Sacha s’était dit qu’accepter de jouer dans leur groupe était à tenter. Qu’il n’avait de toute façon plus rien à perdre. En acceptant, c’était comme s’il venait d’empiéter sur son territoire et que cela ne lui plaisait pas. Il nota d’ailleurs le regard de Justin à son égard. Un regard pénétrant. Un regard qui tentait d’absorber toutes les informations qu’il pouvait en tirer. Au bout de quelques minutes, Jack comme Justin semblèrent enfin réaliser qu’il était toujours présent dans la même pièce qu’eux. Ce fut Justin qui se manifesta, Jack ne semblant pas prêt à retrouver l’usage de la parole.

-         Je suis désolé de te demander ça alors que nous connaissons à peine, Sacha, mais ça te dérangerait de nous laisser un instant seuls ?

Sacha hésita d’abord, les observant tour à tour. Se demandant ce qui pouvait bien les pousser à agir de la sorte devant lui. Il se posait déjà des questions alors qu’il venait d’accepter de les côtoyer quotidiennement en faisant partie de leur groupe. Etait-ce fait exprès pour lui faire comprendre qu’il y avait une distance à respecter à leur propre égard, ou bien étaient-ils assez maladroits pour installer aussi rapidement le doute autour d’eux ?

-         Tu m’as entendu ? Répéta Justin.

Envisageant qu’il était toujours présent dans la loge et que les deux hommes avaient dû le fixer durant tout le temps où il s’était mis à réfléchir, Sacha finit par consentir d’un hochement de tête. Il sortit les laissant à deux comme il lui avait été demandé. Cependant, une fois dans le couloir, il se demandait s’il ne ferait pas mieux de se barrer de là en les laissant se démener avec leurs doutes. Car des doutes, lui n’en avait plus depuis qu’il était parti de chez lui. Il savait que même si cette proposition était une chance pour lui, il pourrait très bien trouver autre chose. Tôt ou tard.

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Lorsqu'il se retourna sur Jack, Justin ne vit rien d’autre qu’un visage las et fatigué. Le visage devenu habituel de son ami. Ils devaient parler. Ils avaient quelques détails à mettre au point. Des détails importants maintenant que Sacha ferait parti de leur vie de tous les jours. Ils devaient parler de cette ambiance qui s’était créée au sein du groupe. Qu’ils avaient eux-mêmes créée.

-         Tu crois vraiment que ton attitude est la meilleure à avoir ? Tenta Justin. Je sais que cette situation n’est pas facile pour toi, mais tu devrais peut-être essayer de faire quelques efforts. Ne serait-ce que pour bien t’entendre avec lui. Rien de plus. Je ne te demande rien de plus, Jack.

Le concerné l’avait écouté parler jusqu’au bout. Sans l’interrompre à un seul moment. Il aurait pu, mais il savait que s’opposer de but en blanc n’était pas l’option la plus à saisir quant à la situation actuelle. S’il avait besoin de parler, Justin serait là. Justin était toujours là. Pour l’écouter. Pour le conseiller.

-         Que se passe-t-il ? Qu’est-ce que tu as ?

-         Je suis juste très fatigué.

-         Tu es toujours fatigué.

-         C’est justement pour cette raison que je vais rester ici pendant que tu iras boire un verre avec lui.

-         Bon sang, Jack. Tu es certain de ne pas vouloir venir prendre un verre avec Sacha et moi ?

-         Certain, Justin ...

La tête lourde reposant sur le dossier du fauteuil dans lequel il se tenait toujours, les yeux de Jack étaient éteints. Lorsqu'il était dans ce genre de phase, il lui arrivait d’écrire des textes pour le groupe. Des textes sombres et profonds. Reflétant sans aucun doute une part de malaise caché. Peut-être même ce que devait être la jeunesse parisienne chez la plupart des adolescents. Pour la plupart des Junkies aux allures dérangeantes pour la société avec leur style gothique ou bien trop coloré, leurs airs décharnés et cette touche de moquerie permanente. Moquerie pour le monde qui les entourait. Moquerie pour la vie en général. Des junkies qui vivaient selon leurs règles au fil des nuits, un joint en guise de plaisir. Le sexe pour mode de vie.

Ce qu’il ne savait pas, c’était que durant les quelques minutes où il avait laissé son esprit vagabonder en ses recoins sombres, Justin avait eu le temps de réfléchir à la position dans laquelle il le mettait en refusant de venir avec lui et Sacha. Une position double. D’abord parce que Sacha risquait fortement de se poser des questions. Ensuite parce qu’il connaissait trop bien Jack.  Un doute s'empara volontairement de lui.

-         As-tu mangé aujourd'hui ?

Jack réfléchit quelques secondes. Devait-il lui répondre ? Au fond, Justin savait déjà qu’il n'avait aucune raison de s'alimenter. Il n'en avait même pas envie, n’y ressentant aucun plaisir particulier. Il ne répondit donc pas à la question de son ami, se renfrognant dans son silence. Silence qui pesa un peu plus sur l’atmosphère si c’était encore possible. Il devinait de toute façon d’avance ce qui allait suivre. Quelles seraient les paroles de l’autre garçon.

-         Tu n'as pas mangé. Ose au moins me l’avouer.

-         Qu’est-ce que ça va changer ?

Justin ignora sa remarque.

-         Viens avec nous, lâcha-t-il. Tu manges et tu reviens ici après… S'il te plait. Ne m’oblige pas à insister.

-         Je n'aime pas la foule et tu le sais.

-         Peu importe Jack, tu viens et tu manges. Est-ce que je dois durcir le ton ?

Bien que réticent, Jack accepta silencieusement. Une nouvelle fois, il ne tentait rien contre la requête de son ami. Ne saurait-il donc jamais lui dire non ? Et pourquoi d’ailleurs ? Par respect ? Par amitié ? Peut-être même par respect de leur amitié. Il ne voulait pas d'une nouvelle dispute avec lui. Il n'en sortirait pas intact comme d’habitude, et Justin se culpabiliserait.

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Justin n’en disait rien, mais c’était à contre coeur qu’il lui avait pris la main juste avant de sortir de la loge. C’était aussi à contre cœur qu’ils avaient rejoint Sacha à deux. Il aurait souhaité ne pas avoir besoin d’user de la force de persuasion pour le convaincre de se nourrir. Ce n’état pas la solution. Ce n’était pas ainsi que Jack s’en sortirait. Que ferait-il s’il devait un jour disparaître ? Que ferait-il tout seul ? Justin n’osait même pas l’imaginer.

Quelques minutes plus tard, il garait sa voiture et entrait dans un petit café calme et bien éclairé. Un endroit où ils pourraient apprendre à mieux se connaître. Tranquillement. Justin souhaitait tout mettre en œuvre pour que Jack puisse prendre sur lui pour sympathiser avec Sacha. Quoique sympathiser était déjà un bien grand mot. Mais s’ils se toléraient, ce ne serait déjà pas si mal.

Alors que Jack était occupé à jeter un œil à la carte, Justin décida de s’intéresser à Sacha qui ne semblait pas être un grand bavard. Dans la voiture, il avait été très calme. A présent, il restait également silencieux, attendant sans doute qu’il l’aborde. Ce qu’il fit.

-         Qu’est-ce que tu bois ? C’est moi qui paie.

-         Je le sais, c’est généralement le cas lorsque l’on invite quelqu’un à boire un verre. Ce sera un coca.

Le ton était pertinent, mais Justin ne s’en formalisa pas. Il tourna plutôt la tête, cherchant quelqu’un du regard. Lorsqu’il trouva cette personne, il fit un signe de la main et Sacha pu enfin comprendre qu’il s’agissait du patron en personne.

-         Tu as entendu, Georges ? Deux cocas en plus ainsi qu’une bonne assiette de pâtes pour Jack.

Il avait prononcé ces paroles en affichant un grand sourire. Sourire que lui rendit tout aussi rapidement l’homme. Grand et fort mince, celui-ci donnait un peu l’impression de se tenir courbe. Néanmoins, il ne devait pas avoir plus d’une quarantaine d’années. Ce fut en tout cas l’observation personnelle qu’en tira Sacha.

-         Tu deviens bien exigent, Justin ! Plaisanta George.

-         L’exigence est la clé de toutes les réussites, rie à son tour Justin.

De son côté, Sacha n’appréciait pas trop cette confiance absolue en soi. Il n’aimait pas les personnes qui pensaient pouvoir obtenir tout ce qu’elles désiraient en agissant à leur guise. Justin avait beau être gentil, Sacha avait comme le pressentiment de s’être fait roulé. Pourtant, il avait toujours cette envie d’essayer. De tenter sa chance dans la musique. N’était-ce pas son rêve ? Ne s’était-il pas suffisamment battu pour ça ? Il jugea bon de n’émettre aucun commentaire.

Un calme plat s’installa entre eux trois, et ce ne fut que lorsque le patron revint avec leurs commandes qu’ils s’autorisèrent à prendre la parole. Pour le coup, Sacha se montra curieux. Bon moyen de tester les personnes en face de lui. Il savait d’expérience que personne n’aimait se faire questionner sur ses activités et tout ce qui les entourait.

-         Vous semblez bien proches du patron.

Justin s’étonna néanmoins à peine de ses propos. Quant à Jack, il semblait davantage absorbé par son assiette de pâtes que par ce qu’il venait de dire. Où donc était-il tombé ?

-         Le patron est un vieil ami. Je dois dire qu’on a eu de la chance de le rencontrer. Sans lui et son bar, nous n’aurions eu aucun endroit où nous produire au tout début. En fait, je crois même pouvoir ajouter qu’au fil du temps, cet homme s’est pris d’affection pour nous tous.

-         Ca fait longtemps que le groupe existe ?

-         Un peu plus d’une année entière.

-         Et il vous arrive encore de jouer ici de temps en temps ?

-         Parfois. C’est toujours gratifiant d’avoir une scène rien qu’à soi. Mais qu’est-ce qui te prend tout à coup de nous questionner comme tu le fais ? Est-ce que tu te méfies ?

-         Je ne sais pas. Peut-être un peu. Tu es venu m’aborder avec une telle facilité que j’ai un peu de mal à croire en ma chance. Et puis, ton camarade ne m’a pas l’air très bavard.

Tout deux jetèrent un coup d’œil en direction de Jack qui semblait s’obstiner à ne regarder rien d’autre que son assiette. Justin se demanda une nouvelle fois à quoi pouvait bien penser son ami en cet instant. Il lui en voulait un peu de lui laisser tout le travail avec Sacha. Car s’il avait des questions à lui poser, c’était le moment le plus propice.

-         Je crois pouvoir comprendre tes doutes, reprit-il. Ou du moins en partie. Je pense que nous devrions d’abord essayer de mieux faire connaissance. Qu’est-ce que tu en dis ?

-         Pourquoi pas ? Après tout, je te rappelle que je n’ai signé aucun document. J’ai juste dit que j’étais d’accord.

-         Qu’est-ce que je dois comprendre ?

-         Que rien ne me retient de partir quand je le désire.

Sans aucune forme de manière, il venait de poser un ultimatum. Justin fronça les sourcils. Il n’aimait pas beaucoup cette attitude. Et il devinait que Jack n’avait pas dû apprécier non plus. Tous les deux n’avaient jamais apprécié de se retrouver pris au piège. Sacha savait apparemment parfaitement ce qu’il faisait. Mais rien ne l’obligeait pour autant à perdre le cours de cette discussion. Encore moins son sourire. Justin était persuadé de pouvoir reprendre les choses en main.

-         Tu es plutôt dur en affaires, fit-il juste remarquer.

-         Je sais juste ce que tu veux.

-         Je le confirme. Personnellement, notre groupe est assez modeste. Nous sommes tous originaires de la région, à part l’un de nos membres que tu rencontreras bien vite si tu décides de rester avec nous. Nous n’avons pas grand-chose à t’apprendre sur nous. Par contre toi, Sacha, d’où viens-tu ? Nous ne savons rien à ton sujet.

-         D'ici et là. Je préfère ne pas trop en parler. J’ose supposer que tu n’y verras aucun inconvénient puisqu’il s’agit d’un groupe modeste.

Il était évident que la question gênait leur nouveau guitariste. Justin préféra ne pas insister davantage. Il était le mieux placé pour savoir que certaines questions demandaient à ne pas obtenir de réponse. Aussi, il s’abstint d’en poser d’autres qui touchaient au plan personnel. Du moins pour le moment. Il trouverait bien tôt ou tard le moment et l’endroit opportuns pour en savoir plus. En attendant, il préférait plutôt mettre toutes les chances de leur côté.

-         Tu es libre de me répondre ou non. Ce n’est pas mon genre de forcer une quelconque réponse. Mais j’aurais tout de même voulu savoir depuis quand tu fais de la musique. Je te le répète, tu m’intéresses. Ta façon de jouer de la guitare est fantastique.

-         C’est parce que j’ai commencé la musique très jeune. J'aime ce monde. Le rock. La guitare. Tout ça est fascinant. Tu n’es pas de mon avis ?

Il avait dit cela avec un large sourire. Un sourire qui sous-entendait bien des secrets. Un sourire qui se voulait de dire qu’il avait toutes les raisons de se trouver devant lui en ce moment précis.

-         C’est sans doute le cas, répondit-il.

Ils continuèrent à discuter, ne s'apercevant même plus de la présence de Jack. En l’espace de quelques minutes, Sacha était parvenu à l’envoûter avec son petit monde fascinant. A tel point que la passion et le mystère avec lesquels parlait Sacha l’avait amené à en oublier tout le reste. Suffisamment en tout cas pour qu’il ne s’aperçoive même pas que Jack venait de s'éclipser. Sous son nez. Sans qu’il ne le remarque. Sans qu’il ne tente de le retenir. La seule satisfaction à en tirer était qu’il s’était au moins un peu alimenté. Justin espéra qu’il n’était pas parti bien loin et qu’il n’aurait aucun mal à le retrouver après ça.

------------

 

Ca faisait des heures qu’ils étaient assis l’un en face de l’autre. Des heures qu’ils bavardaient. Et depuis peu maintenant, Justin semblait quelque peu inquiet. Assez pour que Sacha n’y tienne plus. Il posa la question qui lui brûlait les lèvres. Ca ne se faisait pas. Il le savait. Il allait sans doute se montrer indiscret. Mais il s’en moquait assez pour ne pas s’encombrer de la moindre hésitation. Sa curiosité piquée au vif, il ne pu s'en empêcher. Les mots sortirent tout seul de sa bouche.

-         C’est quoi son problème à l’autre ?

-         L’autre ? S’étonna Justin.

-         Je veux dire Jack. Pourquoi réagit-il ainsi vis-à-vis de moi ? Il semble éviter de m’aborder. Je t’avoue que ça m’énerve un peu.

Justin se pinça les lèvres. Il ne savait comment expliquer le comportement de Jack. Il n’était pas vraiment étonné que Sacha lui pose cette question. Il l’aurait de toute façon fait un jour ou l’autre. Le plus tôt était le mieux. Au moins, ils seraient fixés pour de bon quant à son envie de rejoindre le groupe ou non.

-         Jack n’est pas bien méchant, commença-t-il. Je ne sais pas vraiment comment formuler ça, mais disons qu’il n’a pas toujours eu la belle vie. Du coup, il est relativement méfiant.

-         Par rapport à moi ?

-         Oui. Comme de n’importe qui d’autre.

-         Je ne suis pas une menace ! S’exclama Sacha.

-         Je veux bien te croire. Mais Jack a besoin de mieux te connaître. Il a besoin de pouvoir décider si oui ou non il a envie de t’accepter.

-         Eh bien laisse-moi te dire que ce n’est pas gagné d’avance.

Sacha se laissa aller contre le dossier de sa chaise. Il avait brusquement l’air aussi désorienté que vexé. Peut-être même était-ce du découragement que Justin pouvait lire sur son visage. Il était ennuyé. Ennuyé de se rendre compte que les présentations entre Jack et lui ne se passaient pas aussi bien qu’il l’aurait souhaité. Si seulement Jack pouvait faire des efforts. Tout serait bien plus simple. Il n’aurait pas besoin de l’excuser.

-         Ecoute, j’admets qu’il donne mauvaise impression quand on le rencontre. Il paraît même très froid. C’est sa façon d’être quand on le rencontre. Mais il n’est pas quelqu’un de méchant. Il peut même être très gentil quand il se sent plus à l’aise.

-         Qu’est-ce que je dois comprendre ? Ou plutôt comment dois-je m’y prendre avec lui ? Ne m’en veux pas, mais je ne parviens absolument pas à me faire à sa façon d’être.

-         Reste juste toi-même, Sacha. Rien de plus. Il viendra de lui-même vers toi.

Sacha prit une expression davantage boudeuse. Décidément, il se posait encore et toujours la même question. Avait-il bien fait d’accepter cette proposition ? Cependant, il l’avait lui-même affirmé, il était libre de partir quand bon lui semblait. Justin lui jeta un coup d’œil qu’il lui rendit avant de se saisir de son verre de coca et d’en boire une bonne gorgée. Il avait vraiment besoin de se rafraîchir les idées.

Par Azalea - Publié dans : La musique pour la vie [Co-écriture] - Communauté : Lawful Drug
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 12:39

Coucou tout le monde! Je poste cet article car j'ai essayé de répondre directement aux derniers commentaires reçus, mais over-blog ne l'a pas forcément signalé >-< Donc, voilà, je tenais à remercier toutes les personnes qui ont eu la gentillesse et la patience de lire Frères de coeur jusqu'au bout. Tous les commentaires que j'ai reçu pour cette histoire m'ont fait très plaisir.

D'ailleurs, je remercie particulièrement Sasu, Sakura et Meroko qui m'ont beaucoup soutenue. J'espère simplement que la suite de mes écrits vous plairont tout autant. En tout cas, merci beaucoup à vous.

Gros bisous,

Aza

Par Azalea
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 20:42

Partie 3

Ce n’était plus la première fois que Ludovic se retrouvait en un tel endroit. Ce n’était plus la première fois qu’il posait les yeux sur Terry dans une telle ambiance. Cependant, il voulait assister à chacun de ses récitals. Il aimait à le regarder jouer du violon sans jamais se lasser. Et Dieu savait que le violon n’avait jamais été ce qui attirait le plus son attention. Mais Terry avait cette magie en lui. Il manipulait l’instrument comme lui-même reconnaissait chacune des étoiles qu’il observait. Terry avait cette grâce naturelle. Cette grâce et ce plaisir de jouer qui le distinguait de ce qu’avait été leur père à tous les deux. Avec le temps, Ludovic s’était parois demandé si Markus Lorraine ne s’était pas vengé sur Terry pour tout ce que lui-même avait refusé à ce père qu’il détestait tant. Terry n’avait-il pas souffert pour le simple caprice d’un homme qui ne voulait de l’amour que d’un seul de ses fils ? Mais il avait rapidement préféré oublier cette idée. Car même si ça avait été le cas, cet homme avait finalement tout perdu. Tout jusqu’à la vie.

Il se leva pour applaudir le talent de Terry. Ses applaudissements se mêlèrent à ceux des autres personnes de la salle, manifestation de l’appréciation générale. Terry était doué. Doué au point d’en être devenu célèbre. Célèbre en parvenant à se défaire de l’image de celui qui était monté sur les planches de la scène bien avant lui. Il avait su prouver qu’il n’avait rien à voir avec lui. Il avait su prouver que ce qu’il faisait n’était autre qu’une partie de son âme qu’il mettait à découvert à chacun de ses morceaux. Et le public appréciait.

Comme à chaque fin de récital, Ludovic rejoignit Terry dans sa loge. Pour le complimenter. Pour le soutenir. Pour lui prouver sa présence. C’était devenu une habitude qu’ils partageaient. Après, ils iraient manger quelque chose ensemble. Dans un bon restaurant. En tête-à-tête. Juste eux deux.

-         Tu proposes quoi aujourd’hui ? Demanda Terry tout en se changeant.

-         Le restaurant italien juste au coin de la rue.

-         On n’a jamais été là.

-         Raison de plus.

Terminant à peine de boutonner sa chemise, il passa une veste par-dessus et se saisit de son violon.

-         Il n’y aura pas trop de monde ?

-         Ne t’inquiète pas pour ça. Je nous ai réservé une table hier. Elle sera bien à l’écart afin que personne ne vienne nous déranger.

-         Je te reconnais bien là.

Ils échangèrent un baiser avant de rejoindre la voiture et de se mettre en route. Ce soir encore, ils passeraient un peu de bon temps ensemble. Loin du stress. Loin du bruit. Ils profiteraient juste de la présence de l’autre.

------------

 

L’endroit était tout simplement luxueux. Une nouvelle fois, Ludovic n’avait pas résigné sur les moyens. Il savait comment lui faire plaisir. Un serveur vint rapidement les accueillir. Très souriant, il les guida rapidement jusqu’à leur table. Terry n’était pas dupe. Il savait que son grand sourire n’avait d’autre raison que le grand violoniste qu’il était devenu. Or, ce lieu devait être habitué à côtoyer du grand monde. Il n’en doutait pas une seule seconde.

-         Tu as très bien joué ce soir. Tu me semblais encore plus inspiré que les autres fois, commenta Ludovic une fois qu’ils furent installés et qu’ils eurent passés leur commande.

-         C’est ce que tu as pensé en m’écoutant ?

-         Absolument.

-         Il faut croire alors qu’on ne cesse jamais de progresser.

-         En tout cas, tout le monde était en admiration pour ce que tu faisais.

-         Je suis certain que tu exagères.

-         Non, je le pense.

Les compliments troublaient énormément Terry. Il en avait été ainsi dès le moment où il s’était fait une bonne image dans le milieu de la musique. Pour preuve, il ne lisait jamais les critiques qui passaient dans le journal. Il ne voulait pas savoir ce que les autres pensaient de ce qu’il faisait. Il jouait du violon parce qu’il aimait ça. Parce que selon lui, il n’aurait pu s’imaginer faire autre chose. Et Ludovic le savait. Mais Ludovic était également sincère avec lui. Il lui disait toujours s’il avait aimé ou pas. Il lui faisait part de son point de vue. En toute circonstance.

-         Je t’en remercie. Mais pour moi, le principal est que tu sois là, finit-il par conclure.

Comme pour chasser le sujet de la conversation, il repensa au courrier qu’ils avaient reçu ce matin. A leur domicile. Une enveloppe pourpre. Une enveloppe qui l’avait intrigué et dont il n’avait pu se retenir bien longtemps d’ouvrir. Ludovic n’était pas là à ce moment, travaillant chaque jour de la semaine en laboratoire, et il avait exprimé sa joie tout seul. Il était désormais grand temps de la partager.

-         J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, dit-il.

-         Ah oui ?

-         Oui. Evan et Nathan nous invitent à leur mariage.

L’expression de Ludovic se transforma du tout au tout. Avec les années, Evan et lui n’avaient cessé de se voir en bons amis. Ils s’appréciaient toujours autant qu’à Sainte Bénédicte et ça faisait plaisir à voir. Ca faisait plaisir de constater que certaines amitiés résistaient au poids des années. Comme pour Nash et lui.

-         Il m’en avait déjà parlé, dit Ludovic. En tout cas, il m’avait déjà confié qu’il avait dans l’idée de se marier avec Nathan. C’était quelque chose qu’il désirait vraiment. Mais pour le coup, j’avoue que je ne m’attendais pas du tout à ça.

-         Parfois, j’ai l’impression qu’il fallait juste attendre. Prendre le temps de savourer les années qui passent. Je crois que Sainte Bénédicte avait finalement un côté magique.

-         Un côté magique ?

-         Oui. Il y a des fois où je ne parviens pas à réaliser la chance qu’elle a été pour chacun de nous. Est-ce que tu te rends bien compte que nous avons fait la connaissance de personnes formidables ? Des personnes avec lesquelles nous restons en contact encore aujourd’hui.

-         Je dois bien le dire. Quelque part, c’est comme si nous étions tous intimement liés par les souvenirs d’une école qui nous a vu mener nos propres combats.

On leur servit leurs plats et ils commencèrent à manger, se nourrissant des souvenirs de cette époque. Se rappelant des exploits et des coups durs de chacun. Il était parfois appréciable de revenir sur les bons moments de sa jeunesse. Sur les premières amitiés. Les premières confidences. Les premières fois. Terry aimait ça.

-         Il faudrait peut-être bientôt aller rendre visite à Elea, suggéra-t-il en finissant son assiette.

-         Tu y tiens vraiment ?

-         Evidemment. Pourquoi ? Il y a un problème ?

-         Aucun. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai la vague impression qu’elle devient très secrète depuis quelques temps. Ne me dis pas que tu n’as rien remarqué.

-         Ca dépend sur quel point de vue on se base. Si tu veux parler de son manque d’intérêt passager à notre égard, tu devrais comprendre pour quelle raison. Ou du moins, je croyais que tu avais compris.

Ludovic le fixa sans vraiment comprendre. Parfois, Terry interprétait bien plus rapidement que lui les évènements du quotidien. Il le vit d’ailleurs sourire.

-         J’hallucine, Ludovic. Alors tu n’as vraiment pas compris ?

-         Qu’est-ce que je devrais comprendre ?

-         Qu’Elea pense à quelqu’un d’autre qu’à nous.

-         Tu veux dire qu’elle a rencontré quelqu’un ?

Terry acquiesça tout en se retenant de rire. Ludovic réalisait seulement cette éventualité. Comment n’avait-il pu simplement rien voir ? C’était évident. Où avait-il donc l’esprit ? Il prit un air contrarié.

-         Je ne comprends pas comment j’ai pu ne rien voir. Comment tu as su ?

-         Disons que les yeux ne mentent pas. Elle a l’air d’être particulièrement heureuse ces derniers temps.

-         Je dois bien l’admettre. J’espère au moins que c’est un homme bien.

-         Tu t’inquiètes ?

-         Je ne voudrais pas que quelqu’un lui fasse du mal.

-         Et si tu lui faisais confiance ? Elle est assez grande pour savoir ce qu’elle fait.

Ludovic était forcé de lui donner raison. Sa mère avait toujours été une femme de raison. Pourtant, malgré cela, était-on réellement rationnel en amour ? Il craignait pour elle. Il l’avait trop longtemps connue sans personne, et l’imaginer à présent en compagnie d’un autre homme lui donnait une impression étrange. Mais il devrait bien s’y faire si cet homme était quelqu’un de convenable. Quelqu’un qui l’aimait et la chérissait comme elle le méritait. Car au fond, c’était tout ce que Ludovic lui souhaitait.

Alors qu’ils entamaient le dessert, Terry prit une mine ennuyée. Il avait une demande à lui faire sans vraiment savoir comment s’y prendre. Ludovic le voyait bien, mais il préférait le laisser s’aventurer à son rythme sur un terrain sans doute plus délicat que tout le reste. Que tout ce dont ils avaient abordé jusqu’à maintenant.

-         Il y a quelque chose d’important dont j’aimerais te faire part, lui confia-t-il au bout de quelques minutes. Quelque chose qui me tient à cœur depuis un moment.

-         Qu’est-ce que c’est ?

-         Eh bien, je ne sais pas si tu te souviens, mais nous avions un jour eu une discussion quand j’étais allé chez toi pendant deux mois entiers. Devant le cimetière.

-         Je m’en souviens très bien. Je n’ai rien oublié de ce que nous nous étions dits ce jour-là. Comme de tous les autres jours.

Ludovic croisa ses doigts juste devant lui. Non, il n’avait pas oublié ce qu’ils s’étaient dits. Il n’avait pas non plus changé d’avis quant à ce que lui avait demandé Terry cette fois-là. Et il le suivrait aujourd’hui si tel était son choix.

-         Tu te sens prêt, c’est bien ça ?

-         Je crois, oui.

-         Alors nous nous y rendrons. Demain.

Terry approuva. De toute façon, loin de lui l’idée d’y aller en fin de soirée. Il préférait attendre qu’il fasse bien clair. Il aurait au moins le temps de s’y préparer mentalement. En attendant ce moment, il profita du reste de la soirée pour voguer sur des instants plus joyeux en compagnie de celui qui partageait sa vie.

------------

 

Le jour. La matinée n’était pas très avancée, mais déjà le soleil tapait sans retenu. Ce serait une journée agréable. Quoiqu’on en dise. Ils marchèrent entre les allées, le pas quelque peu hésitant. Quelque peu lent. L’un et l’autre avaient besoin de le faire. Ils le savaient, et c’était l’unique raison qui les poussait à continuer à avancer. Ils n’avaient pas le droit de revenir en arrière. Ils avaient attendus dix ans avant de pouvoir trouver le courage de faire définitivement leur deuil de toute cette histoire. Même s’ils étaient passés à autre chose depuis bien longtemps. Ils ne voulaient pas avoir de regrets. Ils ne voulaient pas vivre dans le sentiment d’avoir oublié de faire ce geste. Au moins une fois dans leur vie.

Ils marchèrent ainsi quelques minutes. Quelques minutes durant lesquelles ils appréhendaient l’instant. Quand finalement ils s’arrêtèrent devant ce qu’ils avaient tant redouté, ce fut pour se rendre compte que la pierre était déjà bien rongée par l’âge. Que des mauvaises herbes la recouvraient en partie. C’était triste. Triste de constater que la tombe d’un homme qui avait fait tant de mal à ses proches avait été délaissée. Etait-ce sa punition ? Etre oublié ? Ludovic prit la main de Terry dans la sienne.

-         C’est vraiment ce que tu veux ?

-         Oui. J’ai besoin de lui dire. Comme s’il était en face de moi.

-         Quoi ?

-         Je veux lui dire qu’il a perdu. Qu’il n’est pas parvenu à faire de nos vies un malheur. Que nous sommes toujours debout. Que nous nous tenons devant sa tombe avec fierté. Parce qu’il n’est plus rien.

Il se tourna cette fois pour de bon vers la tombe en question, ancrant son regard sur la petite photo restée voyante malgré la verdure qui en recouvrait la plus grande partie.

-         Est-ce que tu te rends compte de ça ? Dit-il. Est-ce que tu réalises que tu n’es plus rien pour personne ? Même ton fantôme n’existe plus. Tu ne parviendras plus jamais à nous faire de mal.

-         Terry…, tenta Ludovic.

-         Tu crois qu’il nous entend ?

-         Je l’ignore. Peut-être. Peut-être qu’il nous écoute.

Le jeune homme se tourna vers lui. Ludovic se serait attendu à le voir pleurer, et pourtant, il n’en était rien. Terry était devenu résistant. Bien plus résistant encore qu’auparavant. Assez en tout cas pour tenir tête à son père. Même défunt.

-         Alors dis-le, Ludovic. Dis-le que nous nous sommes reconstruits tous les deux. Que nous sommes heureux.

Ludovic serra davantage sa main dans la sienne. Il ne le disait pas, mais il avait rêvé pendant des années de cracher au visage de son père combien il l’avait détesté. Le fait que Terry l’ait enfin fait pour eux deux le soulageait énormément. Sans qu’il ne puisse vraiment l’avouer. Alors, il se contenta d’adresser à son compagnon les mots qui lui revenaient de droit.

-         Nous sommes tous les deux plus forts, mon ange… Plus forts que lui.

-         Et on le restera jusqu’au bout.

-         Jusqu’au bout.

Prouvant ses dires, Ludovic se prit le culot de l’embrasser au beau milieu du cimetière. Ils se moquaient bien de ces quelques personnes qui les regardaient. Ils se moquaient bien de se trouver dans un lieu des plus inappropriés, devant une tombe. Car ce dont ils se moquaient le plus n’était autre que de leur père dont l’esprit les espionnait peut-être. Intimement, ils l’espéraient presque.

-         Je crois que nous ne pouvons être plus clair, murmura Ludovic.

-         Je voulais au moins qu’il le sache. J’espère qu’il le sait maintenant. D’où il est.

-         J’en suis certain.

Mais déjà Ludovic en avait assez de se trouver ici. Il ne voyait déjà plus l’intérêt de se souvenir d’un homme qui n’en valait plus la peine depuis longtemps. Il savait néanmoins que Terry en avait eu besoin. Il avait eu besoin de vider son sac sur cette tombe. Bien plus que lui.

-         Allons-y, murmura-t-il en libérant ses lèvres. Nous n’avons dorénavant plus besoin de perdre notre temps ici. Nous n’avons plus besoin de savoir qu’il a un jour existé. Moi, je veux l’effacer de ma mémoire pour de bon. C’est tout ce qu’il mérite. Et toi ?

-         C’est ce que je veux aussi.

-         Alors viens.

En accord, ils firent demi-tour pour quitter ce cimetière dans lequel ils venaient d’exprimer pour la dernière fois tout leur ressenti. Ils se savaient libérés des dernières entraves qui les retenaient jusqu’à présent. Ils ne reviendraient plus en ce lieu. Plus jamais.

Leurs pas raisonnèrent à travers cette journée d’été. Leurs mains ne se lâchèrent jamais. Leurs doigts s’emmêlèrent. Ils se moquaient désormais de leurs malheurs passés. Ils étaient ensemble et ils se moquaient de tout. Car Frères de sang ou de cœur, ils avaient décidé de passer le reste de leur vie à deux. En se suffisant l’un à l’autre. Ils étaient suffisamment liés pour affronter tous les nouveaux obstacles qui se dresseraient devant eux.

Ils marchèrent ainsi ensemble. Main dans la main. Sans plus se soucier de rien.

Ils marchèrent ensemble vers l’avenir.

Et ils disparurent dans la fraîcheur d’un beau matin.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 20:35

Partie 2

Yanis envisagea sa montre en haussant les sourcils. Il n’était pas loin de midi et ça faisait des heures qu’il attendait de voir ce que Maxime avait à lui montrer. Il n’était pas le maître de la patience. Surtout lorsque la route s’éternisait en voiture. Mais il fut heureux lorsque celle-ci se gara proche d’un champ. Il ne connaissait pas cet endroit. Il ne l’avait jamais vu auparavant. Des plaines s’étendaient tout autour de lui. Il pouvait même voir des montagnes au loin. Où les avait donc emmenés Maxime ? La seule chose qui semblait assez familière au milieu de toute cette étendue était une maison. Une grande maison qui semblait avoir été entamée par l’âge.

-         C’est ce que tu voulais me montrer ? Demanda-t-il.

Etrangement, sa voix était douce. Pour la première fois de cette journée. Lui qui était toujours aussi franc et dur qu’autrefois saisissait déjà l’ensemble de la situation. Il sentait que cette habitation qui semblait avoir été délaissée depuis des années provoquait un tumulte de sentiments en Maxime. Des sentiments qui l’atteignaient lui aussi. Aussi curieux que cela puisse paraître.

-         C’était la maison de mon grand-père, répondit Maxime.

Et Yanis comprit pourquoi il avait senti son compagnon si nostalgique. Il se souvenait encore de ce jour où il l’avait vu pleurer. Pleurer parce que son grand-père était mort. Parce qu’il n’aurait même plus l’espoir de le revoir un jour. Ces larmes avaient touché Yanis. Considérablement. Elles avaient changé sa façon d’envisager Maxime et sa joie de vivre. Elles lui avaient fait prendre conscience que celui-ci n’était pas imperméable aux tristesses de la vie. Depuis ce jour, il avait gardé en secret ces larmes comme si en reparler pourrait porter malheur. Peut-être parce que pleurer n’allait pas du tout à garçon plein de joie.

-         Ton grand-père est décédé depuis plus de dix ans maintenant, je me trompe ?

-         C’est exact. Et ça fait plus de dix ans que cette maison est abandonnée. Je crois que mes parents n’ont même pas voulu considérer qu’elle existait encore. Même avec l’héritage. Du coup, j’estime qu’elle me revient de droit.

-         Mais, Maxime… Ca fait dix ans. Tu te rends compte de ce que ça représente ? Tu aurais pu penser plus tôt à ça, non ?

Tout en parlant, Maxime se décida enfin à aller vers cette vieille demeure faite entièrement de bois. Un bois qui était par endroits rongé par les termites. Yanis lui emboîta le pas, se demandant s’il savait encore ce qu’il faisait. S’il n’agissait pas ainsi par pur sentimentalisme.

-         Je suis venu la voir à plusieurs reprises au cours de ces dernières années.

-         Tu ne me l’as jamais dit.

-         C’est parce que dans ces moments, sa présence me manquait. J’avais envie de me remémorer les bons souvenirs d’avant. Par contre, je n’ai jamais osé entrer dans la maison. Pas tout seul en tout cas.

Ils s’étaient arrêtés devant la porte. Porte de bois qui ne se fermait même plus convenablement. Maxime avait posé sa main dessus. Il hésitait considérablement. Il hésitait à se replonger dans l’univers passé de son défunt grand-père. Yanis l’observa, comprenant au bout de quelques instants qu’il ne ferait rien sans son soutien. Ils étaient un couple uni désormais. Un couple qui livrait ensemble le même combat au quotidien. Ne devait-on pas se soutenir dans un couple ?

-         Tu veux entrer cette fois-ci ? Proposa-t-il.

-         Seulement si tu le fais avec moi.

-         Bien entendu.

Ensemble, ils poussèrent la porte qui grinça. Ensemble, ils entrèrent dans la maison. Une odeur de moisissure leur monta aussitôt aux narines, envahissant leur gorge. Tout comme l’épaisse couche de poussière qui recouvrait l’entièreté du sol et des meubles. Yanis toussa plusieurs fois avant de se reprendre et de balayer les alentours de son regard pénétrant.

-         Je peux te dire avec certitude qu’il ne doit pas y avoir d’esprits ici, lâcha-t-il avec le plus grand sérieux.

Maxime eut un frisson.

-         Tu n’es pas drôle, Yanis.

-         Désolé, il fallait que je saisisse l’occasion. Elle était à portée de main.

-         Ouais…

Il passa une main sur un premier meuble et en essuya la poussière. Les biens matériaux ne semblaient pas avoir été fort touchés. La pièce était plongée dans la pénombre due à la crasse qui recouvrait les vitres, mais il ne lui était pas bien difficile de tracer son chemin tout en effleurant de ses doigts tout objet qui se trouvait à sa portée. De son côté, Maxime circulait comme bon lui semblait. Il connaissait encore les lieux comme s’il était parti la veille. Au bout d’un moment, il arriva devant un vieux fauteuil qui avait élu domicile devant la cheminée. Une cheminée d’où il restait encore les cendres froides. Maxime s’assit, faisant craquer le tissu.

-         Tu vas te salir, fit remarquer Yanis.

-         Je m’en fiche. La prochaine lessive sera pour moi si tu veux.

-         Je disais juste ça comme ça.

Mais déjà Maxime ne l’écoutait plus.

-         C’était là qu’il s’asseyait toujours. Moi, je m’asseyais par terre non loin de lui. Et on parlait tous les deux.

-         Tu aimais ces moments ?

-         Je les adorais. Malheureusement, je n’ai pu en profiter que quelques mois.

-         A cause de tes parents, c’est ça ?

-         Oui.

-         Tu ne m’as jamais vraiment parlé de tout ça.

-         Je n’en n’ai surtout jamais vraiment parlé à personne.

Yanis ne répondit pas, décidant de continuer son exploration de tout ce qui l’entourait. Il ne le disait pas, mais il aimait à savoir que quelqu’un avait vécu ici. Il aimait s’imaginer qu’un homme ait pu passer des années de son existence dans cette maison à l’écart de tout. A l’écart du monde. Seulement entouré de la nature. Une nature magnifique. Quand Yanis découvrit un cadre posé sur une petite table, il ne pu se retenir de le saisir entre ses mains et de l’en débarrasser du plus gros de la poussière qui le recouvrait. Il distingua alors une photographie. Celle d’une jeune femme. Il n’en fut que plus curieux. Absorbé par l’image, il ne remarqua même pas que Maxime l’avait rejoint.

-         Elle est belle, n’est-ce pas ? C’est la meilleure photo que mon grand-père ait prise.

-         Qui est-ce ?

-         Ma grand-mère. Quand elle était encore jeune. Je n’ai jamais eu l’occasion de la connaître, mais il me parlait énormément d’elle. Elle était son âme sœur. Il se plaisait à le dire.

-         Il devait infiniment l’aimer pour parler d’elle de cette façon.

-         Il l’aimait, oui. En tout cas, son absence l’attristait. Chaque jour. Elle est morte avant lui.

A cet instant précis, ils échangèrent un regard troublant. Au milieu de ces souvenirs, ils se demandaient brusquement s’il était possible d’aimer quelqu’un jusqu’à souffrir de ses absences. Jusqu’à ce que la mort vous arrache à ce monde. Jusqu’à enfin pouvoir la rejoindre. C’était parfois effrayant de voir jusqu’à quel stade pouvaient conduire les sentiments éprouvés pour l’autre. Et pourtant, Maxime comme Yanis se savaient prêts à tous les sacrifices si c’était pour le bonheur de l’être aimé. Mais on n’en prenait pas toujours conscience. On vivait chaque jour sans s’en douter le moins du monde. N’était-ce pas ce qui s’était passé avec les grands-parents de Maxime ? Ne s’étaient-ils pas aimés sans penser au reste ? Sans penser que le temps n’était pas immuable ?

-         Qu’est-ce que tu vas faire, Max ?

-         Pour quoi ?

-         Pour la maison.

Maxime se força à revenir sur terre. A réaliser qu’il se trouvait toujours à l’intérieur de cette maison qui lui avait tant manqué. Yanis le regardait, attendant sa réponse. Celle-ci vint alors sans qu’il n’ait besoin de réfléchir bien longtemps.

-         J’y ai déjà réfléchi justement. Je veux la reprendre. La remettre en état. Peut-être même y vivre avec toi. Non, certainement y vivre.

-         Dis-moi qu’il s’agit encore de l’une de tes supers idées farfelues ?

-         C’est on ne peut plus sérieux.

-         Voyons, Maxime, tu te rends compte de ce que ça représente ?

-         Oui. Je m’en rends bien compte, et je m’y suis déjà préparé. Il y aura des travaux. Pas qu’un peu, c’est vrai. Mais imagine ce que pourrait être notre vie ici une fois la maison remise en état. Avec la voiture, tu ne serais pas plus éloigné de ton lieu de travail.

-         Tu aurais tout de même pu m’en parler avant.

-         Mais c’est ce que je fais, Yanis. Je t’en parle.

Yanis fit une moue désapprobatrice. Il n’aimait pas être surpris. Encore moins par son compagnon. Surtout pas par une situation telle que celle qu’il lui exposait. Il jugea bon de lui faire partager son avis.

-         Je crois que tu es fou. Tu ne mesures pas l’étendue de ce que tu me demandes.

-         Je te demande de vivre avec moi dans cette maison. C’est bel et bien ce que je souhaite. En toute sérénité d’esprit.

-         C’est ce que je disais, tu es fou.

-         C’est ce que je désire. Du fond du cœur.

Il était bien décidé à trouver tous les arguments qui pourraient le dissuader de son idée. Etait-ce une forme de test ? L’envie de le mettre à l’épreuve afin de savoir s’il tiendrait son objectif jusqu’au bout ? Quoiqu’il en soit, Yanis poursuivit sur sa lancée. Il n’était pas question pour lui de céder. Pas aussi facilement. Pas tout de suite.

-         Tu es au moins conscient des travaux qu’il y aura à faire ? Tout ça va revenir cher.

-         Je suis prêt à y faire face. Davantage si tu acceptes.

Maxime se releva du fauteuil, le contourna et s’appuya sur le dossier. Il voulait que Yanis accepte. Il voulait qu’il l’approuve. Qu’il lui dise accepter sa proposition. Y adhérer. Maxime ne rêvait que de cela. De toute façon, ce ne serait pas bien compliqué. Yanis ne demandait pas mieux qu’un peu de tranquillité. Il était né pour vivre dans le calme. Un calme parfois effrayant à travers lequel il pouvait méditer en paix sur tout ce qui l’entourait. Mais en attendant, Maxime ne fut pas surpris par sa réponse.

-         Tu es imprévisible des fois. Je ne fonctionne pas comme toi. Est-ce que tu le sais ?

-         Bien entendu. Mais rien ne me privait de la possibilité de tenter ma chance.

-         Tu es incorrigible.

-         Pour ne pas changer.

-         Et si tu me faisais visiter le coin avant tout ?

-         Tu veux le visiter ?

-         A quoi tu t’attendais ? Tu ne crois quand même pas que je vais tout accepter avec autant de facilité ?

-         Ca veut dire que j’ai au moins une chance pour que tu acceptes ?

-         Infime.

A ces mots, Maxime comprit sans mal qu’il avait juste décidé de le faire languir. Cela signifiait que la suite s’annonçait bien. La seule idée que Yanis puisse avoir envie de découvrir les paysages alentours qui avaient faits son enfance lui serrait agréablement le cœur.

-         Il y a un coin que je voulais justement te montrer, dit-il.

-         Lequel ?

-         Ce sont des chutes d’eau.

-         Je vois.

Pour la seconde fois de la journée, il passa un bras autour des épaules de Yanis qui ne fit rien pour le repousser. Au contraire. Ils avaient tout deux des principes. Peut-être même opposés. Mais rien ne les empêchait de rester la plupart du temps ensemble. Rien ne les empêchait de se compléter. C’était leur vie. Celle qu’ils avaient choisie.

Et aujourd’hui, ils étaient bien décidés à avancer d’un pas supplémentaire. Peu à peu, au fur et à mesure qu’ils marchaient en direction des montagnes, leur image se dissipa jusqu’à ne finalement devenir qu’un point dans le lointain. Un seul et même point.

------------

 

Evan et Nathan se tenaient assis l’un à côté de l’autre sur le canapé blanc de la maison. Nathan n’avait toujours pas lâché la main d’Evan, et il ne semblait pas le moins du monde décidé à le faire. En face d’eux, Nash esquissa un sourire en coin, bien décidé à les faire parler.

-         C’est rare de vous voir débarquer au beau milieu de la semaine, dit-il.

-         C’est vrai, confirma Nathan.

-         Et qu’est-ce qui nous vaut votre visite improvisée ?

-         Juste l’envie de passer.

-         L’envie de passer ? Juste ça ? Tu te moques de moi, Ev. C’est ça ?

-         Eh bien…

Frédéric revint à ce moment dans la pièce avec quatre tasses de café. Il les servit sur la table de salon et alla s’asseoir à côté de lui. Lui aussi sentait que Nathan et Evan n’étaient pas là par hasard. Qu’il ne s’agissait pas d’un bête bonjour de passage. Il avait eu le temps de le lire dans les yeux d’Evan. L’espace de quelques secondes. Ils avaient tous les deux une importante révélation à faire.

-         Est-ce qu’il va falloir que nous vous tirions les vers du nez ? S’impatienta Nash.

Le silence brisé, les deux autres consentirent enfin à se décider à parler. Se mettant d’accord, ce fut Evan qui prit la parole. A l’annonce de ce qui allait suivre, c’était bien à lui de le faire. Et puis, il n’avait aucune raison de faire des manières devant lui. Lui, son meilleur ami. Sauf que ce qu’il avait à annoncer était des plus sérieux.

-         Ca fait un moment maintenant que nous en parlons Nathan et moi. Tu sais, ça fait quelques années que nous vivons ensemble. Et que ce soit Frédéric ou toi, vous connaissez parfaitement mon état d’esprit. Vous savez comment je suis.

-         Evidemment. Mais où veux-tu en venir ? Je ne comprends pas.

-         Nathan et moi nous aimons suffisamment pour ça. Si nous sommes ici, c’est pour que je puisse te demander…

Evan dû brusquement reprendre son souffle, prisonnier de ses émotions. Nash s’impatienta.

-         Est-ce que tu veux bien être mon témoin ? Reprit-il d’une seule traite.

-         Tu veux dire que vous allez…

-         Oui, nous allons nous marier, intervint cette fois Nathan en voyant son fiancé en difficulté.

Evan dissimula son visage entre ses mains. Il redoutait tellement la réponse de Nash tout en se disant pourtant qu’il était impossible qu’il refuse. Car il s’agissait de son meilleur ami. Celui-là même qui avait toujours tout fait pour le voir heureux. Malgré les mauvais moments passés. Malgré les quelques disputes qu’ils avaient parfois eues. Mais ce mariage lui tenait tellement à cœur qu’il ne pouvait s’empêcher de se montrer stressé. Nous ne sommes pourtant plus si jeunes. Nous avons le droit de nous marier, se dit-il. La peur était pourtant toujours présente.

Nash nota sans doute son désarroi car il se leva pour se diriger vers lui. Arrivé à sa hauteur, il le serra dans ses bras. Evan fut forcé de lâcher la main de Nathan afin de pouvoir lui rendre son étreinte. Etreinte chaleureuse. Amicale. Une étreinte qui lui prouvait que Nash était juste heureux pour lui. Qu’il approuvait toujours ses décisions. Cette décision en particulier.

-         Comment pourrais-je mieux t’exprimer ma joie ? Exprima son meilleur ami. Ta demande me fait vraiment plaisir. Bon sang, apprendre que tu vas te marier et que je serai ton témoin. Ca me touche beaucoup. En toute sincérité.

-         Je suppose que ça doit quand même te surprendre.

-         C’est sûr que je m’attendais à tout sauf à ça.

Frédéric qui n’était pas encore intervenu une seule fois depuis le début de la conversation posa sa tasse de café avant de prendre la parole. Il adressait tout autant que Nash un sourire de bonheur aux jeunes futurs mariés.

-         Je suppose qu’il faut du cran pour oser se marier quand on est deux hommes. J’approuve totalement votre décision. Elle fait très plaisir à entendre. Vous avez déjà une date ?

Ce fut Nathan qui lui répondit. Une lueur de joie éclairait ses yeux noirs.

-         Nous avons déjà envoyé pas mal d’invitations. Mais pour ce qui est de la votre, nous préférions vous la remettre en main propre.

Joignant le geste à la parole, il sortit une enveloppe pourpre de la poche de sa veste et la leur tendit.

-         Est-ce que tes parents viendront aussi ? Demanda Frédéric.

-         J’espère en tout cas les voir dans la salle ce jour-là. Nous nous sommes plus ou moins réconciliés, mais ma mère a encore beaucoup de mal à accepter la plupart de mes choix.

Nathan se souvenait parfaitement de sa sortie de Sainte Bénédicte. Après avoir obtenu son diplôme, il était retourné chez lui. Pendant deux mois entiers, il avait tenté une réconciliation avec ses parents. Il leur avait fait comprendre qu’il les respecterait à la seule condition qu’ils l’acceptent tel qu’il était. Il ne comptait pas changer. Et à vrai dire, il était plus ou moins resté le même. Il était devenu à la fois producteur et guitariste professionnel. Ca n’avait pas plu à sa famille, mais il n’avait pas abandonné ses projets pour autant. Il n’avait pas non plus laissé Evan derrière lui pour l’unique raison que leur union ne plaisait pas. Plusieurs années après, ils avaient tout de même acceptés de le rencontrer. Quelle surprise avait alors été la sienne en constatant que son père, médecin, s’était trouvé un point commun avec Evan qui commençait tout juste ses études dans le milieu. Ca avait été bénéfique. Actuellement, le jeune homme en était à sa dernière année et il le soutenait énormément.

-         Elle a sans doute besoin de se faire à l’idée que son fils a choisi un chemin différent des autres. Ca ira mieux un jour.

-         J’espère bien. Mais pour tout dire, je suis déjà très content de m’être réconcilié avec mon père.

Frédéric se tourna cette fois vers Evan qui ne perdait rien de sa bonne humeur. Au contraire. Il ne cessait plus de sourire.

-         Comment se passent tes études ?

-         Plutôt bien. Je suis en pleine préparation de mon mémoire. J’ai encore beaucoup de travail, mais tout devrait bien se passer.

-         Dans ce cas, continue à t’accrocher. Je ne me fais aucun souci pour la suite. Tu es quelqu’un de…

Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Nash lui donna un coup de coude dans les côtes.

-         Comment peux-tu lui parler de ses études alors qu’il vient de nous annoncer qu’il allait se marier ?

-         C’était juste histoire de prendre des nouvelles de tout le reste. Tu sais très bien que je ne peux jamais m’empêcher de m’inquiéter pour vous tous.

-         Comme à Sainte Bénédicte. Je sais. Mais là, nous ne sommes plus à Sainte Bénédicte. Nous sommes chez nous et nous profitons de la vie tant que nous le pouvons.

C’était plus fort que lui. Le temps avait passé, mais il ne pouvait s’abstenir de se montrer protecteur envers tous ces anciens élèves devenus désormais des hommes. Il avait appris à les connaître. Il les avait vu grandir. Prendre en maturité. Et maintenant, il vivait même avec Nash. Avec la personne qui lui était la plus précieuse. Qu’y pouvait-il ?

Mais Nash le comprenait. Il le comprenait si bien qu’il se rapprocha un peu plus de lui jusqu’à ce que leurs corps se touchent. Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il aurait toujours cette place essentielle dans la vie de chacun d’eux.

-         Si je comprends bien, reprit-il, il va falloir que nous enterrions ta vie de garçon sage, Ev.

-         Il le faut vraiment ? Plaisanta celui-ci.

-         Oh oui !

Ils partirent dans des éclats de rire. Ils se réjouirent de ce mariage qui arriverait bien plus vite qu’ils ne le pensaient tous. Ils se réjouirent des heures durant. Ils avaient tous mérités d’en arriver là. De trouver un peu de bonheur l’un en l’autre. Bientôt, ils seraient tous de nouveau réunis comme à Sainte Bénédicte. Bientôt, ils se retrouveraient tous pour parler du bon vieux temps.

Peu à peu, les heures passèrent. Et le crépuscule tomba, noyant la maison de Frédéric d’une douce lumière dorée.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 20:26

sakura: Voici l'épilogue. Cette histoire se termine, et je ne peux que te remercier de tout le soutien que tes commentaires m'ont apporté. Un grand merci. J'espère sincèrement que tu retrouveras les mêmes émotions dans cet épilogue que tout au long des chapitres^^

Epilogue.

 

Partie 1

Dix ans plus tard.

 

Le jeune homme reposa le journal sur la table basse sans la moindre expression. Sans émettre le moindre commentaire. Il s’y était attendu. C’était inévitable. Il n’arrivait simplement pas à croire qu’il avait fallu attendre dix années entières. Dix années avant que l’Etat ne prenne cette décision sans appel.

-         Qu’est-ce qu’il te prend d’être aussi silencieux ?

Yanis revint à la réalité et ancra son regard dans celui de Maxime. Avec un grand sérieux. Un sérieux qui lui était familier, mais que son compagnon avait appris à interpréter au fil des années. Pourtant, cette fois, il ignorait ce qui lui passait par l’esprit.

-         Sainte Bénédicte ferme ses portes, annonça de but en blanc Yanis.

-         Tu es certain de ce que tu affirmes ?

-         Si tu ne me crois pas, jette un œil sur le journal.

Maxime ne se fit pas prier plus longuement avant de se saisir du torchon de débilités qui trônait sur leur table. Il avait un dégoût assez prononcé pour l’actualité. Il jugeait utile de se tenir informé tout comme il jugeait qu’ils avaient déjà assisté à assez de drames pour se coltiner ceux de parfaits étrangers. Même s’il s’agissait du malheur d’un pays. Même s’il agissait en parfait égoïste. Depuis tout jeune, sa devise était restée la même. Garder le sourire en toute circonstance. Au moins pour prendre la vie du bon côté. C’était important pour lui. Tout comme ça l’était pour Yanis.

-         Je n’arrive pas à y croire, commenta-t-il. Dire qu’on a passé plusieurs années de notre jeunesse dans ces bâtiments.

-         Tu t’attendais à quoi franchement ? Tu as toujours été le plus naïf de nous tous, mais c’était visible que quelque chose ne tournait pas rond avec cette école. Cet article dénonce une escroquerie de la part de la directrice. D’où venait tout ce luxe d’après toi ? Tu croyais vraiment que l’Etat avait tout financé de sa poche ? Surtout qu’il s’agissait également d’un orphelinat.

-         J’avoue que tu as toujours été plus observateur que je ne le suis. Mais quand même… C’est un choc.

-         Je le reconnais. D’ailleurs, si tu n’y vois pas d’inconvénient, je n’ai aucune envie de parler de ça toute la journée. J’ai encore une tonne de travail qui m’attend. A quoi bon m’encombrer l’esprit inutilement ?

Maxime se rapprocha d’un peu plus près de lui et passa un bras autour de ses épaules. Yanis connaissait cette attitude. Il savait qu’il aurait dû se mettre au travail dans l’immédiat au lieu de lui donner une chance de perturber son emploi du temps. Car lorsque Maxime agissait de la sorte, il devinait d’avance que c’était pour une raison bien précise. Et celui-ci ne tarda pas à lui en donner la preuve.

-         J’espère que notre très cher professeur d’histoire oubliera un peu toutes les copies qu’il doit corriger aujourd’hui pour me consacrer un peu de son temps.

-         Je ne vois pas pourquoi je ferais ça.

-         Pour la simple et bonne raison que j’ai deux nouvelles importantes à t’annoncer.

Cette simple révélation suffit à le sortir pour de bon de sa léthargie matinale. Maxime était infernal lorsqu’il le voulait. Lorsqu’il souhaitait vraiment obtenir ce qu’il désirait. Yanis sentait déjà que toute résistance ne servirait qu’à le fatiguer. Et pourtant, il y avait des habitudes qui n’avaient pas changées. Même avec les années.

-         Si tu veux me faire perdre mon temps, j’espère que c’est pour une raison valable.

-         C’est donc okay ?

-         Je ne me prononce jamais avant d’avoir obtenu toutes les informations. Surtout si elles proviennent de toi.

Maxime fit une drôle de moue. A la fois boudeuse et enjouée. Yanis s’étonnait encore aujourd’hui de voir que son compagnon n’avait pas tellement changé depuis Sainte Bénédicte. Il était resté ce gamin d’autrefois. Un gamin aux airs joyeux. Il était resté le Maxime qu’il avait connu. Quelque part, Yanis supposait que c’était rassurant pour tout le monde. Car il était formidable de voir qu’il avait pu réaliser son rêve. Maxime était devenu un très bon photographe. Un photographe qui n’avait de cesse de l’importuner pour le prendre comme model alors que sa propre profession ne lui permettait pas spécialement d’avoir autant de temps libre qu’il l’aurait souhaité. Lui-même avait fait le choix d’enseigner l’histoire, et il assumait parfaitement son choix malgré tous les inconvénients que cela comprenait. Quand Maxime attira de nouveau son attention, il consentit néanmoins à se dire qu’il devrait peut-être parfois penser à faire la part des choses.

-         J’aimerais savoir si tu as une semaine de libre dans les prochains temps à venir.

-         Pourquoi faire ?

-         Et il me demande pourquoi faire ! Réfléchi un peu, Yanis. Pour passer du temps ensemble bien sûr.

-         Personnellement, je te trouve déjà assez collant à l’instant pour vouloir me sacrifier une semaine entière tout à toi.

Il n’avait pas tout à fait tort. Il se le disait bien, même s’il pensait ce qu’il venait de dire à moitié. A l’instant même où il avait prononcé ces mots, Maxime avait passé une jambe par-dessus les siennes, et se tenait à présent à califourchon sur lui, bien décidé à ne pas lâcher l’affaire tant qu’il n’aurait pas obtenu son consentement.

-         Ce n’est pas n’importe quelle semaine que je te demande. Cette semaine à deux, nous allons la passer à Tahiti.

-         En quelle honneur ? Parce que, excuse-moi de te le dire, je ne vois franchement pas ce que j’irais faire à Tahiti.

-         Je dois y réaliser des photos. Autant faire d’une pierre deux coups.

-         Je suppose que je n’ai pas beaucoup le choix ?

Maxime fit mine de réfléchir avant de lui répondre avec un grand sourire. Juste à sa façon.

-         Non, tu ne l’as même pas du tout. Cette semaine, on va la passer en amoureux. Je crois qu’on a un peu besoin de se retrouver tous les deux.

-         Peut-être. Mais tu sais que même si je continue à me montrer dur dans mon caractère, ça ne signifie pas forcément que je t’aime moins qu’avant.

-         Je le sais. Et tu connais aussi mes sentiments. Et même si je te les prouve plus que toi tu ne le fais, je m’en fiche. Le principal, c’est que tu sois avec moi.

Il se pencha pour laisser son front se poser sur le sien. Son souffle caresser sa peau. Bientôt, leurs lèvres se rencontreraient pour échanger l’un de ces baisers dont ils ne s’étaient jamais lassés avec le temps. Il y avait toujours cette retenue en eux qu’ils appréciaient mutuellement. Ce plaisir d’aller au rythme de l’autre. Cet intérêt de former un couple uni malgré leurs différences. Avec les années, Yanis avait finalement compris qu’ils avaient un besoin absolu de l’autre. Ne serait-ce que pour se compléter.

-         Tu n’avais pas une seconde nouvelle à m’annoncer ? Se souvint soudainement Yanis.

Maxime échangea alors juste un bref baiser avec lui avant de se redresser, de se remettre complètement debout et de se saisir des clés posées sur la table.

-         Pour ça, il va falloir prendre la voiture. Je suis certain que tu vas adorer mon idée.

-         Quelle idée ?

-         Ca, tu le sauras quand on sera arrivés à destination.

Yanis n’insista pas. Maxime ne lui dirait rien pour le moment. Délaissant pour de bon ses occupations de la journée, il se leva également et le suivit. Celui-ci semblait plus que joyeux à l’idée de lui présenter sa seconde surprise de la journée. Yanis s’attendait à tout lorsqu’il s’agissait de lui.

-         Au fait, c’est quoi cette lettre pourpre sur la table ? Fit brusquement remarquer Maxime.

Il jeta un œil à la lettre en question avant de soudainement s’en souvenir. Comment avait-il pu oublier quelque chose d’aussi important ? Ce simple morceau de carton qui ferait plaisir à Maxime ? C’était le genre de nouvelle qui le comblerait de joie.

-         Une invitation, dit-il.

-         Une invitation ? De quoi ?

-         Tu n’as qu’à regarder par toi-même.

Sans se faire prier davantage, le concerné s’en saisit avant d’y jeter un coup d’œil. En un instant, son visage sembla s’éclairer un peu plus si c’était encore possible.

------------

 

Avec le temps, il était peu à peu parvenu à prendre ses marques dans cette maison qui était aussi devenue la sienne pour de bon. Bien sûr il la connaissait par cœur depuis son adolescence, mais Nash n’avait de cesse de se combler de joie en se rappelant à qui elle appartenait réellement. Cette maison perdue au milieu de nul part. Cette maison proche de ce bois dans lequel ils effectuaient de longues promenades à deux. Alors qu’il peignait depuis des heures, depuis son réveil, il sentit une présence dans son dos. Il n’eut même pas besoin de tourner le visage pour savoir de qui était ce souffle qui caressait son cou. Un souffle chaud. Un souffle qui n’avait jamais cessé de se vouloir rassurant et protecteur.

-         Tu es déjà en train de peindre ?

-         Comme tu le vois. Mais rassure-toi, je vais bientôt pouvoir m’arrêter. Ev vient de sonner pour demander s’il pouvait passer avec Nathan. Je vais ranger mon matériel.

-         Non, va y, continue. J’aime te regarder peindre.

Nash le savait. Depuis Sainte Bénédicte il le savait parfaitement. Pourtant, il posa tout de même son matériel sur le bord du chevalet. Il n’aimait pas peindre en sachant qu’il devrait brutalement s’arrêter dans quelques minutes lorsque l’on sonnerait à la porte. Autant le faire tout de suite dans ces conditions. Surtout que ce tableau avait beaucoup d’importance.

-         J’ai une galerie dans deux semaines.

-         Vraiment ? C’est une excellente nouvelle. Je comprends mieux pourquoi tu ne cesses de peindre ces derniers temps. Un thème particulier je suppose ?

-         Les souvenirs.

Les souvenirs… Dieu savait qu’à deux, ils en avaient. Aussi doux que aiguisés. Sans jamais être futiles. Nash et Frédéric se souvenaient de tout. Ils ne voulaient pas oublier ce qui les avait rapproché. Ce qui avait fait ceux qu’ils étaient aujourd’hui. Même si ça avait été avec une bonne dose de souffrance. Mais c’était la vie qui voulait ça. La fatalité. Et personne n’échappait jamais à la fatalité. Encore moins au temps. Quand Nash se retourna et lui prêta toute l’attention particulière qu’il méritait pour avoir su se faire une place prioritaire dans son cœur, Frédéric lui apparut comme au premier jour. Comme lorsqu’il avait encore trente-quatre ans. Et pourtant, il avait vieilli. Avec le cours des années. Sous son regard qui n’avait jamais changé. Qui n’avait jamais été moins aimant. Nash appréciait de le voir vieillir à ses côtés. Parce qu’il était justement avec lui. Rien qu’à lui. Il aimait voir qu’à quarante-six ans, il commençait à avoir ses premiers cheveux gris. Il arborait parfois l’expression réfléchie de son âge avec les quelques rides qui se présentaient peu à peu au grand jour. Si Frédéric s’en faisait des complexes, Nash aimait ça. Il le trouvait toujours aussi beau qu’auparavant. Il le désirait toujours autant.

-         Comment se passe ton travail ?

Frédéric prit un air plus absorbé. Remonta ses lunettes sur son nez. Il avait souvent ce geste lorsqu’une situation était plus critique qu’une autre. Cette nuit, on l’avait appelé d’urgence parce qu’un adolescent s’était pris d’un élan suicidaire. Ce n’était pas la première fois. Ce ne serait pas non plus la dernière.

-         Rien à y redire pour le moment. Je ne parviens pas à cerner ce gamin. Il passe d’énervements soudains à une tristesse infinie. Il est comment dire…

-         … Sauvage ?

-         Je crois que c’est le mot.

Chacune des situations que lui confiait parfois Frédéric le ramenait un peu en arrière. Lui permettait de comprendre la chance qu’il avait eue. Celle de se trouver ici aujourd’hui. Avec lui. Et sauvage, il l’était resté. Il lui arrivait encore aujourd’hui de vouloir prendre des risques. Sans que cela ne mette en danger leur couple.

-         Dis-moi, fit Frédéric en le tirant de ses songes, je ne t’ai jamais demandé ce que tu avais pensé durant ces deux années où nous avons été séparés.

-         Ne me dis pas que tu as attendu dix ans avant d’oser me le demander ?

-         Non. C’est juste qu’il m’arrive d’y penser. De temps en temps.

-         Eh bien, tu m’as énormément manqué. Mais ça tu le sais déjà.

-         Mais encore ?

-         Mais encore ? Je pensais à toi chaque jour. Ca me rendait malade de ne pas te voir comme je le voulais. J’étais forcé de peindre ton portrait en permanence pour ne pas risquer de devenir fou. Il y a des fois où j’aurais bien tout cassé pour qu’on me laisse te voir autant de fois que je le voulais. Pourtant, je savais que ça n’aurait pas servi à grand-chose.

-         Tu en parles comme si c’était hier.

-         Il faut croire que cette période m’a marqué. Il n’y avait pas tellement longtemps que nous nous étions retrouvés. Et après les évènements précédents…

-         Oh oui, je comprends ce que tu veux dire ! Toi aussi tu me manquais. Je craignais de te perdre à chaque seconde.

-         Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort, n’est-ce pas ? Pour revenir au sujet de l’adolescent sauvage dont tu t’occupes, je ne me fais pas de souci. Tu parviendras à l’aider à résoudre son problème. Comme d’habitude.

Frédéric lui jeta un regard qui en disait long. Comme ils auraient voulu parfois lâcher tout ce qu’il y avait autour d’eux à cette époque. Se retrouver en permanence. Se glisser dans un lit. Et envisager le monde sous les draps. Ca arrivait souvent encore aujourd’hui. Il arrivait qu’ils se surprennent à vouloir oublier leurs responsabilités pour rester en permanence ensemble. Mais la vie avait ses obligations. Chacun avait son travail. Même si le soir venu n’en restait que plus beau lorsqu’ils étaient tous les deux réunis.

Quelques minutes plus tard, alors que Nash essuyait ses pinceaux, ils entendirent sonner à la porte. D’un pas pressé, il alla ouvrir. Une douce odeur provenant de la cuisine lui laissa deviner que Frédéric était parti préparer du café pour leurs invités.

Le jeune homme fut heureux comme toujours d’ouvrir la porte sur le visage amical d’Evan. Un Evan qui serrait la main de Nathan dans la sienne. Et un Nathan qui ne perdait jamais ses grands airs décontractés. Nash se réjouissait de les voir. Pour ne pas changer. L’attente de leur visite avait été longue. Il les soupçonnait de lui cacher quelque chose. Rejoint par Frédéric, il les invita à entrer. Le visage rayonnant de celui qui était resté son meilleur ami lui indiquait qu’ils auraient des choses à se raconter. Ils en auraient sans doute pour des heures. La journée allait passer vite. Trop vite.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 12:16

Partie 4

Bien des heures s’étaient écoulées lorsque Elea rentra chez elle et qu’elle retrouva les deux jeunes hommes attablés dans la cuisine. Ils avaient dû avoir faim car elle les surprit en train de manger une tartine chacun. N’étant pas complètement remise de sa rencontre avec Eléonore, elle prit tout son temps pour ôter ses chaussures et entrer dans la cuisine. Elle fut heureuse de se sentir chaleureusement accueillie par les deux adolescents.

-         Tu veux manger avec nous ? Lui proposa Ludovic.

Il était vrai qu’elle avait faim après autant de temps passé sur la route. Pourtant, elle se refusait de faire passer cette envie avant ce qu’elle avait prévu depuis le début. Elle avait tenté de tout calculer. Le moment pour le dire. La façon de le dire. Mais il n’y avait pas de manière bien précise. Pas de procédure inédite pour ce genre de révélations.

-         Pas tout de suite. Je suis désolée de te chasser comme ça, Ludovic, mais tu ne voudrais pas me laisser un peu seule avec Terry ? Juste quelques minutes.

-         Maintenant ?

-         C’est important.

Il n’en fallut pas plus pour qu’il concède à sortir de la cuisine, emportant une tartine avec lui. Maintenant qu’elle se trouvait seule avec Terry, elle envisagea sérieusement comment aborder le sujet avec lui. Le garçon la fixait d’ailleurs sans trop bien comprendre.

-         Je me suis rendue non loin de Paris, annonça-t-elle.

-         Mais demain que nous rentrons à l’école. Pourquoi pas à ce moment ?

-         J’ai été rendre visite à ta mère.

-         Oh.

Terry n’avait rien trouvé d’autre à dire, et Elea comprenait bien. C’était si soudain qu’il avait été saisi sur le coup. Elle lui laissa néanmoins le temps de se reprendre. Au bout d’un temps, il prit la parole de lui-même.

-         Comment va-t-elle ?

-         Bien si je puis dire. J’ai parlé avec elle.

-         D’accord.

-         Tu ne veux pas savoir de quoi ?

-         C’est-à-dire que je suis un peu pris au dépourvu. Je ne m’y attendais pas vraiment.

-         C’est normal, mon chéri. Nous avons parlé de toi. Toutes les deux. Elle m’a dit que tu lui avais déjà rendu visite.

-         C’est vrai. Dans le courant de l’année scolaire, mais quel rapport ? Je ne comprends pas trop pourquoi vous avez été la voir.

-         Parce que j’en avais moi-même besoin. J’avais besoin de voir qui était ta mère. Et malgré son état, c’est une femme remarquable.

-         C’est ma mère, et je sais qu’elle est folle. Vous n’êtes pas obligée de me parler d’elle de cette façon, vous savez.

-         Ne sois pas si dur.

Elle s’était attendue à ce qu’il le prenne mal. Non pas parce qu’elle était allée rendre visite à cette mère pour laquelle il éprouvait toujours beaucoup d’affection, mais plutôt parce que le sujet était relativement sensible pour lui. Il était clair dans son esprit qu’il n’acceptait pas encore qu’elle ait pu l’oublier. Qu’elle ne soit plus là pour lui. Terry souffrait de son absence chaque jour. Il souffrait du manque d’une mère. Elea se demandait combien ces vacances avaient dû être un soulagement pour lui. Combien elles avaient pu lui faire du bien. Elle soupçonnait même Ludovic de l’avoir invité dans ce but.

-         Elle ne se souvient peut-être plus exactement de toi, Terry, mais je peux te jurer qu’elle n’a pas oublié qu’elle avait un jour eu un enfant. Elle a gardé son instinct de mère.

-         Sauf que ça ne change pas grand-chose puisqu’elle ne peut plus s’occuper de moi.

-         Ecoute-moi jusqu’au bout, s’il te plait. Elle ne peut peut-être plus s’occuper de toi. Par contre, elle se souvient encore de ce garçon qui est venu lui offrir un cadeau.

-         Elle vous l’a dit ?

-         Elle me l’a fait comprendre en tout cas. Quoi qu’il en soit, elle se doute que tout ça te rend malheureux. Elle s’en veut beaucoup.

Terry était touché. Ses yeux brillaient. Elea décida alors de faire son maximum pour abréger cette discussion pénible. En parler était douloureux pour lui. Elle voulait juste lui expliquer ce qu’il s’était passé. Il n’était pas question qu’il l’ignore. C’était son devoir de le faire. Ca le deviendrait peut-être bientôt davantage.

-         Il y a quelque chose qu’elle m’a confié à ton sujet. Quelque chose qu’elle désirait profondément.

-         Qu’est-ce que c’est ?

-         Elle m’a dit que si tu étais bien son enfant, alors elle désirait te savoir heureux.

C’en était trop pour Terry qui laissa couler ses larmes. Elea s’en voulait de le faire pleurer ainsi. Sa douleur la blessait. C’était plus fort qu’elle. Terry avait déjà trop pleuré.

-         Ca ne change rien, parvint-il à articuler. Elle n’est plus là. Elle ne pourra même pas le voir.

-         Mais moi je le pourrai.

-         Et qu’est-ce que vous allez faire ?

-         J’aimerais t’adopter, mon chéri. Mais pour ça, j’ai besoin de savoir si tu es d’accord. Est-ce que tu le voudrais toi aussi ?

-         Vous êtes sérieuse ?

-         Tout à fait.

Il fallut un temps considérable à Terry pour calmer ses pleurs. Pour réaliser ce qu’elle lui proposait.

-         Et Ludovic ?

-         Ludovic ne le sait pas encore, mais je suis certaine qu’il sera ravi. Bien entendu, tu as le droit de refuser.

Il essuya ses yeux avec la manche de son sweet-shirt. Ludovic remarquerait certainement qu’il avait pleuré. Mais ce n’était pas la question pour le moment.

-         Comment je pourrais refuser ? C’est un rêve que vous m’offrez.

-         Alors tu acceptes ?

-         Oui. Je ne croyais pas en cette possibilité jusqu’à aujourd’hui. Ce que vous me proposez, c’est une famille. Quelqu’un pour prendre soin de moi. Un foyer qui m’attend. Je n’arrive même pas à y croire.

Terry se leva pour aller se serrer contre elle. Ce n’était pas la première fois qu’il avait ce geste. Elle réalisait à quel point il devait être heureux. Comme Eléonore l’avait souhaité. Elle-même l’était. Car il y avait déjà des jours qu’elle y pensait. Des jours qu’elle attendait une confirmation. Un signe. Et elle y croyait. Dur comme fer. Même si les démarches seraient difficiles, elle s’accrocherait. Elle le voulait de tout cœur. Elle y mettait tous ses espoirs. Les espoirs d’une mère. Elea ferma les yeux tout en serrant Terry dans ses bras.

Elle les rouvrit plusieurs minutes plus tard, et ce fut pour découvrir Ludovic dans l’encadrement de la porte. Il lui souriait. Il avait compris. Elea se contenta de répondre à son sourire. Jamais elle n’avait vu Terry et son fils plus heureux. Jamais elle n’aurait pensé faire la joie de ces deux adolescents.

Dans son fort intérieur, elle pensa à toutes ces choses auxquelles elle refusait de renoncer. A tout ce que l’avenir leur réservait si elle parvenait à ce but. Puis son regard s’aventura par-delà la baie vitrée. Son regard se perdit dans l’immensité du ciel étoilé. Et il lui sembla que la lune lui souriait elle aussi.

------------

 

Cette nuit plus que toutes les autres, Terry se sentit heureux. Bercé par la respiration de Ludovic, il pouvait pour la première fois envisager ce que serait sa vie s’il avait une famille. Une famille qui l’aimerait. Une famille qui l’attendrait quand il rentrerait à la maison. Depuis le drame d’avec ses parents, il n’avait pas osé l’imaginer. Mais c’était le souhait de sa mère. Elle voulait le savoir heureux. Ca le touchait énormément. Ca lui prouvait que quelque part, elle l’aimait encore. Qu’elle ne l’avait pas vraiment oublié. Et ça, c’était tout ce qu’il attendait d’elle. Une preuve d’amour maternel.

Il se colla davantage à Ludovic, le percevant dorénavant autrement. Plus en profondeur. Ce garçon lui avait fait découvrir en l’espace d’une seule année que la vie pouvait de nouveau prendre un sens plus positif. Il y avait eu des moments difficiles. Des actes douloureux. Mais ils étaient désormais ensemble. Il y avait ce lien entre eux deux qui s’était tissé et qui n’était pas prêt de se briser. Car Terry ne le voulait pas. Ludovic non plus.

Alors qu’il se rendormait doucement, Terry enfuit sa tête au creux de la nuque de Ludovic. L’entoura de ses bras. Lui murmura tout son bonheur à l’oreille. Même s’il dormait. Il s’en moquait. Il avait juste envie d’exprimer tout haut ce qu’il ressentait. Tout ce qui constituait et constituerait leur vie à tous les deux. Car pour rien au monde Terry ne voulait laisser ce destin lui échapper. Pour rien au monde il ne se détacherait de Ludovic.

Et sa dernière pensée avant de sombrer dans un sommeil bien mérité fut qu’il voudrait éternellement garder et préserver tous les bons moments comme les mauvais qui les attendait. Pourvu qu’ils soient toujours ensemble.

***

 

Ludovic déglutit, décida d’en finir avec ces aux revoirs qui ne dureraient de toute façon pas longtemps. Si sa mère décidait de mener à son terme l’adoption de Terry, ils risquaient de très rapidement se revoir. Dans de très bonnes circonstances. Malgré tout, ce n’était jamais facile d’envisager qu’une nouvelle année scolaire commençait. C’était toujours délicat de se dire qu’il fallait quitter certains de ses proches pour une certaine période. Ludovic comme Terry avaient décidé de poursuivre leurs études à Sainte Bénédicte. Envers et contre tout. Mais aussi parce qu’il y avait d’autres priorités qu’on ne voudrait jamais abandonner. Des amis qui étaient également essentiels et qu’on ne voudrait jamais remplacer.

A peine avaient-ils fait quelques pas dans l’école qu’ils s’aperçurent que Yanis et Maxime les avaient attendus chaque jour dans la plus grande impatience. Ils semblaient aussi unis qu’eux-mêmes l’étaient. Maxime affichait toujours la même joie, et Yanis avait gardé cette perspicacité qui lui était habituelle.

-         Je crois que vous avez des choses à nous raconter, tous les deux, dit-il aussitôt qu’il s’approcha d’eux. Elles ont dû être franchement pas mal ces vacances.

-         On te laisse deviner, ricana Terry. En tout cas, vous avez l’air en pleine forme.

-         On ne peut mieux ! S’exclama Maxime. Qu’est-ce que tu veux, on s’amuse bien tous les deux. Hein, Yanis ?

Maxime fit un clin d’œil au concerné qui ne se gêna pas pour répliquer à sa manière. Quand ils commencèrent à se chamailler comme lorsqu’ils les avaient laissé derrière eux, Terry et Ludovic se dirent que finalement, rien n’avait vraiment changé. Rien n’était vraiment différent. Cette année s’annonçait sans doute plus calme. Sans doute moins riche en rebondissements, et ils n’allaient pas s’en plaindre.

-         Maintenant que vous êtes de retour, on va pouvoir recommencer à s’amuser comme avant, commenta Maxime.

Et ils l’approuvèrent. Ils avaient tourné la page sur un chapitre, et ils en commençaient un nouveau. Terry les surprit lorsqu’il s’incrusta d’un seul coup entre eux, les prenant chacun par un bras et les entraînant à sa suite. De son côté, Maxime n’avait pas non plus délaissé Ludovic.

-         Et si on fêtait notre retour ? Dit-il.

Ils se l’accordèrent tous. Ils avaient du temps à rattraper. Deux mois entiers sans s’être vus. Liés tous les quatre, ils marchèrent vers un avenir qui s’annonçait bien plus radieux. Terry et Ludovic étaient enfin de retour à Sainte Bénédicte.

Par Azalea - Publié dans : Frères de coeur
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